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allait s’avancer par les rapides, pendant que lui-même attaquerait l'ile aux Noix.
Bourlamaque, épuisé par les fatigues de la campagne et souffrant d’une fièvre qu'il ne pouvait gutrir, se préparait cependant sans relâche à recevoir Ambherst, que :a chute de Québec avait paru réveiller de sa torpeur. Bourlamaque n'avait alor, à sa disposilion que deux mille deux cents hommes, sur lesquels il serait peut-être obligé de prélever des détachements pour fortifier Chambly et Saint-Jean.
Ce fut seulement au milieu d'octobre que le général anglais mit son armée en mouvement.
Avant la clôture de la navigation, Vaudreuil écrivit une série de dépèches, qu’un des vaisseaux du munitionnaire devait essayer de porter en France £près avoir risqué le passage devant Québec. En informant la cour des événements de la campagne, Vaudreuil rendait Montcalm responsable des derniers malheurs et lui attribuait la perte imminente de la colonie. Montcalm avait eu de grands torts vis-à-vis le gouverneur. L'ayant pour chef, il n'avait jamais cessé de miner son autorité. [| n'était pas d’invectives et de ridicules qu'il n'eût déversés sur lui. Il avait tout fait pour le perdre et le supplanter dans le commandement. Mais Vaudreuil se donna un bien plus grand tort en portant des accusations après que la mort eut fermé les lèvres qui auraient pu lui répondre, et en s'attribuant à lui-même la plus large part dans les succès des campagnes précédentes.
Le général de Lévis écrivit au marquis de Belle- Isle :
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Le major général Dumas. (D’après un tableau appartenant à la famille Dumas, de Montauban).
nous sera impossible de faire aucune expédition ni entreprise cet hiver; bien heureux si nous pouvons nous soutenir. Nous finirons de manger la plus grande partie du reste des bœufs et chevaux.
« Nous aurons à nourrir dans les postés de trois à quatre mille personnes, y compris les sauvages, ce qui achèvera de consommer le peu de ressources qui pourront rester dans la colonie.
« Nous n'avons d’autres ressources pour faire subsister les troupes, que de les faire nourrir par les habitants des gouvernements de Montréal et des Trois- Rivières; celui de Québec ayant été dévasté par les armées, à peine pourra-t-1l suffire pour nourrir ses habitants.
« Nous conserverons trois frégates pour qu'au printemps nous puissions garder le courant du Richelieu, pour empêcher que les ennemis ne remontent le fleuve, avec leurs berges ou d’autres bâtiments, jusqu'aux Trois-Rivières et même jusqu'à Montréal.
« Si le roi veut soutenir cette colonie, elle n'est pas encore sans ressources, et s’il lui plaît d'envoyer au mois de mai une escadre qui devance celle d'Angleterre et qui nous rende maîtres du fleuve, avec six mille hommes de troupes de débarquement et quatre mille hommes de recrues pour les bataillons et les troupes. de la marine qui sont ici...
« Si le roi ne juge pas devoir donner du secours, je dois vous prévenir qu'il ne faut plus compter sur nous à la fin du mois de mai. Nous serons obligés de nous rendre par misère; manquant de tout, il nous restera du courage, sans aucune ressource pour le mettre en usage, »
La garnison de Niagara, échangée pour d’autres prisonniers, rencontra sur les frontières l’armée d’'Ambherst qui rentrait dans ses quartiers d'hiver. Le capitaine Pouchot y fut félicité pour sa belle défense et fêté par les officiers anglais.
Les preuves d'inexpérience données par Bougainville au cours du siège de Québec le firent reléguer au
.second rang par Lévis. Le général se disposait à parür pour Montréal, afin d'y préparer durant l'hiver sa * fameuse campagne de 1760. Avant de quitter Jacques-
Cartier, il remit le commandement de ce poste avancé à un soldat éprouvé, le major général Dumas, qui s'était si fort distingué à la Monongahéla, et tout récemment à la bataille d'Abraham. Sur les six cents hommes qu'il lui laissa, deux cents environ resteraient aux ordres de Repentigny, à la Pointe-aux- Trembles. À l'ile aux Noix, M. de Lusignan commanderait les quatre cents soldats de garnison, tandis que le colonel de Bourlamaque irait prendre quelque repos à Montréal. Aux rapides, le capitaine Desandrouins continuerait les travaux du fort Lévis avec trois cents hommes. Le régiment de la Reine prit ses quartiers d'hiver sur la rivière Chambly, celui de Guyenne entre Sorel et Varennes, Royal-Roussillon à Boucherville ét à Laprairie, Béarn dans l'ile de Montréal, la Sarre à l’île Jésus, Berry entre Terrebonne et Berthier, et Languedoc dans le gouvernement des Trois-Rivières.
Dans les derniers jours de novembre, la bordée de neige de la Sainte-Catherine étendit comme d’habitude son voile blanc sur le front chauve du cap Diamant et sur la contrée qu'il domine. Les vieux
chasseurs prédisaient un hiver précoce et rigoureux : ils faisaient remarquer le départ hâtif des outardes, des barnaches et autre gibier d'automne. Ils prétendaient en voir encore des indices dans l'instinct prévoyant des hôtes forestières. À la mi-décembre, le fleuve charriait déjà d'énormes champs de glaçons. L'hiver du Canada était définitivement établi, avec ses avalanches de neige enveloppant tout de sa blancheur uniforre, ses ouragans, ses nuages de poudrerie, ses froids hyperboréens, ses bises glaciales fouettant les joues, les déchirant comme des morsures. Et quand Île ciel redevenait serein, le soleil versait un déluge de lumière sans chaleur sur la nappe éblouissante déroulée à perte de vue; puis venaient les longues nuits claires, avec leurs auréoles boréales et leurs myriades d'étoiles. Les soldats, trop légèrement vêtus, ne savaient comment se défendre contre les rigueurs d'un tel climat. Les sentinelles, quoique relevées d'heure en heure, revenaient avec les pieds, les doigts insensibles, et presque sans connaissance. « Il y a eu à Québec, écrivait Malartic, deux sentinelles de gelées; nos partis enlèvent quelquefois celles des postes avancés. »
À Montréal, la population avait à lutter contre un ennemi plus redoutable que le climat : c'était la faim. Jamais, depuis le commencement de la guerre, elle ne s'était aussi cruellement fait sentir. Une barrique de vin se vendait deux mille quatre cents livres, un minot de sel de trois à quatre cents; le pain valait huit sous la livre, le lard quarante, le bœuf vingt; un chou coûtait vingt sous, une douzaine d'œufs cinquante. Durant l'été suivant, la barrique de vin
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fut portée jusqu'à dix mille livres, et le reste en proportion.
A la fin de l'automne, l’armée avait suivi par la pensée la garnison de Québec embarquée pour l'Europe. À la veille du départ, quelques-uns de ses ofliciers, comme Joannès, Marcel et autres, avaient obtenu l'autorisation d'aller dire adieu à leurs camarades à Jacques-Cartier, et s'étaient chargés de mes- ;sages pour leurs familles et leurs amis. Durant la dernière campagne, on avait été privé de toute communication comme pendant l'hiver. Les derniers liens qui rattachaient au vieux monde s'étaient brisés au départ de la flotte du munitionnaire. Personne ne pouvait dire quand ces liens pourraient être renoués. Le chevalier Le Mercier avait été chargé par Vaudreuil d'aller exposer à la cour de Versailles l'extrémité où était la colonie, et demander de prompts et énergiques secours. Îl avait emporté avec lui les dernières dépêches du gouverneur et la correspondance des officiers civils et militaires.
Le peuple aussi bien que l’armée sentaient que le dénouement de la crise ne pouvait tarder. Cette pensée rendait les uns et les autres plus impatients de la paix : les Français pour rentrer dans leur patrie, les Canadiens pour rétablir un peu d'ordre dans leurs foyers dévastés et réparer leurs ruines. En attendant, la société de Montréal s’étourdissait comme avait fait celle de Québec durant les hivers précédents.
Vaudreuil et Lévis fermaient les yeux ou ne réagissaient que faiblement contre ces entraînements, qui surgissaient en partie de la situation. Ces amusements jetaient la Ville dans un tourbillon qui y maintenait
la vie et faisait oublier bien des privations. Les deux commandants étaient d’ailleurs absorbés par un bien plus grand souci : celui de préparer la revanche. La parfaite entente qui régnait entre eux doublait leurs moyens d'action; d'autre part, le tyrannique intendant, menant de front, comme toujours, les plaisirs et les affaires, créait des ressources à force d'activité, portait partout son œil d'oiseau de proie, et se faisait livrer par les habitants ce qui leur restait de grains et de bestiaux, sans autre compensation qu'un papiermonnaie tellement discrédité, qu’on n’en voulait plus. « Guerre et pitié ne s’accommodent point, » écrivait-il à Lévis.
Le plan de campagne du général fut prêt avant le 1° décembre : il était aussi hardi que promptement conçu et clairement élaboré. Dans le mémoire qu'il présenta au gouverneur, il lui faisait comprendre que la célérité était la condition du succès, et.il proposait d'emporter Québec d'assaut au cœur de l'hiver. Vaudreuil, séduit par l'exposé lucide du général, donna son assentiment sans hésitation, et l’entreprise fut résolue. On prépara un grand nombre d’échelles et tout ce qui était nécessaire à l'expédition. L'ordre de marche fut même écrit et prêt à être proclamé. La question la plus difficile était celle des vivres; on espérait cependant la résoudre. Chaqué habitant fut requis de tenir prêt un mois de provisions, tant pour lui-même que pour les soldats qu'il logeait. Mais un obstacle imprévu força d’ajourner l'expédition : les froids excessifs firent arrêter les moulins et empêchèrent de réduire les blés en farine. On fut même obligé de faire descendre près des deux tiers de la
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