‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 21 sur 26 · OS RE 2 TES · texte numérisé non relu

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garnison du fort Lévis, sans quoi elle serait morte de faim. Le général aurait voulu entretenir pendant tout l'hiver un gros corps de sauvages et de coureurs canadiens dans les bois de Lorette, d'où ils auraient fait des courses continuelles aux environs de Québec, pour empêcher la garnison anglaise de couper du bois et la tenir nuit et jour en alerte; mais la même difficulté des vivres le contraignit à renoncer à ce projet. Le major Dumas, réduit à sa faible garnison de Jacques-Cartier, ne put que détacher de petits partis pour inquiéter les avant-postes anglais. Ceux-ci s'étaient établis avec du canon dans les églises de Lorette et de Sainte-Foye, qu'ils avaient entourées de solides retranchements palissadés, munis de nombreuses garnisons.

Le fort Jacques-Cartier, dont on distingue encore très bien les restes sur le côté droit de la rivière, avait une forme oblongue fort irrégulière. Son enceinte contournait la crête d’un promontoire qui rappelle Québec en miniature. Les constructions du fort étant trop petites pour loger toute la garnison, une partie des soldats s'étaient fait à l'extérieur des cabanes avec tout ce qu'ils avaient pu trouver. La misère s'y montrait plus grande encore qu'à Montréal. Les troupes étaient presque nues; leurs vêtements, usés et déchirés, tombaierit en loques. Elles ne pouvaient vivre qu'en achevant de ruiner les habitants des paroisses environnantes.

Le fort Jacques-Cartier devint le dépôt général du matériel et de l'équipement destinés à l'expédition contre Québec. Lévis n'avait attendu que l'ouverture des chemins d'hiver pour en faire commencer le

transport, sur des traîneaux expédiés de Montréal et des forts voisins. Tandis que Bourlamaque, épuisé, gardait la chambre pour réparer ses forces ; que Bougainville, plus exténué encore, prenait le lit, le général ne paraissait pas s'apercevoir des fatigues et continuait à se livrer à un travail herculéen. Voyant l'impossibilité de faire avancer immédiatement son armée, il songea à profiter du temps où le passage des glaces devant Québec, au fort de l'hiver, y rend la traversée du fleuve difficile et dangereuse, pour porter un détachement de quatre cents hommes à la pointe Lévis. Par cette manœuvre, il enlèverait aux Anglais la meilleure partie de leurs approvisionnements venant de cette côte, et s'en servirait pour sa propre armée. Malheureusement la continuité du froid, retardant toujours la mouture des grains, fit ajourner jusqu'à la fin de janvier le départ de l’expédition. Le capitaine Saint-Martin, qui la commandait, émule de Repentigny en bravoure et en intelligence, n'arriva à la pointe Lévis que pour voir le pont de glace se former devant la ville.

La rumeur de l'attaque projetée du chevalier de Lévis y avait transpiré, causé de vives alarmes et donné cours à des rapports fantastiques. Le général français, disait-on dès le mois de novembre, rassemblait une armée de quinze mille-hommes, composée de troupes régulières et de tout ce qu'il y avait de plus aguerri parmi les Canadiens, et s’avancerait bientôt pour emporter Québec d'assaut. En décembre, on précisait le jour de cet assaut : il se ferait dans la nuit du 22; car le nouveau don Quichotte (c’est ainsi qu'on désignait le général) se vantait de venir diner

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à Noël dans Québec, à l'ombre du drapeau français. Il avait fait construire une quantité d'échelles, et exerçait ses troupes en leur faisant escalader des remparts de neige. Des informations prises à de meilleures sources firent taire les moqueries.

L'infatigable Repentigny se montrait si actif, avec sa poignée d'hommes campés à la Pointe-aux- Trembles; il surprenait, tuait ou enlevait si souvent les sentinelles ou quelques-uns des « bûcheurs », qu'on craignait l'apparition de ses francs-tireurs jusque sous les murs de Québec. Ses partis de sauvages venaient de prendre coup sur coup six Anglais qui s’amusaient à patiner sur les glaces au pied du cap. Le général Murray réitéra la défense déjà faite de ne laisser franchir les portes de la ville à aucun soldat sans qu'il eût un passeport.

Saint- Martin se fortifia dans l’église et le presbytère de la pointe Lévis, et mit en marche plusieurs convois de vivres. Connaissant bien quel épouvantail étaient les sauvages pour les Anglais, il fit savoir à Québec qu'il avait à sa disposition un bon nombre d’habiles perruquiers prêts à faire la chevelure à tous les demandants.

Le 13 février, à la pointe du jour, le major Dalling traversa le fleuve sur la glace avec l'infanterie légère, quelques pièces d'artillerie, et commença à canonner l'église, pendant qu'un autre corps de deux cents hommes descendus plus bas l’attaquait du côté de l'est. Le capitaine de Saint-Mertin, dont le détachement était beaucoup diminué par l'envoi de plusieurs partis dans les paroisses environnantes pour y faire des levées de vivres, fut abandonné aux pre-

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miers coups de canon par les sauvages, qui gagnèrent les bois. Il fit cependant une résistance opiniâtre, jusqu'à ce que, se voyant sur le point d'être cerné par des forces supérieures, il se replia sur le coteau voisin, où il continua à se défendre, puis derrière des retranchements construits un peu plus haut pendant le siège, d'où il retraita en bon ordre jusqu'au delà de la rivière Chaudière. Quoique les rangers qui s'attachèrent à sa poursuite fussent montés sur des raquettes aussi bien que ses hommes, ils ne purent lui faire que seize prisonniers, dont un officier.

La frontière du lac Champlain avait été fort tranquille dans le cours de cet hiver. Les Anglais s'étaient tenus renfermés dans Saint-Frédéric et Carillon, et les Français, faute de vivres, n'avaient pu y faire que de rares courses. A la fin de l'hiver cependant, M. de Langy y dirigea une découverte avec son habileté et son audace ordinaires. Il tendit une embuscade avec un parti de sauvages au-dessus de Saint-Frédéric, et fit neuf prisonniers, dont trois officiers. Ce fut son dernier exploit. À la descente des glaces, qui eut lieu peu de jours après, ayant voulu traverser le fleuve pour aller à la chasse, son canot chavira sur un glaçon, et il se noya. Sa mort fut un deuil pour toute la colonie. Aucun chef de parti ne fut plus estimé ni plus digne de l'être.

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