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neur fit afficher une proclamation ordonnant à tous les citoyens d'évacuer la ville dans les trois jours.
Il est impossible, dit Knox, de ne pas sympathiser avec ces malheureux dans leur détresse. Les hommes ont prudemment retenu l'expression de leurs sentiments ; mais les femmes ont montré moins de réserve. Elles nous ont accusés de rompre la capitulation, disant qu'elles avaient souvent entendu dire que les Anglais sont des gens sans foi et qu'elles en sont maintenant convaincues. »
Le général Murray ignorait la présence de l’armée française au cap Rouge, lorsqu'une circonstance fortuite l'avertit de l'’imminence du danger. Le dimanche 27, à 2 heures de nuit, une sentinelle placée sur la frégate le Racehorse, alors abritée dans l’anse du Cul-de-Sac, crut entendre à travers le brouillard qui couvrait le Saint-Laurent de vagues lamentations ressemblant aux cris de détresse d’un homme qui se noie. La marée montante faisait refluer en ce moment une grande quantité de glaçons, dont on entendait le bruissement dans l'obscurité. Après - avoir oui des appels réitérés, la sentinelle ne douta point que ce ne fût quelque être vivant qui demandait du secours, et elle alla avertir le commandant. Le capitaine, Mac-Cartney, envoya sa chaloupe avec quelques marins à la recherche. Ils suivirent la direction d'où venaient les plaintes, et aperçurent un homme étendu presque gelé sur un glaçon. Ils le transportèrent à bord du vaisseau, où, à force de soins, on réussit à lui rendré la connaissance et la parole. Les révélations qu'il fit parurent si importantes, qu'on crut devoir en informer immédiate-
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ment le général, quoiqu'il ne fût que 3 heures du matin. Le mourant fut transporté dans un hamac à la haute ville et déposé au quartier général, où Murray, réveillé sur l'heure, lui fit raconter son aventure. Il était sergent d'artillerie dans l'armée descendue avec M. de Lévis pour prendre Québec. La batterie flottante, qu'il montait avec six hommes, avait été renversée dans la dernière tempête par une banquise de glace, sur laquelle 11 était parvenu à monter, tandis que ses compagnons se noyaient autour de lui. La nuit le surprit avant qu'il pût appeler du secours, et le baissant l’entraîna jusqu'à l'île d'Orléans, d'où il remonta avec la marée, qui le poussa le long des quais de la basse ville. Il eut le temps, avant d'expirer, de dire que Lévis arrivait avec une armée de douze à quinze mille hommes.
Murray fit aussitôt mettre la garnison sous les armes et sortit de la ville au lever du jour, avec les grenadiers, cinq régiments et dix pièces d'artillerie, pour reconnaître les positions des Français, leur disputer le terrain et au besoin replier ses avantpostes. Il disposa ses troupes dans la rangée de maisons qui bordaient le chemin de chaque côté de l'église de Sainte-Foye, et fit canonner l'avant-garde française qui se montrait sur sa gauche aux abords de la forêt. Lévis, qui en ce moment poussait avec Bourlamaque une reconnaissance sur le chemin de Lorette, comprit la position avantageuse prise par Murray. Le village de Sainte-Foye est situé sur une colline qui, du côté de l'est, s'élève à mesure qu'elle s'approche de Québec, où elle prend le nom de côte Sainte- Geneviève, et du côté de l’ouest se prolonge
en pente moins raide jusqu'à la rivière du cap Rouge. En face de Sainte-Foye, cette colline devient un plan incliné, au pied duquel s'étend une savane connue sous le nom de la Suète. Cette savane était couverte d'une épaisse couche de neige détrempée par la pluie. C'était le chemin que devait suivre l’armée. Lévis savait que Murray était fortifié avec du canon dans l'église de Sainte-Foye et dans les maisons voisines « qui se flanquaient ». Il aurait fallu, pour l'y forcer, monter l'artillerie par des chemins impraticables, le: ‘“léboucher ensuite à travers des bois marécageux et se former sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie. L'armée était d’ailleurs accablée par trente heures de fatigues, outre que le temps était encore affreux : une pluie glaciale continuait à tomber. Le chevalier résolut d'attendre l'entrée de la nuit pour se mettre en marche et tourner par la droite la position des ennemis. Il venait d'arrêter ses colonnes qui débouchaient du village de Lorette, lorsqu'il aperçut l'église de Sainte-Foye en flammes et le toit voler en éclats. Les Anglais se retiraient en faisant sauter leur dépôt de munitions. Le général ordonna immédiatement une marche en avant, et à 6 heures du soir il était en possession du village de Sainte-Foye. « Cette marche, dit Malartic, a été aussi dure que pénible. Tous les officiers l'ont faite à pied et ont eu à souffrir, aussi bien que les soldats, de la pluie, de la neige, ainsi que de l’incommodité de marcher dans l'eau jusqu'à demi-jambe. » La cavalerie et les grenadiers poursuivirent les Anglais jusqu'à une demi- £ lieue de la ville, où ils avaient un poste fortifié dans une maiso=, et un moulin à vent appartenant à un
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nommé Dumont, situé au nord du chemin de Sainte- Foye, sur une petite éminence couronnant la côte Sainte-(Greneviève. Sur l'emplacement de ce moulin s élèvent aujourd'hui la colonne et la statue de Bellone, érigées en souvenir de la lutte héroïque qui S'y livra le lendemain. L'armée se cantonna dans les maisons et les granges du chemin de Sainte-Foye et des environs de Sillery.
Avec des forces toutes composées de troupes régulières et le magnifique train d'artillerie dont il disposait. Murray se croyait sûr de battre les restes de l'armée vaincue qu'amenait Lévis. Le ramassis de miliciens dont ce général l'avait augmentée ne lui inspirait que du mépris.
La nuit avait été calme et sereine. Aux premières lueurs de l'aurore, le chevalier de Lévis était monté à cheval ct s'était avancé vers les plaines d'Abraham, pour choisir le terrain sur’ lequel il voulait attendre l'ennemi s'il se présentait. Sa tactique de la veille lui faisait croire qu'il se tiendrait sur une stricte défensive. Le général avait fait même dire aux transports d'aborder à l’anse du Foulon pour y descendre les vivres, qu'il avait l'intention de faire distribuer immédiatement à l'armée. Lorsque, suivi de son étatmajor et d’une escouade de cavaliers, il émergea du bois de Sillery, la plaine, éclairée par les rayons obliques du soleil levant, lui parut presque déserte. Des taches de neige ou des flaques d’eau glacée marquaient çà et là les ondulations du terrain. Les branches dénudées des buissons couverts de givre et de verglas étincelaient comme des cristaux sous
les premiers feux du jour, L’herbe, qui commençait
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à poindre sur les pentes orientales de la falaise, faisait pressentir le retour du printemps. A trois quarts de lieue en avant, le cap Diamant dressait vers l’est sa cime frangée de lumières. De rares détachements anglais se montraient à l'horizon. L'un d'eux abandonnait une redoute placée droite sur une éminence dominant l’anse di Foulon. Le général la fit occuper par des cavaliers à pied, et s’avança au delà pour reconnaître de plus près le mouvement de l'ennemi.
Murray était sorti de la ville avec toute sa garnison, précédée de vingt-deux pièces d'artillerie, dont deux obusiers. Chaque soldat portait, outre ses armes, soit un pic, soit une bêche, comme si le général n'avait eu que l'intention de se retrancher en avant des fortifications. Était-ce pour dissimuler son véritable dessein, et laisser croire qu'il ne s'était déterminé qu'au moment de l’action? Il est assez difficile d'en douter, quand on considère sa précipitation à engager le corabat. Arrivé aux Buttes-à-Neveu, il déploya ses régiments en ordre de bataille sur deux lignes de front, et se mit en marche vers les hauteurs où, l'automne précédent, Wolfe avait attendu l’armée de Montcalm. C'est à ce moment que Lévis les vit surgir du ravin, couvrant toute la plaine depuis la cime du rivage jusqu’au chemin de Sainte-Foye. [ls avançaient n étendant leurs lignes, afin d'occuper le plus d'espace possible sur le plateau. Dès que le chevalier eut reconnu qu'il avait affaire à toute l’arméc anglaise, :! fit retirer de la redoc & les cavaliers, et donna ordre au major général Montreuil de resserrer ses troupes et de les pousser de l'avant. Il
enjJoignit en même temps à Bourlamaque de placer cinq compagnies de grenadiers dans le moulin et la maison de Dumont, que les Anglais avaient abandonnés pendant la nuit, et de porter les cinq autres compagnies sur une petite hauteur commandant la droite. Ses deux ailes ainsi appuyées, il posta M. de Lapause au débouché du chemin de Sainte- Foye, par où s'avançait l'armée, pour indiquer à chaque commandant la place assignée à ses bataillons. Les deux brigades de la droite, celles de Royal- Roussillon et de Guyenne, eurent le temps de se mettre ea position, et la troisième, celle de Berry, débouchait du chemin, lorsque l’armée anglaise, à qui Murray avait fait jeter ses outils, parut sur le terrain élevé au bas duquel défilaient les régiments français. En avant du moulin de Dumont, le brave d'Aiguebelle, avec ses grenadiers, contenait l'infanterie légère de Dalling, tandis que ceux de la droite refoulaient les volontaires et les rangers &e Haon. Murray, avec son état-major, se porta à quelques pas en avant de ses lignes. Il se vit alors en présence d'un spectacle capable d’enflammer une âme moins ardente que la sienne. Le terrain qu'il occupait était aussi favorable que celui où Wolfe, au mois de septembre précédent, avait foudroyé l’armée de Montcalm. {: avait, de plus, une artillerie formidable et une armée encore toute pleine du souvenir de sa victoire. Sur sa gauche, il était maître de la redouie que venaient d'abandonner les cavaliers français. À sa droite, l'infanterie légère n'ésait qu à quelques pas du moulin äe Dumont. En arrière de ce moulin se
creusait, mme une défense naturelle, une ravine au 9*
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fond de laquelle coulait un ruisseau, gonflé par la fonte des neiges, et qui venait tomber en cascade dans la côte Sainte-Geneviève. Sur la lisière de la forêt de Sillery s'avançaient à grands pas les brigades de Berry et de la marine, qui allaient prendre poste au centre, tandis que le bataillon de Béarn émergeait du chemin de Sainte-Foye. La droite seule de Lévis achevait de se ranger en bataille.
Le moment ne paraissait pas pouvoir être plus propice pour écraser en détail “haque tronçon de l'armée française. Murray commanda l'attaque. L'arüllerie ouvrit, à cent pas de distance, un feu de mitraille qui fit un effet terrible, principalement sur les deux dernières brigades en marche. Lévis aperçut le danger et prit sur-le-champ la résolution hardie de faire retraiter son armée à l'entrée du bois. Il alla lui-même ordonner ce mouvement, qui, dit-il, « s'exécuta avec la plus grande valeur et activité sous le feu du canon et de la mousqueterie. » Murray se méprit sur cette marche rétrograde : il crut à un commencement de fuite et ordonna à ses troupes de charger en inclinant vers la droite, pour s'emparer du moulin et de la maison de Dumont, qui commandaient le chemin de Sainte-Foye. Plusieurs pièces d'artillerie balayaient déjà cette route, en travers de laquelle commençait à se déployer la brigede de
.la Sarre, formant la gauche des Français. Une lutte
furieuse s'engagea autour du moulin entre les grenadiers et l'infanterie légère, derrière laquelle s'avançait toute la droite anglaise, composée des régiments de Webb, d'Amherst et d'une partie du Royal-Américain, aux ordres du colonel Burton. Les grenadiers,
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écrasés par le nombre, évacuèrent le moulin et se replièrent sur la Sarre. Lévis passait en ce moment devant sa ligne de bataille, tenant son chapeau au bout de son épée : c'était le signal convenu pour l'attaque générale. La brigade de la Sarre, que le vieux colonel Dalquier, qui la commandait, avait fait retirer un peu en arrière pour la former en alignement des autres brigades, ramena les grenadiers et reprit le moulin, ainsi que deux monticules voisins dominant la route. L'infanterie légère fut si maltraitée durant cette attaque, qu'elle se retira à l'arrière-garde et ne revint plus à la charge. A la droite, les cinq compagnies de grenadiers, soutenues par les francs-tireurs canadiens, venaient de chasser de la redoute les rangers et les volontaires et marchaient vers une seconde redoute, couronnant une butte à quelques pas plus loin. Les deux brigades de la droite, appuyées de trois pièces d'artillerie, disputaient le terrain avec opiniâtreté aux formidables Highlanders et 8x deux régiments de Bragg et de Lascelles, formant la gauche des Anglais.
L'attention du général français se portait surtout sur ses deux ailes; car le centre où combattait la masse des Canadiens, avec ia marine et Berry, lui parut toujours inébranlable. Chaque bataillon était précédé et flanqué d'une nuée de coureurs de bois, aux ordres du vaillant Repentigny, qui éclaircissaient les rangs anglais avec une effroyable rapidité. Ces admirables tireurs, répandus dans les plis du terrain, ajustaient avec la même précision que s'ils eussent été à la chasse, et abattaient un homme à chaque coup de fusil. Ils se couchaient ensuite pour laisser
passer la mitraille ou une décharge de mousqueterie, puis se relevaient de nouveau pour mettre en joue. Pendant plus de deux heures que dura la bataille, le gros des ennemis, formé des meilleures troupes d'Angleterre, essaya de profiter de l'avantage de la position pour écraser ces miliciens mal armés. Chaque fois il fut forcé de reculer et d'aller se reformer sous la protection de son artillerie.
Le colonel de Bourlamaque communiquait à la gauche qu'il commandait son invincible ténacité. Au plus fort de l'action, il traversa un instant vers la droite pour aller prendre des ordres du général. Pendant qu'il redescendait vers le chemin de Sainte-Foye, son cheval fut renversé sous lui, et un boulet lui emporta une partie du gras de la jambe. Il fut transporté chez M. de La Gorgendière, établi dans le voisinage.
Un détachement d'Écossais, envoyé pour remplacer l'infanterie légère, s'égorgeait en ce moment au moulin de Dumont avec les grenadiers de d’Aiguebelle. « Antagonistes dignes les uns des autres! dit le chevalier Johnstone, les grenadiers, la baïonnette au poing, forçaient les Highlanders de sauter par les fenêtres de la maison, et ceux-ci, la dague à la main. revenant par la porte, obligeaient les grenadiers de sortir par le même chemin. La maison fut prise et reprise plusieurs fois, et la lutte aurait continué tant qu'il y aurait eu un Highlander et un grenadier, si les généraux des deux armées ne les avaient rappelés et abandonné pour le moment la maison comme un terrain neutre. Les grenadiers étaient réduits à quatorze au plus par compagnie, et les Highlanders décimés dans les mêmes proportions. » Le chevalier
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de Lévis accourut pour soutenir la brigade de la Sarre de sa présence et traversa ensuite « de al gauche à la droite entre les deux armées, ordonnant en passant à ses brigades de charger », et aux grenadiers de s'emparer de la dernière redoute. L'élan fut irrésistible, et les rangers culbutés avec les volontoires, laissant à découvert le flanc gauche du régiment de Bragg, qui commença à plier.
La brigade de la Sarre, après avoir traversé le ruisseau, s’avançait sans tirer sur l'aile droite des Anglais. Elle n'en était plus qu'à une trentaine de pas; mais une épaisse couche de neige, dans laquelle elle s’enfonçait jusqu'aux genoux, l’empèêchait d'aller plus loin. D'ailleurs, le terrain qu'elle occupait, s'affaissant graduellement vers la côte Sainte-Geneviève, l’exposait au feu plongeant des canons anglais chargés à mitraille. Elle souffrait si cruellement et se trouvait en si grand danger, que Lévis envoya M. de Lapause, puis un autre officier, dire de faire demi-tour à droite et de s'appuyer à quelques maisons rangées un peu en arrière. Quoique l'ordre fût transmis par un homme aussi intelligent que Lapause, il fut mal interprété et faillit compromettre la journée. Malartic, n'osant y contrevenir, se porta sans rien dire à quinze pas en avant de la brigade, afin qu'elle vit qu'il fallait avancer. Une minute après, Dalquier, tout saignant d’une blessure qu'il venait de recevoir au côté, le rejoignit et lui dit :
« Major, je prends sur moi de contrevenir à l'ordre du général. Profitons de l’ardeur de nos soldats. Ne tirons pas, tombons sur l'ennemi avec la baïonnette, et nous le vainerons. »
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Puis, s'adressant aux soldats :
« Mes enfants, s’écria-t-il, ce n’est pas le temps de retirer quand on est à vingt pas de l'ennemi. Fon-
çons sur lui à la baïonnette, c’est ce qu'il y a de mieux à faire. »
Le centre, voyant avancer la gauche, fit la même manœuvre. Les grenadiers se jetèrent dans le moulin
et :
s'emparèrent des deux monticules, d'où il ne fut
plus possible de les déloger. Lévis arriva en ce moment, et dit à Dalquier :
« Vous avez rendu au roi le plus grand service possible en ne faisant pas demi-tour à droite. Tenez
Cin
q minutes : je vous réponds de la victoire. »
Le général disparut ensuite derrière les toufles
rbres disséminétes sur le plateau, et regagna la
droite. Le moment était venu de porter un coup
dé
SI, L'intention du chevalier était d'opérer un
mouvement de flanc avec les brigades de Royal-
Ro
ussillon et de la Reine, de refouler l'armée anglaise
vers la côte Sainte-Geneviève, de l'en précipiter et de
Jui
couper la retraite sur Québec. Mais, par suite
d'un ordre mal exécuté, la Reine se trouvait placé
en
le
arrière de l'aile gauche. Lévis prit sur-le-champ parti d'opérer son mouvement avec la seule bri-
gade de Royal-Roussillon, et en donna l'ordre à Poulariés, qui, profitant d'un pli du terrain, défila sans être aperçu le long de la falaise. La panique se répan-
dit
parmi les Anglais, quand ils virent briller les
rangées de baïonnettes sur la crête du rivage. Murray, éperdu, jeta son corps de réserve sur ses deux ailes à la fois; mais il était trop tard. « L’ennemi,
dit
Johnstone, prit la fuite avec une telle précipita-
tion et une confusion telle, qu'au milieu de la panique pas un soldat anglais ne put être rallié par les officiers. »
« Si la brigade de la Reine, dit Lévis, eût été à son poste, on aurait enveloppé les ennemis par leur gauche, et vraisemblablement on leur aurait coupé la retraite sur la place, ce qui aurait été décisif. Mais ils se retirèrent avec tant de précipitation, et ils étaient si près de la place qu'on ne put les joindre, nos troupes étant excédées de fatigue; mais ils abandonnèrent toute leur artillerie, munitions, outils, morts et blessés. »
Les Canadiens s'étaient montrés aussi fermes en rase campagne que les troupes régulières. Pendant que celles-ci se formaient à l'entrée de la forêt, ils avaient établi en avant d'elles un cordon infranchissable. Les Anglais, effrayés de la précision de leur tir, n’osèrent jamais s'approcher du bois. « Les Canadiens des quatre brigades, dit Malartic, ceux qui étaient dans les intervalles ou en avant des brigades, ont tiré longtemps et fort à propos. Ils ont fait beaucoup de mal aux Anglais. »
Le capitaine de Laas, du régiment de la Reine, qui commandait un détachement de Canadiens à l’extrème droite, ne reçut pas l'ordre de tourner l'aile gauche anglaise avec Royal-Roussillon. Il le fit cependant avec autant d'intelligence que de bravoure, et Lévis a noté cette charge comme une des plus brillantes de la journée. |
« L'armée des ennemis, dit le chevalier, était d’environ quatre mille hommes, et la nôtre d'environ cinq mille, dont deux mille quatre cents miliciens; mais
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il y a eu plus de quatorze cents hommes dudit nombre, comme la brigade de la Reine et la cavalerie, qui n'ont jamais eu part à l’action. Nous avions été obligés de laisser des détachements derrière, et nos sauvages, s'étant retirés, ne combatt'rent point. »
À la fin de l’action, Malartic fut blessé par un raisin qui vint mourir sur sa poitrine. « Ce coup, dit-il, me renversa et me causa une grande commotion. En revenant à moi, je me trouvai entre les mains d'un sergent et d'un soldat qui voulaient me relever. Je les priai de me laisser mourir sur la place. Comme ils me soulevaient malgré moi, je sentis quelque chose de froid glisser sur l'estomac. J'ouvris ma veste, que je trouvai percée, la partie inférieure du sein gauche grosse comme le poing et fort noire. » Malartic fut transporté à l'hôpital général, avec les blessés des deux armées.
Les Anglais avouèrent une perte de plus de milie hommes tués, blessés ou manquants. Le chiffre exact des morts du côté des Français fut de deux cent soixante-six, dont trente-trois officiers ; celui de leurs blessés s'éleva à sept cent soixante-treize, Sur ce nombre, les Canadiens avaient deux cent trois morts et blessés. Ils eurent à regretter le commandant du bataillon de Montréal, le brave colonel Réaume, et quelques-uns de leurs meilleurs officiers partisans, tels que les capitaines de Saint-Martin ét de Corbière. Les sauvages, qui, comme on vient de le voir, s'étaient lâchement tenus à l'écart durant l'action, ne poursuivirent pas les Anglais ea déroute. Ils se répandirent sur le plateau, pendant que l’armée victorieuse s’attachait au pas des fuyards, et scalpèrent indistincte-
ment les Français et les Anglais restés sur le champ de bataille.
La nouvelle de la victoire de Sainte-Foye se répandit rapidement de paroisse en paroisse et fit éclater une explosion de joie. Au premier moment, on se crut sauvé. La plupart des Canadiens, s'obstinant à espérer que la France ne les avait pas abandonnés, s’imaginèrent que les secours demandés avaient été expédiés, et que la flotte qui les apportait allait, comme l’année précédente, devancer celle des Anglais et fournir à Lévis les moyens de reprendre Québec, ce qui aurait décidé de la campagne.
« Mon général, lui écrivait Bougainville, agréez mon compliment sur votre belle victoire. J'en suis d'autant plus enchanté que j'y vois belles manœuvres dans l’action, diligence incroyable dans votre marche, et fermeté faite pour être citée. Ma foi! vous serez notre père, puisque vous nous avez rendu l'honneur, et ne prissiez-vous pas la ville, vous n'en serez pas moins couvert de gloire. Ah! mon général, vous n'avez pas voulu que je fusse avec vous! J'en ai une douleur mortelle. Mais dans ce métier il faut obéir et non choisir. Nous avons bien perdu, il n'était pas possible de le faire à moins. C'est ici une Jjubilation sans égale. Nous attendons avec impatience des nouvelles de la suite. C’est affaire à vous de ne pas perdre de temps.
« Rien ici de nouveau ; nous travaillons tandis que vous gagnez des batailles. »
Vaudreuil avait déjà écrit au chevalber :
« Il n’a fallu rien moins que votre expérience et votre coup d'œil militaire pour déterminer la victoire
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