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evalier veille dès le s les
nuages ternes qui planaient au-dessus di iec et s'enroulaient autour de la montagne du Serpent à sonnettes, passaient de longues bandes de barnaches et d'outardes, qui rasaient le promontoire, en jetant par intervalles leurs cris rauques auxquels répondaient les coups de fusil des chasseurs. Les sentinelles grelottaient sous les froides rafales qui balayaient les feuilles mortes ; et quand, le matin, le soldat sortait de sa tente ou de la caserne, il trouvait le sol couvert de givre et le bord du lac blanchi par une frange de glaçons. Un murmure de joie passa dans tous les rangs de l’armée quand, le jour de la Toussaint, le général annonça la levée du camp. La garnison de Carillon devait se composer de trois cents hommes de la ligne et de cent de la colonie, aux ordres du vigilant et brave d'Hébécourt, à qui échéait encore cette année ce poste avancé. M. de Lusignan commandait cent quatre-vingts hommes à Saint- Frédéric.
Dans la rade déserte de Québec, un dernier navire, la Sérieuse, attendait à l'ancre pour ailer à tout risque porter en France les adieux des exilés, avant que les glaces de l'hiver les eussent séparés pour sept à huit mois du reste du monde. Le 14 novembre, Montcalm écrivait à sa femme : « Quoique nos troupes soient parties de meilleure heure, ma très chère et bien-aimée, qu’en 1755 et 1756, nous avons éprouvé, sur le lac Champlain, un coup de vent qui
a dispersé notre flotte de bateaux comme ceux de
Saint-Cloud. Cela a été suivi d'un froid qui nous à
fait craindre de rester dans les glaces; mais, Dieu
merci, avec beaucoup de misères, d'embarras, tout g
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est rentré dans ses quartiers, et la misère oubliée. J'ai tâché de remédier, autant qu'il m'a été possible, au mal-être de l'officier et du soldat; il ne m'en coûle que quatre soldats et quelques frais d'équipage, mais l'objet n'en vaut pas la peine. Le chevalier de Lévis a couru personnellement quelque risque; pour moi, J'avais, au milieu de la tempète, le bateau qui portait César et sa fortune... En vérité, il semblait que mon bateau eût quelque avantage sur les autres, J'ai toujours été, malgré la violence du vent, et ai devancé de quarante-huit heures mon chevalier avec qui je suis parti; mais nous voici enfin tranquilles jusqu en mai.
« Nous avons fait de notre mieux en 1756-1757- . 1758. Ainsi soit en 1759! Dieu aidant, si vous ne faites la paix en Europe... Je souhaite que mon fils se soit bien tiré, que le chevalier étudie bien, que mes filles se portent à merveille, ma mère et vous tous, ma très chère, que j'aime tendrement pour toujours. Quand irai-je en carrosse, au lieu de bateau et de traîneau, et quand vous verrai-je!? »
Montcalm avait hâte de quitter Montréal pour être débarrassé de la présence de Vaudreuil, et aussi pour retrouver le petit cercle de familles canadiennes qui l'avaient captivé; car, disait-1l à Bourlamaque : « Je suis attaché sans réserve à toute la rue du Parloir. »
Il était de retour à Québec dans les derniers jours de décembre et recommençait ses promenades habituelles de la rue des Remparts à cette petite rue, où
1 Lettres à Mme la marquise de Montcalm et à M. de La Bourdonnaye.
il oubliait une partie de ses déboires dans les amusements qu'il se reprochait parfois à lui-même, car ils ne seyaient ni à son âge ni à sa position, encore moins à l'heure présente. Il reprit en même temps avec son ami Lévis cette correspondance où, sans y songer, il a tracé un tableau si vivant de la société qui gravitait autour de lui.
Pendant que la grande société se livrait à tous les divertissements, le peuple mourait de froid autant que de faim. Le thermomètre était descendu à vingtsix degrés et demi, et le pont de glaces était pris devant Québec.
La conduite chrétienne et rangée du marquis et de la marquise de Vaudreuil à Montréal était une censure de ce qui se passait à Québec. Montcalm avait quelques remords de s’y voir compromis. Il n'aurait pas voulu donner cette arme à Vaudreuil. Celui-ci était alors occupé d'un plus grave sujet : il faisait faire le recensement de tous les hommes, depuis seize ans Jusqu'à soixante, en état de porter les armes. Le gouvernement de Québec en compta sept mille cinq cent onze; celui de Montréal, six mille quatre cent cinq; et celui des Trois-Rivières, mille trois cent treize, formant un total de quinze mille deux cent vingt-neuf. Une levée de grains fut faite en même temps dans le gouvernement de Montréal. On espérait qu'elle rapporterait trente mille m'nots.
« On aura de la peine, remarque Lévis en constatant ce résultat, de pouvoir primer l'ennemi en campagne, faute de vivres. »
Les derniers bruits de fêtes échappés du palais de
‘ l'intendant ne s'éteignirent qu'au bruit du canon. Cette société insensée, qui jusqu'aux derniers moments avait jeté un insolent défi à la misère publique, allait avoir un terrible réveil. Elle était restée aussi sourde aux leçons des événements qu'aux avertissements de l'Église.
L'évêque de Québec l'avait dénoncée par des mandements si énergiques, qu'ils avaient soulevé des protestations. Dans celui de cette année il emprunlait des accents prophétiques :
« Ce qui doit nous faire craindre, disait-il, ce sont les divertissements profanes auxquels. on s'est livré avec plus de fureur que jamais ; cb *Sbnt les excès intolérables dans les jeux de hasard, ces'déguisements impies en dérision, ou pour mieux dire, ef haine de la religion; ce sont les crimes plus que jamais multipliés dans le cours de cet hiver. Voit ce qui nous oblige à tout craindre et à vous annoncer que Dieu lui-même est irrité; que sa main est levée pour nous frapper, et qu'en effet nous le méritons. Oui, nous le disons à la face des autels et dans l'amértume de notre cœur, ce n’est pas le nombre de nos ennemis, ce ne sont pas leurs efforts qui nous effrayent et qui nous font envisager les plus grands malheurs, tant pour l'État que pour la religion. Voilà la dix-huitième année révolue que le Seigneur nous a appelé, quoique indigne, à la conduite de ce vaste diocèse. Nous vous avons vus avec douleur souffrir souvent de la famine et de la maladie et presque toujours en guerre; mais cetté année nous paraît à tous égards la plus triste et la plus déplorable, parce que, en cflet, vous êtes plus criminels. Avait-on
canon.
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il, ce 1 s'est nt les déguire, eh s que eh nnonin est méridans bmbre i nous rrands igion.
gneur de ce soufesque raît à parce it-on
jamais entendu parler de tant de rapines honteuses ? Avait-on vu dans cette colonie des maisons consacrées, pour ainsi dire, publiquement au crimeP Avait-on vu tant d'abominations ? Dans tous les États la contagion est presque générale, »
M5° de Pontbriand ne tarda pas à voir fondre sur son diocèse les fléaux qu'il avait prévus, et il en mourut de chagrin.
Après le départ de Bougainville, toute la population, dont le sort dépendait de son voyage, l'avait sui, i en imagination, se demandant avec anxiété s’il éviterait les croisières anglaises et parviendrait en France. Son vaisseau faillit périr avant de prendre la haute mer. et essuya une succession de tempêtes qui le mirent plusieurs fois à deux doigts de sa perte. Bougainwtle ne s’imaginait pas devenir le grand navigateur connu du monde entier quand il écrivait :
« Oh! qu'Horace avait raison de dire : Jlli robur et æs tripleæ, circa pectlus erat... Je serais bien tenté de pardonner à Énée les larmes qu'il verse dans les tempêtes. Un héros peut bien l'être et avoir peur de se noyer... © trois et quatre fois heureux le jardinier
qui plante ses choux! car il a toujours un pied à
terre, et l’autre n’en est éloigné que du fer d’une bêche.
1 Mandement du 18 avril 1789. Montcalm se sentit piqué à la lecture de ce mandement. « Le saint évêque de Québec vient de donner un mandement pour ordonner des prières publiques et demander à Dieu notre conversion. Le saint évêque aurait dû se dispenser d’y parler des mascarades indécentes qu'il prétend y avoir eu cet hiver à Québec. Il aurait dû aussi entrer en moins de détails sur le danger où est la colonie, » (Journal de Montcalm).
« Le vendredi (1° décembre), l'équipage fit un vœu et se cotisa pour une messe solennelle à l’arrivée de la première terre, afin d'o'tenir changement de temps. Qu'on juge, par cette démarche de cette gent indévote, combien notre situation était mauvaise. »
Une dernière tempête fut sur le point de briser le vaisseau sur les côtes de France.
« L'équipage, dit-il, voua d'aller processionnellement nu-pieds et en chemise entendre la messe déjà promise... à la première terre où le vaisseau aborderait!. »
On aperçut les côtes de France en face du port d'Ouessant. Le 22 décembre, deux jours après son arrivée à Paris, Bougainville écrivit à la marquise de Saint- Véran :
« Madame, M. le marquis de Montcalm, duquel je me suis séparé le 20 octobre, jouissait d’une très bonne santé... Dans ce moment où je ne me reconnais pas encore, je n'ai que le temps de vous faire part de l'extrême joie que j'ai de voir que tout le monde (et j'en ai déjà vu beaucoup, et à la cour et à la ville) rend justice à monsieur votre fils. Il est ici aimé, respecté; il étonne même. Que je le voudrais à portée de jouir lui-même ici de sa réputation et de ses succès!... Je vais aujourd'hui m'établir à
Îles. J'y suivrai tout ce dont M. le marquis de
…calm m'a chargé, et j'aurai l'honneur de vous anstruire de tout aussitôt que je l'aurai. »
Le 16 janvier, il ajoutait :
« Depuis le moment de mon arrivée je n'ai pas
4 Bougainville, Journal de navigation de Québec en France,
fit un l'arrient de e gent ise. »
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duquel e très recons faire tout le ret à est ici budrais ion et juis de e vous
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quitté Versailles, et j'y ai suivi avec toute la chaleur et la patience dont j'ai été capable les affaires tant publiques que particulières dont mes généraux m'ont chargé. »
Bougainville déploya tou: le zèle dont il se targuait; mais il fut complètement berné à la cour, et il devait l'être avec les dispositions d'esprit qu'il y apportait. Au lieu d'un émissaire passionné et partisan comme lui, il aurait fallu un homme froid et impartial comme Lévis, où du moins, puisque Lévis était indispensable au Canada, un homme de sa trempe, qui se fût mis au-dessus des querelles de partis pour n’envisager que À: bien général. Bougainville songea avant tout à se faire l'avocat de l'armée au détriment de la colonie. Il commença par épouvanter la cour par l'exposé des dépenses et des concussions trop réelles qui s'y faisaient. La cour, qui ne cherchait qu'un prétexte pour abandonner le Canada, saisit avidement celui-ci. Qu'étaient-ce cependant que les dépenses? Qu'était-ce même que le péculat, quand il s'agissait de garder à la France un continent? Le budget de M"° de Pompadour était à lui seul plus considérable que celui du Canada,
Bougainville avait soumis aux ministres un exposé clair et concis, résumant les différents mémoires que
1 Si on y comprend surtout ce qu'a coûté sa politique. L'Angleterre n'hésita pas à dépenser deux milliards de francs (quatre-vingt millions de livres sterling) pour l'acquisition du Canada. ( Lettre de lord Chesterfield, 13 novembre 1762.) I1 faut ajouter à ce chiffre les dépenses faites pour le même objet par chacune des colonies anglaises.
Montcalm l'avait chargé de présenter. Il faisait d’abord un parallèle entre les forces des deux parties belligérantes : d’un côté les Anglais, avec plus de trois cent cinquante lieues de côtes ouvertes aux secours d'Europe, allaient avoir sous les armes, au printemps, soixante à quatre-vingt mille hommes, dont vingt à trente mille de la vieille Angleterre, tous abondamment pourvus de munitions de bouche et de guerre; de l’autre les Français, à peine accessibles par le Saint-Laurent, « avec trois mille quatre cents soldats de la ligne, douze cents de la marine, et'au plus cinq à six mille miliciens » manquant de tout, même de poudre, « au point que si les Anglais viennent à Québec, on n'a pas de quoi tirer du canon six Jours. » |
Dans la seconde partie du mémoire, 1l expcsait les besoins les plus impérieux pour continuer la guerre, recommandait l'incorporation de la milice dans l’armée régulière, et demandait au moins quinze cents hommes de recrues, en y comprenant des ingé- -nieurs, des canonniers et des armuriers, avec autant de vivres et de munitions que possible. Enfin il suggérait, en prévision de l'abandon du Canada, un plan de retraite sur la Louisiane, pour conserver au moins un pied à terre en Amérique!.
On répondit à ces demandes par des éloges et des compliments «aux braves soldats du Canada ». On prodigua les grades et de stériles honneurs. Bougainville eut des audiences du roi. Il se mit aux pieds
1 Collect. Lévis. Bougainville, Mémoires à la cour, 12 janvier 1753.
d’abord s bellile trois secours 1 prins, dont e, tous iche et essibles re cents >, et-au le tout, Anglais 1 canon
> posait uer Ja milice s quinze es Ingéautant il sugda, un rver au
s et des On propugain-
X pieds
12 jan-
de M"° de Pompadour ; mais il n’obtint aucun secours efficace.
Le ministre Berryer, ennuyé de ses sollicitations, lui adressa un jour cette incroyable boutade :
« Monsieur, quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries. |
— On ne dira pas, du moins, que vous parlez comme un cheval, » répondit cavalièrement Bougainville.
Montcalm fut élevé au grade de lieutenant-général avec de beaux appointements, et décoré du cordon rouge; Vaudreuil fut nommé grand-c'oix de Saint- Louis; Lévis, maréchal de camp; Bourlamaque et Senezergues, brigadiers ; Bougainville, colonel et chevalier de Saint-Louis. « On ne sait, disent les Mémoires sur le Canada, ce qui mérita au sieur de Bougainville le grade de colonel; car il ne fit aucune action de remarque. On attribua son avancement à la faveur de M"° de Pompadour, ce qui tint lieu de mérite, »
La cour distribua beaucoup d’autres « grâces », fit un grand nombre de promotions ; mais elle oublia d'envoyer du pain aux colons affamés, On annonça un envoi de, vingt-cinq mille quarts de farine et d'autant de lard; mais tout se réduisit à six mille quarts, le reste était pour le compte de 1x Société, « Pour toutes troupes, on expédia trois cen's hommes de recrues, quatre ingénieurs , vingt-quatre canon- . niers, ouvriers et armuriers, avec des armes et des munitions pour la campagne!. »
! Lettres de la cour de Versailles, Bougainville à Montcalm, p. 112.
Bougainville, grisé par les honneurs qu'il avait reçus, quitta Paris avec l'illusion d'un beau succès. De Blaye, où il s'était arrêté en se rendant à Bordeaux, il écrivit à Montcalm une lettre confidentielle chiffrée, où il lui annonçait le résultat de sa mission : « L'incorporation de la mi'ice approuvée et recommandée, retraite à la Louisiane admirée, non, acceptée... La magie des sauvages, leur caractère, celui des Canadiens, les âneries, jalousies, intérêts, friponneries bien développées. La cour furieuse de la dépense. Lettre forte à M. Bigot. M. Péan déconcerté!. M. Vaudreuil, connu sans talents, sera soutenu par la marine.
« Battez-vous jusqu'à extinction; mais, si vous ne perdez pas tout, prétendez à tout; vous êtes l’homme du jour... Doreil, arrivé un mois après moi, tout étant fini, est toujours le même, a eu la croix de Saint-Louis.
« Le roi nul; M"° la inarquise toute-puissante, premier ministre. On lui avait dit que vous étiez trop vif; J'ai détruit l'impression; a toutes bontés pour moi.
« Toujours à la cour, j'ai peu vu les gens de Paris... Enfin ne perdez pas tout, et vous serez tout. Vous n'avez ni ennemi, ni même aucun jaloux... Je vous nommerais toute la France, si je voulais nommer toutes les personnes qui vous aiment et vous veulent maréchal de France. Les petits enfants savent votre nom, et le Te Deum chanté pour l'affaire de
1 Le chevalier Péan avait passé en France l'automne précédent.
avait 1CCèS.
Boritielle misrée et , non, ctère, érêts, de la léconutenu
Jus ne omme , tout )ix de
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Carillon doit vous faire plaisir et aux troupes, car le roi dit dans sa lettre : Mes braves soldats du Canada.
« Le roi, en me faisant le même jour colonel et chevalier de Saint-Louis, a dit qu'il faisait là une chose extraordinaire, mais qu'il le faisait exprès. Vous portez bonheur à ce dont vous vous mêlez. »
Bougainville rédigea en même temps une autre lettre qui pouvait être communiquée au marquis de Vaudreuil.
Quant à son ami et son compagnon de jeux, M. Bigot, il aurait été rappelé immédiatement et mis en jugement, sans l'influence de M. de Puysieux et du maréchal d’Estrées, ses parents. M. Berryer envoya un commissaire, M. Querdisien-Trémais, examiner ses comptes, et lui écrivit : « On vous attribue directement d'avoir gêné le commerce dans le libre approvisionnement de la colonie. Le munitionnaire général s'est rendu maître de tout, et donne à tout le prix qu'il veut. Vous avez vous-même fait acheter pour le compte du roi, de la deuxième et troisième main, ce que vous auriez pu vous procurer de la première, à moitié meilleur marché. Vous avez fait la fortune des personnes qui ont des relations avec vous, par les intérêts que vous avez fait prendre dans ces achats et dans ces entreprises. Vous avez l’état le plus splendide et le plus grand jeu au milieu de la misère publiqu:... Je vous prie de faire de très sérieuses réflexions sur la façon dont l’administration qui vous a été confiée a été conduite jusqu'à présent. Cela est plus important que peut-être vous ne le pensez... »
Le vaisseau du capitaine Canon, qui portait Bou-
gainville et convoyait la flotte du munitionnaire, fit une assez courte traversée, échappa aux poursuites des croiseurs anglais, mais fut retenu pendant dixhuit jours dans les brumes et les glaces du golfe. Avril, avec ses avalanches de pluie et de soleil, avec ses alternatives de giboulées et de chauds effluves, ävait gonflé toutes les rivières et amené la débâcle du Saint-Laurent, pendant que les vaisseaux, impatiemment attendus, remontaient lentement le couts du fleuve. Enfin, le 10 mai, ils jetèrent l'ancre dans la rade de Québec. La nouvelle s’en répandit en quelques jours jusqu’à Montréal et Carillon.' C'était le premier événement de cette fameuse campagne de 1759, dont le dernier devait changer la face du continent américain.
« Jamais joie ne fut plus générale, dit le capitaine de Foligné* elle ränima le cœur de tout un peuple, qui, pendant le cours d’un hiver des plus durs, avait été réduit D un quarteron de pain et'uñe demi-livre de cheval. AT EM
Dans iles dispositions d'esprit Montcalm reçut-il les messages de France? Il l’écrivait à sa femme peu de jours auparavant. « L’ennui ne tue pas, et je le vois bien; ma santé a été médiocre cet hiver; quelquefois mon estomac, fluxion sur un œil, mais ce n'a été que des misères. Je me flatte cependant de soutenir les fatigues d'une campagne où il y aura travail d'esprit et travail de corps. Je voudrais avoir un grain de foi suffisant pour multiplier les hommes et les vivres. Cependant j'espère en Dieu; il a combattu pour moi le 8 juillet... Au reste, que sa volonté soit faite! Je mène ici une vie désagréable,
re, fit suites t dixgolfe.
, avec luves, ébâcle im pacours > dans lit én j'était pagne ce du
itaine -uple,
avait -livre
cut-1l e peu je le quelais ce nt de aura avoir mmes com- .
e sa fable,
je me ruine. Et incertain toujours si les nouvelles de France me consoleront, je les attends avec autant d’effroi que d'impatience. Être huit mois sans en recevoir | Et qui sait si nous en recevrons beaucoup cette année? Ah! s’il m'arrive quelque récompense, et le triste avantage de figurer une ou deux fois par an dans les gazeties, que je l’achète cher! On ne peut t'aimer plus isndrement, mon cœur; et quand mon retour?... Le moment où je vous reverrai sera le plus beau de ma vie. »
L'impassible Lévis ne laissait paraître aucune de ces tristesses. L'extrémité du péril semblait, au contraire, le mettre en verve. C'est précisément à cette date qu'il priait sa grande amie et parente, la maréchale de Mirepoix, de lui choisir une femme si cela lui plaisait, quoiqu'il eût, dit-il, peu de goût pour le mariage.
« J'ai appris avec un très grand plaisir que vous m'aviez fait accorder le grade de maréchal de camp, ce qui me met à portée de prétendre à tout; et Je suis actuellement susceptible de plusieurs grâces, comme d'être lieutenant général, inspecteur, d’avoir un gouvernement et même d'être fait cordon bleu ; il y en a toujours eu dans ma famille, et malheureusement 1l n’y en avait plus. On pourrait bien s’aviser de me faire cordon rouge à la première occasion, sans que je le demande. Je vous supplie d'avance de prévenir les ministres que je n'en veux pas, parce que c'est comme une exclusion du cordon bleu. »
Au maréchal de Belle-Isle, Lévis annonçait avec une parfaite sûreté de coup d'œil :
« Quoiqu'il paraisse que nous allons être vivement altaqués, je ne crains pas que les ennemis
puissent nous réduire dans une seule campagne. Nous devons tout attendre de la valeur des troupes, de la bonne volonté des Canadiens et de la bonne disposition où les sauvages sont à notre égard. Je vis dans la meilleure intelligence avec MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm ; ils font l’un et l'autre cas de mes avis. Je pense qu'il faudra nous défendre pied à pied et nous battre jusqu'à extinction. »
Bougainville, en embrassant son général, espérait n'avoir à lui annoncer que des joies de famille; mais, au moment de son départ, il avait appris la mort d'une de ses filles. Laquelle ? On n'avait pu le lui dire. « Je crois, écrivait le père désolé, que c’est la pauvre Mirette, qui me ressemblait et que j'aimais fort. »
Montcalm ne devait jamais éclaircir ce doute.
Le maréchal de Belle-Isle, dans la dépêche qu'il lui adressait, dissimulait mal son embarras en lui annonçant l'abandon de la France, que le petit nombre de troupes expédiées ne rendait que plus apparent.
« Outre, disait-il, qu'elles augmenteraient la disette des vivres, que vous n'avez que trop éprouvée jusqu’à présent, il serait fort à craindre qu'elles ne fussent interceptées par les Anglais dans le passage ; et comme le roi ne pourrait jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les efforts que l’on ferait ici pour vous en procurer n'auraient d’autre effet que d’exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables, pour conserver la supériorité qu'il s’est acquise dans ce continent. »
« Le rouge ne vous monte-t-il pas au front en
en, ft) OM ommt
igne.
1pes, onne Je vis rquis autre endre
Jérait alle ; ris la it pu y, que ; que
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lisant cette lettre, dit un écrivain français de nos jours, et croyez-vous qu'il ait pu se trouver, dans notre fier pays de France, un conseil de ministres pour la rédiger, un secrétaire d'Etat pour la signer‘? »
« Comme il faut s'attendre, continuait Belle-Isle dans sa dépêche, que tout l'effort des Anglais va se porter sur le Canada, et qu'ils vous attaqueront par les différents côtés à la fois, il est nécessaire que vous borniez votre plan de défensive aux points les plus essentiels et les plus rapprochés, afin qu'étant rassemblés dans un plus petit espace de pays, vous soyez toujours à portée de vous entre-secourir, vous communiquer et vous soutenir.
« IL est de la dernière importance de conserver un pied dans le Canada, quelque médiocre qu'en soit l'espace que vous pourriez conserver; Car, Si nous l’avions une fois perdu en entier, il serait impossible de le ravoir.
« C'est pour remplir cet objet que le roi compte sur votre zèle, votre courage et votre opiniâtreté, et que vous mettrez en œuvre toute votre industrie, et que vous communiquerez les mêmes sentiments aux officiers principaux, et tous ensemble aux troupes qui sont sous vos ordres... J'ai répondu de vous au roi, et je suis bien assuré que vous ne me démentirez pas, et que pour le bien de l'État, la gloire de la nation et votre propre conservation, vous vous porterez aux plus grandes extrémités plutôt que de jamais subir des conditions aussi honteuses qu'on a faites à Louisbourg, dont vous effacerez le souvenir.
“ X. Marmier, Lettres sur l'Amérique.
La confiance du roi est entière dans votre personne et toutes les qualités qu'il vous connaît. J'y ai bien confirmé Sa Majesté par les témoignages que je lui ai rendus. »
Dans la détresse où l'on était au Canada, qu'étaientce que les maigres approvisionnements qui accompagnaient les recrues amenées par Bougainville? Les vingt-trois navires arrivés à Québec n'avaient procuré que le tiers de ce qui avait été demandé. « Mais le peu est précieux à qui n'a rien, » répondait Montcalm au ministre. Et il concluait avec un courage qui ne devait pas se démentir : « J'ose répondre d’un entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou à périr. » Le gouverneur protestait des mêmes sentiments et mandait à la cour que la colonie entière était prête à mourir les armes à la main. Il disait vrai; car, malgré les vices de son administration, sa popularité était immense parmi les Canadiens, et il pouvait en obtenir tout ce qu'il voulait. Il était regardé avec raison comme le père du seuple. On savait qu'il était le seul de tous les gouvernants qui eût pris dans toutes les occasions la cause des colons, et que c'était en grande partie pour cela qu’il s’était attiré l’animadversion de l’armée. L'évêque et son clergé, dont l'influence était prépondérante, partageaient les mêmes sentiments. M6’ de Pontbriand et lui unirent leurs voix pour appeler aux armes. Tous les habitants devaient se tenir prêts à marcher au premier ordre avec leurs armes, leurs ustensiles et six Jours de vivres. Un seul officier par compagnié devait rester à domicile avec les vieillards, les infirmes el les malades.
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« Cette campagne, disait le gouverneur, donnera aux Canadiens grandement matière de se distinguer ; la confiance que j'ai en eux n'est point ignorée de Sa Majesté, que j'ai constamment informée de leurs services; ainsi elle s'attend à ce qu'ils feront tous les efforts qu’elle peut espérer de ses plus fidèles sujets ; d'autant mieux qu'ils défendront leur religion, conserveront leurs ferimes, leurs enfants, leurs biens et éviteront le cruel traitement que les Anglais leur préparent.
« De mon côté, ajoutait-il, je suis déterminé à ne consentir à aucune capitulation, convaincu des suites dangereuses qu'elle aurait pour tous les Canadiens. La chose est si certaine, qu'il serait incomparablement plus doux pour eux, leurs femmes et leurs enfants, d’être ensevelis sous les ruines de la colonie. »
Afin de connaître d'avance l'arrivée de la flotte anglaise, des sentinelles furent placées de pointe en pointe, depuis le bas du fleuve jusqu’à la Pointe- Lévis, avec ordre d’allumer-des feux de signaux dès qu'elle apparaîtrait. Les habitants des paroisses des deux rives situées au-dessous dé Québec devaient préparer des caches dans les bois, y bâtir des cabanes à la manièré des sauvages pour abriter leurs femmes, leurs enfants, leurs malades, leurs bestiaux et même leur mobilier. Les curés avaient ordre, à l'approche de l'ennemi, d'enlever le saint Sacrement des églises, avec tous les vases sacrés et les objets précieux, de les transporter dans les lieux de refuge, et d'y continuer de remplir les offices de leur ministère auprès de leurs paroissiens.
- = EE —— a — |
La déportation des Acadiens, en 1755; l’enlèvement des habitar&: de l'île Royale et de l'île Saint- Jean qui venait d'avoir lieu; l'incendie de toutes les habitations de ces îles ; celui de la côte de Gaspé jusqu'au Mont-Louis, d'où la flotte d'Amherst avait enlevé tous les habitants qui avaient pu être saisis : toutes ces dréprédations faisaient craindre le même sort pour le reste du Canada. Les Canadiens se croyaient pris entre l'alternative ou de mourir en combattant ou d'être proscrits comme leurs frères de l’Acadie.
L'évêque de Québec, qui avait la réputation d’un saint et qu'on savait attaqué d'une maladie mortelle, avait publié un mandement qui avait été écouté comme le testament du vénérable prélat. Il ordonnait des prières publiques, et recommandait à ses diocésains de se battre avec la même vaillance que leurs pères. Ils accouraient en foule dans les églises, en attendant de courir sous les drapeaux.
- Dès qu'on avait appris que les Anglais devaient envahir le Canada par trois côtés à la fois, en attaquant Québec à l'est, Carillon au sud et Niagara à l'ouest, on avait envoyé des ingénieurs mettre chacune de ces trois places dans le meilleur état de défense possible : Pontleroy à Québec, Desandrouins à Carillon, Pouchot à Niagara. Ce dernier avait ordre d'y relever de son commandement le capitaine Vassan.
Les séductions qu'exerçaient les Anglais dans.
l'ouest pour engager les tribus sauvages à se déclarer pour eux, ou du moins à rester neutres, avaient fait hâter le départ du capitaine Pouchot. Cet offi-
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cier, qui prévoyait l'impossibilité de défendre le faible fort de Niagara contre les forces imposantes qu'il allait avoir à combattre, ne consentit à partir que sur les sollicitations réunies de Montcalm et de Vaudreuil. En prenant congé de Montcalm, Pouchot lui dit : « Mon général, il y a apparence que nous ne nous reverrons plus qu’en Angleterre. » Les deux soldats ne devaient jamais se revoir. Dans six mois Montcalm ne serait plus, et Pouchot, appelé après la guerre d’Ainérique à se battre en Corse, irait tomber sous la balle d'un guérilla.
Il était parti de Montréal (27 mars) à l’époque la plus dangereuse de l’année, la fonte des glaces. Cent cinquante-sept Canadiens, aux ordres de M. de Repentigny, l’accompagnaient. « Les glaces, dit Pouchot, manquaient sous les pieds; plus de trente Canadiens s’enfoncèrent. Heureusement, en se retenant aux glaces, ils remontaient dessus. Il ne périt personne par une espèce de miracle. »
Cent cinquante Canadiens, commandés par M. Marin, et cent cinquante soldats de la ligne, aux ordres de M. de Villiers, les rejoignirent à la Pointe-au- Baril, trois lieues au-dessus de la Présentation, où le capitaine Pouchot hâtait l'achèvement de deux barques armées de dix canons, qu'on ÿ avait commencées l'automne précédent, dans le but de reprendre la supériorité sur le lac Ontario. A Niagara, le commandant se trouva à la tête de sept cents hommes, avec lesquels il avait ordre de réparer le fort et d'observer les mouvements des ennemis. S'ils osaient se hasarder dans le Saint-Laurent sans l’attaquer, il devait tomber sur leurs derrières avec toutes les
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forces réunies des différents postes échelonnés jusqu'aux Illinois, renforcés de tous les sauvages qui voudraient les suivre. On ne désespérait pas de rassembler à la tête du lac Ontario un effectif de trois mille hommes.
Le chevalier de La Corne commandait au pied du lac un poste d'observation de douze cents hommes, avec lequel il devait disputer le passage des Mille- Iles et tenir ensuite l'ennemi en échec aussi longtemps que possible, à la tête des rapides du Saint- Laurent.
Desandrouins était parti de Montréal un mois après Pouchot. Au fort Saint-Jean, il pressa la construction des quatre bateaux armés de canons, destinés à disputer aux Anglais la navigation du lac Champlain.
Lévis avait plus d'une fois attiré l'attention de Montcalm sur l'importance stratégique de l'île aux Noix, dans le cas d’une retraite de l’armée devant des forces supérieures. À quatre lieues au delà de Saint-Jean, « je reconnus, dit Desandrouins, suivant les ordres que j'en avais reçus de M. de Montcalm, la grande île aux Noix, qui est belle et bien boisée, et qui peut avoir de sept à huit cents toises de long sur cent cinquante de large. Elle est éloignée de cent toises de la côte est du lac, et de cent cinquante toises de celle de l’ouest. Les bords de cette île sont noyés actuellement; mais jatais ds n'arrive au milieu, qui est beaucoup plus élevé.
Les observations de l'ingénieur Dinsidionina confirmèrent Montcalm dans l'idée que lui avait inspirée Lévis de fortifier l’fle aux Noix.
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L'ouverture de la campagne amenait chaque jour des renforts à Carillon. M. de Langy venait d'arriver avec un parti de Canadiens et une centaine de sauvages. Les Anglais, toujours tardifs dans leurs mou-. vements, n'avaient pas encore pris pied à la tète du lac George. Desandrouins fut adjoint au parti de M. de Langy, fortifié d'une escouade de soldats aux ordres de M. de Louvicourt, commandant de l’artillerie, pour aller détruire ou emmener un grand nombre de berges et de bateaux qu'on y avait découverts.
Arrivé à la Chute, il fut impossible de faire avancer plus loin les sauvages, qui tinrent conseil sur conseil et s'amusèrent toute la journée « à tuer des loutres » le long de la rivière. Enfin le détachement franchit le lac, où 1l coula à fond une barque, brûla une grande quantité de rames et d'affüts, prit cinquante berges, vingt pierriers, beaucoup de fer et d'acier, enfin causa un dommage de plus de quarante mille livres, tout cela sous les yeux des éclaireurs ennemis. La hardiesse des Français ne se démentait pas sur ce champ de bataille, illustré par tant d'actes de bravoure. Les sauvages avaient découvert la piste d’un détachement de soldats anglais qu'ils n'avaient osé attaquer. Les Canadiens de Langy et les soldats de Louvicourt se mirent à leur poursuite, les cernèrent et les firent tous prisonniers, au nombre d’une quarantaine. Trois furent tués à la fin de l’action par les sauvages, malgré tous les efforts des Français.
L'arrivée de Bourlamaque, investi du commandement de l’armée dé Carillon, forte de deux mille hommes, et dont l’arrière- garde faisait étape le long
du lac Champlain, accéléra les travaux de défense. Les ateliers furent organisés, et tous les bataillons de la ligne et de la milice fournirent des travailleurs. On y mettait la dernière main, quand arrivèrent les nouvelles de France apportées par Bougainville.
Québec paraissait le point le plus menacé. Bourlamaque reçut ordre de faire sauter les forts de Carillon et de Saint-Frédéric, si l'ennemi se présentait: avec des forces trop considérables, et de se replier sur l’île aux Noix, où il devait sans délai faire commencer des retranchements.
À Québec, où les travaux de for'fications dirigés par Pontleroy avaient d'abord été poussés avec lenteur, la certitude d'une prochaine attaque avait mis toute la population sur pied. Soldats et citoyens, rivalisant de zèle, se mirent à l'ouvrage avec une furieuse activité. Du centre de la colonie où il se trouvait à Montréal, Montcalm suivait toutes les opérations, prêtant l'oreille à tous les bruits, prêt à se lancer, au premier signal, vers l'endroit où apparaitrait la première des trois armées envahissantes.
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