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LA PRESSE

"Montcalm", le nouveau drame que M. Louis Guyon fait jouer au Théâtre National, cette semaine, mérite mieux qu'une réclame banale «t vieux cliché.

Au premier titre, M. Guyon est l'un des rares parmi nous qui aient donné au théâtre des essais acceptables.

Personne ne nous accusera de chauvinisme, j'espère, parce que nous invoquons cette qualité de l'auteur de "Montcalm". Nous avons donné, je ne dirai pas seulement assez de justice, mais assez d'amour aux oeuvres françaises pour qu'on ne nous en veuille pas de nous intéresser à une production du pays. D'ailleurs, elle est française par bien des côtés l'œuvre de M. Guyon: française canadienne; ce n'est qu'une vari été du français dans le monde.

L'auteur lui-même me trouverais mauvais goût, si j'allais de suite le Sacrer l'égal des grands dramaturges. Mais disons-le sans crainte, son drame mérite chez nous autant d'acclamations que les plus célèbres. Il évoque l'épisode le plus émouvant et le plus grand de ce monde de gloire où vivaient nos aïeux.

Or, comme notre poésie a demandé sa première inspiration au patriotisme, de même le théâtre trouvera ses premiers succès dans les scènes héroïques de notre histoire. L'amour de la patrie canadienne-française est encore la qualité dominante de notre peuple. Nous n'avons pas à en faire apologie. C'est un spectacle qui passe encore inaperçu, mais qui étonnera un jour le monde que la conservation de leur langueet de leur génie propre par la poignée de vaincus de 1760. M. Guyon apporte sa contribution à cette œuvre nationale qui sera notre gloire impérissable. Nous devons lui en rendre grâces.

Les journaux ont analvsé "Montcalm". C'est l'histoire des derniers jours du héros. On croirait entendre lire l'histoire elle-même tant M. Guyon a respecté la vérité.

En voyant se dérouler les tableaux de sa pièce, nous sentons mieux que jamais tout ce qu'il y a de grandeur et d'intensité dramatiques dans les dernières pages de la Nouvelle-France.

Les faits et les idées abondent dans ce draine L'on sont que M. Guyon a été obligé de donner à ses srènes une grande concision pour ne pas dépasser le cadre raisonnable. Au reste cette concision est plus souvent une qualité qu'un défaut et ne nuit en rien à la clarté de l'exposition. Nous aurions mieux aimé voir l'intrigue sentimentale du mystérieux fils du roi, Philippe d'Hastrel, occupé moins de place dans la pièce, peut-être, mais cette restriction faite, nous ne craignons pas de donner des louanges à l'auteur.

L'intérêt de sa pièce est puissant, le style est clair, les petits incidents sont pour la plupart des trouvailles heureuses. La dernière setne, la mort de Montcalm est d'une beauté sublime. C'est d'ailleurs l'histoire toute pure.

Nous n'avons pas la prétention d'avoir fait une critique complète et exactement mesurée du "Monlcalm" de M. Guvon; nous n'en avions pas non plus la compétence. Nous avons simplement voulu dire l'impression h'un spectateur, la nôtre.

Il se trouve, sans doute d'autres spectateurs comme nous, qui seront émus au spectacle des derniers iours de la France sur nos bords. Dans toute la pièce de M. Guvon, il passe un grand souffle. Au-dessus de la scène plane un drapeau, c'est l'âme de la patrie, oui se penche sur les vivants, leur apportant le baiser des grands morts.

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