‹ MontcalmChapitre 15 sur 61 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

( Les mêmes puis NANETTE, du premier plan à droite, traverse pour sortir. Picot et Basset croisent la baionnette tous deux. Mouvement d'effroi de Nanctte. )

PICOT (croisant le fusil). . .Halte!. . .eh! bon* jour la belle des belles de St-Roch Où allons-nous donc, sî*" matin?

NANETTE.— Tiens c'est vous M. Picot?... C'es| que notre demoiselle visite ses malades plus 1 a bonne heure aujourd'hui à cause du train.

PICOT.— A cause du train?

NANETTE ( son panier au bras gauche ) . — Mais vous le savez bien, c'est à propos de l'ordonnance... On ne parle que de cela dans la Basse Ville.

PICOT. — Ah! ouida?... C'est donc sérieux, cette révolte des femmes ?...( il va à Basset, Nanctte remonte un peu au fond droite.) Ohé! le Basset, ouvre l'œil; nous allons être attaqués par des amazones en bonnet de coton.

NANETTE (regardant à droite). — J'aperçois ma maîtresse.

PICOT ( la retenant ) .—Et le beau lieutenant roucoule toujours auprès delà belle héritière ?

NANETTE (elle redescend ) .—Ah! ... Vous savez cela ?...

PICOT ( la retenant) . — Un lieutenant qui se rend à la messe avant la dianê par vingt degrés de

froid est amoureux ou je ne m'y connais pas

A quand la noce?

NANETTE. — Ne me parlez pas de votre lieutenant... En voilà un crampon qui convoite la dot que le père Maurin donnera à sa nièce.

PICOT. — Oh! il n'est pas le -seul... et savez-vous que les beaux veux de Mlle Constance sont un peu responsables de tout cela... Tudieu!... quelle jolie fille!... La belle Mme Péan pourrait bien perdre son sceptre.

NANETTE.— Et si bonne si charitable, pas du tout fière... Tout le monde l'adore, et cependant, les beaux yeux que vous avez remarqués sont souvent mouillés de larmes... Mais je bavarde... (mouvement de remonte.)

PICOT ( la retenant, lui saisit son panier ) , — Mais dites-moi, vous avez donc des malades dans la rue de la Canoterie?

NANETTE.— Ah! ça! vous me suivez donc, vous?... 1

PICOT.— Dame! ... vous m'avez défendu le faubourg St-Roch!... 11 faut pourtant que j'aille me dégourdir les jambes quelque part.

NANETTE (elle va pour' remonter, Picot l'arrête un peu). — Eh! bien, faites comme le lieutenant, allez à la messe (fausse sortie) Eh!... bien oui, il v a dans la rue de la Canoterie une bien brave femme, Mme d'Hastrel, pauvre, mais troi> fière pour tendre la main. Elle serait morte depuis longtemps saps le secours de m* nuniic-sc

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GEO. COUN— Rôle de Philippe

Vous avez peut-être connu son fils Philippe: Il était dans la milice au lac Champlain?

PICOT. — Attendez... Oui, le petit Philippe ?... Nous l'avions surnommé le Dauphin. Beau gars! ma foi, brave comme une épéc... Il est de l'étoffe dont on fait les grenadiers. ..N'a-t-il pas été blessé à Carillon?

NANETTE.— Disparu! ... Plus de nouvelles depuis dix mois

PICOT.— Ah! je comprends. C'est lui que Mlle ...

NANETTE.— Chut! ... pas un mot...

PICOT. — Ah! le pauvre petit! ... c'est qu'il en est resté là-bas dans la tranchée, aux pieds des grands hêtres! ... C'est bon pour nous vieux sacs de salpêtre; mais quand je vois tomber ces beaux jeunes gars, ah! tenez.!... ( s'essuvant les yeux )

NANEZTE ( attendrie ) . — Vous avez bon cœur, M. Picot.

PICOT (revient à elle).— Oui, gentille pivoine du Canada, Picot a bon coeur, et, sans la consigne, je vous demanderais la faveur de vous escorter ostensiblement.

NANETTE.— Y pensez-vous?... J'entre au magasin pour mes provisions.

PICOT (ouvrant les bras ) .—Suffit ! ... Je me contenterai seulement de vous souhaiter la bonne année, et le paradis à la fin de vosjours. ( Il va pour l'embrasser. )

BASSET ( chantant ) .—Beau brigadier, il faut en prendre pour deux.

NANETTE (elle évite Picot ) .—Après le jour de l'an c'est défendu.

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