‹ MontcalmChapitre 23 sur 61 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

(Les mêmes, PHILIPPE par la droite).

CADET. — Il y en a même qui revendent à vil prix les rations qu'elles viennent de recevoir

PHILIPPE (s'avançant) .— C'est faux, oui, c'est faux, et vous le savez bien? Ah! mm Général, n'écoutez pas ces affameurs: ils VOUS trompent. Tandis que je faisais campagne au lac Champlain, on a laissé ma vieille mère sans pain sans feu, et ■'je viens de la trouver mourante.

BIGOT.— Soldats, arrêtez cet homme! ...

MONTCALM. — Vous oubliez, Monsieur, que je commande encore l'armée. (à Philippe) Votre nom ?

PHILIPPE.— D'Hastrel, Louis-Philippe, milicien incorporé à la troisième compagnie de Berry...

MONTCALM ( à Répentigny ) .— Vous connaissez ?...

REPENTIGNY ( saluant ) .—Oui, Général, fils de veuve, venue de la Louisianne... Il était avec nous à Carillon.

MONTCALM. — On aurait pu lui accorder exemption. Il est bien jeune.

PHILIPPE.— Fils de soldat, mon Général, mon père est mort pour la France sous les murs de Prague. En vous voyant si généreux de votre sang pour la défense de la colonie, ma mère m'a permis de m'enrôler. Va, m'a-t-elle dit, il ne faut pas que l'histoire dise, un jour, que les enfants du Canada étaient indignes de leurs ancêtres et des braves généraux qui se dévouaient pour leur défense.

MONTCALM ( lui posant la main sur l'épaule ) . — Vous aimez la France?

PHILIPPE.— Oui, ma vie lui appartient toute entière.

MONTCALM.— C'est bien, mon fils, retournez auprès de votre mère, et revenez me donn.-r de ses nouvelles chez moi, rue des Remparts.

PHILIPPE.— Ah! ... Merci, Général. Vous êtes bon comme un père... (sort à droite

MONTCALM (écrivant sur un calepin ) .—Capitaine, veuillez donc vous entendre avec le munitionnaire, pour le soulagement de cette famille.

REPENTIGNY.— Très bien, mon Général, (à Picot) Tu connais la demeure du jeune milicien?

PICOT (saluant). — Oui, capitaine.

MONTCALM ( à Picot ) .— Approche, grenadier. Tu connais ce militaire?

PICOT. — Depuis Carillon, mon Général, où je l'ai vu abattre le porte-drapeau du royal Américain... Un beau coup de fusil, mon Généra)!... Ah!... nous étions mieux là qu'au col de l'assiette devant les redoutes Piémontaises.

MONTCALM — Tu étais à Exilles, toi?...

PICOT. — Té, mon Général, aussi vrai que je me nomme Picot dit Latendresse, n'est-ce pas le Basset?

BASSET. — Il me le demande, comme s'il était possible de nous séparer.

MONTCALM. — Ainsi, nous étions compagnons d'armes en Italie? (tous s'approchent pour écouter. )

Mde. VERY— Rôle de Constance

PICOT. — Serre-file au royal Vermandois. J'étais àquinze pas du Général de Belisle lorsqu'il roula avec vous dans le ravin maudit... Le mouchoir que vous aviez attaché à votre tête à cause de votre blessure était resté accroché aux buissons.

MONTCALM. — C'est bien cela... et puis.

PICOT.— Pour lors que je dis au Basset: "Allons chercher ça." Nous remontons au pas gymnastique. Je reçois une livre de balles piémontaises dans les côtes. Le Basset me chargé sur ses épaules et descend tranquillement le talus. Alors, ces scélérats de Piémontais qui nous avaient fait

tant de mal se mettent à battre des mains

Et voici le mouchoir... ( tirant le mouchoir de son bonnet. )

MONTCALM (à Repentigny ) .— Et voilà les hommes que le roi abandonne!... Ah capitaine, cela me broie le coeur... (à Picot) Donne-moi la main mon brave. Et quoiqu'il arrive ce mouchoir vous servira de talisman auprès de votre général. Dans des temps plus heureux, le roi vous eut nommés officiers pour un pareil exemple de bia-

voure... ( tirant son épée ) Soldats de Béarn!

Garde-à-vous! ... ( les soldats s'enlignent. ) Comment avons-nous combattus à Carrillon.

1er SOLDAT. — A neuf heures comme des enfants

BASSET. — Et à dix heures, comme des hommes

PICOT. — Et à mid'i comme des démons, c'est que nous étions trop noirs de poudre pour être pris pour des anges, mon général.

MONTCALM ( au fond ) .—Clairons et tambours.

Ouvrez le ban!! (sonnerie et tambours) Les

grenadiers Picot et Basset sont promus serments au Régiment de Béarn Fermez le ban ...Rompez ( Mcnlcalm et de Repentigny par la gauche. )

PICOT (descend au milieu). — Allons, les enfants, en Chœur "Les Grenadiers de Carillon

CHANSON — Après la chanson Picot commandé).

PICOT. — Grenadiers, garde à vous! ... Présentez armes? (Les soldats présentent les armes.

MONTCALM et Repèntigny par la gauche.)

(Le Rideau après la chanson, à volonté ) .

RIDEA.U.

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