SCENE I
( Au lever du rideau, Philiphe est assis à la petite table écrivant. Picot mettant la tete a la porte du fond. )
PICOT.— On peut entrer M. le secrétaire?...
Philippe.— Comment donc c'est toi mon brave Picot?... Viens t'asscoir.
PICOT (à part).— Il me tutoie, (haut) Je suis de garde avec le Basset et l'on vient d'apporter cette lettre qu'on a trouvée sur un matelot anglais
FHILIPPE.— Un matelot?...
PICOT.— Oui, un mateiot à la recherche d'un pilote, sans doute. Il a été pris par un parti de Montagnais et ramené à Québec. Il vient de mourir à l'hôpital et personne ne peut lire ce grimoire.
PHILIPPE (vient sur le devant delà scène lisant ) .—Quinze bâtiments anglais dans le port de Louisbourg (parlant) C'en est fait, Québec va être attaqué au printemps... Tandis que l'on délibère et que l'on se querelle, l'Angleterre agit... Hélas! la colonie est perdue. ( vient à Picot.) Ainsi mon vieux compagnon de la tranchée c'est toi qui me donne du monsieur?...
PICOT (à part ) .— Et dire que c'est un prince, (haut) Dame, un secrétaire, c'est comme qui dirait une moitié de général. ( il s'assied. Philippe classe ses papiers. ) Ouf! que c'est moelleux, on croirait s'asseoir sur le ventre de M. Cadet.
PHILIPPE. — Tu as des nouvelles'
PICOT.— Je suis allé roder autour de la maison du compère Maurin et j'ai vu Nanette. Ah! mon prince. ( à part ) eh bien, qu'est-ce que je dis moi? (haut) Mon ami, en voilà une jeunesse qui ne peut pas résister à l'uniforme. Quel adorable petit chat.
PHILIPPE— Oui, oui, c'est entendu? Et Constance ?
PICOT (même ton, au public ) .—Ah! si vous l'aviez vu avec sa petite jupe de futaine! Quel petits pieds! Mordiou on en mangerait...
M. FILION— Rôle de Picot
PHILIPPE (riant).— Constance, en robe de futaine! Ses petits pieds! Mais tu divagues, mon pauvre Picot...
PICOT ( se retourne et monte ) . — Excusez, quand je parle de Nanette, vous savez...
PHILIPPE (classe ses dossiers ) .—Bien, ne détaillons pas, mon ami: ça ne finirait plus...
PICOT.— Suffit! Eh! bien, Mademoiselle Constance ira ce soir au bal de l'Intendant, elle m'a prié de vous dire: de vous méfier de Bersolles, qui voudra sans doute vous chercher querelle.
PHILIPPE. — Tu as raison, cet homme a de la haine pour moi, mais ne crains rien, je suis sur mes gardes. J'accompagnerai le Général au bal de l'Intendance à moins d'ordres contraires.
PICOT. — Nous y serons de garde... Au revoir. (Picot sort par le fond ) .