‹ MontcalmChapitre 36 sur 61 · SCENE H · texte numérisé non relu

SCENE H

( MONTCALM et BOUGAINVILLE qui porte un sac sur son épaule. Ils entrent par la droite. Philippe salue et reste au-dessus de la petite table classant ses dossiers. )

MONTCALM.— Ainsi, mou intrépide Colonel, vous courez la poste par ce froid de Sibérie?

BOUGAINVILLE.— Comment donc? Mais les chemins sur la glace sont très beaux, et le service des relais marche comme sur des patins, ce qui vaut mieux que des roulettes.

MONTCALM. — Comment se porte ce cher Chevalier de Lévis et que fait-on à Montréal?

BOUGAINVILLE. — Le chevalier se porte à ravii et s'amuse ferme. Le jour, il donne des leçons d'équitation à la sémillante Mme Pénisseault, et le soir, il étudie l'Iroquois... Non, on n'a pa." d'idée d'un pareil diable. Au-corps. La campagne finie, il est plus fou, plus extravagant que lrplus jeune de ses Cornettes, mais au premier coup de feu c'est le lion que vous avez vu à l'œuvre en Bohême.

MONTCALM.— La bravoure de Chevert unie au coeur le plus noble de la terre. ( Bougainville regarde attentivement Philippe, à part) C'est lui... Colonel permettez-moi de vous présenter mon nouveau secrétaire, M. d'Hastrel. (se saluent, Veuillez dene. M. le secrétaire, m'apporter . le mt moire sur l'équipement que vous aurez soin rte vérifier.

PHILIPPE— Bien mon général, (sort à ga* che. )

BOUGAINVILLE.— Ah! par exemple, voila qui est extraordinaire! Ce jeune homme est le vivant portrait de I.ouis XV à vingt ans.

MONTCALM (montrant le portrait).— Oui Louis XV peint par Quentin La tour. La copie original est à Versailles.

BOUGAINVILLE (regardant le portrait ï .— Dans le cabinet du Roi, l'Oeil de Bœuf! Je l'ai vu. (revient à Montcaln. ) N'est-ce pas extraordinaire qu'après vingt ans au Fond de l'Américitie, les témoins de cette scène inoubliable qui se déroulait au Havre en 1 7 4 1 , se retrouvent ?... ■ MONTCALM.— I. a Providence ava t prévu ce (ini arrive. J'ai toujours eu le pressentiment que cette femme louerait un rôle dans ma vie... Asscve/voiis je vous nrie. ( il sonné Joseph paraît ) Faites entrer le scnn-nt Picot. (Picot entre et salue. ) Colonel, voici l'autre témoin. J'ai écrit un mémoire au Roi c< nfirm^nt le récit déjà fait à Sa Ma jesté, le tout appuyé de quelques preuves écrit es trouvées chez la nourrice, après sa mort.

BOUGAINVILLE ( commence a classer ses lettres ) . — Philippe ne sait rien ? Ce secret t>ourr»-«.il être gardé ? ( il remet une lettre à Montcalm » .

MONTCALM ( prenant la lettre ) —Philippe »»w se doute de rien, et il est important que personne dans l'entourage du Gouverneur ne sache la nouvelle, qui une fois ébruitée servirait aux plus basses intrigues, (à Picot) Ou est cette jeune fille, à qni vous avez si imprudemment dévoilé la naissance de Philippe? (il décacheté la lettre avee couue-papier, sur la table. )

PICOT. — Elle ne tardera pas d'arriver. Qu'est-ce que vous voulez, mon général, j'ai le cœur tendre impossible de voir pleurer une femme surtout quand elle est jolie comme l'est Mademoiselle Constance. (Montcalm lisant la lettre, dégage un peu vers droite. Picot remonte Bougainville l'arrête au passade. )

BOUGAINVILLE ( à part à Picot ) .— Ainsi le prince aime, et à bon goût?...

PICOT (même jeu). — Dame! il a de qui tenir? Le père n'est pas un bénédictin.

MONTCALM (vient à Bougainville. Picot remonte vers le fond). — Je compte sur votre dévouement pour m' aider à soustraire le fils du Roi à tout contact avilissant. Je le garderai près de moi. Toi, sergent, ne le perds de vue un seul instant. Tu réponds de lui sur ta tête.

PICOT (salut militaire). — J'ai compris, mon général, (sort par le fond).

MONTCALM (ouvre les lettres que Bougainville lui a remises). — Racontez-moi, ce qui s'est passe au château, (s'assied à gauche table.'»

BOUGAINVILLE. — Après avoir remis le courrier au Gouverneur, je suis passé au salon, et justement, la société réunie discutait votre protégé. Mme de Vaudreuil, en m' apercevant, me dit: Voilà ce bon colonel qui emportera dans son sac le griffonnage du 'milicien secrétaire. Et Mme Péan d'ajouter: Laisse/, donc, Marquise, les fi Utes d'er thographe ne nuisent plus à l'avancement. Regarde/. M. Cadet. Et tout le monde de rire, sauf M. Cadet qui n'avait pas compris. Bref, l'auguste Aréopage du château semble passablement intrigué. Cette solicitude cache, sans doute, quelque cuisante déception...

MONTCALM.— Parbleu ! Ils sont furieux. Entouré d'intrigants, j'ai dû agir avec prudence. Par mi les postulants chaudement recommandés, il devait y avoir bon nombre d'espions salariés. { lisant ) émeute à Montréal .

BOUGAINVILLE (se lève).— Oui, général.

Montréal a eu sa petite émeute. Il s'en est manqué de peu que M. de ;Lévis fasse passer les plus turbulents par les armes. ( va cnereher son chapeau sur table, fond droite. )

MONTCAI.M. — Heureusement pour nous, car à moins d'avoir lait fusiller dix grenadiers pour un canadien: le gouverneur aurait sans doute, écrit au Roi qu'on assassinait ses Canadiens. ( va à Bougainville. ) Nous avons conseil dans une heure. Vous v serez, mon cher Colonel... Dispose/. de ma maison, vous êtes chez vous.

BOUGAINVILLE.— Merci, général. à tput-àl'hcurc. (sort à droite.)

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