‹ MontcalmChapitre 43 sur 61 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

(Les mêmes, puis Philippe par la porte à gauche. Il vient s'asseoir à la petite table et Vaudreuil s'aTvnroche de Montealm )

VAUDREUIL.— A propos comment s'appelle donc votre nouveau secrétaire?

MONTCALM.— Mr Philippe d'Hastrel.

VAUDREUIL (s'assied sur banauette ) .—Franchement, Mr. le Marquis, voilà une excentricité bien étrange. Certes, ie n'ai r>as la prétention de vous donner des conseils sur le choix de votre personnel. Je vous ferai cependant remarquer nue la défence du pavs est chose trop grave pour être livrée à la merci des indiscrétions.

MONTCALM— D'un aussi petit personnage?

V A TTDR ET'TT ,. — Oui assurément.

MONTCALM. — Mon Dieu! Marmn's. si mince nu'i] naisse être, un cheveu fait do l'ombre... Ce jeune homme a été recommandé nar vos amis Elève bien noté des Jésuites, il est fort convenable, ie vous assure...

VAUDREUIL.— TTn ralopin, m'a-t-on dit, qui ne se frêne uns rour escalader les murs.

MONTCALM. — Tant ou'il v aura des beaux veux fiprrières l^s TJerstirnnes, il v aurn des "mitares et des échelles. Nous avons tous Passé parla, Marouis.

VAUDPFUIL. — Mais, Monsieur vous n'ÏPTlorew "as, san'- doute, •nue ce milicien réfractaire est sou* le coup d'un" accusation «rave et nue son colonri alira-'t 1" droit de le mettre au cachot?

HpvTrMM -Pors mes ordres?

VAUDREUIL. — Je pourrais peut-être les lui ru nner...

MONTCALM — Mordiou, faites, Mr le Marquis, et je l'enverrai chercher par mes grenadiers. ( il remonte vers le fond. )

BIGOT (à Maurin ) . — Aie, aie! gare l'orage!

VAUDREUIL.— Oh ! oli ! Marquis ne vous emportez pas! Et commençons. ( il s'assied et examine les papiers sur la table, il en distribue aux trois hommes.) Ah! voilà. Défence de Québec, armement, ressources, équipement. Ainsi, Général, vous persistez à croire que les efforts de nos ennemis se porteront contre Québec?

MONTCALM. — Enhardis par la prise de Louisbourg, Wolfe n'attendra pas le résultat des opérations d'Amherst sur le lac Chainplain, pas plus que ceux de Prideaux contre Niagara. Le df.Jiger est ici ou nous serons attaqués au printemps.

VAUDREUIL.— Mais, sapristi, vous voulez dégarnir la colonie et tout concentrer à Qué' ec, mais c'est vérouillcr la poterne et ouvrir la grande porte. Refoulons les anglais au sud, protégeons nos communications à l'ouest, et laissons à Québec le rôle aue Dieu et la nature lui ont assigné: celui d'être la gardienne vigilante du St-Laurent.

MONTCALM.— Mr. le Gouverneur, nous ne nous

emtendrons jamais... Je vous parle de la .guerre, et vous faites de la rhétorique.

VAUDREUIL.— Je fais mon devoir comme Gouverneur, monsieur, bien que vous m'en rendiez la tâche difficile. Enfin qui peut répondre qu'il y ait un seul navire anglais d'ici à Terreneuve, qui?

PHILIPPE ( descendant ) .—Moi...

CADET (se lève et dégage à gauche).— Mâtin! c'est qu'il le croit!

BIGOT ( se lève et va rejoindre Cadet ) .—Il les nommerait même!

CADET ( à la cheminée ) —Oui, oui nommez les vaisseaux... (à part) Voilà qui va l'embêter.

PHILIPPE ( se tourne vers Cadet ) .— Faut-il commencer par ceux que vous avez empruntés» au Roi, Mr. Cadet? (mouvement de Cadet, Philippe vient à Vaudreuil, Montealm descend. )> Peine inutile, n'est-ce pas? Ceux des anglais se nomment: Le Neptune, vaisseau amiral, l'Intrépide, Sterling Castle: Royal William.

VAUDREUIL ( ironique ) .—Mes compliments. général, votre porte-parole répète très bien. Le Roi sera sans doute enchanté d'un auxiliaire aussi précieux.

MONTCALM.— Monsieur

PHILIPPE. — Erreur, Mr. le Gouverneur, ce n'est pas le Général; c'est le peuple qui parle nar ma bouche. Oui, le peuple qui assiste impuissant à la démolition de l'édifice qui lui a coûté deux cents ans de travail et de luttes incessantes à ériger. Tandis que le St-Laurent se couvre de voiles anglaises, on parle de défendre un territoire plus vaste que l'Europe... Marchez, pauvres soldats, sans solde, sans souliers! A vous la gloire! Aux délateurs les profits! Ah Mr. le Gouverneur vous avez autant d'amour pour votre pavs que le général a de exur et de courage à le défendre... Vous n'êtes pas d'accord sur les moyens de défense du pavs parce que vous ne l'êtes pas sur les causes qui l'entraîne a sa perte. ( tous sont consternés. )

VAUDREUIL.— Quel affront!... Sortons, Messieurs.

BIGOT.— C'est une indignité.

CADET — Je suffoque! Ah! le gueux! ... (Bigot, Vaudreuil, Cadet sortent fond Maurin se dissimule dans la porte à gauche, ) < Philippe tombe sur la banquette un peu effrayé de tant d'audace.)

MONTCALM (redescend à droite de la table) .— Malheureux enfant, seriez-vous donc atteint de folie. (Maurin paraît à gauche. ) Auriez-vous été conseillé par Maurin? Parbleu! on aime la nièce, il faut plaire au tuteur nui nous protège. On commence nar être dupe et l'on finit par devenir fripon.

PHILIPPE (grand cri, se lève). — Ah, mon général, ie vous îure que vous vous trompez... Maurin cherche ma perte parce nue i'ai refusé de lui vendre vos secrets. (Maurin se retire vivement. 1

MONTCALM (vient à lui).— Mais ni ne comprends donc pas que ie suis solidaire de tes paroles et que tu viens de fournir des armes à mes pires ennemis auprès du Roi!

PHIT IPPE (dégage à droite) . — Ft nu' importe le Roi. s vous possède? l'affection profonde, la vénération de tout un peuple, le Roi pourrait-il effacer de nos coeurs le souvenir de votre courage et dt vos vertus?

MONTCALM ( gagne près de la cheminée) .—A» sez! il me suffit qu'il puisse briser ma carrière...

PHILIPPE ( va se placer devant le portrait du Roi). — Ainsi, c'est toi qu'on redoute, ô Roi caduc endormi dans la Volupté, toi oui, d'un rcg'rd atone assiste indifférent à la spoHation d'un des plus beaux 'loyaux de ta eouroi ne, toi qui signes des traités honteux dans le boudoir de tes maîtresses! Mais il n'y a donc pas un homme de cœur pour débarasser la terre de cet affreux satvre! et pour te châtier comme je vais le faire... ( il va pour s'élancer sur le portrait, épée haute. )

MONTCALM ( vient se placer devant le portrait saisissant le bras de Philippe ) . — Arrête, malheu-

A genoux!

On ne souffleté pas son

pere

PHILIPPE (recule épouvanté ) .—Mon père!

MONTCALM (se ma'trisant ) .— Le roi est le père de tous ses sujets

RIDEAU

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