‹ MontcalmChapitre 60 sur 61 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

(Les mêmes, un officier par la porte à gauche, saluant MONTCALM).

OFFICIER. — Général, les régiments revenus de cette panique insensée se rallient dans Québec. Tous veulent retourner au feu. Mais une députation des bourgeois demande l'évacuation des troupes et la rédition de la ville.

MONTCALM ( d'une voix forte) .—Rendre la ville... Jamais! (se dressant) entendez-vous

Mon épée Arnoux... Aidez-moi Mes amis... (il

fait un pas et retombe soutenu par le docteur et l'officier qui le dépose sur le lit ) . C'est fini.. Je ne puis plus, C'est bien fini,.,,

OFFICIER.— Quels sont les ordres pour le Roval RousiUon et Béarn?

MONTCALM (se soulève).— Je n'ai plus d'ordres à donner, Colonel. Relevez cependant vos espérances, tout n'est peut-être pas perdu. J'avais promis au Roi de conserver cette colonie, mais le sort des armes nous trahi, sachez ménager l'honneur de la France.. (Officier salue sort à gauche* ) Coup de canon, la fenêtre s'illumine. ) J'ai froid, fermez cette fenêtre je vous prie. ( à part. 1 Ce canon me déchire l'âme. (Le médecin fait signe à la religieuse qui dépend la cage et ferme la croisée).

1ère RELIGIEUSE ( à Constance et à la jème religieuse montrant laçage).— Le pauvre petit oiseau est mort, c'était un roitelet abandonné de sa mère que Mr Arnoux avait recueilli.

CONSTANCE (à part ) .—Un roitelet. . Comme toi, mon fiancé abandonné des tiens.... Pauvre roitelet couché dans la plaine sanglante peut-être, victime ignorée expiant les fautes de ton père: les fautes du Roi... (elle s'écrase dans un fauteuil et Pleure.) (Bruit à gauche, Une voix: Il faut que j'entre, je vous dis. )

vSCENE IV.

( Les mêmes, puis Picot un bandeau à la tête, par la gauche. )

MONTCALM ( se soulevant ) .—Quel est ce bruit?

PICOT (s'avancant) .— Mon Général, Philippe n'est plus.. Il est mort à côté des miliciens canadiens, dans les bois de Ste-Fove.

CONSTANCE (grand cri). -Ah! c'en est ftni du pauvre roitelet. Il est mort. ( Efle tombe dans les bras des religieuses qui l'entraînent par la porte à droite. )

PICOT (surpris) .—Ciel! Dauvre petite.

MONTCALM.— Cela devait être ainsi. ^'abandon de tout un peuple exigeait ce sang roval pour oue Pext-at ion fut complète. Grenadier tnarnue bien l'endroit où cet enfant est mort. Ce n'est pas une tombe c'est un berceau d'où sortira une rs> ce forte et vaillante. Oui c'est m vain nue l'Attelais coudera les branches du vieux chêne Français. Son tronc aux racines profondes en produira de nouvelles.

PICOT.— Ah! Général, Chouaguen, Carillon.

Beauport auraient suffi à la trloirc d'un homme de -u'rrf, mais avant tout nous pleurons aujourd'hui la perte d'un nère. Que ft'aurions-nous pas fait avec fini 'ques régiments de plus?

MONTCALM (soutenu par Picot, délirant 1 Oui, oui, Carillon! ... Je revois mes iTcnadie'" noirs de poudre, l'eau du lac qui brille, les grands arbres panachés de fumée, et les habits rouges tombant et roulant dans le ravin comme des feuilles mortes. Clairons, sonnez aux drapeaux nui frémissent!.. C'est l'âme de la patrie nui salue les vivants et vient baiser le front des morts...,

RIDEAU

Vestkic, Candiac

Bulletin

Drame Historique en 8 Tableau*

Voilà une belle œuvre dramatique, égale à hier d«"i pièces du répertoire français jouées avec succès à Taris, due à la plume d'un modeste canadien, M. Ls Guyon. Aussi applaudissons-nous à ce gros événement qui prouve que mus ave ns ici parmi nous des écrivains de mérite et connaissant cet art si difficile du Théâtre. Avec "Montcalm", M. Louis Guvon ne fait pas ses débuts, déjà sur la scène du même "National" il nous a donné deux autres pièces. Le choix de son sujet est des mieux trouvé. En nous montrant cette belle figure de Montcalm qui fut l'un des héros de notre colonie, il aborde une des pages les plus curieuses et des plus belles de notre histoire — avec son héros, nous allons revivre les belles journée? d'antan alors que français et canadiens luttaient la main dans la main pour la défense de notre sol. Regardez ce défilé de héros en loques: fier Bearn grenadier au bonnet d'ourson usé, au drapeau troué sur les champs de batailles du Canada, les régiments de Guyenne, la Sarre Languedoc la Reine, le Ro-val Roussillon, précurseur des grognards de l'empire. Que de noms à écrire au Panthéon de l'histoire, que de braves tombés sur ces champs de batailles. lo;n de la mère-patrie qui les abandonnait. Si le thème historkiue est beau et réconfortant, d'un autre côté, l'intrigue est bien intéressante. Sur l'hvpothèse que le fils naturel du Roi Louis XV et de la marquise de Vintimille a été déporté au Canada, l'auteur a brodé un drame oïi la légende et l'histoire se confondent où le pauvre "Demi Louis" héros obscur vient tombé dans les plaines d'Abraham.

La distribution est excellente: M. Lombard a fait de Montcalm, une admirable création, à ses côtés, Georges Colin dans le demi Louis, a été bien applaudi: Quel chaleur! quel patriotisme!

f pi trois tristes fifurcs de Bifot l'intendati4 Cadet et Maurin, supérieurement rendues par MM. Hamel, Désir et Palmiéri. Filion et Mallet dans les rôles de Picot et le Basset, sont la note gaie. Tous deux méritent des éloges.

La délicieuse et touchante jeune fille du Canada, "Constance" a été représentée par Mme Véry. Le grand rôle de Mathilde interprété par Servany, a été une révélation pour le public du National.

Amusante au possible, Mde Déricourt dans Nanette. Un souffle de patriotisme semblait animé les fiers artistes du Théâtre National et cette création vivra longtemps dans le souvenir des habitués de la maison de M. Gazereuve.

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