miliciens
200 sauvages et 352 non combattants, chirurgiens, domestiques, employés.
C'était tout ce qu’il avait été possible de concentrer pour l'expédition projetée.
En arrivant à la pointe aux Trembles, on trouva le fleuve encore plein de glaces; il faisait un froid terrible et l'armée dut s’arrèter pour prendre des vivres et des munitions réunies en cet endroit. Le 26, les embarcations purent descendre jusqu'à Saint-Augustin, et les soldats qui les montaient les traînèrent sur les glaces accumulées le long de la rive pour les mettre à terre; l’armée débarquée n’emporta que des vivres, des munitions et trois pièces de canon. M. de Bourla-
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maque fut envoyé avec une avant-garde de sauvages, de grenadiers et un détachement d'artillerie pour établir des ponts sur la rivière du Cap Rouge que les
Le chevalier de Lévis.
troupes traversèrent pendant la nuit, par un orage affreux. Elles étaient le matin dans un état pitoyable, et le général dut les laisser reposer dans les habitations en ruines des alentours.
Il espérait surprendre les Anglais par la rapidité de sa marche et enlever un de leurs corps cantonné aux
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abords du Cap Rouge; mais par un de ces hasards qui déconcertent les mesures les mieux prises, l'ennemi, stupéfié de tant d'audace, avait appris l’arrivée à quelques heures de Québec de l'armée française.
Voici comment se produisit cet incident qui eut les suites les plus graves au point de vue du résultat final des opérations, en permettant à l'ennemi de sauver un de ses corps et de se renfermer dans Québec pour y soutenir un siège.
En arrivant au Cap Rouge, un des bateaux portant les troupes avait été renversé par le choc d'énormes glaçons. Les artilleurs qui le montaient se noyèrent; un seul se sauva en sautant sur un glaçon et fut emporté par le courant sans pouvoir rejoindre la berge. Il descendit ainsi le fleuve au milieu de la débâcle, à demi-mort de froid et de fatigue. Lorsqu'il passa devant Québec, les Anglais, émus de compassion, envoyèrent des canots à son secours et parvinrent Gifficilement à le sauver, car les bords du Saint-Laurent étaient encore gelés. Réconforté avec des cordiaux, il commençait à respirer et à recouvrer ses sens lorsqu'ils lui demandèrent d’où il venait et qui il était. « Il répondit innocemment qu'il était un artilleur de l’armée de M. de Lévis au Cap Rouge. D'abord, ils crurent qu'il rêvait et que les souffrances qu'il avait éprouvées sur le fleuve lui avaient tourné la tête. Mais après avoir constaté que ses réponses étaient toujours les mêmes, ils furent convaincus de sa véracité et un peu confondus d'avoir une armée française à trois lieues de Québec sans en avoir la moindre information. Tous les soins pour lui sauver la vie furent inutiles ; il mourut un moment après avoir révélé cet important secret. » (Campagne du Canada, 1760, relation anglaise.)
Murray, ainsi prévenu de l'approche de l’armée de Lévis, avait aussitôt concentré ses troupes dans Québec et pris toutes ses dispositions pour repousser les
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Français. 11 fit chasser les habitants de la ville pour éviter toute trahison de leur part. « Les soldats de la garnison, quoique accoutumés à toutes les horreurs de la guerre, ne purent voir sans émotion ces infortunés, hommes, femmes, vieillards, enfants, s'éloigner de leurs murailles, sans savoir où adresser leurs pas, dans un pays dévasté et réduit à la dernière misère. » (Garneau.)
Trois mille hommes de la garnison occupèrent, avec plusieurs pièces d'artillerie, les hauteurs de Sainte- Foye devant Québec, depuis l’église jusqu'à la route de Suède. Les Français ne pouvaient déboucher du bois marécageux qui les couvrait pour aborder l'ennemi qu'en se massant sur le grand chemin et en s’exposant au feu des troupes retranchées dans l’église et dans les habitations voisines. Une attaque de front, dans ces conditions, sans artillerie, avec des bataillons formés partie des troupes régulières partie de miliciens, pouvait être dangereuse et aboutir à un échec irréparable.
Lévis eut l’heureuse idée de se porter avec le gros de ses forces sur le flanc gauche de Murray dont il tournait ainsi la position. Dès que les ombres de la nuit dérobèrent ses mouvements aux Anglais, il donna l'ordre à ses troupes de gagner, à travers le bois dont elles longeaient la lisière, la route de Sainte-Foye.
Menacé par ce mouvement d'être coupé de la place, Murray fit rétrograder ses troupes dont une partie rentra dans Québec pendant que le reste occupait les hauteurs en avant de la ville pour observer l'adversaire.
La journée du 27 se passa en escarmouches; le chevalier de Lévis concentrait ses troupes dont la marche était retardée par le mauvais temps et une pluie continuelle qui détrempait les chemins et les rendait à peu près impraticables. Le 28, Murray voulant pro-
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fiter de ce que toute l'armée française n'était pas encore réunie pour l’attaquer au milieu de sa concentration dans les plaines d'Abraham, sortit avec toute sa garnison composée de sept mille hommes de troupes éprouvées, ne laissant dans la ville que quatre à cinq cents soldats chargés de garder les remparts pendant qu'il allait tenter le sort des armes. Il avait avec lui vingt-deux bouches à feu et comptait accabler avec ses troupes fraiches une armée harassée par la fatiœue et le mauvais temps. Il y aurait réussi sans l'habileté et le sang-froid du chevalier de Lévis.
Celui-ci, croyant d'abord les Anglais décidés à s’en
tenir à la défense de la place, avait donné l’ordre de marcher en avant pour arriver de bonne heure à l'anse au Foulon où les chaloupes et les berges devaient achever le débarquement de son matériel. En allant reconnaître avec son état-major les positions qu'il comptait faire occuper à ses troupes, il aperçut une forte colonne ennemie qui sortait de la ville pour se former en bataille du coteau de Sainte-Geneviève à la falaise bordant le fleuve Saint-Laurent. I fit occuper aussitôt par son avant-garde, à droite, une redoute élevée l'année précédente par les Anglais près de la côte du Foulon, et, à gauche, un moulin et divers bâtiments sur le chemin de Sainte-Foye. Le reste de l’armée arrivait à peine sur le terrain lorsque les Anglais attaquèrent le moulin qui couvrait la route par laquelle débouchaïent les Français.
* Murray voulait enlever ce point avec des forces supérieures pour se jeter ensuite sur le centre de l'armée française, l'enfoncer et couper son aile droite qu'il aurait écrasée.
Evitant une attaque à laquelle n'auraient pas résisté les cinq compagnies de grenadiers qui gardaient le moulin, Lévis les fit reculer jusqu’à l'entrée du bois pendant qu'il pressait la marche en avant de ses der-
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nières brigades. Celles-ci arrivées sur le champ de bataille, il les lança à l'assaut de la position que l'ennemi occupait lui-même avec presque toutes ses forces et la plus grande partie de son artillerie, Les grenadiers abordèrent les Anglais au pas de charge, culbutèrent les régiments écossais et enlevèrent le moulin à la bayonnette.
Attaqués à leur tour par les bataillons ennemis reformés en arrière, ils durent reculer pour revenir encore à la charge et reprendre le moulin dans lequel ils purent, cette fois se maintenir.
Tout l'effort des Anglais sur la droite était brisé. Lévis profite de ce qu'ils ont affaibli leur gauche pour attaquer à fond de ce côté. Ses troupes, entraînées par leurs officiers, s'élancent sur l'ennemi, et après l'avoir ébranlé par leur feu, se. jettent sur lui à la bayonnette, l'enfoncent et le poursuivent avec acharnement. Les fuyards se sauvent vers le centre dont ils interrompent le feu et où ils propagent le désordre. Lévis fait alors charger sa gauche qui culbute à son tour la droite ennemie et la poursuit la bayonnette dans les reins.
La déroute des Anglais est complète. Ils se précipitent vers la ville dont la proximité leur permet de rejoindre les remparts. Leur fuite mème les préserve d’un désastre, car Lévis espéraitlestourner s'ils avaient tenu pied et les rejeter sur la rivière Saint-Charles. Ils laissaient entre les mains du vainqueur artillerie, munitions, outils, morts et blessés. Près du quart de leur effectif avait été tué ou mis hors de combat. Si les Français avaient pu attaquer la ville sur-le-champ elle serait probablement retombée en leur pouvoir, car la confusion y était telle que les remparts étaient abandonnés par les fuyards réfugiés jusque dans la basse ville, et que les portes restèrent quelque temps ouvertes. Mais les vainqueurs étaient harassés de
fatigue ; leurs forces épuisées ne leur permettaient pas de continuer la poursuite; ils avaient été aussi très éprouvés, car dans l'action qui avait duré plus de trois heures ils avaient perdu sept cents hommes et cent quatre officiers tués ou blessés,
Le spectacle du champ de bataille était effroyable. « Deux mille cinq cents hommes avaient été atteints par les feux et le fer dans un espace relativement resserré, L'eau et la neige, qui couvraient le sol par endroits, étaient rougies de sang que la terre gelée ne pouvait boire, et ces malheureux nageaient dans des mares horribles où l’on enfonçait jusqu'à mi-jambe, »
Les blessés français furent portés à l'hôpital sur les bords de la rivière Saint-Charles. « Il faudrait une autre plume que la mienne, écrivait une religieuse, pour peindre les horreurs que nous eûmes à voir et à entendre pendant vingt-quatre heures que dura le transport... [Il faut dans ces moments une force audessus de la nature pour pouvoir se soutenir sans mourir. Après avoir dressé plus de cinq cents lits que nous avions eus des magasins du roi, il restait encore de ces pauvres malheureux à placer. Nos granges et nos étables en étaient remplies. Nous avions dans nos infirmeries soixante-douze officiers dont trentetrois moururent. On ne voyait que bras et jambes coupés. Pour surcroît d’affliction, le linge nous manqua; nous fûmes obligées de donner nos draps et nos chemises. » (Garneau.)
Des hauteurs que les Anglais avaient abandonnées on découvrait les remparts de Québec. Le chevalier de Lévis, aussitôt après la retraite de l'ennemi, se hâta de les occuper. Après avoir reconnu les abords de la place, il fit commencer une parallèle à 500 mètres du rempart. Trois batteries, une de six pièces, une de quatre et la dernière de trois y furent installées avec des difficultés inouïes, car on cheminait sur le roc et il
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fallait apporter la terre de très loin dans des sacs. Deux mortiers complétaient tout le matériel de siège qu'il avait été possible de traîner jusqu'aux tranchées,
L’ennemi démasqua soixante pièces de canon sur les fronts attaqués, et son artillerie, servie avec la plus grande vivacité, non seulement retarda les travaux d'approche, mais obligea plusieurs fois les troupes placées en arrière des hauteurs à décamper.
Murray, malgré sa défaite, était déterminé à opposer la plus vigoureuse résistance aux Français. Dès le lendemain de sa rentrée dans Québec, il avait expédié un navire chargé de prévenir la flotte anglaise du péril qui le menaçait, et il avait adressé à ses soldats une proclamation destinée à relever leur courage abattu :
« La journée du 28 avril, leur disait-il, a été malheureuse pour nos armes ; mais les affaires ne sont pas si désespérées qu'elles ne se puissent réparer encore. Je connais par expérience la bravoure des troupes que je commande: elles sauront faire tous leurs efforts pour regagner ce qu'elles ont perdu. Une flotte est attendue ; des renforts nous arrivent. J’invite les officiers et les soldats à supporter leurs fatigues avec patience et à s'exposer courageusement à tous les périls. Ils se appelleront qu'ils se doivent à leur pays et à leur roi. »
IL fit compléter les fortifications du côté menacé par les travaux d'approche des Français, renforcer les parapets par un remblai de fascines et de terre, et garnir les remparts de cent quarante pièces de gros calibre empruntées aux batteries du port, devenues inutiles.
Lévis n'avait pour répondre à cette formidable artillerie que ses quinze pièces, dont la plupart furent bientôt hors de service. Le manque de poudre et de boulets était tel que chaque pièce n'avait que vingt coups à tirer par jour. Tout ce qu'il était possible de faire,
dans de pareilles conditions, c'était de se maintenir dans les retranchements élevés à la hâte devant la ville et d'attendre ainsi les secours si instamment sollicités du ministère, Le 30 avril, Lévis écrivait à Vaudreuil :
« Du camp sous Québec,
« Les ennemis démasquent beaucoup d'embrasures, ce qui nous annonce un feu considérable de leur part. Tout cela ne serait rien si nous avions l'artillerie et les munitions nécessaires pour leur répondre; mais il faut espérer qu'il nous viendra quelque chose de France, Si notre faible artillerie pouvait ouvrir le mur, je vous assure que j'y grimperais le premier et que le succès ne dépendra ni de moi, ni des troupes, qui sont très bien disposées. »
Les Anglais, de leur côté, démoralisés par leur sanglante défaite, n'osaient plus se hasarder à attaquer les Francais: leurs hôpitaux étaient encombrés de malades et de blessés, et ils n'espéraient leur salut que de la flotte dont on leur faisait entrevoir la prochaine arrivée,
Chaque jour, dès les premières lueurs de l'aube, assiégeants et assiégés regardaient avec anxiété dans la direction du fleuve. Le 9 mai; ils voyaient poindre à l'horizon une voile qui remontait le Saint-Laurent. Une véritable angoisse étreignit tous les cœurs.
Bientôt. on distingua le gréement du navire: c'était une frégate.
«€ Nous restèmes quelque temps en suspens — dit le ‘apitaine Knox, de l'armée assiégée — n'ayant pas assez d'yeux pour la regarder; mais nous fûmes bientôt convaincus qu'elle était anglaise. On ne peut exprimer l'allégresse qui transporta la garnison. Officiers et soldats montèrent sur les remparts faisant face aux Français et poussèrent pendant plus d'une heure des hourras continuels en élevant leurs chapeaux en l'air.
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La ville, le camp ennemi, le port, les campagnes voisines à plusieurs lieues de distance retentirent de nos cris et du roulement de nos canons, car le soldat, dans le délire de sa joie, ne se lassait point de tirer. Enfin, il est impossible de se faire une idée de notre allégresse si l'on n'a pas souffert les extrémités d'un siège et si l'on ne s'est pas vu, avec de braves compagnons d'armes, exposé à une mort cruelle, »
La joie délirante dont témoigne l’auteur de ce passage démontre combien avaient été grandes les craintes des assiégés.
Chez les Français, si la déception fut profonde, ils n'en laissèrent rien paraître et continuèrent avec plus de vigueur leur feu contre les fortifications. Mais le 15 mai, deux autres navires anglais mouillaient devant Québec et débarquaient les renforts qu'ils amenaient à la garnison.
Lévis, désespéré, craignant d'être coupé dans sa retraite, prit le parti de lever le siège et de se retirer encore une fois derrière la rivière Jacques Cartier. Il donna l’ordre aux bâtiments portant les vivres de remonter le fleuve et aux deux frégates de suivre les embarcations. Puis, à la nuit, il fit jeter l'artillerie, qu'il ne pouvait emporter, en bas de la falaise près de l'anse au Foulon, distribuer aux troupes les approvisionnements qui restaient et commencer la retraite qu'il effectua sans être inquiété,
Quant aux bâtiments et aux frégates, à peine appareillaient-ils qu'ils étaient poursuivis par plusieurs vaisseaux anglais et obligés de s’échouer pour éviter de tomber aux mains de l'ennemi.
Seul Vauquelin, sur l’Atalante, soutint pendant deux heures une lutte acharnée contre ses agresseurs et continua son feu jusqu'à ce qu'il n’eût plus ni poudre ni boulets. La moitié de son équipage était hors de combat. Il fit débarquer les hommes encore vali-
des en les invitant à rejoindre l’armée et resta sur son bâtiment, avec les blessés et les morts, maintenant fièrement, sous le feu de l'ennemi auquel il ne pouvait plus répondre, son pavillon flottant au vent, Sommé de l'abattre ou de tirer, il répondit aux Anglais que s’il avait eu de la poudre il n'aurait pas attendu leur avis pour continuer le feu sur leurs vaisseaux; que pour son pavillon, il avait toujours abattu celui des autres et qu'on pouvait amener le sien, mais qu'il ne l’abaisse- ‘ait pas lui-même devant l'ennemi. L'amiral anglais rendit hommage à ce noble adversaire en lui accordant sa liberté et en le faisant reconduire en France.
Vauquelin devait y trouver comme ministre ce mème Berryer que Bouge unville avait vainement supplié de venir en aide au Canada. La duchesse de Mortemart fit une démarche en faveur de l’intrépide marin auprès de l’indigne protégé de la Pompadour ; elle en reçut cette réponse qui ne donne que trop la mesure de l'esprit qui régnait alors dans la marine de guerre :
Madame, je sais très bien que M. Vauquelin a servi le roi merveilleusement comme un héros; mais il n’est pas gentilhomme de naissance, et je dois pourvoir aux demandes d'un grand nombre d'officiers de orande famille. Il s'est formé dans le service marchand ; qu'il y retourne ! »
Lévis, après s'être rendu compte des vivres qui restaient et avoir examiné la situation de l'armée, dont la plupart des Canadiens, voyant tout perdu, avaient quitté les rangs pour retourner chez eux, laissa un corps de dix- huit cents hommes au fort Jacques Cartier et partit pour Montréal où il arriva le 29 mai. Toutes les ressources de la colonie en poudre, vivres et artillerie avaient été épuisées pour le siège de Québec, les mauvais temps qui avaient accompagné la retraite et le défaut de moyens de transport avaient obligé d’a-
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bandonner en route le matériel trainé jusqu'aux tranchées; les troupes qui restaient à la disposition du général se trouvaient dans le plus complet dénuement ; les bataillons étaient réduits à deux cent cinquante hommes et au tiers de leurs officiers; il n'y avait plus
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Ferme canadienne.
aucune espérance de secours; le fleuve était couvert de vaisseaux anglais. Dans l'impossibilité de tenir ses troupes réunies, Lévis les dissémina chez les habitants avec lesquels elles partagèrent le peu qui leur restait en attendant que l'ennemi, après avoir reçu tous ses renforts, s’avancçât vers Montréal.
Huit cents hommes défendaient les rapides du Saint- Laurent ; cinq cents étaient postés au sault Saint-Louis ; Bougainville, avec quinze cents, occupait le fort de l'ile aux Noix à l'entrée du lac Champlain. De la métropole, il n'était venu qu'un secours dérisoire. Les commandants des quelques bâtiments envoyés avec du matériel et des provisions, ayant appris dans le golfe
qu'une escadre anglaise avait remonté le fleuve, s'étaient réfugiés dans la baie des Chaleurs où ils restèrent à l'ancre, attendant des nouvelles de Montréal. Averti de leur présence, le capitaine anglais Byron vint de Louisbourg avec plusieurs vaisseaux de guerre les attaquer et les détruire.
Une dernière ressource restait aux Canadiens : les
ances qu'ils avaient faites au gouvernement Tue 1e commencement de la guerre et qui s'élevaient à plus de quarante millions. M. de Vaudreuil fut informé que, le Trésor étant vide, le paiement des lettres de change tirées par le Canada était suspendu. Ce fut le dernier coup pour ces malheureux.
« Les habitants sont désespérés, — écrivait M. de Lévis au ministre, — ils ont tout sacrifié pour la con-
servation du pays et se trouvent ruinés sans ressources.
« Nous n'avons, ajoutait-il, de la poudre que pour un combat, mais si les ennemis ne mesurent pas leurs mouvements, nous en profiterons pour combattre le corps qui débouchera le premier. C'est l'unique ressource qui nous reste. Nous sommes hors d'état de tenir la campagne, et il est surprenant que nous exislions encore. »
Comme les années précédentes, trois armées anglai-
ses allaient converger sur Montréal.
Murray, laissant à Québec une forte garnison, remonta le Saint-Laurent avec trois frégates et trentedeux bâtiments transportant quatre mille hommes et une artillerie considérable. 1 passa devant les retranchements élevés aux Trois-Rivières et à l'entrée de la rivière Richelieu sans être arrêté par le feu des quelques batteries installées sur la rive, reçut devant Sorel un renfort de quinze cents hommes détachés de la Nouvelle-Écosse, et y attendit l'approche des deux autres armées et l’arrivée du général Amherst, chargé de la direction des opéri atlons., Il avait, sur sa route, incen=
e, s'érestèntréal.
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M. de 1 conurces.
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1, re- ‘entees et trande la quel- Sorel Nouutres de la
1CCN=
dié les habitations sans défense et fait publier partout qu'il détruirait les villages dont les habitants ne rendraient pas leurs armes; ceux des Canadiens qui resteraient dans les rangs des troupes françaises étaient en outre menacés de subir le sort des vaincus et d'être transportés en Europe.
La seconde armée, commandée par le général Haviland, devait descendre le lac Champlain et enlever l’île aux Noix; elle était forte de neuf mille hommes; cinq grands bateaux armés chacun de dix-huit canons, deux batteries flottantes et des berges transportant l'artillerie de gros calibre lui faisaient escorte.
Débarqués le 14 août en vue de l’île, les Anglais établirent aussitôt plusieurs batteries qu'ils démasquèrent le 18. Bougainville en essuya le feu pendant huit jours presque sans y répondre, afin de réserver le peu de munitions qu'il possédait pour repousser une attaque de vive force. Mais les Anglais, ne pouvant enlever la position de front, la tournèrent, forcèrent les chaînes barrant la rivière et continuèrent à descendre au fil de l’eau vers le Saint-Laurent. Bougainville, ne pouvant s'opposer, à leur passage, reçut l'ordre du gouverneur d'évacuer le fort et d'opérer sa retraite sur Montréal, ce qu'il fit dans la nuit du 27 au 28, en passant sans être aperçu au milieu des troupes ennemies.
La troisième armée, la plus importante, dirigée par le général Amherst, était forte de onze mille hommes. Réunie à Chouaguen, elle s'engagea dans les rapides du fleuve Saint-Laurent et fut arrètée par le fort Lévis, où le commandant Pouchot, renouvelant sa belle défense de Niagara, la tint en échec pendant douze Jours; ce ne fut qu'après un assaut repoussé, ses murailles détruites, ses canons démontés, tous ses officiers et le tiers de ses hommes tués ou blessés qu'il se résigna à capituler.
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