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Nous avons à la fois la crainte et l'admiration du verbe, ‘4 beaucoup ont la jubilation du mot.
Formuler une idée, l'exposer, la défendre, cela est bien, mais ce n'est pas tout. Ilest mieux d'essayer de la réaliser, Ne, si on la croit bonne. "
Comment se fait-il que tant de gens parmi nous répè- fi tent des mois, des années durant, € il faut faire cela ». p' Vous leur dites « Faisons-le ». Vous les mettez au pied du i mur avec la truelle, le fil à plomb et le reste. Alors, au 1 lieu de se mettre à l’œuvre, ils se détournent, en ayant vi peine à cacher leur stupeur de vous voir aussi simples, Av à fait de quoi parleraient-ils à l'avenir? Agir, c'est leur vo- #1 ler leur thème, leur brûler leur flûte.
Le vieil homme d'acier, de Moltke, aurait-il raison de MR nous adresser ce reproche avec dédain : |
« Les Francais prennent des mots pour des faits, » +4
J'entends dire de tous côtés qu'il n'a pas tout à fait tort ‘3 et pour mon compte, j'en conrais quelques-uns qui confon- ‘4 dent action avec agitation et gesticulation avec gestes. 4
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tions. 4 Dans notre instruction, les auteurs tiennent plus de 1
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place que les hommes. Le Tasse passe avant les Croisés, Camoëns auteur de Lusiade passe avant Vasco de Gama qui n'est qu'un Portugais, et s’il s'agit de nos hommes d'action, de ceux de notre race, nous ne nous en occupons guère, et Francois Martin, le prodigieux fondateur de Pondichéry est un inconnu. Montcalm n'est qu'un nom pr.nre. Combien d’autres sont ignorés?
N'est-il pas temps qu'on essaie d'inculquer aux jeunes Français que l'action dans un but sérieux est d'un charme infini et qu'elle porte en elle-même sa jouissance et sa récompense? On enseigne qu'un bon sonnet vaut à luiseul un long poème. Y a-til un inconvénient à répéter qu'agir sérieusement, utilement, vaut mieux?
Composer dans une belle langue un discours habile pour demander la lune est artistique; mais capter des sources, creuser des canaux et transformer un désert aride en un frais oasis est sérieux. Croyez-moi, l'orateur éprouve moins de plaisir à se relire au coin du feu que l'armateur qui voit son navire bien frété entrer doucement dans le port, ou que le colon qui se dresse sur ses étriers pour contempler, du haut de son cheval, la plaine verdoyante qu'il a créée par une longue suite d'efforts.
Nous voulons répéter à nos compatriotes qu'il vaut mieux agir que parler. Que ce soit Cavelier de la Salle découvrant le Mississipi, Montcalm succombant sous le nombre, Dupleix martyrisé, Marceau fauché dans sa jeunesse, Champlain, Colbert, Montgolfier, et plu: près de nous Pelissier, Séguin, Caillé, Faidherbe, ou bien Boucicaut créant le Bon Marché et assurant l'avenir de ses collaborateurs ; que ce soit tout simplement le laboureur qui trace son sillon, ou l’ouvrier qui frappe le fer sur l'enclume et se réjouit de le voir courbé à sa volonté, peu importe, tout ce qui se fait pour entretenir la vie, accroître la gloire ou la puissance de la France, tout cela est bien.
Qu'on ne vienne pas nous dire que nous ne sommes plus bons qu'à blaguer. Nous savons du moins encore
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mourir. Mais ceux qui parlent font un tel bruit que le Ÿ brouhaha de leurs phrases inutiles empêche d'entendre les À appels des mourants sur les terres lointaines, qui vous : crient : hi
« Faites que le sacritice de ma vie ne soit pas inutile à ma patrie. »
Quelquefois le sacrifice n’est pas complètement inutile : car il engendre de temps en temps des comités de souscriptions pour une tombe surmontée d’un buste, pour une statue dans un jardin public ; on les « inaugure » et de copieux discours sont prononcés.
Notre conviction est que les poètes des vieilles chansons de gestes trouveraient de nos jours plus d’un sujet pour leurs couplets monorimes. 4
Nous espérons, malgré tout, que les Francais à venir | prendront leur essor à leur tour et qu'ils continueront les =# histoires des « Gesta Dei per Francos » de la manière dont | cela peut se faire à notre époque de commerce, d'indus- F trie et de colonisation, n.
Et vous autres, Français, ne venez pas reprocher au Co- M mité Dupleix d'avoir ouvert la série des « hommes d'action français » par Cavelier de La Salle qui mourut assassiné.
Il consacra sa fortune, sa vie entière à son idée. Les difficultés qu'il éprouva du fait de ses compatriotes furent énormes. Un fonctionnaire gouverneur C4 la côte du Canada l’accusa de vouloir ruiner la colonie, et nia ses découvertes. Il eut deux "1 trois satisfactions : un chef d'État qui s'appelait Louis XIV le prit sous sa protection, des ministres qui s'appelaient Colbert et Seignelay le comprirent et l’aidèrent enfin, mais il fut assassiné en essayant de vivre son rêve, ce qui est au reste une fin plus intelligente que celle de l’oie grasse crevant d’apoplexie, d’oisiveté, d’indigestion et de rien faire.
À examiner la vie des véritables hommes d'action on est souvent porté à les plaindre, car ils aboutissent assez rarement au succès complet, mais s'ils ne touchent pas la
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terre promise; ils ont la grande joie de la montrer aux autres. Et puis ils sont tous observateurs, qu'ils aient à lutter contre les sauvages, contre les amiraux « de l'invincible armada de l'ineptie humaine » ou qu'ils succombent sous les sagaies dans la brousse, qu’ils meurent sur l’échafaud, ou lapidés par les foules, ils ont toujours la joie jusqu'à leur dernier souffle de philosopher sur l’animal humain.
César, dit-on, se couvrit la face pour ne pas voir ses amis ingrats et Brutus, son fils adoptif, le frapper avec rage. Pour moi, je crois qu’il voulait regarder plus à l’aise ceux qui s'acharnaient sur lui, par une déchirure que leurs poignards avaient faite à sa toge.
L'homme d'action en proie aux brutes et ne pouvant rien contre elles, a toujours la philosophie et l'amusement de penser : « Je ne les aurais jamais crues aussi bêtes. »
Vauvenargues a dit : « Nulle jouissance sans action. » Il aurait pu dire aussi bien : « Nulle action sans jouissance. »
Donc agissez, à Francais; si vous voulez garder votre place au soleil. Vous vous ennuierez moins.
Le Comité Dupleix à l'ambition de rendre aux Français le goût de l’action. Cette ambition est-elle de la présomption? Si peu encourageante que soit l'heure actuelle, nous nous refusons à le croire. Un des moyens propres à atteindre ce but, nous a sembié être la publication d’une série de volumes où seront tracées les vies des hommes qui agirent et qui en, agissant, contribuèrent à la grandeur ou à la prospérité de la France.
Gabriel BONVALOT.
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En 1850, un savant historien, professeur à l’école militaire de Saint-Cyr, exposait - pour la première fois aux élèves * notre histoire nationale. « Lorsque j'en vins, dit-il, au récit de la lutte qui nous a coûté le l. Canada, l’ardente et sympathique jeunesse | qui m'écoutait tressaillit au récit des grandes actions qui avaient honoré le nom français en Amérique. »
L'émotion qui s’'empara de cet auditoire d'élite lors- 4 que Dussieux évoqua devant lui cette belle page de