‹ Montcalm [microforme]Chapitre 3 sur 18 · SEE · texte numérisé non relu

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nos annales militaires, je la ressens à mon tour en abordant cette dernière partie si passionnante de l’histoire de la Nouvelle-France. C’est la lutte finale dans des conditions d'inégalité telles qu'après en avoir parcouru les diverses phases on reste surpris de l'héroïsme déployé par les chefs, de la vigueur des troupes qu'ils commandaient et de l'esprit de sacrifice d'une population que soutenait seul, au milieu des souffrances les plus cruelles, l'amour du vieux pays.

Le premier de ces chefs, celui que des victoires inespérées allaient couvrir de gloire, et qui devait tomber en soldat aux dernières heures de la lutte, c'est Montcalm.

Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint. Véran, né le 28 février 1712, au château de Candiac, sur les bords du Vistre, à trois kilomètres de Vauvert (Gard), descendait d'uneancienne famille du Rouergue, adonnée au culte des armes; un de ses aïeux maternels, Gozon, chevalier, puis grand-maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, s'était illustré au quatorzième siècle en délivrant l'île de Rhodes, disait la légende, d’un dragon qui la dévastait.

Après de fortes études littéraires dont il garda le goût au milieu des camps, où ses lectures favorites étaient les œuvres de Plutarque dans le texte grec et les pages immortelles de notre grand Corneille, le jeune Montcalm était, au mois d'août 1721, nommé enseigne au régiment d'infanterie de Hainaut; à dixsept ans il était capitaine et faisait ses premières armes sous les ordres du maréchal de Berwick. La guerre de la succession d'Autriche le conduisit en Bohême, où il se lia avec le héros de Prague, Chevert, qui l'honora d’une constante amitié. Promu en 1743 colonel du régiment d'Auxerrois-infanterie, il était nommé la même année chevalier de Saint-Louis. Le 13 juin 1746 à la bataille de Plaisance, il déploya le plus grand

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« Nous avons eu hier, écrivait-il alors à sa mère, une affaire des plus fâcheuses. IT y a nombre d'officiers généraux et colonels tués ou blessés. Je suis des derniers avec cinq coups de sabre. Heureusement aucun n'est dangereux, à ce que l’on m'assure, et je le juge par les forces qui me restent, quoique j'aic perdn de mon sang en abondance, ayant eu une artère coupée. »

Son régiment qu'il avait deux fois rallié avait été anéanti.

L'année suivante, au sanglant combat du col d’'Exiles, dans les Alpes, servant sous les ordres du chevalier de Belle-Isle qui s’y fit tuer avec quatre mille hommes de son armée, Montcalm devenu brigadier, chargeait avec sa fougue entrainante à la tête des troupes, lorsqu'il fut atteint de deux coups de feu et emporté hors du champ de bataille.

En 1734, il avait épousé, entre deux campagnes, la petite-nièce de l’intendant Talon, qui avait contribué si largement au développement de la Nouvelle-France. Six enfants naquirent de ce mariage : quatre filles et deux fils. En 1748, après la paix d'Aix-la-Chapelle, nommé maître de camp, Montcalm séjourna souvent au vieux château de Candiac, se consacrant à l'éducation de ses enfants, relisant ses auteurs favoris, se passionnant toujours pour les choses de l’armée, et approfondissant toutes les questions militaires. Mais cela ne suffisait pas à son activité; en 1750 il siégeait aux États du Languedoc, en 1755 il faisait partie, comme Seigneur de Gabriac, des États du Gévaudan. D'une ardeurinfatigable, d’une vivacité d'esprit merveilleuse, Montcalm, en 1755, n'avait pas encore, malgré ses brillants services, la réputation dont il était digne. Au mois de novembre de cette année, se trouvant à Paris, il alla voir le ministre de la Guerre, d'Argenson, et

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s'entretint avec lui des nouvelles reçues du Canada où la défaite du baron Dieskau pouvait entraîner des conséquences désastreuses. La netteté de vues, l'élévation d'idées et l’entrain du jeune maître de camp charmèrent le ministre. Deux mois après, ayant à désigner le général qui allait être chargé du commandement des troupes à Québec, il écrivait à Montcalm :

« Versailles, 25 janvier 1756, minuit. Peut-être ne vous attendiez-vous plus, Monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la conversation que j'ai eue avec vous le jour que vous m'êtes venu dire adieu à Paris. Je n'ai cependant pas perdu un instant de vue, depuis ce temps-là, l'ouverture que je vous ai faite alors, et c'est avec le plus grand plaisir que je vous en annonce le succès. Le roi a déterminé sur vous son choix pour vous charger du commandement de ses troupes dans l'Amérique septentrionale, et il vous honorera à votre départ du grade de maréchal de camp. »

Montcalm était invité en même temps à se rendre « sans perdre un instant » à Versailles, pour les préparatifs de l'expédition. Il fit aussitôt ses adieux à sa vieille mère, la marquise de Saint-Véran, à sa femme et à ses enfants qu’il espérait revoir un jourcouvertsde gloire et dignes d'être comparés à ces héros de l’Antiquité, dont il faisait revivre les vertus. La mort, hôte trop fidèle, devait anéantir cette illusion.

Avec lui et comme lieutenants, Montcalm emmenait au Canada le chevalier de Lévis, le colonel de Bourlamaque, et un aide de camp, capitaine de dragons, Bougainville.

Le chevalier de Lévis, depuis duc et maréchal de France, était alors brigadier; ses rapports avec Montcalm furent toujours ceux d’un officier dévoué à son chef et disposé à lui assurer le concours le plus entier pour la réussite de ses projets. Dès 1756, Montcalm, écrivant au ministre, disait de lui :

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«M. le chevalier de Lévis a fort bien pris avec les troupes. Il a un ton très militaire et la routine du commandement. Il n'est pas étonné, il sait prendre un parti, être ferme et s'écarter des ordres donnés de soixante lieues quand il les croit contraires au bien par des circonstances qu'un général éloigné n'a pu prévoir. »

L'entente entre ces deux hommes était complète; le même sentiment du devoir, la même passion des armes les animaient. Aussi, de son côté, le chevalier de Lévis disait-il au ministre dans sa correspondance :

« Je ne sais si M. le marquis de Montcalm est content de moi : ce qu'il y a de certain c’est que je le suis beaucoup de lui. Je serai toujours charmé de servir sous ses ordres. Ce n’est pas à moi à vous parler de son mérite ni de ses talents, vous les connaissez mieux que moi; mais je puis avoir l'honneur de vous assure, qu’il a généralement plu dans cette colonie, et qu'il traite très bien avec les sauvages. Il à aussi établi la discipline parmi nos troupes. »

M. de Bourlamaque, colonel d'infanterie et ingénieur distingué, qui devait « gagner furieusement » dans l'esprit de tout le monde pendant la campagne de 1757, apportait dans l’accomplissement des missions qui lui étaient confiées un caractère parfois trop minutieux, mais en même temps une grande fermeté et un courage à toute épreuve.

De Bougainville la carrière est trop connue pour y insister ici; ce capitaine de dragons, alors âgé de 27 ans, avait été d'abord avocat au Parlement de Paris ; il était devenu ensuite un mathématicien que ses travaux devaient faire entrer à l'Académie des sciences, et ses voyages comme navigateur l'ont rendu immortel. Montcalm disait un jour de lui: «Du talent, la tête et le cœur chauds, cela mürira. »

Très observateur, infatigable au travail, d’une

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froide intrépidité au milieu des plus graves dangers, le jeune aide de camp devait rendre à son chef des services que celui-ci savait apprécier, et lorsqu'il lui fallut, à la veille de succomber, adresser au gouvernement qui l’abandonnait un suprême appel, ce fut à Bougainville qu'il confia cette mission.

Et quelles forces le monarque qui le chargeait de la défense du Canada contre les colonies anglaises appuyées par les troupes de la métropole, mettait-il à la disposition du général? Trois mille huit cents hommes. Tel était l'effectif qu'avec ce qu'il amenait de France Montcalm allait avoir sous la main au début des opérations. L'année suivante quinze cents, le dernier secours envoyé, arriveraient de France. Royal-Roussillon, Languedoc, La Reine, Artois, Guyenne, La Sarre, Béarn et Berry, tels sont les noms des régiments dont les cinq mille trois cents soldats, mal nourris, sans souliers, sans solde, n'ayant le plus souvent de munitions que celles enlevées à l'ennemi, allaient être, en quatre ans, réduits à deux mille deux cents, après une série de combats et d’exploits qu’une ingrate patrie a trop oubliés.

Deux mille hommes des troupes de la marine, les contingents des milices canadiennes et les sauvages alliés portaient l'ensemble des forces françaises à quinze ou seize mille hommes chargés de défendre un pays plusieurs fois grand comme la mère-patrie, et menacé par soixante mille ennemis. « Etonnantes campagnes dont aucune guerre d'Europe ne donne l’idée : pour théâtre des lacs, des fleuves, des forêts sans limites succédant à d'autres lacs, à d autres forêts, à d’autres fleuves. Pour armée des troupes étranges le highlander écossais et le grenadier de France qui porte la queue et l’habit blanc, combattent près de l'Iroquois et du Huron à la plume d’aigle. Tantôt la hache à la main, le fusil en bandoulière, les soldats de

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ces armées cneminent sous bois, tantôt ils portent à bras, au delà des rapides écumants, les bateaux où ils se rembarquent; l'hiver, les raquettes aux pieds, la peau d'ours au dos, ils suivent sur la neige les traineaux de campagne attelés de grands chiens. Guerre remplie de surprises, de massacres, de combats corps à corps, dans laquelle les décharges de l'artillerie et le rouivinent des tambours répondent aux hurlements des Peaux Rouges et au fracas des cataractes. » (De Bonnechose.)

Le chevalier de Lévis signalait au comte d'Argenson, ministre de la Guerre, ces conditions particulières de la lutte engagée lorsqu'il lui écrivait du fort de Carillon le 17 juillet 1756 :

« Toutes les entreprises sont dans ce pays très difficiles: on en doit presque toujours le succès au hasard. Toutes les positions qu'on peut prendre sont critiques ; les attaques et les retraites sont difficiles à faire; on ne voyage que dans les bois ; auprès des rivières, il faut user des plus grandes précautions et avoir la plus grande patience avec les sauvages qui ne font que leur volonté, à laquelle dans bien des circonstances il faut céder. »

Du côté des Anglais, les préparatifs pour la campagne de 1756 étaient formidables. Rien ne fut changé au plan d'invasion de l’année précédente, mais le cabinet de Londres, sous le coup de la honteuse défaite du général Braddock, envoya tous les secours qui lui furent demandés. Plusieurs régiments traversèrent l’Atlantique pour renforcer les troupes déjà transportées en Amérique. Un vieil officier des guerres d'Europe, le comte de Loudoun, fut désigné comme général en chef: la chambre des Communes vota un secours de 115.000 livres sterling pour les colonies; les gouverneurs des provinces, réunis à New-York, résolurent de lever dix mille hommes en dehors des troupes ré-

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gulières pour attaquer le fort St-Frédéric et marcher ensuite sur Montréal; six mille pour enlever le fort Niagara et couper toute communication du Canada avec la vallée de l'Ohio; trois mille pour s'emparer du fort oder et deux mille pour descendre vers Québec par la rivière Chaudière, afin de jeter l'alarme au centre mème de la colonie et d'empêcher les détachements qui s'y trouvaient de se porter au. secours: des autres points attaqués.

Du côté des Français, pour s'opposer à une invasion que la supériorité comme nombre des forces anglaises donnait lieu de craindre, trois camps furent créés, l'un au fort de Carillon, élevé à la pointe sud du lac Champlain, le chevalier de Lévis en prit le commandement à la tête de deux mille hommes; le second à Frontenac, à l'entrée du lac Ontario, sous les ordres du colonel de Bourlamaque; le troisième à Niagara, entre les lacs Ontario et Érié, où le capitaine Pouchot, du régiment de Béarn, ingénieur de grand mérite, mit la place en état de résister aux attaques des An glais et de s'opposer à toute communication avec les nations des hauts pays.

Les frontières ainsi protégées, il restait à profiter de l'inaction de l'ennemi pour essayer de prendre loffensive. Le gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil, considérait comme d'une importance extrème l’enlèvement du fort de Chouaguen, établi par les Anglais au sud du lac Ontario, d’où ils pouvaient prendre la colonie à revers et s'emparer de la navigation des grands lacs. Ce poste n'avait été d’abord qu'un simple établissement de commerce, installé malgré les traités à l'embouchure de la rivière des Onnontaguës; puis les Anglais, sans s'arrêter devant les protestations des gouverneurs de Québec, y avaient, en pleine paix, élevé des retranchements. Ils avaient fini par y établir trois forts, et leur projet était d'y concentrer des

troupes destinées à attaquer et à prendre les forts Niagara et Frontenac, La colonie française perdait dès lors le commerce des lacs qui formait sa principale richesse, toutes ses communications avec les postes des pays d'en haut et la Louisiane étaient coupées; les Lribus sauvages de ces contrées, parmi lesquelles nous comptions des amis nombreux et fidèles, séparées de la colonie, ne pouvaient plus lui apporter leur concours, et le Canada, isolé, sans secours de la mèrepatrie, restait à la merci d’une invasion,

L'établissement de Chouaguen se composait du fort Ontario placé à droite de la rivière, sur un plateau élevé ; il était garni de douze pièces d'artillerie et entouré d'un fossé de six mètres de largeur sur trois de profondeur; du vieux fort de Chouaguen, consistant en un bâtiment crénelé aux murailles de trois pieds d’épaisseur, avec deux grosses tours carrées et une enceinte défendue par dix-huit canons et quinze obusiers; du fort George, construit de pieux avec retranchement en terre, à six cents mètres de celui de Chouaguen, sur une hauteur le dominant.

Dans les terres enfin, les Anglais avaient édifié près du lac des Onneyouts le fort Bull, où ils rassemblaient des provisions et des munitions qui devaient ètre lransportées à Chouaguen.

Le gouverneur, M. de Vaudreuil, chargea le licutenant de Léry, des troupes de la marine, de marcher sur ce dernier poste et de le détruire; il lui donna, pour accomplir cette mission, quatre-vingt-treize soldats de marine, cent soixante-dix miliciens et quatre-vingtdeux sauvages.

Parti de Montréal le 17 mars 1756, et passant, à travers les glaces et les neiges, par des sentiers connus des Peaux Rouges seuls, M. de Léry arriva en vue du fort Bull, dont la garnison se composait de quatrevingt-dix hommes. Afin de ne pas laisser à Fennemi le

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temps de recevoir des secours, il attaqua sans délai,

couvrit de feux les assiégés, enfonça les portes à e oups de hache et se rendit maître de la plac e dont les défenseurs furent exterminés. Le fort Bull était palissadé et

percé de meurtrières, « Sa prise offrit ceci de singulier que les meurtrières, au lieu d’être une protection pour la garnison, servirent aux assaillants, qui s'en empartrent avant qu'elle pât s'y placer et tirèrent par ces ouvertures du dehors au dedans de l'enceinte, » (Garneau.)

Les hangars du fort contenaient une énorme quanlité de lard, farine et biscuit, ainsi que des provisions considérables de poudre et de boulets. De Léry fit enlever tout ce que pouvaient porter ses hommes, jeta les boulets dans le lac, mit le feu aux bâtiments et en se retirant fit sauter la poudrière, dont l'explosion acheva de tout détruire.

Au mois d'avril, un autre détachement de huit cents hommes, sous le commandement de M. de Villiers, g'agna la rivière au Sable, près du lac Ontario, et y construisit au milieu des bois un fort de pieux. De là M. de Villiers, tenant en échec la garnison de Chouaguen, di-

rigea plusieurs partis qui attaquèrent audacieusement

les convois de l'ennemi, pillèrent ses arrivages et interceptèrent souvent ses communications avec l'intérieur.

Le siège de Chouaguen étant résolu, et toutes les dispositions prises entre le gouverneur, le marquis de Montcalm et l'intendant chargé de fournir les vivres et les moyens de transport, Tes troupes destinées à l'expédition furent dirigées sur le fort Frontenac. Pendant ce temps, pour “donner le change à l'ennemi, Montcalm se transporta au fort de Carillon, où il chargea le chevalier de Lévis de se livrer du côté du fort William-Henry, que les Anglais occupaient en force, à des démonstrations destinées à leur faire

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croire que l'attaque principale des Français ‘allait avoir ce point comme objectif.

Le marquis de Montcalm.

L'artillerie, les munitions de guerre et de bouche et les troupes qui devaient prendre part au siège étant arrivées à Frontenac, Montcalm s'y rendit à son tour le 29 juillet et prit le commandement des trois

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mille hommes dont se composait sa petite armée, en y comprenant le corps détaché précédemment sous les ordres de M. de Villiers. Ce corps, servant d'avantgarde et dirigé par M. Rigaud de Vaudreuil, commandant des Trois-Rivières, se porta rapidement sur Chouaguen.

Montcalm, après avoir pourvu aux dispositions nécessaires pour assurer la retraite dans le cas où des forces adverses supérieures la rendraient inévitable, donna l’ordre à deux bâtiments, armés l'un de seize canons, l’autre de douze, de se rendre devant Chouaguen pour y bloquer les ‘embarcations avec lesquelles les Anglais auraient pu tenter de s'opposer à la traversée du lac Ontario, puis il fit embarquer ses troupes à Frontenac et en quatre jours leur transfert sur l’autre rive fut effectué.

Le 10, l'avant-garde cheminant à travers bois, parvenait à une anse située à une demi-lieue de Chouaguen, el y protégeait le débarquement de l'artillerie.

Le 11, à à la pointe du j jour, les Canadiens et les sauvages s'avancèrent jusqu'à un quart de lieue du fort Ontario et l'investirent. Un chemin fut tracé au milieu des marécages et des bois pour amener l'artillerie à portée du fort, et le travail poussé avec tant d’ardeur que le lendemain les canons y passèrent. On avait en mème temps établi le camp, la droite appuyée au lac Ontario et la gauche protégée par un marais; la flottille ayant servi au transport des troupes était mise hors d’insulte entre le camp et la rive du lac, qu'une batterie défendait contre toute attaque.

La marche des Français, s'’avançant seulement la nuit et faisant halte le jour dans les bois, avait jusquelà été ignorée de l'ennemi. Leur approche lui fut révélée par les sauvages qui, après avoir occupé les fourrés des alentours, allèrent faire le coup de feu jus-

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Le 12, le débarquement du parc d'artillerie et des vivres étant effectué, les dispositions furent prises pour ouvrir la tranchée le soir même. Montcalm confia la direction des travaux du siège au colonel de Bourlamaque, qui y employa sans relâche six piquets de travailleurs, de cinquante hommes chacun, avec deux compagnies de grenadiers pour les soutenir.

À minuit, une parallèle était ouverte à cent quatrevingts mètres du fossé du fort, dans un terrain embarrassé d'abattis et de troncs d'arbres. Achevée le lendemain à cinq heures du matin, elle fut complétée par des chemins de communication et l'établissement des batteries, L'artillerie ouvrit alors un feu violent sur les remparts, en même temps que la fusillade meurtrière des sauvages et des Canadiens obligeait la garnison à s'abriter derrière les bâtiments et les palissades. A six heures du soir, le tir des Anglais, qui jusque-là avait été soutenu, cessa brusquement, et l’on s'aperçut bientôt que la garnison avait évacué la place pourse réfugier de l’autre côté de la rivière dans le fort de Chouaguen, dont l'enceinte de pierres et les retranchements en terre offraient sans doute une protection plus efficace contre les balles de nos tirailleurs et les boulets des batteries. Iuit canons et quatre mortiers étaient restés dans le fort abandonné.

M. de Bourlamaque, après une reconnaissance de ses éclaireurs, fit occuper aussitôt le fort Ontaric par les grenadiers de tranchée, et ordonna aux travailleurs de continuer la parallèle, sous le feu des Anglais, jusqu'au bord de la rivière. Il y fit dresser une grande batterie placée de façon à battre Chouaguen ainsi que le chemin du fort George. Vingt pièces de canon y furent charriées à bras d'homme pendant la nuit, et toutes les troupes s'y employèrent avec la plus orande ardeur.

Le 14, au lever du jour, les Canadiens et les sauva-

ges, sous les ordres de M. Rigaud de Vaudreuil, qui donna dans cette journée l'exemple de l'énergie et de l'audace, traversèrent partie à gué, partie à la nage, la rivière dont le courant était des plus rapides et se dispersèrent en tirailleurs dans les bois voisins de Chouaguen pour intercepter les communications avec le fort George. A neuf heures du matin les canons de la batterie tiraient à pleine volée sur le fort et les retranchements, dont les défenseurs étaient décimés par nos tirailleurs cachés dans la forêt. Le colonel Mercer, commandant du fort, était tué, et vers dix heures, les assiégés aux abois arboraïient le drapeau blanc.

Le feu ayant cessé, deux officiers vinrent en parlementaires, trouver le commandant Rigaud de Vaudreuil pour demander à se rendre. Il les envoya sous escorte à Montcalm qui accorda la capitulation, à la condition que la garnison resterait prisonnière de guerre et que les troupes françaises occuperaient immédiatement les forts Chouaguen et George.

À la tête des compagnies de grenadiers et des piquets de tranchée qui avaient si brillamment préparé les approches, M. de Bourlamaque prit possession des deux forts et fit procéder à leur démolition, pendant que l’on effectuait le déblaiement de l’artilleric et des munitions qui s’y trouvaient.

Les sauvages alliés avaient commencé, dès la reddition accomplie, à se livrer au pillage et à enlever les chevelures de quelques blessés ; des mesures énergiques aussitôt prises pour s'opposer à ces cruautés et la promesse de riches présents parvinrent heureusement à les arrêter. « ILen coûtera huit à dix mille livres, écrivit Monicalm au ministre, mais cela nous conservera plus que jamais l'affection de ces nations. »

« La célérité de travaux dans un terrain que les Anglais avaient jugé impraticable, — lit-on dans une relation du temps, — l'établissement de nos batteries

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fait si rapidement, l'idée que ces travaux ont donnée du nombre des troupes françaises, la mort du colonel Mercer et plus que tout encore la manœuvre hardie du sieur Rigaud et la crainte des Canadiens et des sauvages qui faisaient déjà feu sur le fort, ont sans doute déterminé les assiégés à ne pas opposer une plus longue défense. Ils ont perdu cent cinquante-deux hommes, y compris quelques soldats tués par les sauvages en voulant se sauver dans les bois. Le nombre des prisonniers a été de plus de seize cents dont quatre-vingts officiers. On a pris aussi sept bâtiments de guerre, dont un de quarante-huit canons, un de quatorze, un de dix, un de huit, et les trois autres armés de pierriers, outre deux cents bâtiments de transport; les officiers et équipages de ces bâtiments ont été compris dans la capitulation de la garnison. ’artillerie qu'on a prise consiste en cinquante-cinq pièces de canon, quatorze mortiers, cinq obusiers et quarante-sept pierriers qu'on a enlevés avec une erande quantité de boulets, bombes, balles et poudre, et un amas considérable de vivres. » (Relation de la prise des forts de Chouaguen, 1756.)

Tous les préparatifs des Anglais pour envahir par ce côté la colonie étaient anéantis. Le colonel Weeb, à qui Mercer avait écrit le 12 pour lui demander secours et qui arrivait du fort William-Henry à la tête de deux mille hommes, apprit en route par des fuyards la prise de Chouaguen et rebroussa précipitamment chemin.

Le 21 août, les démolitions achevées, le transport à bord de sa flottille des prisonniers, de l'artillerie conquise et des vivres accompli, Montcalm se rembarqua avec ses troupes pour regagner Montréal, do: il adressait le 28 au ministre une dépèche lui anno. çant la réussite de l'expédition :

« C’est peut-être, disait-il, la première fois qu'avec

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