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Par les navires partis de Québec l'automne précédent, Montcalm avait instamment réclamé des secours. Le 19 février 1759, le ministre de la Guerre, le vieux maréchal de Belle-Isie, lui répondit qu'il ne devait pas compter recevoir de irrupes de renforts. « Outre qu'elles augmenteraient, lui disait-il, la disette des
récéours.
ieux levait Dutre » des
vivres que vous n'avez que trop “prouvée jusqu’à présent, il serait fort à craindre qu'e’ies ne fussent interceptées par les Anglais dans le passage; et comme le roi ne pourrait jamais vous envoyer de secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les efforts que l’on ferait ici pour vous en procurer n'auraient d'autre effet que d’exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s'est acquise dans celte partie du continent, »
Ce même ministre, que les ordres du roi obligeaient à abandonner si honteusement les admirables défenseurs de la Nouvelle-France, ajoutait, de sa main, cette recommandation vraiment étrange après le refus de tout renfort :
€ Il est de la dernière importance de conserver un pied dans le Canada, quelque médiocre qu’en soit l'espace; car si nous l’avions perdu en entier, il serait comme impossible de le ravoir. C’est pour remplir cet objet que le roi compte sur votre zèle, votre courage, votre opiniâtreté, et que vous meitrez en œuvre toute votre industrie, que vous commun'querez les mêmes sentiments aux officiers principaux et tout ensemble aux troupes qui sont sous vos ordres. »
Montcalm accusa réception de cette lettre dans des termes d'une simplicité et d'une grandeur antiques :
« J'ose vous répondre de mon entier dévouement à staver cette malheureuse colonie ou à mourir. »
Il lui restait trois mille deux cents hommes, les quelques recrues arrivées de France, quinze cents soldats des troupes de marine et les milices.
Le gouverneur, comprenant que l'heure suprème était arrivée et qu'il fallait employer toutes les forces disponibles pour résister à l'assaut formidable que la colonie allait subir, ordonna la levée en masse de tous les Canadiens de seize à soixante ans. Son appel fut
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entendu par ses compatriotes qui, malgré la faiblesse de son caractère, le savaient dévoué à leur cause et prèt à se sacrifier pour elle. Dix mille hommes quittèrent leurs foyers pour se joindre à l'armée; on vit, touchant etnoble exemple de patriotisme, des enfants de douze ans et des vieillards de quatre-vingts ans grossir les rangs des milices ou s'employer de leurs mains débiles, à défaut de bêtes de somme, aux charrois de vivres et d'artillerie. [Il ne resta dans les campagnes. pour le travail de la terre, que les femmes et les petits enfants.
Quant aux sauvages, qui voyaient l'infériorité trop manifeste des Français et que les émissaires anglais cherchaient par tous les moyens à rallier à leur cause, ils refusèrent pour la plupart de quitter leurs bourgades ; les Hurons, les Iroquois chrétiens et les quelques Abénaquis ayant survécu à l'épidémie de petite vérole des années précédentes, répondirent seuls, au nombre de neuf cents, à l'appel du gouverneur et de Montcalm.
Contre ces faibles forces, épuisées par les privations et les souffrances d’un long et froia hiver (1), l'ennemi disposait de quarante mille hommes de troupes, soutenus par vingt mille soldats de réserve. William Pitt confia le commandement de la principale armée à un jeune et ardent général, James Wolfe, qui s'était distingué au siège de Louisbourg.
Wolle avait sous ses ordres douze mille hommes qu'une flotte de vingt vaisseaux et trente frégates, mon-
(1) La misère en était arrivée à ce point que les officiers mouraient de faim, et que, pour les aider à vivre, Montcalm dut sommer l'intendant de leur payer vingt sous par jour. Il le fit dans les termes ler plus pressants : « Vous avez l’année, dernière secouru le peuple, Ir: dit-il, l'officier chargé de le défendre devient peuple toutes les fois que ses appointements ne lui donnent pas de quoi vivre.»
Le pain se payait 10 sous la livre, la pinte de vin 10 francs, la douzaine d'œufs 3 francs. Les souliers valaient de 30 à 40 francs la paire.
tée par plus de dix-huit mille matelots et artilleurs. devait transporter devant Québec ; le général Amherst, à qui la Chambre des communes avait voté des remerciements pour la prise de Louisbourg, remplaçait Aber-romby; il allait marcher avec douze mille hommes, par le lac Champlain, sur le centre de la colonie etrejoindre sous Québec l’armée de Wolfe.
Une troisième armée, celle qui avait pris le fort Duquesne, était chargée, sous le commandement du général Prideaux, de tourner la colonie par les lacs, d'occuper le fort Niagara et de descendre par le fleuve és Laurent jusqu'à Montréal.
« Si le général Montcalm, disait Wolfe, trompe encore cette fois nos efforts, il pourra passer pour un habile officier. »
Le 25 juin, la flotte anglaise, après avoir évité, par une heureuse fortune qui surprit alors, les dangers de la navigation sur le fleuve, arrivait en vue de Québec. Elle avait été dirigée, au milieu des passes et des écueils du Saint-Laurent par un officier de la marine royale, Canadien d'origine, Denis de Vitré. Fait prisonnier, il avait accepté de servir de pilote à l'ennemi, contre promesse d'un grade et une Somme d'argent. Cette infâme trahison fut largement récompensée. (Dussieux.) Il y a des actes que tout l'or d’une nation ne saurait effacer, et celui du misérable, qui ouvrait le Canada aux ennemis, est du nombre.
Malgré les menaces d'invasion par le fleuve, renouvelées chaque année depuis le commencement de la œuerre, les remparts de Québec étaient restés inachevés. Dès 1758, Montcalm avait signalé le danger au ministre : « Il y a deux ans, lui disait-il, que je ne cesse de parler de l’entreprise et de la descente que l’ennemi peut faire à Québec; on ne veut rien prévoir ni rien ordonner. »
Le 12 avril 1759, il revenait encore sur le péril qu'il
entrevoyait : « À Québec, l'ennemi peut venir si nous n'avons pas d’escadre ; et la capitale prise, la colonie est perdue ; et cependant, nulle précaution. J'ai écrit,
j'ai fait offre de mettre de l’ordre pour empècher une
fausse manœuvre à la première alarme; la réponse : Nous aurons le temps! »
Funesie illusion! Et combien Montcalm, cette fois encore, voyait juste!
L'attaque prochaine de la flotte anglaise étant sienalée, le général se rendit le 22 mai à Québec, où il fut bientôt rejoint par M. de Vaudreuil et le chevalier de Lévis. Après un sérieux examen de la place et de ses abords, tous trois reconnurent qu'elle n’était point tenable du côté de la campagne, où il n'existait pour la protéger qu'un simple mur de deux mètres de hauteur, sans fossé ni glacis. Afin d'empêcher l'ennemi de tourner la position et de la prendre à revers, il fallait à tout prix s'opposer à un débarquement et protéger la ville par un vaste camp retranché. Ce dernier prit lenom du village de Beauport qu'il renferma. Le Saint-Laurent en défendait le front, la gauche s'appuyait à la rivière Montmorency, descendant des montagnes par un profond ravin, et la droite était réunie à la ville parun pont sur la rivière Saint-Charles, dont un barrage et deux navires coulés en arrière interdirent l'entrée. Des redoutes élevées le long des retranchements et sur les quais de la basse ville augmentaient la force de la position.
Les troupes et les milices furent disposées sur les emplacements qu'elles devaient défendre, et y campè-
‘rent; le chevalier de Lévis commandait la gauche,
Bougainville la droite; Montcalm établit son quartier général au centre. Les deux frégates françaises et les bâtiments de commerce qui se trouvaient dans le port de Québec furent placés sous la direction du capitaine Vauquelin, jeune officier de marine d'une bravoure
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éprouvée. Trop faible pour résister à la flotte ennemie, il devait remonter le fleuve et s'opposer de toutes ses forces, avec l'appui des batteries de terre, aux tentatives que pourraient faire les Anglais pour le suivre en amont de la ville, où les falaises abruptes bordant le fleuve interdisaient tout débarquement.
La flotte anglaise, parvenue à l’île d'Orléans, y débarqua l’armée d'invasion et vint prendre position à la pointe, en face de la ville et du no retranché.
Sept brûlots avaient été préparés parles F rançais pour incendier les bâtiments lorsqu'ils $eraient à l'ancre ; le 28 juin, par une nuit obscure, ils furent dirigés sur les navires qu ‘ils devaient détruire, mais les hommes qui les montaient y mirent le feu beaucoup trop tôt, et les chaloupes anglaises, à l’aide de grappins, les entrainérent jusqu'à la berge où ils achevèrent de se consumer. D'autres essais, avec des radeaux enflammés, restèrent également sans résultat, et la flotte anglaise put s'embosser etse préparer à couvrir la ville de ses feux.
Pendant ce temps, Wolfe, après avoir vainement essayé de faire sortir Montcalm de ses retranchements, employait une partie de son armée à construire de l'autre côté du fleuve, sur la pointe de Lévis, plusieurs batteries qui, le 12 juillet, commencèrent à tirer en même temps que la flotte sur les maisons de Québec. Pendant deux mois le bombardement ne se ralentit pas, allumant de tous côtés des incendies que la population, aidée des troupes, parvenait difficilement à éteindre, et détruisant presque entièrement la basse ville.
En attendant le général Amherst, qui devait le rejoindre sous les murs de Québec, Wolfe lit ravager avec une impitoyable férocité tous les environs de la ville, incendier les fermes, brûler quatorze cents maisons, massacrer les habitants, égorger les bestiaux,
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couper les arbres fruitiers, et faire un désert de ces malheureuses campagnes, sans parvenir àébranler son adversaire (1). Montcalm restait enfermé dans la ville et le camp retranché, repoussant toute tentative de descente en aval ouen amont, et laissant les Anglais se morfondre dans l’île d'Orléans et dansle camp élevé par eux à gauche du ravin de Montmorency près du village de l'Ange gardien. C'était la base des opérations que Wolfe, las d'attendre inutilement Amherst, se décida à entreprendre seul contre les positions françaises. Le 31 juillet, un vaisseau de soixante canons et deux frégates vinrent s'embosser à gauche des retranchements de Beauport contre lesquelsils commencèrent un feu terrible, pendant que des hauteurs au delà du Sault Montmorency une batterie de vingt-six pièces prenait le retranchement à revers. À marée basse, les troupes anglaises campées de l’autre côté de la rivière descendirent en colonnes, sous la protection de leur artillerie, jusqu'au gué qu’elles passèrent au dessous du Sault, et se réunirent à celles qui, venant de la pointe de Lévis, débarquaient sur la berge, appuyées par le feu des frég'ates. Formées en bataille, elles s’avancèrent
(4) En même temps qu'il semait ainsi l'épouvante dans les campagnes, Wolfe faisait répandre dans la contrée le manifeste suivant :
« Son Excellence, piquée du peu d'égards que les habitants du Canada ont eu à son placard du 2 juin dernier, est résolue à ne plus écouter les sentiments d'humanité qui la portent à ménager des gens aveuglés sur leurs propres intérêts. Les Canadiens par leur conduite se montrent indignes des offres avantageuses qu’il leur faisait. C'est pourquoi il a donné ordre aux commaudants de ses troupes légères et autres officiers de s'avancer dans le pays, pour y saisir et emmener les habitants et leurs troupeaux, et y détruire et renverser ce qu'ils jugeront à propos. Au reste, comme il se trouve fâché d’en venir aux barbares extrémités dont les Canadiens et les Indiens leurs alliés lui montrent exemple, il se propose de différer jusqu’au 10 avril prochain à décider des prisonniers, envers lesquels il usera de représailles, à moins que, pendant cet intervalle, les Canadiens ne viennent se soumettre aux termes qu'il leur a proposés dans son placard, et par leur soumission toucher sa clémence et le porter à la douceur. Donné à Saint- Henri, le 25 juillet 1759. Joseph Dalling, major des troupes légères. »
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vers les retranchements ; à leur approche, les Français les accueillirent par des salves rapides de mousqueterie sous lesquelles elles commencèrent à plier et à se rompre.
Les redoutes menacées n'avaient que dix canons à opposer aux cent dix-huit pièces de l'ennemi, mais les volontaires canadiens, embusqués derrière les taillis et les roches, tuèrent à coups de fusil les artilleurs anglais. Le chevalier de Lévis, sous les ordres duquel combattaient les Français sur ce point, fit des merveilles; les renforts que dirigeait Montcalm en personne arrivèrent au moment où l'ennemi, décimé, commençait à se retirer. Un violent orage, accompagné d'une pluie diluvienne, vint alors interrompre la lutte. Montcalm se disposait à la continuer vigoureusement lorsque, la pluie cessant, il vit les Anglais se retirer précipitamment, après avoir mis le feu à leurs frégates embossées près de la côte.
L'action avait duré six heures ; les batteries anglaises avaient tiré sur les retranchements des Français plus de trois mille coups de canon. Wolfe avait engagé huit mille hommes dans cette attaque; il en avait perdu six cents tués ou blessés ; l'orage, en arrètant la poursuite du vainqueur, lui avait épargné de plus grandes pertes. Rentré dans son camp et accablé par l'échec qu'il venait d'éprouver, il envisagea avec effroi l’impression que sa défaite allait causer en Ang''aterre, et les amères critiques dont sa conduite, “aas une entreprise au-dessus de ses forces, serait certainement l'objet. Une dernière tentative faite, par son ordre, sous la direction du général Murray en amont de Québec ayant été repoussée de mème, il tomba gravement malade et ses troupes restèrent plusieurs jours dans l’inaction, en attendant sa convalescence. Aussitôt qu'il put reprendre la direction des opérations, il adressa à son gouvernement une longue dépèche
dans laquelle « il exposait tous les obstacles contre lesquels il avait à lutter, et les regrets cuisants qu'il éprouvait du peu de succès de ses efforts ». (Garneau).
Les deux armées qui devaient le rejoindre sous les murs de Québec, pour l'aider à venir’ à bout de la résistance opiniâtre à laquelle il se heurtait, étaient restées en route; le général Amherst avait dû s'arrêter à Carillon, pendant que le général Prideaux était tué à Niagara.
La défense, au fort de Carillon, avait été confiée à M. de Bourlamaque; deux mille trois cents hommes occupaient sous ses ordres ce poste et celui de Saint- Frédéric, Les retranchements de Carillon avaient été remis en élat, mais lorsque les mouvements de l’ennemi furent connus et Québec désigné comme le but de la principale attaque, M. de Bourlamaque reçut l'ordre, si les forces qui allaient le menacer étaient trop supérieures en nombre pour permettre de leur résister à Carillon, de faire sauter ce fort ainsi que celui de Saint-Frédérie, et de se retirer à l’île aux Noix, dans la rivière de Richelieu, où les travaux de äéfense effectués récemment lui donneraient les moyens d'arrêter l'ennemi.
Le général Amherst, qui commandait de ce côté l'armée anglaise et que la sanglante défaite subie par son prédécesseur l’année précédente à Carillon invitait à la prudence, commença par réunir toutes ses forces au fort Lydius; puis il en fit construire un nouveau près de l'emplacement autrelois occupé par le fort William-Henry. Sa base d'opérations ainsi assurée, il s'embarqua le 21 juillet sur le lac Saint-Sacrement avec douze mille hommes et cinquante-quatre bouches à feu. Deux jours après, il arrivait en vue de Carillon. Bourlamaque, qui avait essayé vainement de s'opposer à sa marche, et qui avait dû se replier sur le fort, y laissa quatre cents hommes pour
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le détruire et se retira à Saint-Frédéric. Le 26, après avoir fait sauter le fort, la garnison quitta Carillon sans être inquiétée et rejoignit Bourlamaque. Celui-ci, craignant d'être tourné à Saint-Frédéric, en détruisit également les murailles et opéra sa retraite sur l'île aux Noix.
Le 4 août, Amherst occupa les forts abandonnés, les fit reconstruire et ordonna de mettre en chantier des embarcations en nombre suffisant pour permettre à ses troupes de s'engager sur le lac Champlain. Les mois d'août et de septembre s'écoulèrent avant qu'il fût en mesure de reprendre ses opérations et de surmonter les obstacles accumulés sur sa route par son habile adversaire, Les neiges et les gelées arrivant, toute navigation devint impossible, et force fut aux Anglais de reculer pour hiverner dans leurs forts.
Du côté du lac Ontario, le capitaine Pouchot avait été chargé, avec trois cents soldats et Canadiens, d'occuper le fort Niagara; il devait s’y fortitier, et, s’il était attaqué, appeler à son secours les postes de la Rivière aux Bœufs et de Détroit, commandés l'un par M. de Ligneris et l’autre par le capitaine Aubry. Si au contraire l'offensive lui était possible, il avait à s'entendre avec eux pour essayer de chasser les Anglais du fort Duquesne.
Aucun mouvement des ennemis ne se produisant du côté du fort Machault, le capitaine Pouchot y envoya un détachement avec des vivres et des marchandises pour essayer de maintenir les sauvages des alentours dans notre alliance. Pendant qu'il dirigeait toute son attention de ce côté, le général Prideaux quittait Albany le 20 mai avec deux mille hommes d'infanterie, de l'artillerie et plusieurs milliers de sauvages, Loups, Mahingans, Iroquois, que la prise du fort Duquesne et la faiblesse numérique des Français avait rejetés du côté du vainqueur. Le 1° juillet, il arrivait au lac
Ontario qu'il traversait sans donner l'éveil à Ja garnison de Niagara, et débarquait le 6 dans le voisinage du fort, qu'il investissait aussitôt.
Le capitaine Pouchot, lorsqu'il était arrivé à Niagara, avait trouvé les murailles en ruine et les fossés à demi comblés; il avait aussitôt travaillé à réparer les fortifications. Au moment où il allait subir un siège, les remparts étaient achevés, mais les batteries des bastions n'étaient pas encore en place, et les bâtiments destinés à l'hôpital et à l'emmagasinement des poudres restaient inachevés. Il renforça l'hôpital par des blindages et protégea la poudrière par des ouvraes en terre. Aussitôt l'ennemi signalé, il envoya des courriers aux forts de Détroit et de la Rivière aux Bœufs pour prier les commandants de venir en toute hâte à son secours avec ce qu'ils auraient de Français et de sauvages sous leurs ordres. |
Le 10 juillet, dans la nuit, les Anglais ouvrirent une première parallèle à six cents mètres des remparts. Du 13 au 22, ils continuèrent leurs travaux d'approche. démasquant successivement plusieurs batteries. Le
énéral Prideaux fut tué d'un éclat de mortier ; le colonel Juhnson, qui le remplaça, poursuivit les opérations du siège avec la plus grande énergie.
Les bastions démolis, les canons démontés, les assiégés en furent réduits à empiler des paquets de pelleteries sur les décombres des fortifications pour tirer moins à découvert, et à bourrer leurs dernières pièces avec des couvertures et des chemises. La brèche était ouverte, depuis dix-sept jours aucun des hommes de la garnison ne s'était couché, beaucoup étaient blessés; le commandant, ses munitions épuisées, n'avait plus qu'un espoir, c'était d'être secouru à temps par de Ligneris et Aubry, dont il connaissait la bravoure, et qui l'avaient informé de leur arrivée prochaine avec six cents Français et un millier de Peaux-Rouges. Mais
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leurs émissaires sauvages, avec une insigne pertidie, avertirent en mème temps leurs « frères » alliés des Anglais, et le colonel Johnson lui-même. Ce dernier n'eut alors qu'à tendre aux arrivants une embuscade dans laquelle ils tombèrent; ses troupes, cachées derrière des abattis d'arbres le long du sentier allant de la cataracte au fort, laissèrent s'avancer les Français, que leurs alliés sauvages suivaient à distance. Ces derniers, à la vue de l'ennemi, s'arrêtèrent aussitôt, ne voulant pas disaient-ils, combattre contre leurs frères des cinq nations.
Abandonnés à leurs seules forces, de Ligneris et Aubry continuèrent à suivre rapidement le sentier dans lequel ils furent assaillis par des coups de feu partant des abattis. Chargeant aussitôt l'ennemi à travers bois, ils le chassèrent au premier choc de ses positions, mais enveloppés par plus de deux mille hommes, ils furent écrasés, et quelques Canadiens purent seuls échapper à la poursuite des Peaux-Rouges,. Ils se réfugicrent au fort de Détroit. Quant à nos misérables alliés, dont la trahison et la lâcheté avaient amené ce désastre, leurs « frères » les traitèrent comme les Français eux-mêmes, et les massacrèrent, Presque tous les ofliciers furent tués ou pris. Ligneris et Aubry, blessés, restèrent aux mains des Anglais.
Johnson informa aussitôt le capitaine Pouchot de son succès, en lui adressant la liste des officiers prisonniers. Le commandant du fort envoya un parlementaire pour s'assurer de l'exactitude de cette défaite, qui lui enlevait toute chance d'être secouru : sa garnison réduite d'un tiers était épuisée, les fortifications n’existaient plus qu'à l’état de ruines informes ; la brèche grande ouverte permettait l'assaut; il accepta les conditions honorables que lui offrait Johnson, qui désirait de son côté occuper le fort avant l'arrivée du général Gage, désigné pour remplacer Prideaux. La
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