SCENE IV
(Nanette va ouvrir, Maurin et Bigot. Maurin descend et Bigot reste près de la porte, Tous reculent. )
PICOT.—Qu'est-ce que ce petit vieux? Ce n'est pourtant pas Mardi-Gras. (Maurin ôte son manteau.)
MAURIN.—Bonsoir, mon jeune ami, (à part) les violons, les gateaux, allons tout va bien, (à voix basse à Philippe.) Eloignez vos invités, j'ai à causer de vous avec M. l'intendant. Je vous ferai appeler
PHILIPPE.-—Très bien, Monsieur, Suivez-mor par ici, mes amis. (Tous sortent à droite, sauf Maurin et Bigot qui s'avance auprès de Maürin. )
BIGOT.—Maintenant, illustre Machiavel du Canada, me donnerez-vous la clef de ce mystère?
MAURIN.—Oui. Mais auparavant, laissez-moi vous informer que M. Trémais, le commissaire délégué par cet imbécile de Rerrver a fini son enquête
BIGOT.—Et il accuse Bigot de malversations, Cadet, de fraude et de corruption. Bref, le Roi nouscoupe les vivres cn attendant que les Anglais nous coupent la tête
MAURIN.—C'est cela même, j'admire votre penétration, Vous avez de l'esprit François, beau. coup d'esprit
BIGOT (riant).—N'est-ce pas exigé d'un rence?
MAURIN.—Oui, c'est vrai, seulement en dépit de votre souplesse où seriez-vous sans la bonne petite police de papa Maurin?
BIGOT —Que voulez-vous dire?
MAURIN (tirant un papier de sa poche) ,— M.
l'Intendant, voici vne liste que le commissaire fais a laissée tomber de sa peche, Oh! bien accidentellement: et voici ce qu'elle contient. (li- Sant): Bigot, Cadet, Péan, Deschenaux, Maurin, Claverv. Vous me suivez bien?, BIGOT (riant ) .— Et apré
s le seul brevet fonctionnaire français, depuis la Ré-
-Les ccnjurés de la banqueroute
. MAURIN.—Vous ne comprenez pas?..
écoutez. , Chacun de ces chaque numér, diablement Chatelet
BIGOT (sombre) .— Hélas! La comédie achève.
MAURIN.—La tragédie serait plus juste. La perte d'un continent vaut bien ce nom.
ch bien!
noms porte un numéro, > correspond à un dossier qui devra simplifier la besogne des jug
GOT: —-Bah! Si vous vouliez seulement me se- { nder.
MAUR!N.Vous êtes puissant, mon ar lorsqu'il tonne je me défie des grands arbres. BIGOT.—Ta! ta! Thersite ne fut pas tué par la foudre; ce fameux bouffon mourut d'un coup de poing, Vos craintes sont chimériques, mon cher Maurin, laissz-moi vous dire qu'avant trois mois la colonie aura changée de maîtres. Voyons, n'aije pas résisteë depuis trois ans aux dénonciations, de Montcalm, aux tracasserics du uverneur, et aux Jérémiades de 1 que? Crovez-moi c'est à Versailles et non à Québec que nos comptes se ront. Le gouverneur n'a rien de eaché pour moi. Il me doit tant mais ce qu'il me faudrait ce serait queliu'un de sûr auprès du G MAURIN Y avais songé.
RIGOT (surpris), —Vors êtes étonnant parole d'honneur! et c'était?
MAURIN (bhaissant la voix ct désignant la pol ù Philinpe est sorti).—C'est lui. 11 doit reel. aui part ce soir Lour Mont in prudence car il est difficile
mais
BIGOT — Vous êtes plus fort que nous tous. (it vs entr'ouvrir la porte à droite )La tête d'un Bourbon sur les épaules de re roturier! voilà quai est singulier. (il revient vers Maurin) J1 a vingt ans. Votre nièce est jolie. Jeu d'enfants pour nous, mon cher Dans deux jours, nous sat rons Lout ce qui se passe chez le Général, Décidé. ment, Maurin, vous êtes un grand politique, et votre place est à Versailles,
MAURIN—Eh! eh! il se Pourrait que ce jeune homme nous devienne utile,
BIGOT (lui donnant la main).—A bientôt, à l'Intendance, mon cher Maurin (I sort par Je fond, Maurin l'accompagne jusqu'à ia porte, }