LE DROIT DES GENS
si ses peuples étaient en danger d'être exterminés; et on nomme paix cet état d'effort de tous contre tous. Aussi l'Europe est-elle, si ruinée, que les particuliers qui seraient dan- la situation où sont les trois puissances de cette partie du monde les plus opulentes, n'auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce de tout l'univers; \ bientôt, à force d'avoir des soldats, nous n'aurons plus que des soldats, et nous serons commodes Tartan
Montesquieu ne s'y résigne point; il cherche un remède et il le cherche dans la nature même du mal. Il m- -I* place point en dehors du monde réel. Il y entre, il s'y mêle, il le voit, non tel que ce monde déviait être, mais tel que ce monde est et se comporte. « En Europe, les nations sont#opposées du fort au luit: celles qui se touchent ont à peu près le même courage. C'est la grande raison... de la liberté de l'Europe. » Le respect du droit y résulte non de la conciliation des vues, mais de L'opposition des forces. « Les princes, qui ne vivent point entre eux sous des lois civiles, ne sont point libres; ils sont gouvernés par la force ; ils peuvent continuellement forcer ou être forcés... Un prince, qui est toujours d ins cet état dans lequel il force ou il est forcé, ne peut pas se plaindre d'un traité qu'on lui a fait faire par violence. C'est comme s'il se plaignait de son état naturel. » La force dispose même de la réputation des peuples : Ce ne fut que la victoire qui décida - il (allait dire la fui punique ou la foi romaine. » La
guerre est le fond de ces rapports barbares : on fait la guerre pour attaquer, on la fait pour se défendre, on la fait pour conquérir, on la fait pour prévenir l'attaque qu'on redoute et pour éviter la conquête dont on se croit menacé. Tout en ce prétendu droit se ramène à l'intérêt. /
L'intérêt en est la seule sanction. La guerre n'est pas un droit, elle est un acte de force; la conquête ne crée aucun droit par elle-même. « C'est à un conquérant à réparer une partie des maux qu'il a faits. Je définis ainsi le droit de conquête : un droit nécessaire, légitime et malheureux, qui laisse toujours à payer une dette immense pour s'acquitter envers la nature humaine. » C'est à ces conditions seulement cpie la complète se justifie et qu'il en résulte un droit du conquérant sur le peuple conquis. Le conquérant gagne ce peuple en le gouvernant bien. Par suite, il y a une limite naturelle à la conquête : la faculté d'assimilation. On ne doit conquérir que ce qu'on peut garder et s'identifier, Les Etats ont leurs proportions : on ne doit point dépasser les limites du territoire que l'on peut gouverner sans épuiser les fuites et sans ruiner le principe du gouvernement.
Toutes les règles du droit des gens se ramènent à cette maxime et se résument en ce précepte : « que les diverses nations doivent se faire, dans la paix, le plus de bien, et dans la guerre, le moins de mal qu'il est possible, sans nuire à leurs véritables intérêts. » 11 suffit de rapprocher ces aperçus de Montesquieu de la pratique des Etats , pour montrer