‹ MontesquieuChapitre 15 sur 25 · LES LOIS ECONOMIQUES \2'S · texte numérisé non relu

LES LOIS ECONOMIQUES \2'S

combien les politiques sont encore loin de compte avec L'humanité, le bon sens et l'expérience.

Montesquieu n'a guère fait que d'ouvrir des vues sur ce grand sujet qu'il dominait de si haut ; il s'est complu, au contraire, dans des considérations économiques ou la conjecture a trop de part, et où les faits, incomplètement observés et comme amoncelés autour de lui, offusquent ses yeux et l'égarent trop souvent. Son plus grand mérite, ici, est d'être arrivé le premier et d'avoir, avant Adam Smith, essayé de donner une forme scientifique aux problèmes de l'économie d'Etat.

Le morceau capital et le plus durable de cette partie de YEsprit des lois est l'histoire du commerce que Montesquieu y a intercalée : elle est d'une large disposition et s'avance d'un beau flux. C'est une étude sur le progrès des relations entre les sociétés humaines et un grand chapitre détaché de l'histoire de la civilisation. On y voit le commerce sortir peu à peu « de la vexation et du désespoir » pour arriver à la sécurité. Mais au prix de quelles expériences sanglantes et atroces, comme la proscription des juifs et celle des huguenots en France, est-on venu à cette conclusion qui confirme, par les leçons de l'intérêt, toutes les leçons- de la politique? « C'est une expérience reconnue, qu'il n'y a plus que la bonté du gouvernement qui donne de la prospérité. »

La théorie de Montesquieu sur le commerce repose sur une distinction très subtile entre « le commerce de luxe », destiné à fournir aux nations ce qui flatte

leur orgueil — commerce «les grands Etats monarchiques, — et « le commerce d'économie », qui vit des transports et des commissions — commercé des républiques et des pays peu étendus. Bien que Montesquieu découvre «le la grandeur dans le commerce des Anglais, le négoce lui semble, en soi, une affaire de petit gouvernement et de petites gens. Les Romains le dédaignaient, et la monarchie française a tic plus nobles soucis. Sans doute la richesse est quelque chose, et la richesse publique tend à se transformer par l'extension des valeurs mobilières. Montesquieu le discerne fort bien. 11 va plus loin. « Le peuple qui possède le plus de ces effets mobiliers de l'univers, est le plus riche », dit-il. Mais il n'envie point cette supériorité pour sa patrie. Honneur et richesse, c'est-à-dire honneur et commerce, ne sauraient aller de pair : j'entends cet honneur féodal qui est le principe du gouvernement monarchique.

Quant à l'autre, l'honneur populaire ou bourgeois, .Montesquieu estime, au contraire, que cet honneur est I àme et le soutien du négoce. S'il opine sur le commerce en parlementaire, avec ses préjugés, il en décide en bon magistrat. Ses considérations sur les dangers de la spéculation et du jeu substitués au travail des affaires, sur la nécessité de maintenir dans sa rigueur la législation sur les faillites, méritent d'être d'autant plus méditées que les faits ont plus fortement justifié ses prévisions. 11 a des données fort justes sur la liberté du taux de l'intérêt et sur le change.

Quelques lignes de lui posent plus clairement

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