LES LOIS ECONOMIQUES
qu'on ne l'a jamais fait le problème des tarifs et celui des traités de commerce. L'insoluble conflit de la protection et du libre échange est ramené à ses véritables termes, et Montesquieu indique par quelle voie il convient d'en chercher la solution : « Là où il y a commerce, il y a des douanes. L'objet du commerce est l'exportation et l'importation des marchandises en faveur de L'Etat; et l'objet des douanes est un certain droit sur cette même exportation et importation, aussi en faveur de l'Etat. Il faut donc que l'Etat soit neutre entre sa douane et son commerce, et qu'il fasse en sorte que ces deux choses ne se croisent point. »
Je rapproche de ces maximes cet exemple qui les éclaire : « C'est une mauvaise Espèce de richesse qu'un tribut d'accident et qui ne dépend pas de l'industrie (le la nation, du nombre de ses habitant- ni de la culture de ses terres. Le roi d'Espagne, qui reçoit de grandes sommes de sa douane de Cadix, n'est, à cet égard, qu'un particulier très riche dans un Etat très pauvre... Si quelques provinces dans la Castille lui donnaient une somme pareille à celle de la douane de Cadix, sa puissance serait bien plus grande : ses richesses ne pourraient être que l'effet de celles des pays ; ces provinces animeraient toutes les autres; et elles seraient toutes ensemble plus en état de soutenir les charges respectives : au lieu d'un grand trésor, On aurait un grand peuple. »
Montesquieu a discerné toute la portée des relations commerciales entre les peuples : « Deux na-
lions qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes. » Des relations bien conduites et des conventions de commerce bien conclues préparent entre deux peuples les liens les plus bienfaisants ; mais le contraire n'est pas moins vrai, et l'expérience le vérifie pins fréquemment. Montesquieu semble donc avoir généralisé trop vite en affirmant que <( l'effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Le commerce a besoin de la paix, mais il engendre un esprit de concurrence, très âpre, très jaloux et très soupçonneux, qui pousse à des conflits aussi ardents que les rivalités politiques, et à des luttes de tarifs aussi implacables que les -Lierres de limites.
Si Montesquieu avait pu connaître la constitution des Etats-Unis, il aurait amendé, en plus d'un point, ses chapitres sur la démocratie; s'il avait observé les mœurs des Américains, il aurait modifié plusieurs de ses vues sur le commerce. Ce n'est point qu'il ait manqué de pressentiments sur l'avenir réservé aux grandes nations industrielles. Il a observé les principales des difficultés qu'éprouvent ces nations à soutenir leurs mœurs publiques : elles doivent combattre les effets mêmes du travail qui les fait vivre : « Dans les pays où l'on n'est affecté que de l'esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines et de toutes les vertus morales : les plus petites eboses, celles que l'humanité demande, s'y font ou s'y donnent pour de l'argent. L'esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice