‹ MontesquieuChapitre 21 sur 25 · VUES SUR LA FRANCE · texte numérisé non relu

VUES SUR LA FRANCE

blique. C'est, disait-il, dans les anciennes lois françaises que l'on trouve l'esprit de la monarchie. 11 ne songeait point à transporter dans sa patrie les institutions anglaises : c'eût été contraire à son système sur les climats ; il ne songeait qu'à ramener à leur principe propre les « lois fondamentales o des Français. Un roi contenu par des corps privilégiés et dépendants; point d'Etats généraux, mais une magistrature gardienne des lois fondamentales; une noblesse à laquelle le négoce est interdit; point de grandis compagnies de commerce, cpii détruiraient la hiérarchie des corps intermédiaires, en plaçant d'un côté la puissance politique et de l'autre la richesse ; un gouvernement paternel, éclairé, intelligent, menant, les Français, non seulement avec honte, mais avec esprit : ne cherchant point à gêner leurs manières, afin délie point gêner leurs vertus : évitant surtout de les ennuyer, car c'est ce qu'ils supportent le moins : leur laissant faire les choses frivoles sérieusement, et gaiemqnt les choses sérieuses; de l'honneur partout, de la tolérance pour les croyants, de la gloire pour les gentilshommes, de la liberté civile pour le peuple; point d'expéditions lointaines, peu de colonies; plus ilt ces entreprises qui n'augmentent la puissance absolue qu'aux dépens de la relative ; de la modéra-i lion enfin, au dehors, comme au dedans, « la France étant précisément de la grandeur qu'il faut » ; voila, selon Montesquieu, l'idéal de la monarchie française. De bons rois et de sages ministres sont le grand ressort de ce gouvernement. La France a fourni d'illus- Alrmt Sorei.. — M6n:csr;uieu. 10

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très exemplaires des uns et des autres : Charlemagne, qui domine toute l'histoire; saint Louis, « la loi, la justice, la grandeur d'âme » ; Louis XII, « le meilleur citoyen » ; Henri IV, « qu'il suffit de nommer », et Coligny, Turenne, Gatinat; puis, pour le contraste et la démonstration par le pire, Richelieu, Louvois, Louis XIV : le despotisme et ses instruments de règne.

Montesquieu esquisse cet idéal et ne s'aperçoit pas que la France telle qu'il la décrit, rend impossible la France telle qu'il la conçoit. Il voudrait rendre du nerf à des institutions qui se meurent : le principe en est corrompu , et il a démontré luimême que, quand le principe se corrompt, le gouvernement touche à sa ruine. La couronne a tout nivelé et tout envahi. Elle a concentré tous les pouvoirs et rapproché tous les rangs, en les aplatissant devant soi. Les nobles sont déchus à l'état de courtisans : or, « l'ambition dans l'oisiveté, la bassesse dans l'orgueil, le désir de s'enrichir sans travail, l'aversion pour la vérité, la flatterie, la trahison, la perfidie, l'abandon de tous -ses engagements, le mépris des devoirs du citoyen, la crainte de la vertu du prince, l'espérance de ses faiblesses, et, plus que tout cela, le ridicule perpétuel jeté sur la vertu, forment, je crois, le caractère du plus grand nombre des courtisans, marque dans tous les lieux et dans tous les temps ». L'honneur même ne supplée pas les vertus qui leur manquent : leur honneur, bâtard et servile, n'est qu'une forme de leur abaissement. « On peut

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