‹ Montjoye; comédie en cinq actes, en six tableauxChapitre 56 sur 121 · Henriette, Montjoye · texte numérisé non relu

Henriette, Montjoye

G2 MONTJOVE.

un faux nom, sous un faux titre, l'estime et le respect du monde? et que fais-je, moi, si ce n'est cela?... Aussi tant que mon existence a pu demeurer à demi cachée près de mon foyer, près de mes enfants, j'étais moins misérable... Mais, dans ce grand jour, dans ce grand éclat du monde où vous m'entraînez de plus en plus, le mensonge de ma vie me devient un fardeau intolérable... Ah! mon ami, si vous vous doutiez du supplice que j'endure chaque jour, à chaque instant... vous voudriez m'en délivrer... et il vous en coûterait si peu!... Tenez... vous êtes heureux en ce moment plus que jamais... tout vous sourit, tout réussit au gré de vos vœux. Quand on a le bonheur dans l'âme, il y appelle la bonté... eh bien, soyez bon pour moi! Si jamais j'ai mis quelque douceur dans votre vie, si j'ai honoré votre maison, si je vous ai aimé fidèlement à travers tout, ayez pitié de ce que je souffre... rendez la paix à ma conscience... faites que je puisse embrasser mes enfants sans rougir!... que je sois votre femme... au moins devant Dieu!...

Henriette!

HENRIETTE

Que je n'aie pas les droits d'une épouse , si vous le voulez... mais que j'en aie, devant moi-môme, la vérité... la sainteté!... Je vous en prie, mon ami !

Ma chère enfant, vous manquez ici à une de nos conventions formelles, et, de plus, vous me demandez l'impossible, car la loi, puisque vous l'oubliez, interdit le mariage religieux, s'il n'a pas été précédé du mariage civil. Maintenant, permettez-moi de vous dire que vous n'êtes pas logique... Pourquoi votre conscience vous reprocherait-elle une faute qui , si faute il y a , m'appartient tout entière?... quand vous avez bien voulu consentir à me suivre, il était parfaitement arrêté, et vous étiez convaincue que notre union serait sahctionnée suivant toutes les formalités ordinaires... Les circonstances en décidèrent autrement... Sans vous être moins attaché, je désirai garder un certain degré d'indépendance... Vivez donc en paix, pour Dieu! et ne troublez plus ni vous ni moi de vos chimères !

Page 1