ACTE ÏII. C
SA LA DIX
Pas précisément, non! ccpeiulant ton rival ronnie ciel et tcrro à la dernière heure... toutes les armes lui sont bonnes, et il use en ce moment d'une manœuvre qui pourrait compromettre notre résultat, si nous ne la comballions énergiqucment.
MONT.IOVi:.
Quelle manœuvre, mon ami'*
SAI.AUIN.
Une calomnie évidente, mais préstMilée sous un jour perfide, appuyée de fails habilement i^roupés... Tu sais que ton rival Labarrère est de Bordeaux ^
MONTJ OYi:.
Oui... eh bien?
SAL ADIX.
Eh bien , lui et ses amis répandent des bruits odieux sur l'origine de la fortune... Ils parlent de la faillite de ton ancien associé Sorel, à laquelle tu aurais contribué, et dont tu aurais profité... Comme j'ignore absolument les circonstances de ta vie à cette époque, je viens te prier de me mettre au courant, afin que je puisse opposer une réponse catégorique.
MONTJOYF.
Mon cher, cette calomnie n'est pas nouvelle... ïu conçois qu'un homme n'arrive pas à ma situation sans éveiller tous les serpents de l'envie... mais je te vais convaincre, en deux mots, que l'origine de ma fortune est aussi pure que solide. Mon association avec ce pauvre Sorel, le père, avait pour objet l'exploitation d'une mine aurifère, dans l'Amérique du Sud, au Brésil... Tu te rappelles qu'à celte époque le marché était inondé de ces sociétés aurifères, la nôtre se présentait avec des garanties spéciales... nous envoyâmes des ingénieurs là-bas; Sorel leur adjoignit mémo son caissier, son fondé de pouvoirs, Tibergc, qui est maintenant 1.» mien, et qui avait toute sa confiance... Kh l)ien , dame, il arri\a qu'après des frais énormes l'opération fut reconnue illusoire. Moi, je me retirai à temps... Sorel eut la folie de persister malgré mc< conseils et mon exemple, et il se ruina... voilà tout. Tu vois que c'est limpide.
70 RWNTJOYE.
SALADIN, un peu hésitant.
Oui... mais tu sais, moi, je n'entends rien aux affaires; ils prétendent qu'ensuite tu as racheté la mine, toi, et que tu y as fait ta fortune.
Mais certainement... tu vas voir!... cette mine aurifère dans laquelle il n'y avait pas plus -d'or que dans ta poche le jour oij je t'ai rencontré, j'y flaire, moi, d'après de vagues renseignements, une superbe mine de cuivre... je reprends tranquillement la concession, dont personne ne voulait plus, et depuis ce temps-là, j'en tire bon an, mal an, deux cent mille livres... Quel mal y a-t-il à cela ?
SALADIN
Évidemment aucun... mais tu comprends qu'il est difficile, surtout au moment où nous sommes, d'expliquer tous ces détails aux électeurs, tandis qu'une grosse calomnie en bloc saisit leur imagination.
Mais, mon cher, n'as-tu pas un argument qui précisément doit parler à leur imagination... C'est la présence de Georges Sorel dans ma maison en qualité de locataire, d'avocat, d'ami... que diable ! il n'est pas vraisemblable que ce jeune homme acceptât cette position chez moi, si j'avais trempé dans la ruine de son père.
SALADIN
Tu as raison, j'y ai songé, et je regrette qu'on ne l'ait pas vu plus souvent à Tréval, cet été...
Écoute, veux-tu mieux? veux-tu une réponse décisive et triomphante à toutes ces diffamations? dis hardiment que monsieur Georges de Sorel va être mon gendre, qu'il est dès aujourd'hii officiellement le fiancé de Cécile; il ira le leur dire lui-même, s'il le faut.
SALADIN
Comment, mon ami ! c'est vrai ?
Ce sera vrai dans dix minutes, si je le veux, et je le veux. Car