SCÈNE IX
GEORGES, TIBERGE, entrant par la petite porte latérale de gauche, un portefeuille sous le bras.
T I B E R G K , affectueusement.
J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur; je vous présente mon respect.
GEORGES
Bonjour, Tiberge... vous cherchez monsieur Montjoye... Il va venir... je l'attends.
TIBERGE, déposant son portefeuille sur le bureau.
Eh bien, monsieur Georges, toujours mélancolique? pourquoi donc cela?... La vie vous sourit maintenant, et ce sera la consolation de mes derniers jours que de vous avoir vu heureux... avant de m'en aller retrouver votre pauvre père.
GEORGES
Bon Tiberge! hélas! vous savez mieux que personne que le bonheur et moi nous ne pouvons habiter ensemble!
TIBERGE
Rayez donc cela, monsieur, rayez donc cela... malheur n'est pas honte... hélas! vous êtes tout le portrait de votre père... Ce sont ces exagérations de point d'honneur et de délicatesse qui l'ont perdu !
GEORGES, lui prenant la main.
Oui, n'est-ce pas, Tiberge, vous qui l'avez bien connu?... Il était honnête homme, mon père! Et je puis, moi du moins, chérir, respecter sa mémoire que tant d'autres maudissent, {ii le fait
asseoir à côté de lui sur le canapé. )
TIBERGE
Oui, vous le pouvez, monsieur; je vous le garantis... j'ai vécu quinze ans à ses côtés, les quinze meilleures années de ma vie, et je vous atteste que jamais un acte d'une probité douteuse n'a tenté sa pensée... aussi je l'aimais, je l'adorais! et c'est moi pourtant qui lui ai porté le dernier coup.