ACTE III
OKoiic, i:s.
Vous, Tiborge?
TI BERGE , causant on viiMlldi^l, cl s'altendrissanl pou à pou.
Oli! bien innocemment, Dieu sait! Je revenais de bien loin, d'au delà des mers, du Brésil, où il m'avait envoyé pour surveiller ses intérêts... et ceux d'un autre... l'exploitation de cette mino fatale... mon arrivée, les détails que je lui donnai, firent tomber ses dernières illusions... et il en avait beaucoup... que mes lettres n'auraient pas dû lui laisser... mais [)lusieurs de ces lettres ne lui étaient pas parvenues, me dit-il. Je me souviens que pendant mon récit je le vis pâlir aiïreusement... pauvre homme !... Il se leva et fit quelques pas précipités... puis il vous envoya chercher, vous,,., il vous embrassa longtemps... et me pria ensuite de vous emmener avec moi à la campagne, chez ma mère... car il savait que je vous aimais. Le lendemain, je revins seul... j'étais inquiet... comme j'entrais... comme je traversais le jardin, la fenêtre du cabinet de votre père était ouverte, je le vis et je crois qu'il m'aperçut lui-môme... Cnr il se retira brusquement... et au mémo instant, j'entendis... oh! Dieu! (n se fmppe lo front.) Le malheur était fait! il n'avait pu survivre à sa ruine!
GEORGES
A son déshonneur... au mien!... [ll éclate en sanglots, la tête dans ses mains. )
T 1 B E R G E , trîs-ému.
Non... non, monsieur! rayez cela! pas de déshonneur! entendez-vous, car il n'avait trompé personne, lui !
Ah! qui te croira jamais, excepté moi ?
T I B E R G E , avec force , se levant.
Non! Il n'avait trompé personne! c'est lui qui avait été trompé, abandonné, trahi indignement, voilà la vérité. .. la sainte vérité !
(i EORGES, se levant.
Gomment... trompé... trahi... par qui?
T I B E R G E , hi'silant et tremblant.
Vous le saurez... un jour.
GEORGES
Un jour!... mais si tu le sais, toi, comment peux-tu un seul instant laisser le crime d'un autre peser sur ma vie, sur mon cœur, sur une mémoire qui t'est sacrée? Sais-tu qu'en ce moment même, cette honte de mon nom est le seul obstacle qui me sépare du bonheur... d'un bonheur... à jamais irréparable s'il m'est enlevé ?
TIBERGE
C'est vrai ?
GEORGES
Je te le jure !
TIBERGE
Eh bien!... ah! monsieur Georges, ma mort seule devait vous livrer ce secret... mais vos larmes, votre désespoir, les souffrances du fils après celles du père , quand le vrai coupable est là , impuni et triomphant....
Le vrai coupable!... mais qui?... qui donc?
TIBERGE
Ah! vous le soupçonnez... vous le devinez déjà... à mes angoisses... aux vôtres peut-être... car autour de lui il y a des innocents que j'aimais, que je respectais... comme vous,.,
GEORGES
Ah! Dieu!
TIBERGE
Eh bien, oui... l'auteur de la ruine de votre père... c'est...
GEORGES
Eh bien?...
TIBERGE
C'est celui chez qui nous sommes...
GEORGES
Ah! malheureux... que me dis-tu là?
TIBERGE
Il y a trop longtemps, monsieur, que ce fardeau charge ma tonscience, et depuis que je vous vois, presque chaque jour, je ne
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pouvais plus le supporter... ol ci'piMKlant... vous pardoniiiM-cz la faiblesse d'un vieillard... je reculais toujours devant celte cruelle révélation... devant toutes les tristesses qu'elles devaient entraîner
pour moi Ot pour d'autres... mais du moins (indiquant la porte de son
bureau) j'avais tout pre{)aré jiour cpraprès ma mort... qui ne pouvait tarder beaucoup... la \eriU'; vous fût connue... et vous n'allez
pas en douter! ;u entre ù K.niclie.)
Gi:ORGi:S. seul.
Ah! c'est la foudre! ce cou[) est >i imprévu, si terril)le qu'il me laisse à peine maître de ma pensée, (a Tiberi^o qui rentre ^.) Mais es-tu sur de ce que tu me dis?
TlCKllGIC, lui [iréseiitant des pniiiers.
Vous allez voir. Vous trouverez sous ce pli qui vous est adressé tous les renseignemenis que j'ai pu recueillir sur les manœuvres dont votre père a été victime. (Écoutant au fond.) Oui, c'est lui... il vient... laissez-moi seul avec lui, monsieur, vous avez besoin de vous remettre, et d'ailleurs, il faut que vous lisiez sans relard ces documents. Entrez là, dans mon bureau. Allez, mon enfant !
GEORGES, entrant ù gauche.
Ah! quel rêve je fais!