ACTE III
r.i: ouoiis.
Monsieur, j'ai rerii moi-mùmo de précieuses marques de votre bienveillance; ma gratitude... d'autres sentiments encore... me commandent vis-à-vis de vous une réserve de langage que je voudrais concilier avec mon devoir. Le témoignage rendu par ce vieillard, aux dépens de son repos, contre tous ses intérêts, ne saurait m'ôtrc suspect. Tout ce qu'il a dit, tout ce qu'il a écrit, il le croit... Pour moi, monsieur, ce que je crois, je vais vous le dire, en vous suppliant do pardonner au trouble où je suis toute parole malséante qui pourrait m'échappor.
MONTJOVE.
Parlez, monsieur.
G KOIUJKS.
Un jour, monsieur, au début de votre vie, vous avez vu tout à coup votre fortune naissante, votre réputation, votre avenir tout près de s'engloutir dans un abîme entr'ouvert. Vous étiez jeune... qu'au milieu de vos anxiétés vous ayez cru permis, loyal, un trait de prévoyance dont vous ne pouviez deviner les conséquences terribles... je le veux, je le crois ... mais enfin, monsieur, l'avenir vous a éclairé... vous le savez maintenant! Au fond de cette action que vous jugiez innocente, il y avait la ruine de cent familles, le déshonneur et la mort désespérée d'un honnête homme!... (Tr^sému.) Eh bien, je vous le demande, n'est-il pas juste de réparer cela ?
MONTJOVi:.
Veuillez vous expliquer. Je ne comprends pas.
G KORGKS.
Monsieur, je vous supplie do me comprendre... Ce que je vous demande, je le sais, c'est un sacriiico héroïque... mais ne sentezvous pas encore une fois que ma prière est légitime... que c'est à vous de changer en cris de bénédiction et do reconnaissance les outrages et les analhèmes qui ont accablé si longtemps ei si injustement la mémoire de mon père?... Oui, je vous en supplie, monsieur, ayez ce noble courage... et, (pie je m'abuse ou non, pour moi, l'expiation aura dépassé la faute; elle m'aura créé des devoirs éternels envers vous... Et tout ce que je puis avoir dans le cœur
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de dévouement, tous les efforts de ma vie, toutes mes espérances d'avenir, je vous consacre tout à jamais... je mets tout à vos pieds 1
J'ai dû, en effet, monsieur, pardonner beaucoup aux sentiments qui vous animent. Vous raisonnez juste, monsieur; seulement, votre point de départ est faux! votre point de départ est une calomnie, Je n'ai point trompé votre père; son propre aveuglement, rebelle à tous mes avis, l'a seul perdu... je Tai plaint... j'ai témoigné à son fils une sympathie dont je lui préparais peut-être des preuves plus sensibles encore... mais mon devoir s'arrête là! et quand vous me demandez de me ruiner, moi, pour réparer les erreurs de votre père, de jeter dans le gouifre de sa faillite l'édifice tout entier de ma laborieuse fortune, vous me faites une proposition tellement insensée, que j'hésite à la croire sérieuse. En tout cas, jo
refuse. (ll passe devant lui ^]
GEORGES, après un silence, se dominant avec peine.
Vous comprenez cependant, monsieur, qu'un devoir sacré m'est imposé dès ce moment, et vous me connaissez assez, j'espère, pour être convaincu qu'aucun sentiment, si puissant qu'il soit, ne se placera jamais entre ce devoir et moi. Je vous laisse, monsieur.... vous et moi avons besoin de recueillir notre pensée, notre courage... Dans deux jours, monsieur, j'aurai l'honneur de vous demander un moment d'entretien.
Comme vous voudrez, monsieur, mais ma réponse est faite.
GEORGES
Du fond de l'âme, monsieur, j'espère que non. Monsieur! (n le
salue.)
Votre serviteur, monsieur. (Céclle entre à droite et s'arrête interdite, à demi-voix: ) Ma fille! (Georges porte une main sur son cœur par un geste dou' loureux, salue profondément Cécile et sort.)