Montjoye, Roland
honneur, devoir, religion, patrie... que €ais-je? n'ont jamais été prononcés devant moi qu^avec l'accent de l'ironie et du dédain? Eh bien, voyons, si je ne fais rien, si je n'aime rien, si rien ne peut éveiller dans mon âme glacée et vieillie avant l'âge... aucune des nobies ambitions de la jeunesse... si j'ai honte de moi et si je fais honte aux autres... à qui la faute? répondez, mon père... car, pour moi, je n'ose pas.
MONTJOYE, d'une voix sombre et profondément altérée; il s'est levé.
Mon fils, vous m'avez outragé! vous allez être puni, (ii va à son
bureau et écrit quelques lignes; puis tenant à la main le billet qu'il vient d'écrire *.)
Que votre dette de jeu ne vous inquiète pas, elle est payée. Maintenant nous devons aussi nous séparer... vous apprendrez à vos dépens les vraies lois de la vie... je ne vous dois rien, Roland... Il y a entre votre mère et moi un secret douloureux qui, désormais, sera entre nous trois ; vous êtes mon fils, mais la loi ne vous reconnaît point ce titre; vous teniez tous vos droits de ma seule volonté! En un mot, votre mère... n'est pas ma femme.
ROLAND, foudroyé.
Oh Dieu!... Dieu du ciel! (n tombe sur un siège.)
Je puis oublier un jour jusqu'à ce délire où vous vous êtes emporté... et vous rendre mon affection, mais pour longtemps nous devons nous quitter... votre existence est assurée... vous y ajouterez par votre travail si vous le jugez bon. Prenez ce billet.
(Roland reçoit le billet sans le regarder.) LajaUUaye VOUS remettra Cil
échange un tilre de rente. Allez!
ROLAND, se lève lentement, regarde son père et déchire le billet.
Adieu, mon père ! (n s'éioigne.)
Malheureux... et que feras-tu? oii vas-tu?