LES PHILANTHROPES
Pour le bonheur des malheureux, Il est des gens qui, sur la terre, Sont toujours doux et généreux Vis-à-vis du pauv* prolétaire :
Un manchot, ça les fait frémir, Un avcugl' leur donne un' syncope.
Un cul-d'-jalt', ça les fait partir.
Ils sont tendres, les philanthropes.
Mais comme ils ne peuvent de près Contempler la misère humaine, Ils font le bien très en secret, Car, la réclame, ça les gône. Tous les lundis, c'est régulier, A douze malheureux l'on donne, A la porte de l'escalier De service, un sou par personne.
Quand arrivent les froids hivers.
Les deux pieds dans la cheminée.
Ils versent des pleurs très amers Sur les pauvr's et leuit destinée.
Ils donn'nt des bals de charité En l'honneur des pauv*s prolétaires ; On boude, on danse à leur santé.
Parait qu'ça soulag* leurs misères.
Les malheureux certainement
Ne sont pas leurs seules pratiques;
Ils protègent également
Toutes les choses artistiques ;
Comm' ils sont très intelligents,
Ils ont des !dé*s généreuses,
Et dépensent par an cent miir francs
Pour entretenir un* danseuse.
Si par hasard, sur leur chemin.
Un pauvre mendiant débile Timidement leur tend la main.
Ils appellent un sergent d* ville :
C'est pour la loi, bien entendu !
Au fond, ça leur fait de la peine.
Mais, mendier, c'est défendu Dans r département de la Seine.
Puis, quand survient le grand départ. Ces philanthropes admirables, De leur fortune font deux parts :
C'est si doux d'être charitable.
D'abord ils lègu'nt une moitié A l'Église pour des prières ; L'autre c'est pour leurs héritiers ; Le restant, pour les prolétaires.
Apres leur mort, en notre nom,
L'Etat leur colle un joli buste.
Cett' fois-ci, c'est nous qui casquons:
Chacun son tour, c'est assez juste.
Des orateurs très élociucnls
Font des grands mois à leur mémoire.
Moi, i' crois plutôt que d' leur vivant
Ces gens-là s' sont foutus d' nos poires.
Daniel CALDINE
Daniel Charpentier, dit Caldine, actuellement avocat à la Cour d*appel et secrétaire général du journal la Nation, a été successivement poète, comédien, avocat, bouvier dans une ferme, chansonnier dans quelques cabarets de Montmartre, jockey de plat à Juilly, auteur dramatique à Paris et en province, imprésario d'une tournée de chansonniers, clown dans un cirque, éditeur de musique, ajîcnt de publicité, homme du monde et poète salonnier, courtier en « engrais », vaguement compositeur de musique, aquarelliste, clerc d'avoué, gymnaste, photographe en Espagne, critique d'art à VAthéiiêe, orateur de réunions publiques électorales, marchand d'appareils de photographie à Toulouse.
11 a eu un duel, (ut deux (ois témoin, parle trois langues, joue de quatre instruments de musique, et demeure, depuis 181)3, le recordman des cinq sports. Nous le retrouvons, enlSîM), alicionado passionné en Espagne et rapportant d'un voyage de trois mois une collection de notes des plus intéressantes et des plus curieuses sur la tauromachie.
Il a donné, en ISDO, chez Vanier, un volume de vers, La Folle lin Loyi^, et fait paraître un livre de nouvelles tragiques et désopilantes, Les* Conter Briards.
En juillet lîHK), Caldine a fait paraître Corridas de Toros, volume de pure aficion. Enfin, il vient de publier : 7'oi/rnons la Manivelle (Doray, édit.), recueil de chansons et de poésies, d'où je tire :