LE DENTISTE
L'autre jour, chez le dentiste.
Je vais pour le consulter :
Une dent (j'en étais triste)
Commençait à se gâter.
il y avait cinquant* personnes ;
Justement c'était son jour.
Au bout de deux heures, on sonne
Et Ton m' dit : a C'est à votr' tour, s
Le dentiste prend un* glace Et regarde attentiv*ment.
11 dit : a J'aperçois la place, a Je vais soigner votre dent, n 11 y place un tampon d'ouate Et dit : « Faudra revenir. »
J'étais content, je m'en flatte.
Qu'il ne m'ait pas fait souflrir.
Huit jours après, j* réitère.
Le dcntist' me fait asseoir Etp tout comm' la (ois dernière, Sur ma dent braqu' son miroir.
11 chang' le p'tit tampon d'ouate Et dit : a Faudra revenir. »
J'étais heureux, je m'en flatte, Qu'il ne m*ait pas fait soudrir.
Huit jours après, j' réitère.
Le dentiste était joyeux.
11 me dit : a La chose est claire, a Votre dent va beaucoup mieux. »
11 chan?,'* le p'tit tampon d'ouate Et dit : a Faudra revenir. »
J'étais content, je m'en flatte, Qu'il ne m'ait pas fait souflrir.
Huit jours après, j' réitère.
Le dentiste, en me r'^ardant.
Avait un air si sévère.
Que je m'approche en treml)lant.
H chang' le p'tit tampon d'ouate Et dit : « Faillira revenir. »
J'étais content, je m'en flatte.
Qu'il ne m'ait pas fait souflrir.
Huit jours après, j* réitère.
Le dentiste était pressé.
Il dit : « Je m'en vais vous faire Tout comme mardi passé.
11 chani?' le p'tit tampon d'ouate Et dit : a Faudra revenir. »
J'étais content, je m'en flatte.
Qu'il ne m'ait pas fait souflrir.
Pendant six mois, je m' conforme A suivr' ce petit trnil'ment.
Auprès d'un client j' m'informe Si, lui, venait d'puis des ans.
Il me dit : a Nous somm' oiocjuaiite t Qui venons tous les huit Jours, t Et quand un nouveau s* présente, a Nous le revoyons toujours.
t Heureus'ment qu' pour nous distraire, a II en meurt un d' temps en temps, a Le dentiste les laiss* faire ; a Lui, ne soigne que les dents.
« Il plac* des petits tampons d'ouate t Et dit : a Faudra revenir. »
a Content, on part à la hâte, a Car on aurait pu souffrir. »
Et c'est pour ça qu'à la ronde On dit qu* pour les conserver.
Il n'est qu'un moyen au monde.
C'est d'aller s' les fair' plomber.
rtOte
Victor TOURTAL
Est né à Nantes, le 21 octobre 1868. Orphelin de père et mère à l'âge de sept ans, la Compagnie d'Orléans se charçe de son éducation et le confie aux soins de l'abbé Verdier, chanoine titulaire de la métropole de Tours. Son adolescence se passe dans l'établissement de ce vénérable chanoine, jusqu'au jour où, prêt à rentrer dans les ordres, sa vocation s'y refusant, il quitte l'élude pour la littérature, et collabore à de petits journaux littéraires. Part au régiment, est réformé après onze mois de service. Reste malade pendant quatre ans, est traité comme phtisique tuberculeux troisième période, est administré trois fois et sort de l'hôpital mieux portaulque jamais. Arrive à Paris en 1892,
fait une courte apparition dans la presse, -^ où il signe du pseudonyme de Georges Méridan, ^quitte bientôt le journalisme pour retourner à la littérature, et redevient collaborateur assidu de plusieurs feuilles littéraires, jusqu'au jour où il laisse le rêve pour la satire. Chante ses premières chansons au Cabaret des Quat'-z-Arts etaux Funambules et, remarqué par Marcel Legay, passe au Grillon. Il y obtient un gros succès et a Thonneur d'être littéralement assommé par une bande d'énergumènes, conduits par M. de Martel fils, à propos d'une chanson intitulée : L Enlèvement de itf »»« Gyp raconté par elle-même.
Fait plusieurs tournées en France, est actuellement de retour au Cabaret du Grillon. Il est aussi fournisseur du café-concert.
Je donne, ci dessous, une chanson avec laquelle il se fait applaudir chaque soir.