D'AUTRES ENCORE
Eh 1 mon Dieu, oui, d'autres I car ils sont plus d'une trentaine encore ceux qui auraient dû prendre rang avec les camarades dans cette monographie, plus de trente qui auraient eu droit, celui-ci à son chapitre, celui-là à sa page, tel autre à quelques lignes. Mais plus j'avançais dans la rédaction de ces notes, plus je m'apercevais de la nécessité de les réduire, de les condenser encore si je ne voulais pas dépasser les limites que je m'étais tracées. Les bornes sont franchies déjà et ma tâche n'est pas complètement remplie. J'ai bien parlé des principaux que le public a eu maintes fois l'occasion d'entendre et d'applaudir. Il m'aurait fallu signaler dans ce livre tous ceux qui peu ou prou ont interprété leurs œuvres à Montmartre contre rémunération et leur consacrer quelques mots de biographie. Bien que j'aie l'absolue certitude que le nom de tous ceux-là viendra sous ma plume lorsque j'écrirai mon étude sur les Cabarets et Théâtncules,]e\diisdès maintenant, et dans la mesure du possible, réparer mon oubli. Je nommerai donc : ^mile Hauton, qui passa par le Chat- Noir et fut à côté de Lemercier aux BUéphants ; Dechambre, qui fournit quelque temps une partie de son répertoire à Gavrochinette et qui fut avec moi pendant trois mois au Coup-de-Gueule ; Chartran, poète pyrénéen qui fonda le Lapin-Condamné, le Chat-Huant, Les Abbesses, le Petil- Ramponneau et la Bergerie; Fragmann, dit Fragson, qui, amené à la Butte par mon ami Joseph Lévi, chanta au Lyon-d'Or etauxQuat'-z-Arts et interprète aujourd'hui au concert ses compositions musicales; Léon Friedlander, surnommé Nobody, qui appartint aux Roches-Noires, à TAne-Rouge, au Carillon et fit cette chanson très répandue dans les caveaux : Les Filles Soinnises ; Albert Loca-
telli, auteur de la Légende du Potache et de la Chanson d'Infortunio ; Jeanot, surnommé le Taureau de la Butte et qui fit au Casino des Concierges quelques amusantes fantaisies ; Dolor, devenu Decharme et qui de son véritable nom s'appelle René Delbost ; Fabre, dit Fabri, que j'eus avec moi en compaj^nie du précédent, — alors qu'ils débutaient à la Boîte à Musique — et qui, de môme que Trimouillat et Armand Masson, émarge au budget de la Ville ; Raoul Viannet, chanteur agréable et compositeur délicieux, qui fulmon camarade au Conservatoire de Montmartre ; Miah, acluollement acteur aux Nouveautés, qui régit le cabaret de la Corneille ; E. Dcfrauce, le gardechampétre d'Eugénie Buffet à son auberge de la Pommede-Pin, au Vieux-Paris (Exposition de 1900), qui chante actuellement, au Conservatoire de Montmartre, des chansonnettes dont il est l'auteur; Louis Hébert, qu'on entendit pendant quehjue temps au Conservatoire de Montmartre et aux Quat' z Arts, et qui làrha la Bohème — à quoi il semblait irrémédiablement condamné — pour la férule du pion et les panloullos du conjungo ; I)(»mestre, poète de talent, coinpairnon de Trimouillat et de Xavier Privas, fondateur de< Soin'es Proeope et... dé-erteur ; Lalande, qui essaya (raeeliiiiat(*r à (ireiielle la note nionlmartroise; et Jean DiKjuercy, et Cîerbe, et Lucas, et Mouton, et Petitveau, et Mougel, et Saimbault, et Jacques Monis, et Jean des Vignes, et Jehan des Isleltes, sans compter quelquesuns que j'oublie peut-être.
Mon devoir eût été aussi de renseigner le lecteur sur Maurice Houkay (aliàs le député Couyba, rapporteur du budget des Beaux .Vrts), le maître chansonnier qui a fourni à Marcel Lei;av et à Paul Heliuel des (lîuvres dont le succès sVst si)()nlauénienl étaMi. Mais rjue puis je dire le concernant, |)Ius (|ue n'ont dit Adolpiie Brisson dans L'a Coin du Parnasse et mon camarade Vabbel, si ce n'est que le livre de Boukav annoncé Chdn.^ons Sociales, dans Les Chansomikrs et les Cabarets Artistiimes, a parusuuslc titre de Chansons llougcs, chez Flammarion.
Léon Durocher, surnommé le barde Eambr' Nikor, fondateur du Cabaret Breton, méritait une mention toute spéciale pour ses Chansons de là-haut et de là-bas^ où, dans une forme châtiée, il sait
Mêler le grave au doux, le plaisant au sévère.
Pourquoi encore n'ai-je rien dit de Sarrazin, le poète aux olives, fort priseur de vieil françois, auteur des Joyeulx Devis d'un Souffleur de Bulles et ancien directeur du Divan- Japonais ? Que n'ai-je parlé de Charles Quinel, chansonnier lauré des concours de TEden, auteur des Moutons — que souligne si puissamment la musique de Legay — et de tant d'autres choses ou brutales ou charmantes? Gomme pour Maurice Boukay, je renverrai le lecteur au livre de Valbel, après avoir dit que Quinel se fait avec les pièces qu'il donne au café-concert et au théâtre de quoi subvenir largement aux besoins de sa nombreuse famille. Et aussi de Cazaubol, dernièrement décoré comme président de la Fraternelle et qui, sous le nom de Simon Cazal, nous donna au Chat-Noir quelques auditions de ses vers romantiques ?
Et du phalanstérien Léon Riotor, le a Fils Enfantin s ? Et d'Edouard Bernaert, le catholique intransigeant ?
II en existe encore à Montmartre qui, bien que ne chantant pas, sont aussi de la chanson. J'entends parler de nos compositeurs -accompagnateurs. Par gratitude pour la façon dont il a si merveilleusement mis en musique mon livret de Feu de Chaume, je donnerai la priorité à mon ami André Colomb.
Fils du chanteur d'opéra Vincent Colomb, il est né en Algérie en 1865. En môme temps que la musique, son père lui fit apprendre la menuiserie. Après avoir fait son service militaire comme trombone dans un régiment de ligne en garnison à Montargis, Colomb entra en qualité de premier violon dans Torchestre de Ba-Ta-Clan, dont il devint le sous chef , puis le chef. 11 succéda à Charles de Sivry au Chat-Noir, passa à la Boite-à-Musique, au Con
servatoîre de Montmartre, à la Bolte-à Fursy et enfin au Petit Théâtre. Colomb a fait représenter deux ballets: aux Folies Bergère : Diamant, livret de Mise et Vivier (1898) ; aux Folies Marigny, La Cigale et la Fourmi, livret d'Edmond Char. Il a, en outre, composé la musique d*un grand nombre de chansons de Botrel (1), d*Oble, de Boyer, de moi, etc.
Emile Lassailly, en ce moment accompagnateur au Cabaret des Arts, où il est depuis Touverture, se joignit en 1893 à la tournée qui ramena Numa Bios de Marseille ; entra ensuite aux Quat'-z-Arts, où il resta quelque temps; passa ensuite à l'Auberge-du-Clou et dans divers autres cabarets. Compositeur aimable, il a écrit des musiques sur des chansons de Varney, de Bonnaud, de Privas, de Boyer, de Sécot, etc., et a chez Ondet un volume en collaboration avec Théodore Botrel : Chansons en dentelles.
Je citerai encore Maurice Petitjean, savant harmoniste, au conseil de qui ont souvent recours les camarades moins expérimentés, qui accompagna au Conservatoire de Montmartre, aux Noctambules et autres lieux et qui obtient en ce moment un gros succès avec Vahe folle.
Puis Edouard Charlon, fondateur de la Roulotte où il se produisit dans ses compositions ; et son fidèle Stanislas, compositeur de talent et pianiste accompli.
Et Daniderf (F. Niquel), compositeur angevin, organiste, auteur de messes et de chants religieux ainsi que de plusieurs morceaux d'orchestre et chansons. Parmi ces dernières : Le Fou, Le Jourur, f.cs Frôleuses^ et La Marseillaise rouge, morceau d'une grande vigueur, très applaudi dans les cabarets et dans les milieux révolutionnaires.
Enfin, prn domn, et pour clore la liste, ma femme, Anne de Bercy, talent naissant, rlont les rompositions musicales, très joliment inter[)rétées auxQuaf z-Arts etaux Noctambules par Mil'' Haj)harlle de Villers, artiste de grande valeur, obtiennent chaque soir un très mérité succès.
(1) Voir p. 181, Théodore Botrel.