Lettre de Victor Hugo à Ch
Monselet(lff55ouremr5). Ch. Monselet.
l. MelchisSédee ( ^- ^ Gendarme et le Vagaptf PppfÎAP § ^^^^ ^^^ Horla, p. 340). G.deMaupassant.
a. Roméo et Juliette ( La Gueuse parfumée) Paul Arène.
M. X... \ Mélodie.
b. Le Froc (Roman, p. 69). . . Emile Goudeau. Prière.
N'étant pas musicien, je ne puis analyser ici cette curieuse tentative de Marcel Legay ; mais je me rappelle rémotion que fit naître rexécution de sa musique et la
spontanéité que mit l'auditoire tout entier à bisser Melchissédec sur cette phrase de la Vie de Jésus : « Il ne vit que ringratitude des hommes ; il se repentit peut-être de souffrir pour une race vile, et il s'écria^ : « Mon Dieu, mon « Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
La critique rendit compte avec éloges de cet essai hardi dont elle encouragea l'auteur ; mais Legay — je ne sais pourquoi — ne le voulut point renouveler....
Sur l'invitation de M. Taffin, propriétaire du cabaret AlTartaine, Marcel Legay, quelques mois avant l'Exposition de 1900, transforme cet établissement, qu'il baptise « L'Alouette », et où il choisit comme collaborateurs Wl^ Irma Perrot, Yon Lug, Léon Durocher, Paul Daubry, Gaston Coûté, le baryton Harry Weber et le compositeur Jacotot. Mais il est là comme dépaysé et ne tarde pas à retourner aux Quat'-z-Arts. Après l'Exposition, où il se produisit pendant quelque temps au Vieux-Paris, il monte, rue Cujas, le cabaret du Grillon, qu'il dirige encore actuellement.
L'œuvre de Legay actuellement en librairie comporte : Toute la Gamme, Brandus, éditeur, 1886 ; Les Rondes du Valet de Carreau, Flammarion, 1887 ; Chansons Cruelles et Chansons Douces, poésies d'André Barde, OUendorS, 1895 Chansons de Cœur, avec Emile Antoine, OUendorS, 1896 Chansons Rouges, avec Maurice Boukay, Flammarion,1897 Chansons Fragiles, avec Paul Romilly, Flammarion, 1898 Ritournelles, avec Claude Moselle, Baudoux, 1900. Il a en outre en préparation deux volumes avec Serge Basset, Claude Moselle, et un troisième avec moi, sous ce titre : Chansons de Plein Air,
Enfin, il vient de composer la musique d'une épopée en ombres de Georges d'Esparbès, que vient de monter le Petit-Théâtre.
Presque toutes les scènes de café-concert et les tremplins de cabaret de Paris ont vu passer Marcel Legay ; et la province a eu maintes fois l'occasion de l'applaudir : Nancy, Dijon, Bordeaux, Tours, Berck-sur-Mer, le Tréport,
Besançon, Dôle, Gray, Lons-le-Saulnier, Montélimar, Luxeuîl et Quiberon virent leurs tréteaux illustrés par la longue redingote et la demi-crinière du compositeur (( chauve-chevelu », ainsi que l'appelait Jules Jouy.
Malgré la cinquantaine, Legay psalmodie, pleure ou crie ses chansons avec le même emballement, la même foi et le même sentiment d'art qu'il y a vingt ans. Sa voix, qu'il va (( chercher dans le ventre », vibre toujours avec autant d'intensité ; il la souligne de gestes qui n'appartiennent qu'à lui et qui l'aident à faire passer dans sa diction un peu de son cerveau et de ses nerfs, et beaucoup de son âme. En dépit de l'étrangeté qu'il offre à l'oreille et au regard lorsqu'on le voit et l'entend pour la première fois, on ne peut se défendre de l'émotion qu'il vous communique ; on reste l'haleine suspendue ; on applaudit presque malgré soi ; et l'on se dit en fin de compte : « Voilà un rude artiste 1 » Et c'est aussi l'avis de la direction des Beaux-Arts, qui lui fit décerner, il y a quelques années déjà, les palmes d'officier de l'Instruction Publique.
Emile GOUDEAU
Qui ne connaît Tauteur des Voyages d'A'Kempis, le parfait poète des Fleurs de Bitume et des Poèmes ironiques^ le fondateur et inamovible président des Hydropathes, l'intéressant chroniqueur de Dix ans de Bokhmy le romancier puissant de la Graine humaine, le paradoxal fantaisiste^ le savant helléniste, lettré délicat^ disert^ éloquent, persuasif, touchant et élégant — - le pur artiste, en un mot -— qu'est Emile Goudeau ? Et n'est ce point de ma part un « pléonasme » que d'oser le présenter ici ?
Dans le dernier numéro de VHydropathe (22 décembre 1899), il expose ainsi lui-même, sous la signature Hégé, sa généalogie :
t Le premier Hydropathe dont il soit fait mention remonte à l'âge de la pierre éclatée. Il n*avait pas de nom, selon l'usage de ces êtres primitifs ; mais tout porte à croire que la syllabe Go, qui signifiait Dieu, ou Chef, ou Maître, lui fut appliquée. D'ailleurs, à l'âge du bronze, on retrouve un certain Go qui devait descendre de ce premier Hydropathe.
« Une foule de commentateurs qui s'acharnent à déchiffrer les pierres runiques et les monolithes de l' Arrière-Egypte assurent que ce Go, que les Phéniciens, en leur alphabet, écrivaient par gamma-oméga, était le même que lo, la Vache Sacrée, et que lod, qui est la première lettre du nom de laveh.
c Ainsi Go (Gé-ô ou gamma-oméga), de même que lo ou lod, aurait signifié la Divinité, soit mâle, soit femelle, et le premier Hydropathe, si l'on en juge d'après ces savants, devait être hermaphrodite et divin.
f Vint ensuite une génération, durant la préhistoire, une peuplade qui, allant vers le Nord, reconnut pour chef un Hydropathe Scalde, qui s'appelait Ud ou plutôt Vd, d'où le nom des Védas mythologiques.
c U y eut là, ce semble, deux familles d*Hydropathes, sorties
du premier Hydropathe hermaphrodite des temps de la pierre éclatée et de Tàge de bronze : les 60 et les Vd.
a Et de même que les Angles et les Saxons finirent par former un peuple agréablement ^onnu dans l'univers sous le titre d*AngIo-Saxon, de même, par une sorte de fusion assez fréquemment observée dans le domaine historique, les Hydropathes cosobrins, ou cousins, si vous voulez, les Go et les Vd ou Ud fusionnèrent en une race qui, dès le temps des Grecs et des Romains, s'appela les loûd ou Govd, d*où le nom de Goth est sorti. Et aussi le mot God, qui signifie Dieu en anglais et qui rappelle le lod des vieux lavhistes.
a II y a là un mélange singulier de doctrines indo-earopéennes et sémitiques qui troublent l'observateur superficiel. Mais que celui-ci daigne un instant considérer que toutes les religions et toutes les races se tiennent à l'origine, comme l'indique le si lointain symbole de la fraternité de Sem, Cham et Japhet.
a Donc, nous eûmes, à partir de Charlemagne, les Hydropathes Govd» appelés aussi Goud.
(( Survint le moyen âge, -r car tout survient à qui sait attendre, et les archéologues et archivistes sont de patientes gens qui savent attendre. — Donc, le moyen âge étant survenu, voilà qu'une branche cadette, plus féminisée que l'aînée et dirigée par une femme appelée Eav, ou Eaû (ce qui rappelle Eve ou Eva, car tous les symboles se tiennent) s'éloigna du tronc principal de i'Hydropathie, laquelle, dès lors, sembla dégéaérer et tomber dans l'oubli.
« Où trouve-t-on trace des Hydropathes sous Henri IV ou sous Louis XIV, sous la Révolution et sous l'Empire? Il n'en est pas une, excepté dans quelques récits de la Bohème, écrits en vieux tchèque-tziganique et à peu près indéchifirables.
a Mais voici qu'au début de ce siècle, on trouve une famille hydropathique dans les cavernes du Périgord. Cette famille ayant soudé les diverses branches hydropathiques, les masculinistes comme les femcliistes, s'appela, sur les registres devenus obligatoires de l'état civil, les Govd-Eav, d'où, par ignorance sans doute ou malveillance, les of liciers municipaux firent Goud- Eau et, par corruption, Goudeau... »
Donc, Emile Goudeau naquit à Périgueux, en Périgord vers le milieu du siècle dernier.
En ce qui concerne ses débuts, si le lecteur en a la
coupable ignorance, je l'enverrai à la Bibliothèque Nationale 8'esjouir deux heures durant à la lecture de Dix ans de Bohème. Qu'il me suffise de dire ici que le président des Hydropathes fut Tinstigateur du mouvement littéraire montmartrois, le bras droit de Rodolphe Salis et l'âme du premier Chat-Noir. C'est lui qui sut amener et grouper à Montmartre cette phalange de poètes dont s'honorent aujourd'hui le Théâtre et les Lettres. Et si Rodolphe Salis a fourni l'écrin, Goudeau fut celui qui choisit pour le garnir lee étincelanls joyaux dont l'éclat se projeta et se projette encore en rayons de gloire autour de la Butte Sacrée.
Après vingt ans, il est resté fidèle à Montmartre. Car, après l'avoir applaudi à l'Hostellerie-du-Lyon-d'Or et à la Roulotte, nous l'avons vu organiser avec Willette les fêtes de la Vachalcade, le bal du Déficit et rédiger en chef le journal les Q^^t^-^'^''^'
En mémoire de la joie et de l'exquise sensation d'art qae j'ai toujours éprouvées à la lecture ou à l'audition des œuvres de Goudeau, je donne ici les vers qu'il nous rédta ft la dernière réunion des Hydropathes :