ÉLECTEURS
Béziers
Lodève .....
Saint-Pons..
En 1879, les élections des Sénateurs ont été faites par 409 électeurs.
L'assemblée électorale tenait ses séances de vote dans l'église de la Mercy. C'était la première réunion des électeurs du département; depuis le nouvel ordre de choses, ils ne s'étaient réunis que par communes ou par cantons dans les assemblées primaires; mais alors, de tous les points du département ils se réunissaient pour choisir ceux qui devaient les administrer et veiller aux intérêts généraux. C'était un moment solennel. La tenue sévère et silencieuse de nos séances de vote ne peut donner aucune idée de celles d'alors. Pendant le scrutin on y discutait, on y recevait des délégations, ou en députait à d'autres assemblées : — la Société des Amis de la Constitution y envoya une députation de vingt-sept membres ; — on y rédigeait des adresses ; on y faisait des motions ; on y prononçait des discours pour rappeler aux électeurs toute l'importance de leurs fonctions et ce qu'on attendait d'eux.
On comprend qu'avec cette manière de procéder au scrutin, les élections devaient durer longtemps : elles s'étendirent du 4 au 18 juin.
Après deux séances (4 et 5 juin) consacrées à la vérification des pouvoirs, et deux autres (6 et 7) à l'élection du président, Cambon fils fut proclamé président. Les séances du 8 et du 9 furent consacrées à la prestation du serment: à la formule prescrite par l'art. 8, sect. 1^«, du décret du 22 septembre 1789, l'Assemblée de Montpellier ajouta l'affirmation de n'avoir accordé ni sa signature ni son adhésion à aucune protestation contre les décrets de l'Assemblée nationale. Pour expliquer cette exi-
gence,ilfâut(llreque les dix assemblées primaires formant le canton de Montpellier avaient chargé leurs électeurs de provoquer, au début des opérations, le vote d'une adresse pour remercier l'Assemblée nationale de tous ses décrets et particuUèremen t de ceux concernant l'aliénation des biens déclarés nationaux, lui exprimer un dévouement absolu, la prier de ne point se séparer avant d'avoir complètement achevé la Constitution, et enfin d'émettre le vœu d'une déclaration d'infamie envers la minorité qui avait protesté contre ses décrets*, et envers ceuxqui, à Nimes, provoquaient des troubles^. C'est là ce qui motiva ce serment supplémentaire.
* La Société des Aînisde la Constitution et de l'égalité avait émis le même vœu ; ajoutons que les noms des députés qui » avaient osé protester devaient être inscrits en lettres rouges » sur une planche noire ». (Journ. hebd. de l'Hérault, no l , pag. 28 et 29. )
Après le décret du 13 avril 1790, par lequel l'Assemblée avait refusé de déclarer que la religion catholique était la religion de TËtat et son culte le seul culte public, 295 députés, parmi lesquels l'évoque de Montpellier, signèrent une protestation.
Ces protestations furent fréquentss: une de 158 députes contre le décret du 19 juin 1790 abolissant la noblesse héréditaire; une autre du 29 juin 1791, signée par 293 députés, contre l'arrestation de Louis XVI se rendant avec les émigrés ; une autre du 15 septembre 1791, où 163 députés protestent contre l'acceptation de la Constitution par le roi, etc. L'évoque de Montpellier et Barbeyrac de Saint- Maurice les signaient constamment.
2 Sur les troubles excités par les catholiques de Nime», voir
Du 10 au 12 on procéda à Télection des deui membres de chaque district qui, aux termes de l'art. 5, sect. II, du décret précité, devaient faire partie de l'administration départementale. Furent élus :
Roux, de Cette. ) i j. * • *j w * „.
„ ... j j T 1 {pour le district de Montpellier. François Menard, de Lunel. )
D^BelpÏrvmltSe: ! ?""' '« <*"'»"'" '^^ ^^«"-
Verny, avocat, de Clermont. ) , j. . . ^ ^ ^ j»
T^^ t>. 4 ^ n • 1 < pour l6 distnct de Lodôve.
De Rives, avocat, de Poujols.)
Roger, de Cabanes. ) i ^- * • * ^ o • * n
^ ,,^, J pour le district de Samt-Pons.
Caux, dOlonzac. )'^
I/adresse demandée par les assemblées primaires fut lue le 12; après des remercîments aux membres de la Constituante pour tout ce qu'ils avaient fait, elle disait : « En consacrant le principe im- » muable de l'égalité , vous avez rendu aux Fran- » çais le caractère d'hommes et de citoyens. Vous j) avez instruit 24,000,000 d'hommes à exprimer » leur volonté sans tumulte, sans désordre ; vous » avez retiré les ministres d'une religion sainte du » tourbillon empesté des pompes humaines ; vous » avez remis entre les mains de la Nation le dépôt > trop longtemps expolié du patrimoine des pau- » vres ; vous avez épuré la discipline de l'Eglise de
les décrets des 1 7, 2 1 et 26 juin 1790, la séance de l'Assemblée nationale du 12 février 1791, et le décret du 26 du même mois.
3> tous les abus qui la déshonoraient. Vous l'avez » fait ; vous avez dû le faire. Ceux que l'avide intérêt » de quelques hommes, la politique des rois, les » erreurs des siècles passés, avaient pu ajouter à » l'œuvre même de la divinité, la sagesse d'une » grande nation a sans nul doute pu l'en retran- » cher... Le moment sans doute n'est pas loin » où l'influence bienfaisante de vos travaux dis- » sipera toutes les ténèbres , étouffera jusqu'au » germe des faux soupçons et des terreurs sug- » gérées. Ces malheureux habitants de quelques » villes voisines ( Uzès , Nimes ) , ces prétendus » catholiques qui pensent venger Dieu en pro- » tégeant la profanation de son culte, et honorer »le Roi en démentant sa parole sacrée , détes- » teront leur folle erreur et maudiront les traîtres » qui, en les aveuglant, ont attiré sur eux la dé- » daigneuse pitié de tous les Français. Mais ces » artisans de séditions et de désordres, ces assas- » sins perfides du droit des nations , conserve- »ront toujours leur venimeuse malice ; nous les » dénonçons à votre autorité nationale. Que le » salut du peuple soit toujours votre suprême «loi... »
Les séances ne furent agitées qu'un seul instant. Des troubles qui avaient éclaté lors des élections de la commune de Saint-Pargoire forcèrent à invalider ces élections ; alors des menaces furent prononcées dans rassemblée électorale et le président dut prévenir le curé, qui était présent et provoquait ces menaces, que, si elles se réalisaient, il en serait personnellement responsable.
t24 MONTPELLIER.
Les 28 administrateurs du départemeDt qui furent élus après les deux que devait fournir chaque district, furent :
Bouny, de La Livinière ;
Peyronnet, de la Bastide ;
Castillon, de Lansargues;
Carney, de Béziers;
Coulon, de Saint-Chinian ;
Cadillac de Madière, avocat, de Pégairolles;
Paulinier de Fontenilles, de Florensac;
Bandon, avocat^ de Ganges ;
Curée, avocat, de Saint-André ;
Renouvier, avocat, de Loupian ;
Gabanon, notaire, d'Olargues;
Coste de Pontevès, de Marseillan ;
Andoque, de Sériéges ;
Goutines, de la Salvetat;
Sabatier père, avocat, de Roquebrun ;
Lavit, négociant, de Canet ;
Duffours de Pous fils, de Montpellier ;
H. Reboul, de Pézenas ;
Fournier, négociant, de Lodève ;
De Lescure, de Puisserguier ;
Bérard, de Montpellier;
Aaron Crassous, de Montpellier;
Lautrec, du Poujol ;
Cambon père, de Montpellier;
Guy, de Montpeyroux ;
Galtier, avocat, du Caylar ;
Coulomb, conseiller, de Montpellier ;
Caylar, avocat, de Lodève.
Les six suppléants furent :
Thorel, vétérinaire, de Lodève ;
Maffre, de Marseillan ;
Beaumelle, de Poussan ;
Valessié, de Béziers;
Gottis, avocat, de Béziers ;
David Barrau, négociant, de Montpellier.
Les opérations électorales se terminèrent le 19 juin par l'élection du procureur-général-syndic du département : Dupin fut nommé *.
Avant de se séparer, les électeurs votèrent une adresse au roi, où ils disaient: «Seul entre les «princes, vous avez triomphé des préjugés qui as- Dsiégent les Trônes Epoque à jamais mémoarable ! où, restitués à la dignité d'hommes, nous salions voir les ministres des autels restitués à la «dignité d'anges I où les diverses parties de ce «vaste empire vont se correspondre et former un «tout indissoluble ! où chaque Français va tenir «d'une manière intime à chacun de ses concitoyens, «à la Nation, et à Votre Majesté!! Epoque for- »tunée I c'est à l'instant où nous te voyons luire «que nous nous empressons de supplier le meilleur »ou pour mieux dire le seul roi de la terre (car les «despotes ne sont point des rois), d'agréer l'hom- «mage de gratitude que nous lui devons au plus
* Dupin, précédemment chef du bureau des domaines à l'Intendance et auteur d'une Instruction sur diverses questions relatives au droit de Contrôle ; 2 vol. in-4o; 1787.
DJuste des titres, et que nous vouons, dans 1 effunsion de nos âmes, au Restaurateur ou plutôt au liPère de la liberté française *. »
Enfin, au dernier moment, l'Assemblée électorale entendit le discours d'un de ses membres qui faisait appela l'union entre (es corps administratifs, militaires, judiciaires et religieux:.... « Respec- » tables curés qui travaillez sans relâche à la vigne »du Seigneur, vous recevrez enfin le juste salaire » de vos travaux, et dans les biens temporels que la ^nation vous assure, et dans cetteestime universelle »due à ceux d'entre vous qui s'acquittent de de- »voirs si importants. Unissez-vous à nous pour » répandre dans l'esprit des peuples la connaissance
1 On peut appliquer ici l'expression de M. Thiers sur 1791 : « En 1791, on était à la fois si novice et si bienveillant... -, » on avait conservé avec respect et presque avec amour le » pouvoir royal» {Hist. Rév. Franc. ^ 9« édit., VII, pag. 233.)
Le 9 juin. l'Assemblée nationale, gracieuse et empressée envers Louis XVI. lui fit demander à quel taux il fixait sa Liste civile. Celui-ci donna le chiffre de 25 milions et un douaire de 4 millions pour la reine. L'Assemblée ne fit pas la plus légère objection, et le tout fut voté par acclamation, bien que les finances fussent dans un état à ne pas permettre de se montrer si libéral.
Le nom de Liste civile y employé pour la première fois en France lors de la Révolution, était emprunté à l'Angleterre et y avait été employé à la Révolution de 1688, pour désigner l'allocation accordée au souverain, attendu qu'outre les dépenses de la maison royale, le roi avait à sa charge une certaine liste d'officiers civils, juges, corps diplomaiique, etc.
»de lois si sages; faites-leur en sentir toute l'imnportance et par vos discours et par votre exem- »ple. Dites à vos paroissiens, vos frères et vos »amis: l'Assemblée nationale a distingué dans ses •sages décrets la religion pure, ouvrage de Dieu, »des abus de la discipline temporelle, ouvrage des «hommes ! En détruisant ce dernier, TAssem- »blée nationale soulève le voile qui ôtait à l'ou- »vrage de Dieu son éclat et sa majesté * ». (M.S., pag. 180.)
Si les élections s'étaient faites avec calme à Montpellier, il n'en avait pas été de même à Nimes. Une municipalité ennemie de la Révolution, « élue «par intrigues et distributions d^argent, y avait «favorisé les troubles et permis qu'on arborât la «cocarde blanche.» (Décret du 26 février 1791.) Le sang avait coulée et, le 13 juin, pour réprimer ces troubles, connus sous le nom de la Bagarre^ un détachement de la Garde nationale de Montpellier dut s'y rendre sous le commandement du celonel Serres. « Cette troupe, bien plus disciplinée que les «autres légionnaires étrangers, fi tcesser lesdévas- » talions et les meurtres. Il fut évident pour tous que «ces troubles excités par un parti opposé à la Révolu- «tion avaient pris leur source dans la différence des «intérêts et des opinions politiques, et nullement
^ On voit parce discours que l'on avait conservé à l'égard du clergé les mômes illusions qu'à l'égard do la royauté, et, par suite, de quel côté vinrent les attaques. (Voir Pièces justificatives, n» 22.)
Dclaos la diversité des opinions religieuses ^ » (Rapport du député Alquier à l'Ass. nat.^ le \2 février 1791, pag. 64 et 73 ; Décret du 26 du même mois.) a Le clergé n'en était pas moins le principal faaj>teur des apprêts d'une nouvelle Saint-Barthé- :f>lemy, mais nous en prîmes cinq.... Le drapeau »rouge fut déployé.... Presque tout le clergé prit ))la fuite..,. Pour vous donner une idée de cette }D horde de brigands, je vous dirai que le premier )> signal était de se porter sur le Club et à la maison
1 C'est aussi ce que le président de l'assemblée électorale du Gard écrivait au président de la nôtre , le 18 juin, en exprimant sa reconnaissance des services rendus par notre Garde nationale : « Si le calme règne, nous le devons principale- B ment à la fermeté du corps électoral, qui n'a cessé de tes nir ses séances, malgré les cris de guerre et le bruit môme » du canon qui tonnait à ses côtés... Nous le devons au pa- » triotisme de nos voisins, qui s'est déployé dans cette occa- » sion importante d'une manière si énergique. S| nous les w avons priés de rester parmi nous, c'est pour consolider une » paix dont nous désirons la durée... C'est à vous. Messieurs, «d'annoncer aux peuples qui vous environnent et dont » vous oies les représentants, que la différence des opinions » religieuses n'a été que le prétexte dont les malveillants ont » voulu se servir pour opérer, sHl était possible ^ une contre" » révolution. C'est à vous de dissiper cette erreur, dans la- » quelle on fait tomber les gens simples et crédules, que c'est «ici une guerre de religion»... (M. S., pag. 175 et 176.)
Et plus tard encore le parti catholique faisait circuler dans Montpellier des libelles incendiaires que le procureur dut dénoncer au Conseil général de la Commune le 23 juin et le 31 octobre. Un de ces derniers était intitulé: Massacre des catholiques par les protestants à Nimes.
^électorale, pour les assassiner, et on avait corn- »meacé à miner pour les faire sauter. » (Lettre reproduite dans l'écrit de Senaux, publié en 1808 et cité dans le M. S., pag. 183.)
Quand notre Garde nationale revint de Nimes, le 19, rassemblée électorale et le Conseil général de la commune se portèrent à sa rencontre et offrirent une Couronne civique au commandant du détachement et aux commandants de chaque compagnie.
Ce même jour, 19 juin, l'Assemblée nationale avait, par deux décrets, prononcé l'abolition de toute noblesse héréditaire, de tous titres de prince, comte, duc, etc., la suppression de toutes livrées et armoiries, et, «par respect pour la liberté et pour les » nations étrangères », la destruction des symboles de servitude, offensants pour les provinces réunies au royaume. A la réception de ces décrets, on se borna à faire effacer, sur la Fontaine des licornes, les armoiries de la famille de Castries, et, au Plan Pastourel, sur la maison des Tournemire, les armoiries de cette famille et des rois d'Aragon. Et tandis qu'à Paris, en exécution de ces décrets, on enlevait « quatre figures des provinces de France »enchaînées aux pieds de la statue de Louis XIV*», à Montpellier on respecta les médaillons qui sur
^. Cette statue n'était pas celle qu'oa voit maintenant sur la môme Place des Victoires. Elle avait été, en 1686, élevée par le duc de la Feuillade. Louis XIV était debout, couronné par une Victoire, et aux quatre angles du piédestal étaient quatre colossales figures d'esclaves enchaînés, emblèmes
l'Arc-de-Triomphe rappellent la soumission des villes et des provinces, les massacres des Gévennes et le fanatisme triomphant!
Ils y sont encore !
Le 20 juin , il fut procédé à l'élection de l'administration du district de Montpellier; elle fut présidée par Gambon ûls, et les élus furent :
Vacquier, maire de Saint-Gély;
De Tianglade, notaire, de Pignan ;
Thoiras, avocat, à Marsillargues ;
Lacroix, du canton de Gastries ;
Marc-Antoine Bazille, négociant, de Montpellier ;
David Barrau, négociant, de Montpellier ;
Gervais, maire de Glaret;
Louis de la Roque, du canton de Restinclières ;
Louis Pavée (ci-devant comte de Villevieille) fils, de Montpellier ;
Bonnier d'Alco, président à la Gour des comptes ;
De Solas, conseiller à la Gour des comptes;
Serane, de Cette.
' L'administration du district ne fut installée que le 12 juillet. Bonnier d'Alco fut élu président, et les
des provinces conquises. — Dulaure dit que ces figures ne furent pas brisées, mais qu'elles furent «t placées à ^ 'Hôtel «des Invalides, dont elles décorent la façade » . (Hist. de Paris, 7«édit.. IV, pag. 209 et 211.)
quatre membres du directoire da district furent : Barrau , vice-président; Louis Pavée ; Vacquier; Solas. Cambacérès avait été nommé procureur syndic, et Caizergues, notaire à Montpellier, fut élu secrétaire.
L'installation de l'administration du département eut lieu également le 12 juillet ; et de ce jour jusqu'au 15 elle s'occupa de l'élection de son président, qui fut Coulomb, ancien conseiller; de celle de son secrétaire, qui fut Bougette, et de celle des 8 membres du Directoire, qui furent :
Crassous, vice-président ;
Bousquet ;
Paulinier de Fontenilles ;
Boyer ;
Bérard ;
Carney ;
Curée ;
Peyronnet.
L'installation du directoire ne se fit que le 16 juillet. Le procureur-général-syndic Dupin profita de cette circonstance pour exposer et justifier la distribution de la France en départements et le% autres grandes modifications.
« L'installation du département consomme la Ré- » volution. La France n'est plus une agrégation de » contrées réciproquement étrangères par la forme » de leurs gouvernements et les conditions de leur » association, revendiquant sans cesse des privi- » léges et des exemptions contestés, et n'ayant, la
» plupart, d'autres traits de ressemblance qu'un » asservissement plus ou moins complet aux ca- » prices et aux vexations du pouvoir arbitraire. Les D décrets de l'Assemblée nationale ont détruit cette » incohérence funeste, ont anéanti les chartes qui » isolaient ainsi les différentes portions de UEmpire 3> français, ont établi des divisions nouvelles, répar- D ties dans une exacte proportion combinée sous les » trois rapports de leur étendue territoriale, de leur 3) population et de la quotité de leur contribution; D enfin, ils ont introduit dans chacune de ces divi- » sions l'uniformité de régime qui forme entre elles i> un lien indissoluble.
» Vingt-quatre millions d'individus peuplaient » la France ; à peine osaient-ils en emprunter le » nom. Plus fréquemment désignés sous des déno- » minations dérivées de la nomenclature de leurs 3> provinces, autant paraissaient-ils étrangers à la 3) France, autant et plus encore étaient-ils désunis » entre eux.
» Une institution barbare et absurde y avait classé » les habitants en trois ordres ennemis et rivaux.
T> Le petit nombre formait les deux premiers, la » multitude était impitoyablement reléguée dans » le troisième, victime de tous les genres d'oppresision. Les charges publiques s'appesantissaient sur cet ordre injustement avili.
» Les exemptions, les privilèges, les dignités, » les emplois honorifiques et lucratifs, s'accumu- » laient sur le premier et le second.
» Aujourd'hui le sacerdoce ne séparera plus » du reste de la nation les ministres des autels.
» Ij'iilustration dont s'honoraient certaines famil- » les continuera d'en exciter les descendants à • bien mériter de la Patrie. Tous les Français, » appelés sans exception au rang de citoyens , » ont un droit égal à la protection de leur mère » commune ; elle la leur dispensera avec impar- » tialité. »
Ce môme jour, l'Administration du département joignit ses instances à celles du Conseil général de Montpellier, pour obtenir que le tribunal d'appel fût placé dans cette ville, en faisant valoir que le départ des familles des magistrats serait la ruine d'une cité qui avait des droits acquis. D'autre part, Bonnier d'Alco fut, dans le même but, délégué à Paris par le district.
Puis elle décida que ses bureaux seraient placés dans rhôtel de la ci-devant intendance, et, son organisation étant terminée, elle s'ajourna à la session de novembre.
L'intendant Ballainvilliers cessa ses fonctions, rendit ses comptes et partit pour l'émigration *.
^ Ea 1786, Ballainvilliers, venant prendre possession du logement que lui fournissait la Ville (l'Hôtel de la Préfecture actuelle;, cy fit faire pour 30.000 fr. d'aménagements elà^^ » dépenses inutiles » . Sur la promesse de remboursement faite par le ministre Galonné, oncle de Ballainvilliers, la Ville fit les avances. Mais quand Ballainvilliers partit et émigra, il n'avait remis que 10,000 fr., et le 4 octobre 1792, le Conseil gnnéral de la Commune décida de le poursuivre pour les 20,000 fr. qu'il restait devoir à la Ville. (Voir Pièces justificatives »n^ 10.)
Comme nous l'avons vu (pag. 107), la résistance des aristocrates et les menaces de Tétranger, excité par les émigrés, avaient inspiré au peuple l'idée de se fédérer contre ses ennemis. Cette fédération, commencée en Bretagne, s'était bien répandue dans toutes les parties du territoire et formait déjà un faisceau de forces imposant, mais toutefois elle manquait d'unité. Bailly proposa alors à l'Assemblée nationale de profiter de l'anniversaire du 14 juillet pour célébrer dans la capitale le pacte d'une fédération générale', où seraient appelés des délégués de tous les départements et des armées de terre et de mer.
Les gardes nationaux du district se réunirent le 27 juin dans l'église de la Mercy, sous la présidence du maire de Montpellier, et, à raison d'un délégué par 400 hommes, ils envoyèrent. 45 délégués, à chacun desquels on alloua 360 fr. pour frais de route, et 9 fr. par journée de séjour à Paris.
On sait avec quel enthousiasme fut célébrée à Paris cette grande fête patriotique. Si la solennité fut moindre à l'Esplanade de Montpellier qu'au Champ-de-Mars de Paris, le sentiment y fut le même, et les représentants de la Commune et la garde nationale y prononcèrent les mêmes serments. Fargeon, procureur de la Commune, et J.-J. Durand, maire, y firent entendre des paroles de paix et de conciliation : vaines paroles pour les éternels ennemis de nos libertés *.
^ Ce môme jour on ealeva de la façade de l'Hôtel de Ville les armoiries de la Ville.
Ajoutons que la fête se renouvela avec le même enthousiasme quand les gardes nationales du département se réunirent (25 août) pour recevoir la bannière que la Commune de Paris avait donnée aux délégués de chaque département en souvenir delà fédération, et qui fut placée dans la salle des séances de l'Administratiou du département'.
Quand on apprit que Béziers était désigné pour siège du nouvel évêché départemental, on craignit d'y voir placer aussi le tribunal supérieur, et, pour soutenir les intérêts de Montpellier, la municipalité députa à Paris Gambon et AUut (16 juillet), et, de son côté, le directoire députa Bornier.
Nous avons dit (pag. 103) que, attendu la suppression des Etats de Languedoc, un décret du 23 mars avait établi une commission provisoire qui devait siéger à Montpellier et procéder à la répartition des impositions. Or, telle était encore l'influence des Etats supprimés, que cette Commission porta sur le rôle des impositions de 1790, 35,333 fr. pour les appointements des syndics-généraux et
^ Celte banniôre consistait ea : « uu bâtoa termiaé par » uQtj pique, uqo cravate aux couleurs de la nation, un taffe- » tas sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux » couronnes de chône avec celte légende au milieu de l'une: » Constitution; au milieu de l'autre : Confédération natioitnale, Paris XIV juillet MDCGXG ; sur chacune est écrit » aussi le nom du département ». (Les drapeaux Français ^ par Bouille, pag. 319; 1875.) On trouve une ûgure de cette bannière dans Djlaure, Esq. hist., I, pag. 355 ; 1823.
secrétaires de ces mômes Etats ; 19,300 fr. en faveur du commandant en chef, de l'intendant et du secrétaire en chef de l'intendant, et 16,012 £r. à un des agents comptables et à des secrétaires-grefBiers des mêmes Etats ; et il fallut qu'un décret intervînt (23 juillet 1790) pour faire diminuer les impositions de cette somme indue de 70,645 fr.
Vers la fin d'août, J.-A.-C. Chaptal, professeur de chimie et alors président du club des Amis de la Constitution et de l'égalité, publia son Catéchisme à Image des bons patriotes.
C'était le moment où avaient lieu les troubles et les abominables massacres de Nancy (du 21 au 31 août). On les apprit à Montpellier en même temps que la démissionde Necker, qui dut se retirer devant le soulèvement du peuple de Paris*; et notre garde nationale demanda pour les victimes de Nancy des services funèbres que, dans le mois de septembre, on célébra à la cathédrale et dans plusieurs autres églises.
Au début du mouvement révolutionnaire, et encore à cette époque, l'Administration municipale, la population, comme l'Assemblée nationale, loin de s'éloigner du clergé, en recherchaient les mem-
1 Rameaé en triomphateur à la fia de juillet 1789, hué, sifflé et mémo menacé le 3 septembre 1790, Necker quitta ia France et, retiré en Suisse, il ne s'occupa plus guère qu'à dénigrer cette révolution, dont il avait été un des plus puissants promoteurs. Voir ses quatre volumes De la Révolution Française^ 1795.
JUfLLET 1790. 137
bres et dans toutes les circonstauces sollicitaient le concours de la religion. On demandait aux églises des bénédictions de drapeaux (pag. 67), des TeDeum (pag. 57, 59), des cérémonies funèbres ; et si le clergé ne se fût pas posé en adversaire des réformes, tous les troubles qu'il détermina dans l'espoir obstiné de conserver ses privilèges, eussent été épargnés à lui-même et à ceux qu'il fanatisait.
Le 2 novembre 1789, on avait décrété que les biens ecclésiastiques étaient mis à la disposition de la Nation (ci-dessus, pag. 76 ), et, malgré les protestations, les mandements, les intrigues du clergé, l'Assemblée nationale avait décrété, le 17mars 1790, la vente de 400 millions de ces biens. Or, cette vente , après avoir amené l'hostilité du clergé, amena les assignats ; et voici comment.
La vente de ces biens une fois arrêtée, il fallait trouver le moyen de les vendre sans les discréditer en les offrant tous à la fois. La municipalité de Paris, imitée en cela par celles de plusieurs grandes villAs (Angers, Nantes, Bordeaux, MontpefUier, ci-dessus, pag. 105), proposa , le 6 mars, de les acheter en masse pour les revendre ensuite en détail et peu à peu ; mais les municipalités n'ayant pas de fonds pour payer sur-le-champ, puisqu'elles n'avaient pas encore d'acheteurs, donnèrent à l'Etat des billets municipaux^ avec lesquels l'Etat payait ses créanciers , jusqu'à ce que les municipalités eussent acquis les fonds nécessaires pour retirer leurs billets. La valeur de ces billets, représentée par les propriétés à revendre , avait ainsi pour
garantie une hypothèque sur des biens réels ; et, comme dans l'ancienne jurisprudence on appelait assignat toute rente assise s.ur un immeuble, et qu'ils étaient de véritables assignats sur le produit de la vente des biens nationaux , ils en reçurent le nom aussitôt que, comme billets d'Etat, ils remplacèrent les billets municipaux et qu'ils firent fonction de papier-monnaie (16 avril).
Cette mesure , discréditée plus tard par des causes qui tenaient, non à sa nature mais à l'abus qu'on en fit, était une mesure ingénieuse, une opération parfaitement entendue, pleine de sagesse et de fécondité, et qui permit à la Révolution Taccomplissement de grandes choses. Mais le clergé, qui vit là un moyen d'exécution pour l'aliénation de ses biens , essaya fortement de s'y opposer, cria au papier-monnaie, à la parodie du système de Law, et empêcha ainsi le crédit de se relever. Il offrit même de réaliser en son nom l'emprunt de 400 millions ; ce qui fut rejeté, parce que c'était le reconnaître comme propriétaire après avoir décidé qu'il ne l'était pas. « Alors il chercha tous les «moyens d'entraver les opérations des municipa- » lités : dans la chaire, il alarma les consciences ; » dans le confessionnal, il traita les ventes de sa- » criléges. » (Mignet, Rév. franc, , 5* édit., I, pag. 153.) Il n'en fallait pas tant dans le Midi pour décrier les assignats ; mais pour le moment tout se borna à cela dans notre ville. Gomme ailleurs, « on » avait bien tenté d'y réveiller l'ancien fanatisme » des provinces méridionales » (Thiers , Hist. Rév. franc. , 9® édit. , I, pag. 205); mais, si le moyen
avait réussi à Nimes et à Montaiiban, il n'en avait pas été de même à Montpellier. L'influence bienfaisante de l'ancienne Commission municipale s'y faisait encore sentir, et le calme s'y était maintenu.
Des mécontentements y existaient certainement chez tous ceux — et ils étaient nombreux — qui avaient perdu quelque chose dans cette rénovation sociale : qui ses privilèges de seigneur et ses titres de noblesse ; qui ses dîmes, ses bénéfices, son autorité ; qui sa position dans les Etats provinciaux, dans le personnel innombrable des cours de justice, des finances, des gabelles, des intendances, des gouvernements et du reste; mais rien ne se manifestait bien ouvertement : on était isolé, et cette foule de mécontents que le clergé poussait à la résistance et au soulèvement n'avait encore ni centre, ni lieu, ni mot de ralliement. Dire qu'on voulait la conservation des vieux abus dévoilés, dire qu'on voulait continuer à vivre sur le travail et la sueur des autres, c'eût été dire ce que l'on avait au cœur, la vérité pure et simple mais ; un tel langage n'était pas avouable, et la résistance était muette, dissimulée, isolée , quand tout à coup le décret du 12 juillet la fit éclater puissante, unie par un lien commun et sous un étendard honoré.
Le 12 juillet avait donc été décrétée la Constitution civile du clergé; elle statuait qu'il y aurait un diocèse par département; que l'évêque ainsi que les curés seraient élus par le peuple; que le casuel serait supprimé et le traitement de tous les ecclésiastiques fait par la Nation, celui des évêques étant de 50,000 livres à Paris, de 20,000 dans les villes
de 50,000 habitants, de 12,000 dans les villes de moindre importance; celui des curés à Paris de 6,000 livres, dans les villes de 4,000 à 2,400, dans les bourgs et villages de 2,000 à 1,000 livres *. Le budget du clergé était de 77 millions.
En même temps qu'elle s'engageait à pourvoir aux frais du culte et à en salarier les ministres, la Constituante voulut s*assurer de la fidélité des ecclésiastiques dont elle changeait la situation et l'état, et, par les articles 21 et 38 du titre II de la Constitution civile du clergé, elle exigea qu'avant d'entrer en fonction tout évoque et tout curé prô-
1 Un décret du 24 juillet doubla et au-delà la plupart de ces traitements et accorda aux évoques démissionnaires ou sans emploi par la suppression de leur siégA une pension de retraite égale aux deux tiers du traitement des évoques en activité de service.
Les traitements actuels sont : Archevêque de Paris, 50,000 francs; autres archevêques, 20,000 fr, ; évoques 15,000 fr.; plus les indemnités pour visites diocésaines, et une allocation supplémentaire de 10,000 francs aux prélats qui sont cardinaux; curé-archiprôtre de Paris, 2,400 ; autres curés-archiprôtres 1,600; curés de première classe, 1,500, de deuxième classe, 1 ,200; desservants, 900 au-dessous de 50 ans; 1 ,000 fir. de 50 à 60 ans ; 1 , 100 pour les sexagénaires ; 1 ,200 pour les septuagénaires et de 1,300 au-delà de 75 ans. Ces traitements sont indépendants du casuel propre au culte catholique.
« Le budget de l'Etat paie aux pasteurs de Paris 3,000; 2,100 aux pasteurs de première classe; 1,900 et 1,600 à ceux de deuxième et troisième classes. Les grands- rabbins touchent 5,000 francs à Paris, 3,600 ailleurs. Les traitements des rabbins communaux varient de 1,300 à 1,200 francs. • (Encyclop. des se. relig., V, pag. 266 et 269.)
tât « le serment solennel de veiller avec soin sur les » fidèles à lui confiés, d'être fidèle à la Nation, à la » Loi et au Roi, et de maintenir de tout son pou- » voir la Constitution décrétée par l'Assemblée na- » tionale et acceptée par le Roi ». Ce serment ne touchait en rien aux croyances; il avait été bien établi dans la discussion que, si au pape était réservé le droit absolu de maintenir les dogmes et la discipline catholique, son pouvoir s'arrêtait devant la puissance temporelle*; que les circonscriptions des diocèses, la répartition des cures étaient depuis longtemps dans les attributions de l'autorité gouvernementale, et que l'élection des pasteurs n'était qu'un retour à ce qui se pratiquait dans la primitive église *.
1 Celait la doctriae de T Eglise gallicane formulée dans la Déclaration du Clergé de France, du 19 mars 1682. Elle est exposée et justifiée dans le Traité de la puissance ecclésiastique et temporelle, 1707 ; ouvrage condamné par Clément XI dans son bref du 14 mai 1708.
2 Quoi qu'en ait dit le Pape dans son bref du 13 avril 1791 ,
• la Constitution civile du clergé n'était point l'œuvre des phi-
• losophes; elle était due ù des chrétiens austères ( Camus
• et autres jansénistes), qui voulaient appuyer le culte sur la » Constitution et les faire concourir l'un et l'autre au bonheur » de l'État. Ija réduction des évêchés au même nombre que
> les départements, la conformité de la circonscription ecclé-
• siastique avec la circonscription civile, la nomination des » évoques par les électeurs, qui choisissaieut les administra- » leurs et les députés, tel était ce plan ; rien de cela n'attei -
> gnait le dogme ou le culte de l'Église. » (Mignet, Rév. franc., 5«édit., I, pag. 153. — Voir Pièces justificatives, n«» 10, 13 et surtout 22.)
L'Assemblée nationale avait donc simplement voulu remédier aux anciens abus de Torganisatioa matérielle et purement administrative du personnel ecclésiastique; en exigeant le serment, elle avait déclaré qu'elle respecterait le refus de ceux à qui des scrupules de conscience défendraient de le prêter, mais a qu'elle voulait les connaître pour » ne pas leur confier les nouveaux épiscopats*».
^ Le 27 novembre, après les déclaratioas de révolte des évéques de Lyon, de Beauvais, de Lisieux, de Montpellier, de Soissons, l'Assemblée nationale décréta que « ceux qui, après i) avoir refusé le serment, continueraient à remplir leurs an- » ciennes fonctions, seraient poursuivis comme perturbateurs »du repos public ».
TiOménie de Hrienne, Tancien ministre, alors cardinal et archevêque de Sons, ayant prêté le serment et ayant été pour cela menacé par le pape, lui écrivit, le 25 novembre 1790, « pour excuser le sermeat qu'il avait prêté, en disant que ce » n'était pas une preuve de son assentiment. » (Bref papal du 13 avrill791, pag. 9. )
Lorsqu'on 1800,1e concordat exigea le serment sous cette forme : Je promets fidélité à la Constitution, quelques prêtres refusèrent de le prêter; mais les autres, « le plus grand » nombre, avec l'abbé Goustou, ne le considéraient que » comme une promesse de soumission se rapportant seule- » ment à la conduite extérieure, sans engager ni le cœur, ni » les affections, ni l'approbatioa » (Goste, Vie de l'abbé Coustou, 2« édit., pag. 129 et 130 ), et ils le prêtèrent.
En 1815, lors des Gent- Jours, il fut encore question de serment dans le conseil de l'évêque de Montpellier, et l'abbé Goustou déclara « qu'il ne prêterait aucun serment, même » avec explication ou restriction», ajoutant: «Les prêtres » qui n'auront pas prêté le serment, s'il est exigé, seront
Elle s'abstenait donc absolument de toucher au dogme, qui demeurait intact; — mais elle avait décrété la vente de 400 millions de biens ecclésiastiques ; — mais par cette constitution elle enlevait à l'autorité royale le choix des évêques et des curés , et les électeurs pouvaient bien ne plus les prendre dans les familles nobles, — mais elle avait soustrait les curés à l'omnipotence des évêques , en soumettant le jugement des différends à un synode diocésain (Titr. I, art. 6); — mais elle avait aboli la dîme, la précieuse dîme, objet d'un commandement de l'Eglise *; — mais, en détruisant le clergé
» persécutés, el l'opinion publique est toujours pour les perwsécutés; et c'est ce qui fait mon opinion, car. pour moi, je » iie ferai pas non plus de serment. Mgr Fournier sentit la «justesse de ces réflexions, et il fut décidé qu'on neprôterait > pas de serment ». (Goste, o. c. , pag. 303.)
Avec toutes ces facilités de restriction et d'expliquer l'intention, comment le serment pouvait-il les gêner ? Il ne les gênait point ; mais, avec l'abbé Goustou, ils préférèrent le rôle plus avantageux des persécutés qui ont pour eux Vopinion l
^ 7« GoMMAND. Hors le temps noces ne feras,
Paie la dîme justement.
(Catéchisme ÙQ l'évêque Pradel, édit. de 1687, pag. 258 et
Catéc/i. de l'év. Villeneuve, approuvé par l'év. Malide,
pag. 51 ; 1789!)
Et aux pages 284, 285, 286, l'évoque Pradel justifie la dîme en ces termes :
n Pourquoi l'Église obUge^t-elle de payer les dîmes ?
« G'est parce qu'elle regarde les dîmes comme des biens » qui appartiennent à Dieu pour 1* entretien de ses ministres,
comme ordre, elle avait touché à sa puissance politique, à laquelle il tenait plus qu'à tout le reste! Jusqu'alors tout lui avait été soumis; c'était le diocèse que TEtat reconnaissait comme base de la division des provinces, c'était au diocèse qu'il confiait la répartition des impositions, c'était d'après le nombre des prélats qu'il déterminait celui des nobles et des gens du tiers à envoyer aux états provinciaux, et voilà que les diocèses n'avaient plus rien à voir dans les finances, et que leur nombre était même subordonné à celui des départements ^ Jusqu'alors les évêques étaient au courant de toutes les choses cachées, de tous les secrets des Etats; c'était parmi eux, surtout en France, qu'on choisissait la plupart des ministres; le clergé avait tout envahi, tout envahi au profit de Rome, et voilà qu'on voulait que les curés, au lieu de diriger les communes, se renfermassent dans les œuvres de leur ministère; que les évêques, au lieu de gouverner les
» et qu'il est juste que ceux qui nous doaneat les biens spijt rituels recueillent de nos biens temporels. »
L'Église étant infaillible, on ne comprend pas qu'elle ait supprimé un de ses commandements ; ne serait-ril pas plus logique d'en revenir à la dîme ?
^ Dans son Cahier, le clergé de la Sénéchaussée de Montpellier avait demandé :
« Art. 7. — Qu'il y ait en Languedoc une constitution re- » présentative des trois ordres et surtout du clergé. »
« Art. 22 — Que les agents généraux du clergé soient » admis de droit aux ÉLats-généraux.»
w Art. 25. — Qu'il soit pourvu à l'insuffisance de la dîme » des curés de Montpellier. » {Arch. dép,^ G, 879.)
Etats, restassent dans leurs diocèses et se bornassent à les administrer, et surtout que l'église française fûtd abord fidèleàla France *. Pour un corps habitué depuis de longs siècles à se regarder comme lé premier ordre de l'Etat, à n'avoir d'autre patrie que
^ Ce qui les blessait dans ce c funeste » serment, nous dit rarchevôque de Lyon (Lettre past, du 4 mai 1791), était l'engagement de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution civile du clergé, a attendu qu'un des articles ^de celte » constitution (art. 5) refusait au pape tout exercice de juri- » uicUon en France» . — Or, au jour de leur consécration, les évéques avaient prêté le serment « d'avoir soin de conserver, » défendre, augmenter et promouvoir les droits, honneurs, » privilèges et autorité de TËglise romaine et de leur seigneur » et maître, le Pape; d'observer do toutes leurs forces et » faire observer par les autres les décrets, ordonnances, » et dispositions, réservations, provisions et mandats aposr toliques ». — a Jura, honores, privilégia et autoritatem )> SancttS RomansB Ecclesiês, Domini noslri Papas et succes" » sorum, conservare, defendere^ augere et promovere curabo 1 ... Décréta, ordinationes seu dispositiones, reservationes y » provisiones et mandata Apostolica lotis viribus observabo » et faciam ab aliis observari, »
De plus, les art. 10 et 11 delà Déclaration des droits de THommo proclamaient la liberté des cultes et de la presse et, dans le môme serment, les évéques avaient juré « de poursui- > vre et combattre selon leur pouvoir les hérétiques, les » schismatiques et les rebelles à leur seigneurie Pape»: v//â?r6- >» ticos, schisniaticos cl rebelles eidem Domino noslro Papas, » pro posse persequar et impugnabo, »
Le serment que l'évoque consacré prêtait au roi de France
était bref, et se boraaii à une vague promesse de fldélité :
voir Loix ecclésiastiques de France, par Héricourt, pag. 48 J ,
note 4.
Téglise, d'autres lois que celle de Rome, d'autre souverain que le pape, et à commander en son nom aux autres souverains; pour un corps qui tenait sa mission pour supérieure aux volontés humaines S et qui 1 avait imposée à tant de rois, c'était dur de reconnaître aux législateurs de la Nation le droit de changer les circonscriptions diocésaines, les sièges épiscopaux, le mode de nomination, les relations avec Rome, les vœux monastiques, les privilèges de fortune et les droits politiques! (Voir Pièces justificatives^ n** 11.)
On a prétendu, non sans raison peut-être, qu'à tous ces motifs d'intérêt direct s'en étaient joints d'autres qui, quoique indirects, avaient eu même puissance pour déterminer les résistances et les agitations du clergé : d'abord les dispositions des articles 6, 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'Homme proclamant que « nul ne pouvait être » inquiété pour ses opinions religieuses, et que tous »les citoyens étaient admissibles à toutes les charges, » sans distinction de religion » ; ensuite le décret du 10 juillet 1790 « ordonnant de rendre à leurs » descendants les biens des religionnaires exilés » par la Révocation de TEdit de Nantes». Il est
* a J'ai reçu d'En-Haut une mission ; l'Église, au nom de » Dieu lui môme, a souscrit mes lettres de créances. »... Voilà ce qu'un évoque écrivait encore à Montpellier le 8 décembre 1875, dans une Lettre aux doyens^ pag. 3. — Et la nomination du président de la République ? — Il ajoutait : «La » sainte Église se croit investie du droit absolu d'enseigner » les hommes » . {Jbid.) — Et l'État ?
certain que c'était proclamer injustes et criminels tous les actes que le clergé avait provoqués contre les dissidents. Auparavant, le catholicisme, religion de TEtat, était maître et dominateur absolu, avait seul droit au cultepublic, aux emplois de justice et de finances, à l'enseignement, à un état civil; et voilà que ceux des autres religions allaient jouir de tous ces droits! C'était intolérable, révoltant; maison ne pouvait le dire tout haut ; alors on prit le serment pour prétexte.
Aussi la discussion et la solution des questions soulevées par la Constitution civile du clergé furent-elles une occasion que les aristocrates et les prêtres saisirent avec empressement pour agiter le pays et se poser en adversaires intraitables des réformes. Quand cette Constitution fut proposée, a le roi, dont la religion éclairée reconnaissait la D sagesse de ce plan » (Thiers, Hist. Rév. franc. ^ 9* édit., I, pag. 234), voulut avant tout consulter le pape, « dans le désir et l'espoir d'avoir son consen- » tement et de renverser par là toutes les objec- » tiens du clergé » (Ibid.) ; et le pape, tout en « exhor- T> tant le roi à ne point sanctionner la constitution » du clergé », s*en référa d'abord, par son bref du 9 juillet 1790, « à la sagesse du peuple français* ».. Le clergé profita de l'occasion et, confondant tou-
* Mais le lendemain de cette réponse ambiguë, le 10 juillet, le pape, par une de ces manœuvres familières à la cour de Rome, écrivait aux archevêques de Bordeaux et de Vienne pour les « engager à joindre leurs conseils aux siens et à » agir sur l'esprit du roi ». (Voir Pièces justificatives, n» 1 4 )
jours à dessein ses intérêts matériels avec la doctrine dogmatique, il .s'écria plus fort que jamais qu'on voulait détruire la religion et qu'il fallait la défendre. Ce fut le mot d'ordre et de ralliement qui rendit la résistance unie et compacte, telle qu'elle est encore aujourd'hui. Gens de sacristie et de couvent qui tenaient beaucoup plus à ce que leurs dîmes et leurs bénéfices leur fussent restitués qu'à être euxmêmes « restitués à la dignité d'ange », nobles qui n'aimaient le principe d'égalité ni dans leur famille ni au dehors, magistrats à qui le principe de l'élection assurait un repos futur, traitants et fermiers de finance que l'ordre allait empêcher de ruiner les autres, gens de plaisir qui voulaient abriter leurs fredaines, turbulents et intrigants ne cherchant qu'une occasion de mal faire et de se montrer, enfin croyants sincères, natures d'habitude et de simplicité, pauvres servantes et femmes ignorantes, égarés par la parole de leurs pasteurs, qu'ils assimilaient à celle de l'Evangile : tout cela se souleva pour « sauver la religion * ».
1 « Sauver la religion » , c'est-à-dire « combattre la Ré" volutioni^; c'est encore de nos jours le mot d'ordre et de ralliement, mais sous sa seconde forme, plus politique que religieuse. C'est qu'aussi il ne s'agit point pour ce parti de sauver le christianisme, que personne n'attaque, et qu'à eux seuls ses défenseurs détruisent assez vite ; il ne s'agit point de dogmes auxquel on ne pense plus guère. Il s'agit d'arriver au pouvoir, c'est là le but ; la prétendue défense de la religion n'est que le moyen. «Il faut s'unir pour repousser l'ennemi commun», a dit Léon XIII à l'empereur d'Allemagne, fondant ainsi une internationale anti-révolutionnaire.
Dans notre contrée, Beaussel , évêque d'Alais, donna le signal. Il n'attendit même pas que la sanction royale eût rendu la Constitution exécutoire, et, dès le 21 juillet, il faisait répandre à profusion dans tout notre département une lettre fougueuse par laquelle , annonçant à ses vicaires généraux son refus de serment, il essayait de le justifier et leur ordonnait « de déclarer qu'il se » regardait toujours comme évêque d'Alais, qu'il » conservait la juridiction attachée à son titre et à » son caractère, etc. » Ce fut l'occasion d'une nouvelle et violente polémique entre l'abbé Léger et un a curé » anonyme du département du Gard.
Dans ce dernier département et dans celui de TArdèche, la révolte était ouverte et déclarée ; une «armée soi-disant fédérée, avec des officiers se «qualifiant d'état-major, occupait le château de » Jalès *, » protestait par délibération contre la
< Jalôs. : château et petit hameau de la commune de Berrias. canton Des Vans (Ardèche), à Tintersection de la route de Saint-Esprit à Mende par celle de Joyeuse à Saint- Ambroix. (Voir Pièces justificatives^ n© 1 1 .)
Le chef de cette armée de révoltés était Du Saillant, qui. en tête de ses proclamations, se donnait les titres suivants:
• Nous, François- Louis, comte de Saillant, chevalier de » Tordre militaire de Saint-Louis, colonel-commandant des » chasseurs de Roussillon, gentilhomme de la chambre de » Monsieur, commandant en second, et au nom de Monsieur » et de Monseigneur le comte d'Artois, le Bas-Languedoc » Vivarais, Vêlai et Gévaudan, etc. ! » [Journ, hebd, de VHé^ rault, no 40, pag. 678).
Les révolti^s avaient appelé à leur secours, non la religion, mais le fanatisme populaire ; leur cri de guerre était ;
fédération des gardes nationales, prenait des ar- <K rétés nommant des commissaires et les envoyant » à Montpellier pour informer sur Imterventioû D de sa garde nationale dans TafTaire de Niines>,6t il fallut que, par décret du 7 (s. 12) septembre, l'Assemblée nationale a déclarât inconstitutionnel D ce comité militaire et lui fît défense de s'assem- » bler » ; ce à quoi il n'obtempéra pas.
A la résistance des prêtres et des nobles se joignit celle des hommes de finance ^ . On en revint alors aux attaques contre les assignats ; on les décria plus que jamais, surtout dans les campagnes; on en fit circuler de faux pour ruiner la confiance, et ainsi on augmenta la gêne en empochant les aflaires et les transactions commerciales. Heureusement il se trouva dans notre ville des patriotes pour essayer d'obvier au mal que le clergé faisait, et, le 25 septembre, il se fondait à Montpellier une Caisse patriotique^ pour faciliter aux habitants de la campagne l'échange des assignats au-dessu$ de ceci t livres. Les commissaires gérants de cette caisse étaient : Parlier,6ourgas, Bazille aîné, Gambon père, Grand
Pour la Religion et pour notre bon Roi Louis XVI . Ils avaient pour signe de ralliement un cœur de Jésus couronné et portaient à leurs chapeaux une croix d'or.
^ Le 5 novembre, les receveurs généraux devaient encore à rÉtat 22 millions, qu'ils ne voulaient pas payer. (Séanco de l'Assemblée nationale du 5 novembre 1790. )
2 Le projet en avait été dès le 6 juillet communiqué au Conseil général de la Commune.
afné et J.-J. Puech, membre de Tancienae commission municipale. Le 24 du même mois, des négociants et des propriétaires avaient, au moyen d'une souscription patriotique, organisé des Greniers d'abondance; et quelques jours après, Cambon père et Caire étaient autorisés à faire frapper delà monnaie de cuivre pour faciliter les petits paiements *.
Malgré cela, les divisions religieuses, qui avaient amené de graves conflits à Castres, à Montauban, à Nimes, devenaient aussi de jour en jour plus profondes dans notre ville. Le 10 octobre, le chapitre delà Cathédrale, puis ceux de la Trinité, de Sainte- Anne et de Saint-Sauveur, cessèrent leurs offices; des pamphlets anonymes furent répandus avec profusion ; et quand approcha le moment de procéder par élection au renouvellement de la moitié des membres de la municipalité *, le Corps municipal, dans une adresse aux citoyens , traça le tableau suivant de la situation de Montpellier : a Heureuse notre ville de s'être constamment sou- » tenue dans un état de paix et d'union, jusqu'au 9 moment actuel où l'Assemblée nationale va mettre » le comble à l'édifice de notre liberté... Mais aussi
* Là encore liaitiative appartient à des citoyens de Montpellier, car l'Assemblée nationale ne décréta la fabrication de menue monnaie que le 11 janvier 1791, et c'est par l'art. 13 du même décret que fut ordonnée la vente et la fonte des cloches des églises supprimées, de celles-là seulement I
2 Les assemblées électorales pour ce renouvellement se tenaient le dimanche après la Saint-Martin (art. 45 du décret du 14 décembre 1789). En 1790, «e fut le 14 novembre.
» n est-il pas douloureux de voir par intervalles se D répandre dans cette même cité des libelles enian- » tés par le délire, de voir que quelques hommes 3) malveillants, étrangers ^ notre cité, et dont l'in- D justice et Tégoïsme n'ont d'autre impulsion que 1 leur propre intérêt, cherchent à soulever le peuple » contre le peuple, les citoyens contre les citoyens, D et qu'une religion amie de la paix puisse devenir y> à leurs yeux fascinés un germe de querelle et de » discorde... » (5 novembre). Voir Pièces justifUatives.n^ 11, 12, 13, 14 et 22.
Quatre jours après, le Conseil du département notifiait à tous ses concitoyens catholiques qu'ils n'eussent à reconnaître d'autre évéque que l'évêque départemental, dont le siège serait à Béziers.
Le 14 novembre, aux élections pour le renouvellement de la municipalité, le sort désigna dans le Corps municipal, comme membres sortants :
Clément, Colombier,
Blouquier , Gambon ,
Âurès, Massilian,
Allut.
Cambon et Allut furent réélus. Les cinq nouveaux élus furent :
Lafabrie, Brunet,
Brieugues Puech cadet,
(on trouve aussi écrit Briengue). A. Chrestieu.
Et de plus, Àlbisson, nommé juge du district, avait donné sa démission le 1 1 et avait été remplacé par Guichard, premier de la liste dos notables.
Parmi les notables, étaient à remplacer :
Chrestien, décédé,
Crassous, élu administrateur départemental.
Bonnier d'Alco, \
' M -A Bazillo 1 ^^"^ administ. du district.
Gambacérès, )
Perdrix ^
Fesquet! \ élus juges de paix.
Guichard, passé au corps municipal, et les sept suivants désignés par le sort :
F. Farel, Granier,
Poitevin, Gautier,
Lafosse, Montlaur,
Bastide.
Us furent remplacés par :
Henri Gharolois, Thibal, chirurgien,
Grand aîné, Poitevin (réélu),
Ghaptal, Nougaret, architecte,
F. Farel (réélu), Delon aîné, négociant,
Guill. Sabatier, Aug. Goste, maître boul.
Pierre Fajon, négociant, Pages, bourgeois,
Bazille, major, Bouscaren, négociant,
Brun, professeur. Desmoulin, architecte.
Gas fils aîné fut élu substitut en remplacement de Durand.
Le bureau fut ensuite composé de :
Bouchot, Brunet,
Gambon , Puech.
Mais huit jours s'étaient à peine écoulés que, cédant aux influences d'opposition, le chanoine Gigot et Sabatier donnaient leur démission de membres du corps municipal, et Flandio de la Goml)e la sienne comme notable.
Le corps municipal ne parvint pas de suite à se recomposer, et les notables Bonhomme, Dumas, Vezian, Benezech, Aurès, Batut, Chivaud, Dezeuze, successivement appelés aux fonctions d'officier municipal,' refusèrent de les accepter , sans faire connaître le motif de leur refus, et Gharolois n'y consentit que le 15 janvier 1791*.
En exécution des décrets du 4 août 1789 supprimant la vénalité des offices de magistrature, notre Cour des comptes et les autres judicatures devaient cesser d'exister ; mais il fallait indemniser les o&r ciers qui avaient acheté leurs charges. Car si la Révolution détruisait les abus, elle respectait sévèrement les intérêts et les droits acquis. L'évaluation des sommes à rembourser fut longue, et, le 17 novembre 1790, la municipalité vint, aux termes des décrets de l'Assemblée nationale, apposer le scellé sur les greffes de la Cour des comptes, aides et finances, du Sénéchal, de la Prévôté, de la Monnaie,
^ Plus tard, le 2 mars 1791, lorsque Sicard fut remplacé par Grand, le Conseil général, ému de la possibilité de nouveaux refus, consulta le Comité de constitution de l'Assemblée nationale, pour savoir si le refus d'accepter les fonctions d'ofQcier municipal ne devait pas entraîner la déchéance de celle de notable. <
du Bureau des finances et deTOfficialité^ ; toutefois la Chambre des comptes continua d'exister provisoirement en attendant qu'on eût réglé le nouveau mode de comptabilité, et elle ne cessa de fonctionner qu'en septembre 1791.
Le lendemain 18, la municipalité installa le Tribunal du district selon les formes prescrites par le décret du 16 août 1790*. Les nouveaux juges furent Perdrix, président ; Bosc ; Fesquet; J. Albisson, avocat, et Thoiras, juge viguier de Lunel. Ces juges étaient nommés par élection, le premier élu devant être président (Titre IV, art. 3) ; et dans l'élection des juges précités on reconnaît encore rinfluence persistante de la Commission municipale. Coulomb, ex-conseiller à la Cour des comptes
^ Voici la date et le montant de quelques liquidations :
4 avril 1791. Sénéchaussée (1 ofïîcier) 14,9001.
8 mai — Grenier à sel (9 ofliciers) 28,286
— — Bureau des linance3(37ofiic.). . 1,489,282
8 juin — Ghancell. de Montp., (11 ofBc). 934,428
10 juillet — Chambre des compt. (127 of.ic.).7,223,453
2 a Les Juges seront installés en la forme suivante. Les » membres du Conseil général de la commune où le Tribunal • sera établi se rendront en la salle d'Audience et y occupe- » ront le siège. Les juges introduits dans l'intérieur du » Parquet prêteront le serment à la Nation et au Roi. Après » ce serment prêté, les membres du Conseil général de Ja » commune, descendus dans le Parquet, installeront les juges, » et au nom du peuple prononceroat pour lai l'engagement » de porter au Tribunal et à ses jugements le respect et » l'obéissance que tout Citoyen doit à la Loi et à ses orgaunes». ( Décret du 16 août, Titre VL)
et alors président de Tâdministratioa départementale, avait été nommé Commissaire du roi près ce tribunal^ Dans son discours d'installation» le maire, J.-J.- L. Durand, la veille encore président à la Cour des comptes, dit : « La loi nouvelle blesse des ^intérêts particuliers, mais elle est conforme à la Duature, à la vérité; et l'opinion et l'intérêt nont »qu'un temps, tandis que la vérité est éternelle...
»De bonnes lois veulent de bonnes mœurs ; en »vain la nation sera réformée si nous ne nous résformons pas nous-mêmes. Ce que font les législa- »teurs contre les abus, il faut le faire contre nos «passions. L'Assemblée nationale a rétabli les droits
* Les Commissaires du roi près les tribuaaux furent institués par le décret du 16 août 1790, Titre Vlir. c Leurs » fODctioas consistent à faire observer, dans les jugements à » rendre, les lois qui intéressent l'ordre général, et à faire » exécuter les jugements rendus (art. 1). — Au civil, ils exer- » ceront leur ministère, non par voie d'action, mais seule- » ment par celle de réquisition, dans les procès dont les juges » auront été saisis (art. 2). Ils seront entendus dans toutes »les causes des pupilles, des mineurs, des interdits, des » femmes mariées, et dans celles oii les propriétés et » les droits, soit de la Nation, soit d'une commune, se- » ront intéressés (art. 3). Ils ne seront point accusateurs » publics, mais ils seront entendus sur toutes accusations » intentées et poursuivies (art. 4). Aucun commissaire du » roi ne pourra être membre des corps administratifs, ni des » directoires, ni des corps municipaux » (art. 7). En conséquence Coulomb donna, le 2 novembre 1790, sa démission de président de l'administration départementale, et DufTours fut élu, le 6, pour le remplacer.
»de rhomme; qu'ils soient gravés dans nos cœurs 3>comme dans sa Déclaration sublime I Elle a détruit Dl'orgueil des grands corps, des grands noms ; ne » cherchons donc à nous faire considérer que par «notre loyauté, nos mœurs, nos services!...»
Combien différaient de ce langage honnête et sensé les protestations que, quelques jours avant, notre Parlement de Toulouse avait élevées contre la division de la Province, contre l'abolition des Ordres, des privilèges du clergé, des titres de noblesse, etc.! Le décret du 7 septembre 1790 avait supprimé les parlements (art. 14) et avait interdit les séances de vacations à partir du 30 du même mois (art. 15). Le Parlement refusa d'enregistrer ce décret et protesta en ces termes : « La Cour, j>séant en vacations (25 et 27 septembre 1790) . . . . , «Considérant que la destruction des Parlements «blesse essentiellement la Constitution et viole les «droits et les privilèges des Provinces auxquelles «ils appartenaient.... Considérant que tous les «Ordres sont enveloppés dans la même proscri- «ption, la Religion dégradée, ses Ministres avilis, «la Noblesse privée de ses distinctions inhérentes «àlessence de tout Etat monarchique, acquises «par ses services, ses vertus et au prix de son «sang. •.•
» Proteste, pour l'intérêt du Seigneur Roi, du «Clergé, de la Noblesse et de tous les Citoyens, «contre l'anéantissement des Ordres, contre les «Edits portant suppression du Parlement, contre «le démembrement de la Province de Languedoc,
AOtc.D II termina en disant qu'il voulait s'ensevelir sous les ruines de la monarchie I II n'en fit rien^ !! Heureusement le peuple n'écouta point ces déclamations intéressées.
Dès le 4 novembre, on avait organisé des ateliers de secours pour l'hiver, et, le 27 novembre, J. Albisson, au nom de la Société des amis de la Constitution et de Végalité, offrait pour ces ateliers une somme de 18,168 fr.
Le mois de décembre commença dans la tranquillité, et^ le 2, la Société des amis de la Constitution faisait alliance avec la garde nationale et le régiment de Bourgogne, en garnison à Montpellier. A cette occasion, J. Albisson prononça un discours très-remarquable sur le caractère de la loi en général et sur celui de la Déclaration des droits de l'Homme*.
Le 13 eut lieu la première vente des biens nationaux ; ce fut celle du domaine d'Arboras, appartenant à la congrégation de Sainte-Marie de Montpellier^.
i Ua décret du 8 (s. 12) octobre ordonna l'arrestation des membres qui avait pris part aux séances, comme prévenus de rébellion et de forfaiture.
2 Imprimé dans : A lliance de la Société des Amis de la Constitution et de l'égalité; Tourne!, libraire-imprimeur; Montpellier. 1790.
** Notre municipalité fut ensuite autorisée par divers décrets à acheter des biens nationaux: le 10 décembre 1790, pour 19,220 liv. et pour 307,7 45 liv.; le 9 janvier 1791, pour
En terminant ses travaux (13 décembre), le Conseil du département adressa à la population une exhortation pour le maintien de la paix : « Il s'est »aperçu avec douleur que les ennemis de la Consti- Dtution ont cherché à égarer les consciences et ont »fait croire à quelques-uns que la religion était en x>danger.:. Ceux qui publient que l'Assemblée 3>nationale veut attaquer la religion, qui exhortent »le peuple à résister à ses décrets, sont les plus > terribles ennemis que le peuple puisse redouter. »Ils veulent renverser une Constitution qui est »faite pour le bonheur du peuple, puisqu'elle repose x> entièrement sur les bases de l'égalité et de la ^liberté... Combien sont ennemis delà religion »ceux qui prétendent la venger en armant le peuple «contre lui-même I. . . On n'a point voulu détruire «la religion en faisant le partage juste et égal des }> biens de l'Eglise entre les ministres des autels , »en fixant les évêques dans leur diocèse, en empé- D chant qu'ils ne fussent désormais choisis au «hasard et que leurs richesses ne les détournent de «l'esprit de leur état... L'Assemblée, composée
1.196,668 liv.; le 16 janvier 1791, pour 646,247 liv.; le 19 janvier 1791, pour 86,495 liv. ; le 17 février, pour 288,801 liv., etc.
Le 2 janvier 1791, les fï>ères Gambon ( Joseph, député ; Pierre, négoc. à Montpellier; Auguste, négoc. à Gholetj Jean, négoc. à Bordeaux) s'associèrent pour provoquer par leur exemple l'achat des domaines nationaux, et acquirent au prix de 131,100 tr, le domaine du Terrai, dépendant de révôché de Montpellier et situé dans la commune de Saint- Jeao de Yédas.
)ide ceux que vous avez choisis, n'a d'autre but qae »de faire votre bonheur; et si, pour vous rendre vos ^droits, elle a été obligée de faire beaucoup de »mécontents, il faut plaindre ces mécontents sans 7>les tourmenter ni les croire trop aisément... \a 7>discorde fera déserter nos villes, et le travail et le «commerce disparaîtront ». . • (Voir Pièces justificatives, n® 22.)
Nous avons vu (pag, 80) qu'un concours à l'Université de médecine s'était ouvert en novembre 1789; prolongé par suite du grand nombre* des candidats et de celui des épreuves, puis suspendu à cause des vacances, ce concours reprit en octobre 1790. Ce ne fut plus àl'évêché, car à ce moment l'évêché de Montpellier et ses droits sur l'Ecole de médecine étaient supprimés ; et pourtant, le 20 décembre, avant de proclamer le résultat du concours, on dit encore le Veni Creator.
Quo semel est imbuta recens, servabit odorem ■ Testa diu
L'installation du professeur élu, J.-B. Baumes, faite le 4 avril 1791, fut la première à présenter le caractère laïque.
La grande question du moment était toujours la question du clergé ; on l'agitait partout : à Télectiou des juges de paix (17 décembre) , dans un discours en patois prononcé par Marc Villaret devant la compagnie des canonniers (20 décembre) ; dans une réponse faite en français à ce discours par
l'abbé Lepic (24 décembre) , et, dans une série de pamphlets anonymes ^ on essayait de persuader au peuple que la Constitution civile du clergé était la destruction de la religion.
Pour empêcher l'opinion publique de s'égarer comme à Aix, à Lyon, à Gahors, où le sang avait coulé, le Conseil général de la Commune fit une proclamation (24 décembre) où, pour expliquer le vrai sens de la question, il disait : «La foi n'a point »reçu d'atteinte ; la croyance de nos pères est dans Dson entier; seulement deux points de forme ont »été changés : le nombre des bénéfices et la ma- »nière d'y être appelé.... Le dogme et la morale, »voilà toute la religion : le dogme est tout ce que «l'on doit croire ; la morale tout ce que Ton doit •pratiquer. Les décrets de l'Assemblée nationale sn'ont attaqué ni la morale ni le dogme. L'Asssemblée a proscrit la pluralité des bénéfices, resti- »tué aux fidèles le droit d'élire leurs pasteurs, supsprimé des bénéfices sans fonctions, échangé ^contre un traitement la jouissance des fondations «ecclésiastiques, afin de soulager les pauvres en «supprimant la dîme, le plus monstrueux dos im- Dpôts ; et, en faisant cela, elle a mieux doté les
* Conversation entre un père et ses enfants ; Entretien d*un paroissien avec son curé ; La voix de la conscience et de la vertu; Lettre à une religieuse sur certains décrets de l'Assemblée nationale, etc. Oq les attribuait à l'abbé Théroa, alors principal du Collège, plus tard et jusqu'en 1812 curé do Notre-Dame des Tables, ainsi qu'à J.-P. Poiyol, curé de Saint-Pierre.
tl
«curés, cette classe si respectable, et, au lieu d'atta- Dguer la religion, elle a fait le bien de la religiou »et celui de l'Etat.
»DuRAND, maires»
Mais encouragé parles retards que le roi apportait à sanctionner le décret sur le serment exigé des ecclésiastiques^, le clergé continuait ses agressions; les divisions augmentaient, et elles remplirent les dernières semaines de 1790, malheureusement aussi tous les mois qui suivirent.
L'année 1791 s'ouvrit toutefois par une solemiité de paix et de concorde. Lors de Talliance du club, delà garde nationale et du régiment de Bourgogne (2 décembre 1790), on avait décidé qu'il serait, par souscription, élevé au milieu de la grande allée de l'Esplanade une colonne à la Liberté et à la Concorde^
^ Sur le même sujet, voir V Instritciion décrétée par TAssemblée oalionale le 21 janvier 1791; Pièces justificatives, no 22,
2 Malgré les instances réitérées de l'Assemblée nationale, il ne le sanctionna que le 25 décembre, quand l'émeute cria sons ses fenêtres ; et le lendemain, en même temps qu'il écrivait à l'Assemblée pour l'assurer « de sa disposition inva- » riable à appuyer la Constitution qu'il avait juré de maia- » tenir » , il faisait savoir au roi d'Espagne qu'il ne cédait que contraint et forcé, et, par l'intermédiaire de Breteuil, insistait près des puissances coalisées par les émigrés pour qu'elles eussent à hâter leur attaque. Bonne foi de roi I
et, le 4 décembre» le Conseil général de la Commune avait accordé l'autorisation nécessaire. Le 3 janvier, la première pierre en fut donc solennellement posée parle Corps municipal. On y plaça des médailles du temps, et dans un bocal en verre un parchemin portant : « Le lundi 3 janvier 1791, l'an »1II de la Liberté i, a été posée la première pierre de ice monument patriotique votéàla Concorde et à la «Liberté par la Société des amis de la Constitution et Tide V Egalité et élevé aux frais des souscripteurs pris 10 dans son sein, en mémoire de l'heureuse Révolu- »tion qui rend à la Nation ses droits et donne à la «Monarchie française une Constitution sage, et de «l'étroite alliance entre notre Garde nationale, le «patriote Régiment de Bourgogne et ladite Société. «La cérémonie a été faite par M. Durand, maire, à «la tête du Conseil général de la Commune prié «parla Société, en présence de MM. les adminis- «trateurs du Directoire du département et du Dis- «trict, les juges du tribunal du District, les étu- «diants en médecine et en chirurgie, de nos «frères de la Légion de Montpellier et du Régi- «ment de Bourgogne, des membres de la So- «ciété et d'une foule de citoyens libres et heureux. « — Si jamais ce moriument devient la proie du
* Après le décret du 4 août 1789, proclamant Louis XVI le Restaurateur de la liberté, on prit assez gc^nôralemeut l'habitude de compter l'an 1789 comme l'an premier de la liberté, ce qui dura jusciu'au 22 septembre 1792, où la Convention décréta que l'ère nouvelle daterait de la proclamation de la République.
Dtcmps, puisse cette inscription engager nos neaveux à le reconstruire, et puisse-t-elle couvrir i>d'opprobre ceux qui tenteraient de l'anéantir!
La colonne s'éleva rapidement; mais au lieu de la concorde, on vit grandir en même temps qu'elle des discordes et des divisions : divisions mesquines, entretenues par le fanatisme, et qui ne sont à mentionner que brièvement et pour faire apprécier l'esprit du clergé de cette époque et les moyens qu'il employait.
Le 8 et le 10 janvier, le Corps municipal, après avoir fait saisir chez l'imprimeur Martel la réimpression du mandement de l'évéque de Boulogne, fait une adresse aux citoyens pour leur recommander l'obéissance à la loi au sujet de la Gonstitutioii civile du clergé. Ce fut inutile.
Le 23 janvier, un attroupement de femmes se porte devant l'église Sain te- An ne « pour empêcher »le curé de prêter serment», et ces malheureuses fanatisées résistent même au maire qui les engageait à se retirer. Plusieurs d'entre elles, appelées devant le Conseil général de la Commune, se vantèrent de ce qu'elles avaientfait, et l'une fut jusqu'à dire « que si son curé prêtait le serment, elle lui «couperait elle-même la tête ». Pr.'verb. du Corn, gén, de la Comm,^ séance du 24 janvier, pag. 70 et pag. 71). La nuit du 30 janvier, des potences sont placées devant le local de la Société des Amis de la Constitution et devant la maison de Cambon.
Un curé de Mûries prêche contre les décrets de
l'Assemblée, pois prête le serment civique (7 février) , qu'il rétracte trois mois plus tard.
Jusqu'alors les prêtres de uos paroisses avaient, « malgré leurs répugnances », publié en chaire les décrets de l'Assemblée ; mais quand, le 12 février, la municipalité les invita à lire le lendemain la Constitution civile du clergé et Tinstruction y relative décrétée par l'Assemblée nationale le 21 janvier (voir Pièces justificatwes^ n® 22 ), ils se réunirent près dePoujol, curé de Saint-Pierre, cédèrent à son ascendant et se refusèrent à la publication en chaire. (Vie de P, -F, -X. Cow5«om, par l'abbé Coste, 2* éd., pag. 74 et 75. )Le maire et les officiers municipaux durent donc aller, le 13 février, faire eux-mêmes cette lecture dans les églises, et à celle de Sainte- Anne ils furent insultés par une femme. (M. 5.,pag« 209; \oiv Pièces justificatives^ n° 12.) Le 14, nouvelle saisie de pamphlets chez Martel, imprimeur de l'Administration du district.
Nous avons déjà vu, pag. 6, quen 1789 le Collège était administré par un bureau que présidait l'évêque; mais au commencement de 1791, tout était bien changé : l'évêque Malide n'était plus là, le juge-mage et la sénéchaussée non plus; le régime municipal était toui autre, et la loi du 23 octobre (s. 5 novembre) 1790 avait, par son art. 1«% ordonné la vente des biens djs collèges, et, par son art. 16, chargé provisoirement le Conseil général de la Commune de Tadministiation des établissements d instruction publique. En conséquence, le Conseil général décida, le 17 lévrier 1791, que le
Collège serait administré par un Bureau de régie composé du maire, de deux officiers municipaux, du procureur de la commune et de huit citoyens délégués par le Conseil. Les membres de ce bureau furent :
Durand, maire,
Lafabrie, ) ^ .
Brieugues, i "ffl"'^^" municipaux.
Fargeon, procureur, Brun, professeur en médecine, Rouch, homme de loi, Chaptal, professeur de chimie,
Pierre Faion, négociant, f ^ , ,
T^ Ti x^ A . u Ar. 1^- / notables.
De Ratte aine, homme de loi,
Batiit, ménager,
J. Albisson, homme de loi,
Flandio, homme de loi,
et en outre, pour suppléer les absents :
Poitevin du Bousquet, Sicard fils.
Le dimanche 20 du même mois , 34 prêtres du diocèse prêtèrent le serment civique*; dix de Montpellier remplirent cette formalité dans l'église de
* Voici quelques-unes des paroles que le curé de Saint- Jean-de-V6das, Barry, adressa à ses paroissiens en prêtant le serment : . .. « La foi de TÉglise n'est nullement en danger. tous les points de notre croyance sont respectés. La discipline de l'Église ne l'est pas moins ; des usages que la divine providence avait laissé introduire au détriment de TÉglise de J.-G. sont changés en matière purement temporelle et
Notre-Dame des Tables, et parmi eux J.-B. Bouges, professeur de rhétorique au Collège*, Pierre- Laurent Léger, professeur de logique au Collège, A.-R. Monsservin, instituteur public ^ Bouché et Arnaud, oratoriens. Le lendemain, un de ces prêtres assermentés, voulant dire sa messe à Sainte- Anne, ftit assailli par un attroupement.
La plupart des professeurs du Collège étaient ecclésiastiques et avaient refusé le serment; en conséquence, le 23 février, le Conseil général leur fit l'application du décret du 27 novembre (s. 26
rapprochés de la pureté et de la sainteté primitive des temps apostoliques...
» Je vous le déclare, M. T. G. F., dans toute la plénitude de mon cœur : persuadé d*un côté que ni la foi ni Tautorité spirituelle de l'Église ne reçoivent aucune atteinte du serment civique ; persuadé d'un autre côté qu'il est impossible d'êlre bon chrétien et bon prêtre sans être bon citoyen, je prends Dieu à témoin de la droiture de mes intentions, de la pureté de ma foi, de mon inébranlable fidélité à la croyance do V Église catholique, apostolique et romaine y et de la sincérité avec laquelle je vais prononcer la formule de ce serment: t Je jure de remplir mes fonctions avec exactitude, d'êlre
• fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de
• tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée
> nationale et acceptée par le Roi » . — Imprimé à Montpellier, chez Tournel, 1791.
* Le 31 mars 1792, il fut nommé curé de Pignan et remplacé par Carney.
2 « Par instituteurs, on entend professeurs d'université, » principaux, préfets et régents do collège, maîtres de latin
> ou d'école de village, ou religieuses ayant des pensionnaires.» ( Art. 3 de l'Arrêté du Direct. deTHérault, nov. 1791.)
décembre) 1790. Les abbés Théron , principd; Bay?se et Bessiëre, professeurs de théologie; Lagiierbe, professeur de physique; Mailiel, professeur d'humanités; Baccalou, régent de troisième; Félix, de quatrième, et Binet, de cinquième, furent considérés comme démissionnaires. L'abbé Arnaud , oratorien, fut nommé principal et professeur de théologie; Gourdin, professeur de physique; Tabbé Bernard Iché, professeur d'humanités; l'abbé Maux, régent de troisième; l'abbé Remézy, de quatrièmei et Guillaume, de cinquième *.
Le 28 du même mois de février commença dans l'église de Saint-Pierre l'élection de Tévêque du diocèse. L'ordre n'y fut pas troublé, grâce aux mesures que prit le Directoire; et, par 210 voix sur 274 votants, Pouderous, curé de Saint-Pons , fut élu évêque et installé deux jours après *. L'abbé Léger fut grand- vicaire.
* Le 22 mars 1791, radjonclion d'uQ pensionnat au Collège fut décidée, et un maître de pension de la ville, Vernet, en fut chargé, le GonseU ayant considéré comme incompatibles les fonctions de principal et de professeur avec celles de maître de pension. Les noms de Gourdin, Iché, Maux, sont quelquefois écrits : Gourdin, Jelsé, Meaux.
2 Dominique Pouderous, lors de la suspension du culte, se retira à Bézicrs. où il mourut le 10 avril 1799
On a de lui quelques mandements assez remarquables : Sur les processions d^is rogations dans la ville de Béziers ('27 mai 1791); Sur le port du costume civil imposé aux ecclésiastiques y Au sujet de la 'proclamation de la Constitua
lie 6 mars devait avoir lieu l'électioa des curés des paroisses de Montpellier et de Celleneave, et le Directoire du district invita « les citoyens à s'unir » dans la paix pour accomplir cet acte politique et » religieux qui devait donner au peuple des pasteurs » de son choix, et faire revivre une des plus belles I» institutions de la primitive Eglise. »Là aussi tout se passa tranquillement. Mais les excitations cachées étaient telles que le Directoire du département fut obligé, le 18, de faire une proclamation sur les obstacles apportés à la prestation du serment.
A ce moment, on ferma les ateliers de secours ; ils avaient coûté à la Ville plus de 45,000 fr. , mais bien des misères avaient été ou évitées ou soulagées, les chemins ruraux réparés et la ville assainie par le comblement du fossé des remparts au quartier des Carmes, et par le curage du ruisseau des Aiguerelles.
C'est aussi vers la mi-mars que fut mis à exécution le décret du 20 (s. 25) février, supprimant les gouvernements, les lieutenances générales et les lieutenances de roi. Ceux qui les avaient achetées furent remboursés et les autres indemnisés.
tion (10 octobre 1791) ; Sur les sources et les remèdes des
mauœ qui affligent la religion et la patrie (7 oct. 1792), etc.
Le protocole de ces mandoments était : « Domioique Pou-
» derous, par la Miséricorde divine et dans la Communion
• du Saint-Siège apostolique, évoque du département de
• l'Hérault, etc. ; au lieu de : « N..., par la Miséricorde divine yteiVautorité du Saint-Siège Apostolique, évéque de...», employé précédemment et depuis.
Les négociants et marchands de la Ville, après avoir procédé, le 19 et le 20 mars, à l'élection des membres du Tribunal de commerce^ qui remplaçait l'ancienne Bourse commune des marchands^, adres* seront des remercîments à l'Assemblée nationale. Ceux-là au moins n'étaient pas égarés par le fanatisme, comme les curés de Poussan, du Triadou, de Sainte-Croix, de Saint-Georges, qu'il fallut traduire devant les tribunaux (23 mars) pour avoir prêché contre les lois et essayé de soulever la population ; comme de malheureuses servantes qui, auxiliaires de leurs confesseurs, se précipitèrent, le 8 avril, sur un prêtre assermenté qui montait à Tautel et le déshabillèrent ; comme ceux qui , la nuit du 15 suivant, alors que l'évêque Pouderous revenait de se faire sacrer à Paris, affichèrent à sa porte un placard injurieux sur lequel il était représenté pendu. {Proc-verb. du Cons, gén. de la Commune, pag. 234, et Pièces justificatives , n^ 12.)
A un mandement du même évêque (23 avril), Poujol, curé réfractaire de Saint-Pierre, répondait
^ La Bourse commune des marchands, établie ea mai 1691, avait comme ressort les onze diocèses de Narbonne, Saint- Pons, Lodôve, Béziers, Agde, Montpellier, Nimes, Uzès, Monde, le Puy et Viviers. Toutes les affaires commerciales devaient lui être soumises, avec appel de ses jugements devant le Parlement de Toulouse. — Sur la composition et les attributions de cette Bourse, voir E. Leenhardt, Discours du 16 janvier 1877.
Le nouveau tribunal, installé le 24 mars, eut pour premiers juges: F. Farel, Vidal. P. Fajon. Granier fils aîn6 et Thorel fils.
par des pamphlets anonymes. Sa révolte contre la loi du pays et celle de la majeure partie du clergé étaient excitées, encouragées et soutenues par une Déclaration que, dès le 15 avril, l'ancien évoque de Montpellier, Malide, avait fait paraître à Paris et répandre à profusion dans notre ville. Il y soutenait qu'il était le seul évêque du territoire formant , le diocèse de Montpellier; il traitait d'intrus, d'usurpateurs, Tévêque et les curés constitutionnels; déclarait non mariés ceux qui l'étaient par eux, etc. (voir Pièces justificatives^ n° 13). Les curés réfractaires prêchaient dans des réunions clandestines, y lisaient la déclaration de l'évêque Malide et le bref papal du 13 avril 1791 contre la Constitution et les prêtres constitutionnels (voir Pièces jmtifica^ tiveSy n** 14). Leurs partisans les plus ardents refusaient de faire bénir leur mariage et baptiser leurs enfants par les curés assermentés , et, comme c'était le clergé paroissial qui tenait encore les registres des naissances et des mariages, l'état civil de ces enfants se trouvait compromis. Tout cela divisait les familles, troublait l'ordre public, et les choses en vinrent au point que le Directoire du département fit une adresse au roi (27 avril) pour se plaindre de la résistance du fanatisme, de l'injustice de cette résistance, lui représenter ce qu'il y avait d'indigne dans la conduite du clergé et le prier de ne point en écouter les insinuations, et une autre à l'Assemblée nationale (6 mai) pour lui demander de sommer le représentant Malide de dire si la Déclaration publiée sous son nom était vraiment de lui. Gomme on peut le penser, cette double
démarche fut sans effet. Louis XVI était le premier à donner l'exemple de la résistance aux lois : il avait mal reçu le nouvel évêque de Paris, l'abbé Gobel; pendant la semaine sainte, il ne s'entourait que de prêtres réfractaires, et, pour le faire plus à son aise, il feignit d'être malade et voulut aller à Saint- Cloud ; mais le peuple l'en empêcha, et, le jour de Pâques (24 avril), il dut renvoyer les aumôniers de sa chapelle et entendre la messe dite à Saint-Germain par un prêtre assermenté.
La division gagna même les compagnies de Pénitents ; une partie des Blancs reconnut Tévêque constitutionnel ; les autres, ainsi que les Bleus, restèrent avec le fanatisme et devinrent un centre de résistance.
Barbeyrac de Saint-Maurice, député de la noblesse, signa la protestation des députés Mques contre la Constitution civile du clergé (4 mai). C'était encourager la résistance ; aussi Tinstallation des curés de Montpellier et de Celleneuve (15 mai) dut-elle se faire avac l'appareil de la force armée ; et, ce même jour, Tabbé Bellugou, nouveau curé de Sainte-Anne, passant avec un convoi funèbre sur la place de la Canourgue, fut insulté par une jeune fille ; les assistants exaspérés la fouettèrent publiquement*. Deux jours après, un autre prêtre, conduisant pareillement un convoi funèbre, fut couvert de cendres par deux femmes. On les con-
* Cette exécutioQ sommaire calma soudamement une émeute féminiae du même genre à Strasbourg ; mais ce furent les maris qui la pratiquèrent.
damna bien à quelques jours de prison ; mais cela n'arrêta ni le fanatisme ni Tirritation qu'il provoquait.
Par décret du 11 mai, l'Assemblée nationale ayant réduit le droit de pétition, la Société des Amis de la Constitution s'en émut, écrivit à l'Assemblée pour s'en plaindre et alla même jusqu'à lui dire: t Si le Comité fait de vous des rois, il fera »de nous des romains » (17 mai) .
L'autorité s'occupait de faire respecter la loi, dans les limites de la loi; mais la population, moins éclairée, n'avait pas la même retenue, et quelquefois, dans son dépit, elle se donnait le tort de répondre par des exigences mesquines à la résistance opposée à la loi. Ainsi, en suite du décret du 7 mai qui autorisait les prêtres réfractaires à célébrer la messe dans les églises paroissiales, succursales et oratoires nationaux*, un ancien chanoine insermenté, Banal, avait dit la messe plusieurs jours de suite dans l'église paroissiale Sain te- Anne ; or, un jour on attendit que l'assistance ordinaire fût réunie et on fit monter à l'autel un prêtre assermenté, sans permettre à l'assistance de sortir^ Un autre jour, pendant que l'abbé Poujol, ex-curéde Saint- Pierre, disait la messe chez lui, on fut le surprendre. On en fit autant, le 18 juin, à Tabbé Coustou, ex- vicaire de Saint-Denis, qui, caché au faubourg Saint- Jaume, voulait officier dans sa retraite. On attribuait
* On n'exerçait de pour3uite3 que contre ceux qui officiaient clandestinomont et appelaient le public à leurs oxorcicos.
à ces deux prêtres, et non sans raison, la résistance du clergé local. Poujol agissait sur les ecclésiastiques âgés: «C'étaient ses lumières que tous les » prêtres invoquaient dans leurs embarras; il Détait leur guide, leur modèle, leur consolation »dans les circonstances difficiles où se trouvaient «alors TEglise et le clergé. — Courage, messieurs, i»courage I disait-il souvent; que faut-il à des ^rè- »tres? Du travail et du pain. Eh bien I vous aurez «toujours l'un et l'autre. » (Vie de P. -F. -X. ComUm^ par l'abbé Coste, 2* éd., pag. 75.) — « Ce quêtait » Poujol pour les prêtres les plus âgés, Tabbé Cous- «tou le devint pour les jeunes prêtres.... U sut «profiter de son influence pour les prémunir con- «trelamourdes nouveautés, et les maintenir dans »la soumission à l'autorité de l'Eglise.» (0. c, pag. 71, et aussi pag. 76, 77, etc.) A côté d'eux, Théron* complétait l'œuvre en agissant sur la multitude par ses pamphlets anonymes, ses prédications violentes et son esprit d'intrigues. La municipalité fut donc obligée de faire une proclamation (20 mai) pour rappeler que la loi devait être respectée. Ce fut inutile.
Les professeurs de l'Université de médecine*
* Théron, né en 1739, élève des Jésuites et engagé dans cet ordre, fut d'abord vicaire à Saint-Denis, ensuite curé d'Aniane, puis principal du collège de Montpellier. Il émigra en Espagne et, à son retour (1803), fut nommé curé de Notre-Dame des Tables. Mort le 19 août 1812.
2 René, doyen ; Broussonnet, Vigaro'ix, Brun, Fouquet^ Baumes, Barthez, Gouan, professeurs ; Laborie , démonstrateur d'anatomie. Joyeuse, démonstrateur de chimie.
(29 mai) et ceux de TEcole de chirurgie * (2 juin) prêtèrent le serment exigé par la loi. Mais à l'Ecole de droit, où les professeurs ^ devaient presque tous leur position à l'influence des Jésuites^, le serment ne fut prêté que par un seul professeur, JEdmond Serres, fils de Claude Serres, et par deux agrégés, Jifontels et Rouch (13 juin).
1 Tjaborie père, Sarda, Poutingon, Bourquenod, Méjean^ Dupin, Laborie fils, Gourrége, Senaud. CSombe, Estorc et Verney.
2 Boyer, Serres, Vaissière, Benezech et Gastan, professeurs-, l'abbé Serres, Agoel, Montels, Rouch, Gaizergues et Marguerit, docteurs -agrégés.
3 Voir Faucillon, in Mém, Acad. Monip., sect. Lettres, III, pag. 556 el passim.
Il fut, par de nombreux journaux el sur divers points du territoire français, fait une remarque qui n'est pas sans importance : c'était que partout où les Jésuites avaient été chargea de la direction des séminaires et de l'instruction publique, la majeure partie des prêtres avait refusé le serment, et que le contraire était arrivé là où les Oratoriens ou les Doctrinaires avaieat eu cette direction (M. iS., I, pag. 300).
Déjà sous Louis XIII, Simon Vigor, conseiller au Grand Gonseil, disait aux Jésuites : En France, on ne connaissait pas l'assassinat des rois avant l'ouverture de vos écoles, où vous savez si bien y préparer. « Antequam vestri ludum »aperirent, in Galliis non audilum est aliquem Gallise Regem ninsidiis suorum Subditorum, veneno aut gladiu periisse, «cujus rei officinam refertissimam vos habere, innumeri libri nvestrorum sodalium déclarant. » (De infallibilitale, pag. 71 ; 1683: livre condamné par le pape, Décr. du 23 août 1684.)
Les instituteurs remplirent cette formalité le 6 juillet S et les professeurs de l'Ecole des arts* le 10 du même mois.
Le clergé iusermenté prétendant que les prêtres constitutionnels reniaient leur maître comme autrefois lapôtre Pierre, publiait à Paris et répandait dans les départements un journal intitulé : Le Chani du Coq, et là-dessus des dames trouvaient plaisant d'interrompre les offices en imitant ce chant et en criant cacaraca!
Enfin les désordres et les rixes au sujet des convois funèbres devinrent tels qu'il fallut licencier et désarmer une des compagnies de la Garde nationale^ la compagnie Necker, dite aussi du Plan de {Olivier (2 juin), et que le Directoire du département dut prononcer que toutes les églises autres que les paroissiales et succursales seraient fermées, et que celles dont la conservation ne serait pas jugée nécessaire seraient vendues' (9 juin).
* Us étaient cinq en tout : AIric, Bayot, Giniés, Palazin, M maîtres des écoles dites royales, à présent nationales > , et Molenard, maître de l'école de l'Hôpital-Général. Leur traitement était de «trois cents livres par année», (fiel, du Cons. gén. de la Comm., 6 juillet 1791. pag. 304.)
*^ C'étaient: Lejay, Bestieu, Daumas, Durand, Danizyet Dallaguier.
3 Le District (21 mai) et le Déparlement (Il juillet) arrêtèrent que les paroisses de Montpellier seraient réduites à six : Saint-Pierre. Saint-Paul, Notre-Dame, Saint-Denis, Saint-François (aux Récollets) et Gelleneuve-, non compris lus oratoires de Sainte- Anne et de la Merci. Ces arrêtés ftiront confirmés par décret du 9 septembre suivant.
Ce fut en cet état des esprits que, le 24 juin, on apprit à Montpellier que^ dans la nuit du 20 au 21 , le roi s'était enfui pour rejoindre les émigrés et ramener l'étranger contre la France. On incarcéra alors à la Citadelle ceux que leurs intrigues faisaient regarder comme les plus suspects. Le 27, les directoires du département et du district de Montpellier, réunis au Couseil général de la Commune, firent une adresse à l'Assemblée nationale pour demander la déchéance du roi « et le vote des mesures les «plus efficaces pour rendre la constitution fransçaise indépendante de la présence ou de l'absence i>d'un seul homme»; et le même jour, la Société des Amis de la Constitution et de l'égalité, dont Chaptal était le président, écrivait à l'Assemblée : « Sai- Dsissez l'occasion, vous n'en aurez jamais de plus
«belle; faites de la France une république La
«race des rois est malfaisante, etc.B
La célébration du second anniversaire du 14 juillet consista, à l'Esplanade, en cérémonies religieuses et en renouvellement du «serment do fidè' » lité à la NATION ET A LA LOI », et, le soir, dans la ville, en promenades et en repas patriotiques audevant des portes.
Il s'était organisé une sorte de troupe qui s'était arrogé la recherche des suspects et la défense des prêtres constitutionnels; elle portait pour signe do ralliement une médaille, pour arme un bâton, et s'était donné le nom de Société patriotique. Peutêtre, en principe et au début, méritait-elle ce titre
et n'était-elle animée que du désir de concourir à l'exécution de la loi ; mais elle était toujours blâmable de substituer, dans son impatience, les violences à la légalité, et bientôt à elle se joignirent ces hommes que partout et dans tous les temps on voit déshonorer les partis politiques : gens sanà aveu, sans conscience, sans autre désir que celui du mal à faire. Le nerf de bœuf se joignit au bâton ; les vengeances particulières s'exercèrent ; des citoyens furent odieusement maltraités, et le courroux public infligea à cette bande le nom de Pouvoir exécutif, qu'elle accepta d'ailleurs et qui lui est resté. Dès les premiers jours d'août, quelques individus du parti opposé firent circuler des listes pour se réunir et se constituer en Contre-^ouvoir^. Il en résulta des attroupements au Jardin des Plantes, aux Récollets ; des rixes souvent sanglantes, des collisions toujours déplorables. La Municipalité, soit faiblesse, soit impuissance, employa d'abord la douceur pour ramener le calme, mais sans grands résultats. Enfin, au 25 août, jour de la fête du roi, les hommes du Contre-pouvoir, surpris en réunion, sont arrêtés, puis jugés ; les six chefs sont condamnés, le 28 août, à huit jours de prison, treize membres à 50 fr. d'amende, et les autres, qui n'avaient point pris part à la délibération, sont mis hors d'instance 2. Deux contre-révo-
^ A la tête du Contre-pouvoir se trouvait un nommé Rech, qui fut, en ociobre 1814, décoré par le comte d'Artois.
* Mémoire historique sur la horde de brigands de Mont' pellier qui se fait appeler le pouvoir exécutif ; 1791 ,
lationnaires qui s'étaient rendus à Paris furent menacés et émigrèrent; d'autre part, le Pouvoir exécutif cessa ses brutales et illégales recherches.
Le 28 août fut installé le Tribunal de police correctionnelle.
Au 1*' septembre commença la grande assemblée électorale du département pour la nomination des députés à l'Assemblée législative, pour le remplacement de la moitié des membres des corps administratifs du département et du district, pour le choix du président, de l'accusateur public et du greffier du Tribunal criminel, en suite du décret du 27 (s. 29) mai 1791 *, et pour la nomination de deux hauts-jurés près la Haute-cour nationale^,
pag. 50. Cette pièce. Irès-violente, sans nom d'imprimeur, est devenue rare, et j'en dois la connaissance à la complaisance de M. A. Ricard. 11 y est dit, pag. 4, que i l'autorilé «municipale laissa ouvrir à la Maison-commune un registre •pour recevoir les noms de ceux qui voulaient s'associer à >la bande ». Avec le maire Durand, cela est peu croyable.
• Dans chaque département il y avait un Tribunal criminel répondant à la Cour d'Assises, laquelle y fut substituée par la loi du 28 décembre 1808. Il se composait d'un président nommé par les électeurs du département, de trois juges pris chacun, tou;^ les trois mois et par tour, dans les tribunaux de district, d'un accusateur public et d'un grefUer. élus, comme le président, pour six ans (Décret du 20 janvier 1791). Gambacérôs fut élu président, Gas accusateur public, et Santi greffier.
^ Une Haute-cour nationale, formée de membres du Tribunal de cassation et de hauts-jurés, « connaîtra des délits