POPULATION
&EGTBURé
Béziers
Lodève . . . , .
Saint-Pons..
En 1879, les élections des Sénateurs ont été faites par 409 électeurs.
L'assemblée électorale tenait ses séances de vote dans l'église de la Mercy. C'était la première réunion des électeurs du département; depuis le nouvel ordre de choses, ils ne s'étaient réunis que par communes ou par cantons dans les assemblées primaires; mais alors, de tous les points du département ils se réunissaient pour choisir ceux qui devaient les administrer et veiller aux intérêts généraux. C'était un moment solennel. La tenue sévère et silencieuse de nos séances dévote ne peut donner aucune idée de celles d'alors. Pendant le scrutin on y discutait, on y recevait des délégations, on en députait à d'autres assemblées : — la Société des Amis de la Constitution y envoya une députation de vingt-sept membres ; — on y rédigeait des adresses ; on y faisait des motions ; on y prononçait des discours pour rappeler aux électeurs toute rimportance de leurs fonctions et ce qu'on attendait d'eux.
On comprend qu'avec cette manière de procéder au scrutin, les élections devaient durer longtemps : elles s'étendirent du 4 au 18 juin.
Après deux séances (4 et 5 juin) consacrées à la vérification des pouvoirs, et deux autres (6 et 7) à l'élection du président, Cambon fils fut proclamé président. Les séances du 8 et du 9 furent consacrées à la prestation du serment: à la. formule prescrite par l'art. 8, sect. l'«, du décret du 22 septembre 1789, l'Assemblée de Montpellier ajouta l'affirmation de n'avoir accordé ni sa signature ni son adhésion à aucune protestation contre les décrets de l'Assemblée nationale. Pour expliquer cette exi-
gence, il faut dire que les dix assemblées primaires formant le canton de Montpellier avaient chargé leurs électeurs de provoquer, au début des opérations, le vote d'une adresse pour remercier l'Assemblée nationale de tous ses décrets et particulièremen t de ceux concernant l'aliénation des biens déclarés nationaux, lui exprimer un dévouement absolu, la prier de ne point se séparer avant d'avoircomplétement achevé la Constitution, et enfin d'émettre le vœu d'une déclaration d'infamie envers la minorité qui avait protesté contre ses décrets*, et envers ceux qui, a Nimes, provoquaient des troubles ^. C'est là ce qui motiva ce serment supplémentaire.
* La Société des Amis de la Constitution et de l'égalité avait émis le même vœu ; ajoutons que \et noms des députés qui » avaient osé protester devaient être inscrits en lettres rouges » sur une planche noire ». (Journ. hehd. de l'Hérault^ n» 1 , pag. 28 et 29. )
Après le décret du 13 avril 1790, par lequel' l'Assemblée avait refusé de déclarer que la religion catholique était la religion de l'État et son culte le seul culte public, 295 députés, parmi lesquels l'évéque de Montpellier, signèrent une protestation.
Ces protestations furent fréquentes: une de là8 députés contre le décret du 19 juin 1790 abolissant la noblesse héréditaire; une autre du 29 juin 1791, signée par 293 députés, contre l'arrestation de Louis XVI se rendant avec les émigrés ; une autre du 15 septembre 1791, où 163 députés protestent contre l'acceptation de la Constitution par le roi, etc. L'évéque de Montpellier et Barbeyrac de Saint- Maurice les signaient constamment.
2 Sur les troubles excités par les catholiques de Nime», voir
Du 10 au 12 on procéda à Téiection des deux membres de chaque district qui, aux termes de l'art. 5, sect. II, du décret précité, devaient faire partie de l'administration départementale. Furent élus :
Roux, de Cette. ) i j- * • aj »# * i,.
-, ... j j T 1 5 pour le district de Montpellier. François Menard, de Lunel. y ^
Pierre Bousquet, d'Agde. ) , j. * • * j r^x • rx, r» 1 1 j TTii > pour le distnct de Béziers.
ly Belpel, de Villeneuve. ) ^
Verny, avocat, de Glermont. ) , j. . . . j ^ j» r. Ti- ^ * j T^ • 1 < pour le district de Lodève.
De Rives, avocat, de Poujols.)*^
Roger, de Cabanes. ) i j. * • * j « • * t>
^ ,,-,, > pour le district de Saint-PoQS.
Caux, dOlonzac. J*^
L'adresse demandée par les assemblées primaires fut lue le 12 ; après des remercîments aux membres de la Constituante pour tout ce qu'ils avaient fait, elle disait : « En consacrant le principe im- 3) muable de l'égalité , vous avez rendu aux Fran- » çais le c&ractère d'hommes et de citoyens. Vous D avez instruit 24,000,000 d'hommes à exprimer » leur volonté sans tumulte, sans désordre ; vous » avez retiré les ministres d'une religion sainte du » tourbillon empesté des pompes humaines ; vous » avez remis entre les mains de la Nation le dépôt > trop longtemps expolié du patrimoine des pau- » vres ; vous avez épuré la discipline de l'Eglise de
les décrets des 17. 21 et 26 juin 1790, la séance de 1* Assemblée nationale du 12 février 1791, et le décret du 26 du môme mois.
» tous les abus qui la déshonoraient. Vous 1 avez » fait ; vous avez dû le faire. Ceux que l'avide intérêt D de quelques hommes, la politique des rois, les » erreurs des siècles passés, avaient pu ajouter à »rœuvre même de la divinité, la sagesse d'une » grande nation a sans nul doute pu l'en retranncher... Le moment sans doute n'est pas loin » où l'influence bienfaisante de vos travaux dis- «sipera toutes les ténèbres , étouffera jusqu'au » germe des faux soupçons et des terreurs sug- » gérées. Ces malheureux habitants de quelques » villes voisines ( Uzès , Nimes ) , ces prétendus «catholiques qui pensent venger Dieu en pro- » tégeant la profanation de son culte, et honorer » le Roi en démentant sa parole sacrée , détes- » teront leur folle erreur et maudiront les traîtres » qui, en les aveuglant, ont attiré sur eux la dé- »daigneuse pitié de tous les Français. Mais ces » artisans de séditions et de désordres, ces assas- »sins perfides du droit des nations» conserve- » ront toujours leur venimeuse malice ; nous les » dénonçons à votre autorité nationale. Que le » salut du peuple soit toujours votre suprême »loi... »
Les séances ne furent agitées qu'un seul instant. Bes troubles qui avaient éclaté lors des élections de la commune de Saint-Pargoire forcèrent à invalider ces élections ; alors des menaces furent prononcées dans l'assemblée électorale et le président dut prévenir le curé, qui était présent et provoquait ces menaces, que, si elles se réalisaient, il en serait personnellement responsable.
Les 28 administrateurs du département qui furent élus après les deux que devait fournir chaque district, furent :
Bouny, de La Livinière ;
Peyronnet, de la Bastide ;
Gastillon, de Lansargues;
Carney, de Béziers;
Coulon, de Saint-Chinian ;
Cadillac de Madière, avocat, de Pégairolles;
Paulinier de Fontenilles, de Florensac;
Randon, avocat, de Ganges ;
Curée, avocat, de Saint- André ;
Renouvier, avocat, de Loupian ;
Gabanon, notaire, d'Olargues;
Coste de Pontevès, de Marseillan ;
Audoque, de Sériéges ;
Goutines, de la Salvetat;
Sabatier père, avocat, de Roquebrun ;
Lavit, négociant, de Canet ;
DufTours de Pous fils, de Montpellier ;
H. Reboul, de Pézenas ;
Fournier, négociant, de Lodève ;
De Lescure, de Puisserguier ;
Bérard, de Montpellier;
Aaron Crassous, de Montpellier;
Lautrec, du Poujol ;
Cambon père, de Montpellier;
Guy, de Montpeyroux;
Galtier, avocat, du Caylar ;
Coulomb, conseiller, de Montpellier ;
Caylar, avocat, de Lodève.
Les six suppléants furent :
Thorel, vétérinaire, de Lodève ;
Mâffre, de Marseiilan ;
Beaumelle, de Poussan ;
Valessié, de Béziers ;
Gottis, avocat, de Béziers ;
David Barrau, négociant, de Montpellier.
Les opérations électorales se terminèrent le 19 juin par l'élection du procureur-général-syndic du département : Dupin fut nommé *.
Avant de se séparer, les électeurs votèrent une adresse au roi, où ils disaient: «Seul entre les «princes, vous avez triomphé des préjugés qui as- «siègent les Trônes Epoque à jamais mémoarable ! où, restitués à la dignité d'hommes, nous «allons voir les ministres des autels restitués à la «dignité d'anges ! où les diverses parties de ce «vaste empire vont se correspondre et former un «tout indissoluble I où chaque Français va tenir «d'une manière intime à chacun de ses concitoyens, «à la Nation, et à Votre Majesté ! ! Epoque for- »tunée I c'est à l'instant où nous te voyons luire «que nous nous empressons de supplier le meilleur »ou pour mieux dire le seul roi de la terre (car les «despotes ne sont point des rois), d'agréer l'hom- «mage de gratitude que nous lui devons au plus
' Oupin, précédemment chef du bureau des domaines à l'Intendance et auteur d'une Instruction sur diverses questions relatives au droit de Contrôle ; 2 vol. in-l»; 1787.
«juste des titres, et que nous vouons, dans TefFu- Dsion de nos âmes, au Restaurateur ou plutôt au itPère de la liberté française *. »
Enfin, au dernier moment, l'Assemblée électorale entendit le discours d'un de ses membres qui faisait appel à l'union entre les corps administratifs, militaires, judiciaires et religieux:.... a Respec- » tables curés qui travaillez sans relâche à la vigne »du Seigneur, vous recevrez enfin le juste salaire » de vos travaux, et dans les biens temporels que la «nation vous assure, et dans cette estime universelle »due à ceux d'entre vous qui s'acquittent de de- Dvoirs si importants. Unissez- vous à nous pour «répandre dans l'esprit des peuples la connaissance
i Oa peut appliquer ici l'expression de M. Thiers sur 1791 : t En 1791, on était à la fois si novice et si bienveillant... ; • on avait conservé avec respect et presque avec amour le » pouvoir royal » {hist. Rév. Franc. , 9^ édit., VII, pag. 233.)
Le 9 juin. l'Assemblée nationale, gracieuse et empressée envers Louis XVI. lui fit demander à quel taux il fixait sa Liste civile. Celui-ci donna le chiffre de 25 milions et un douaire de 4 millions pour la reine. L'Assemblée ne fît pas la plus légère objection, et le tout fut voté par acclamation, bien que les finances fussent dans un état à ne pas permettre de se montrer si libérai.
Le nom de Liste civile y employé pour la première fois en France lors de la Révolution, était emprunté à l'Angleterre et y avait été employé à la Révolution de 1688, pour désigner l'allocation accordée au souverain, attendu qu'outre lés dépenses de la maison royale, le roi avait à sa charge une certaine liste d'officiers civils, juges, corps diplomatique, etc.
Dde lois si sages ; faites-leur en sentir toute Tim- »portance et par vos discours et par votre exem- »ple. Dites à vos paroissiens, vos frères et vos »amis: l'Assemblée nationale a distingué dans ses ïsages décrets la religion pure, ouvrage de Dieu, i>des abus de la discipline temporelle, ouvrage des «hommes ! En détruisant ce dernier, l'Assem- »blée nationale soulève le voile qui ôtait à l'ou- Bvrage de Dieu son éclat et sa majesté * ». (Jf. S., pag. 180.)
Si les élections s'étaient faites avec calme à Montpellier, il n'en avait pas été de même à Nimes. Une municipalité ennemie de la Révolution, « élue »par intrigues et distributions d'argent, y avait «favorisé les troubles et permis qu'on arborât la «cocarde blanche.» (Décret du 26 février 1791.) Le sang avait coulé, et, le 13 juin, pour réprimer ces troubles, connus sous le nom de la Bagarre^ un détachement de la Garde nationale de Montpellier dut s'y rendre sous le commandement du colonel Serres. « Cette troupe, bien plus disciplinée que les «autres légionnaires étrangers, fi tcesser les dévas- «talions et les meurtres. Il fut évident pour tous que «ces troubles excités par un parti opposé à la Révolu- «tion avaient pris leur source dans la différence des «intérêts et des opinions politiques, et nullement
^ Oa voit par ce discours que l'on avait conservé à l'égard du clergé les mêmes illusions qu'à l'égard de la royauté, et, par suite, de quel côté vinrent les attaques. (Voir Pièces justificatives, uP 22.)
DcLans la diversité des opinions religieuses^. » (Rapport du député Alquierà l'Ass, nat,^ le 12 février 1791, pag. 64 et 73 ; Décret du 26 du même mois.) a Le clergé n'en était pas moins le principal fau- »teur des apprêts d'une nouvelle Saint-Barthénlemy, mais nous en prîmes cinq.... Le drapeau »rouge fut déployé.... Presque tout le clergé prit »la fuite.... Pour vous donner une idée de cette T)horde de brigands, je vous dirai que le premier » signal était de se porter sur le Club et à la maison
1 C'est aussi ce que le président de l'assemblée électorale du Gard écrivait au président de la nôtre, le 18 juin, en exprimant sa reconnaissance des services rendus par noire Garde nationale : t Si le calme règne, nous le devons principale- » ment à la fermeté du corps électoral, qui n'a cessé de te- » nir ses séances, malgré les cris de guerre et le bruit môme » du canon qui tonnait à ses côtés... Nous le devons au pa- » triotisme de nos voisins, qui s'est déployé dans cette occa- » sion importante d'une manière si énergique. Si nous les w avons priés de rester parmi nous, c'est pour consolider une » paix dont nous désirons la durée... C'est à vous, Messieurs, M d'annoncer aux peuples qui vous environnent et dont » vous êtes les représentants, que la différence des opinions » religieuses n'a été que le prétexte dont les malveillants ont » voulu se servir pour opérer» s'il était possible j une contre-' » révolution. C'est à vous de dissiper cette erreur, dans la- » quelle on fut tomber les gens simples et crédules, que c'est «ici une guerre de religion»... (M, S.» pag. 175 et 176.)
Et plus tard encore le parti catholique faisait circuler dans Montpellier des libelles incendiaires que le procureur dut dénoncer au Conseil général de la Commune le 23 juin et le 31 octobre. Un de ces derniers était intitulé : Massacre des catholiques par les protestants à Nimes.
«électorale, pour les assassiner, et on avait com- »mencé à miner pour les faire sauter. » (Lettre reproduite dans l'écrit de Senaux, publié en 1808 et cité dans le if. 5., pag. 183.)
Quand notre Garde nationale revint de Nimes, le 19, rassemblée électorale et le Conseil général de la commune se portèrent à sa rencontre et offrirent une Couronne civique au commandant du détachement et aux commandants de chaque compagnie.
Ce même jour, 19 juin, l'Assemblée nationale avait, par deux décrets, prononcé l'abolition de toute noblesse héréditaire, de tous titres de prince, comte, duc, etc., la suppression de toutes livrées et armoiries, et, «par respect pour la liberté et pour les » nations étrangères », la destruction des symboles de servitude, offensants pour les provinces réunies au royaume. A la réception de ces décrets, on se borna à faire effacer, sur la Fontaine des licornes, les armoiries de la famille de Cas tries, et, au Plan Pas tourel, sur la maison des Tournemire, les armoiries de cette famille et des rois d'Aragon. Et tandis qu'à Paris, en exécution de ces décrets, on enlevait «quatre figures des provinces de France «enchaînées aux pieds de la statue de Louis XIV*», à Montpellier on respecta les médaillons qui sur
^ Cette statue n'était pas celle qu'on voit maintenant sur la même Place des Victoires. Elle avait été, en 1686, élevée par le duc de la Feuillade. Louis XIV était debout, couronné par une Victoire, et aux quatre angles du piédestal étaient quatre colossales figures d'esclaves enchaînés, emblèmes
l'Arc-de-Triomphe rappellent la soumission des villes et des provinces, les massacres des Cévennes et le fanatisme triomphant!
Ils y sont encore I
Le 20 juin , il fut procédé à l'élection de l'administration du district de Montpellier; elle fut présidée par Gambon ûls, et les élus furent :
Vacquier, maire de Saint-Gély;
De T^anglade, notaire, de Pignan ;
Thoiras, avocat, à Marsillargues ;
Lacroix, du canton de Gastries ;
Marc- Antoine Bazille, négociant, de Montpellier ;
David Barrau, négociant, de Montpellier ;
Gervais, maire de Claret;
Louis de la Roque, du canton de Restinclières ;
Louis Pavée (ci-devant comte de Villevieille) âls, de Montpellier ;
Bonnier d'Alco, président à la Gour des comptes ;
De Solas, conseiller à la Gour des comptes;
Serane, de Cette.
L'administration du district ne fut installée que le 12 juillet. Bonnier d'Alco fut élu président, et les
des provinces coaquises. — Dulaure dit que ces figures ne furent pas brisées, mais qu'elles furent c placées à ^'H6tel • des Invalides, dont elles décorent la façade » . (Hist. de Paris, 7*édit., IV, pag. 209 et 211.)
quatre membres du directoire du district furent : Barrau , vice-président; Louis Pavée ; Vacquier; Scias. Gambacérès avait été nommé procureur syndic, et Caizergues, notaire à Montpellier, fut élu secrétaire.
L'installation de Tadministration du département eut lieu également le 12 juillet ; et de ce jour jusqu'au 15 elle s'occupa de Téiection de son président, qui fut Coulomb, ancien conseiller; de celle de son secrétaire, qui fut Bougette, et de celle des 8 membres du Directoire, qui furent :
Crassous, vice-président ;
Bousquet ;
Paulinier de Fontenilles ;
Boyer ;
Bérard ;
Carney ;
Curée ;
Peyronnet.
L'installation du directoire ne se fltqu^ le 16 juillet. Le procureur-général-syndic Dupin profita de cette circonstance pour exposer et justifier la distribution de la France en départements et les autres grandes modifications.
« Llnstallation du département consomme la Ré- » volution. La France n'est plus une agrégation de 7> contrées réciproquement étrangères par la forme 1» de leurs gouvernements et les conditions de leur y> association, revendiquant sans cesse des priviy> léges et des exemptions contestés, et n'ayant, la
» plupart, d'autres traits de ressemblance qu'un » asservissement plus ou moins complet aux caj> prices et aux vexations du pouvoir arbitraire. Les
> décrets de l'Assemblée nationale ont détruit cette » incohérence funeste, ont anéanti les chartes qui
> isolaient ainsi les différentes portions de l'Empire » français, ont établi des divisions nouvelles, reparla ties dans une exacte proportion combinée sous les » trois rapports de leur étendue territoriale, de leur T> population et de la quotité de leur contribution ; » enfin, ils ont introduit dans chacune de ces divi- » sions l'uniformité de régime qui forme entre elles » un lien indissoluble.
» Vingt-quatre millions d'individus peuplaient Dla France; à peine osaient-ils en emprunter le D nom. Plus fréquemment désignés sous des dénox> minations dérivées de la nomenclature de leurs » provinces, autant paraissaient-ils étrangers à la n France, autant et plus encore étaient-ils désunis x> entre eux.
D Une institution barbare et absurde y avait classé » les habitants en trois ordres ennemis et rivaux. » Le petit nombre formait les deux premiers, la D multitude était impitoyablement reléguée dans » le troisième, victime de tous les genres d'oppres- »sion. Les charges publiques s'appesantissaien); sur cet ordre injustement avili.
D Les exemptions, les privilèges, les dignités, » les emplois honorifiques et lucratifs, s'accumu- » laient sur le premier et le second.
» Aujourd'hui le sacerdoce ne séparera plus » du reste de la nation les ministres des autels.
» L'illustration dont s'honoraient certaines famil- »les continuera d'en exciter les descendants à »bien mériter de la Patrie. Tous les Français, » appelés sans exception au rang de citoyens, » ont un droit égal à la protection de leur mère » commune ; elle la leur dispensera avec impar- » tialité. »
Ce même jour, l'Administration du département joignit ses instances à celles du Conseil général de Montpellier, pour obtenir que le tribunal d'appel fût placé dans cette ville, en faisant valoir que le départ des familles des magistrats serait la ruine d'une cité qui avait des droits acquis. D'autre part, Bonnier d'Âlco fut, dans le même but, délégué à Paris par le district.
Puis elle décida que ses bureaux seraient placés dans rhôtel de la ci-devant intendance, et, son organisation étant terminée, elle s'ajourna à la session de novembre.
L'intendant Ballainvilliers cessa ses fonctions, rendit ses comptes et partit pour l'émigration *.
* Ea 1786, Ballainvilliers, venant prendre possession du logement que lui fournissait la Ville (l'Hôtel de la Préfecture actuelle), cy fit faire pour 30.000 fr. d'aménagements et de » dépenses inutiles i . Sur la promesse de remboursement faite par le ministre Galonné, oncle de Ballainvilliers, la Ville fil les avances. Mais quand Ballainvilliers partit et émigra. il n'avait remis que 10.000 fr., et le 4 octobre 1792, le Conseil général de la Commune décida d^ le poursuivre pour les 20,000 fr. qu'U restait devoir à la VUle. (Voir Pièces jus H ficativeSyB? 10.)
Comme nous l'avons vu (pag. 107), la résistance des aristocrates et les menaces de l'étranger, excité par les émigrés, avaient inspiré au peuple l'idée de se fédérer contre ses ennemis. Cette fédération, commencée en Bretagne, s'était bien répandue dans toutes les parties du territoire et formait déjà un faisceau de forces imposant, mais toutefois elle manquait d'unité. Bailly proposa alors à l'Assemblée nationale de profiter de l'anniversaire du 14 juillet pour célébrer dans la capitale le pacte d'une fédération générale, où seraient appelés des délégués de tous les départements et des armées de terre et de mer.
Les gardes nationaux du district se réunirent le 27 juin dans l'église delà Mercy, sous la présidence du maire de Montpellier, et, à raison d*un délégué par 400 hommes, ils envoyèrent 45 délégués, à chacun desquels on alloua 360 fr. pour frais de route, et 9 fr. par journée de séjour à Paris.
On sait avec quel enthousiasme fut célébrée à Paris cette grande fête patriotique. Si la solennité fut moindre à l'Esplanade de Montpellier qu'au Champ-de-Mars de Paris, le sentiment y fut le même, et les représentants de la Commune et la garde nationale y prononcèrent les mêmes serments. Fargeon, procureur de la Commune, et J.-J. Durand, maire, y firent entendre des paroles de paix et de conciliation : vaines paroles pour les éternels ennemis de nos libertés *.
' Ce même jour on ealeva de la façade de l'Hôtel de Ville les armoiries de la Ville.
Ajoutons que la fête se renouvela avec le même enthousiasme quand les gardes nationales du département se réunirent (25 août) pour recevoir la bannière que la Commune de Paris avait donnée aux délégués de chaque département en souvenir de la fédération, et qui fut placée dans la salle des séances de l'Administration du département'.
Quand on apprit que Béziers était désigné pour siège du nouvel évéché départemental, on craignit d'y voir placer aussi le tribunal supérieur, et, pour soutenir les intérêts de Montpellier, la municipalité députa à Paris Cambon et AUut (16 juillet), et, de son côté, le directoire députa Bornier.
Nous avons dit (pag. 103) que, attendu la suppression des Etats de Languedoc, un décret du 23 mars avait établi une commission provisoire qui devait siéger à Montpellier et procéder à la répartition des impositions. Or, telle était encore l'influence des Etats supprimés, que cette Commission porta sur le rôle des impositions de 1790, 35,333 fr. pour les appointements des syndics-généraux et
1 Celte bannière consistait en : a un b&ton terminé par > une pique, une cravate aux couleurs de la nation, un taffe- )) tas sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux » couronnes de chêne avec cette légende au milieu de l'une: y» Constiluiion; au milieu de l'autre : Confédération natior>nale, Paris XIV juillet MDGGXG ; sur chacune est écrit » aussi le nom du département ». ( Les drapeaux Français^ par Bouille, pag. 319 ; 1875.) On trouve une figure de cette bannière dans Dulaure, Esq, hist., I, pag, 355 j 1823.
secrétaires de ces mêmes Etats; 19,300 fr. en faveur du commandant en chef, de l'intendant et du secrétaire en chef de l'intendant, et 16,012 fr. à un des agents comptables et à des secrétaires-greffiers des mêmes Etats ; et il fallut qu'un décret intervînt (23 juillet 1790) pour faire diminuer les impositions de cette somme indue de 70,645 fr.
Vers la fin d'août, J.-A.-C. Chaptal, professeur de chimie et alors président du club des Amis de la Constitution et de l'égalité, publia son Catéchisme à l'usage des bons pdtriotes.
C'était le moment où avaient lieu les troubles et les abominables massacres de Nancy (du 21 au 31 août). On les apprit à Montpellier en même temps que la démission de Necker, qui dut se retirer devant le soulèvement du peuple de Paris * ; et notre garde nationale demanda pour les victimes de Nancy des services funèbres que, dans le mois de septembre, on célébra à la cathédrale et dans plusieurs autres églises.
Au début du mouvement révolutionnaire, et encore à cette époque, l'Administration municipale, la population, comme l'Assemblée nationale, loin de s'éloigner du clergé, en recherchaient les mem-
^ Ramené en triomphateur à la fin de juillet 1789, hué, sifflé et mémo menacé le 3 septembre 1790, Necker quitta la France et, retiré en Suisse, il ne s'occupa plus guère qu'à dénigrer cette révolution, dont il avait été un des plus puissants promoteurs. Voir ses quatre volumes De la Révolution Française^ 1795.
bres et dans toutes les circonstances sollicitaient le concours de la religion. On demandait aux églises des bénédictions de drapeaux (pag. 67), des TeDeum (pag. 57, 59), des cérémonies funèbres ; et si le clergé ne se fût pas posé en adversaire des réformes, tous les troubles qu'il détermina dans l'espoir obstiné de conserver ses privilèges, eussent été épargnés à lui-même et à ceux qu'il fanatisait.
Le 2 novembre 1789, on avait décrété que les biens ecclésiastiques étaient mis à la disposition de la Nation (ci-dessus, pag. 76 ), et, malgré les protestations, les mandements, les intrigues du clergé, l'Assemblée nationale avait décrété, le 17 mars 1790, la vente de 400 millions de ces biens. Or, cette vente , après avoir amené l'hostilité du clergé, amena les assignats ; et voici comment.
La vente de ces biens une fois arrêtée, il fallait trouver le moyen de les vendre sans les discréditer en les offrant tous à la fois. La municipalité de Paris, imitée en cela par celles de plusieurs grandes villAs (Angers, Nantes, Bordeaux, Montpellier, ci-dessus, pag. 105), proposa, le 6 mars, de les acheter en masse pour les revendre ensuite en détail et peu à peu ; mais les municipalités n ayant pas de fonds pour payer sur-le-champ, puisqu'elles n'avaient pas encore d'acheteurs, donnèrent à l'Etat des billets municipaux^ avec lesquels l'Etat payait ses créanciers, jusqu'à ce que les municipalités eussent acquis les fonds néC/Ossaires pour retirer leurs billets. La valeur do ces billets, représentée par les propriétés à revendre , avait ainsi pour
garantie une "hypothèque sur des biens réels ; et, comme dans l'ancienne jurisprudence on appelait assignat toute rente assise sur un immeuble, et qu'ils étaient de véritables assignats sur le produit de la vente des biens nationaux , ils- en reçurent le nom aussitôt que, comme billets d'Etat, ils remplacèrent les billets municipaux et qu'ils âreat fonction de papier-monnaie (16 avril).
Cette mesure , discréditée plus tard par des causes qui tenaient, non à sa nature mais à l'abus qu'on en fit, était une mesure ingénieuse, une opé* ration parfaitement entendue, pleine de sagesse et de fécondité, et qui permit à la Révolution l'acconiplissement de grandes choses. Mais le clergé, qui vit là un moyen d'exécution pour l'aliénation de ses biens , essaya fortement de s'y opposer, cria au papier-monnaie, à la parodie du système de Law, et empêcha ainsi le crédit de se relever. Il offrit même de réaliser en son nom l'emprunt de 400 millions ; ce qui fut rejeté, parce que c'était le reconnaître comme propriétaire après avoir décidé qu'il ne l'était pas. a Alors il chercha tous les » moyens d'entraver les opérations des municipa- » lités : dans la chaire, il alarma les consciences ; » dans le confessionnal, il traita les ventes de sa- » criléges. » (Mignet, Rév, franc. , 5* édit,, I, pag. 153.) Il n'en fallait pas tant dans le Midi pour décrier les assignats ; mais pour le moment tout se borna à cela dans notre ville. Comme ailleurs, « on T> avait bien tenté d'y réveiller l'ancien fanatisme » des provinces méridionales « (Thiers, Hist. Rév. franc. , 9** édit. , I, pag. 205); mais, si le moyen
avait réussi à Nimes et à Montanban, il n'eo avait pas été de même à Montpellier. L'influence bienfaisante de l'ancienne Commission rfciunicipale s'y faisait encore sentir, et le calme s'y était maintenu.
Des mécontentements y existaient certainement chez tous ceux — et ils étaient nombreux — qui avaient perdu quelque chose dans cette rénovation sociale : qui ses privilèges de seigneur et ses titres de noblesse ; qui ses dîmes, ses bénéfices, son autorité ; qui sa position dans les Etats provinciaux, dans le personnel innombrable des cours de justice, des finances, des gabelles, des intendances, des gouvernements et du reste; mais rien ne se manifestait bien ouvertement : on était isolé, et cette foule de mécontents que le clergé poussait à la résistance et au soulèvement n'avait encore ni centre, ni lieu, ni mot de ralliement. Dire qu'on voulait la conservation des vieu:ç abus dévoilés, dire qu'on voulait continuer à vivre sur le travail et la sueur des autres, c'eût été dire ce que l'on avait au cœur, la vérité pure et simple mais; un tel langage n'était pas avouable, et la résistance était muette, dissimulée, isolée , quand tout à coup le décret du 12 juillet la fit éclater puissante, unie par un lien commun et sous un étendard honoré.
Le 12 juillet avait donc été décrétée la Constitution civile du clergé; elle statuait qu'il y aurait un diocèse par département; que l'évêque ainsi que les curés seraient élus par le peuple; que le casuel serait supprimé et le traitement de tous les ecclésiastiques fait par la Nation, celui des évêques étant de 50,000 livres à Paris, de 20,000 dans les villes
de 50,000 habitants, de 12,000 dans les villes de moindre importance; celui des curés à Paris de 6,000 livres, dans les villes de 4,000 à 2,400, dans les bourgs et villages de 2,000 à 1,000 livres *. Le budget du clergé était de 77 millions.
En même temps qu'elle s'engageait à pourvoir aux frais du culte et à en salarier les ministres, la Constituante voulut s'assurer de la fidélité des ecclésiastiques dont elle changeait la situation et l'état, et, par les articles 21 et 38 du titre II de la Constitution civile du clergé, elle exigea qu'avant d'entrer en fonction tout évêque et tout curé prê-
^ Uq décret du 24 juillet doubla et au-delà la plupart de ces traitements et accorda aux évêques démissionnaires ou sans emploi par la suppression de leur siège une pension de retraite égale aux deux tiers du traitement des évoques en activité de service. .
Les traitements actuels sont : Archevêque de Paris, 50,000 francs; autres archevêques, 20,000 fr. ; évoques 15.000 fr.; plus les indemnités pour visites diocésaines, et une allocation supplémentaire de 10,000 francs aux prélats qui sont cardinaux; curé-archiprêtre de Paris, 2,400 ; autres curés-archiprêtres 1,600 ; curés de première classe, 1,500, de deuxième classe, 1 ,200; desservants, 900 au-dessous de 50 ans; 1 ,000 fr. de 50 à 60 ans ; 1 . 100 pour les sexagénaires ; 1 ,200 pour les septuagénaires et de 1,300 au-delà de 75 ans. Ces traitements sont indépendants du casuel propre au culte catholique.
a Le budget de TËtat paie aux pasteurs de Paris 3,000; 2,100 aux pasteurs de première classe; 1,900 et 1,600 à ceux de deuxième et troisième classes. Les grands- rabbins touchent 5,000 francs à Paris, 3,600 ailleurs. Les traitements des rabbins communaux varient de 1,300 à 1,200 francs. » {Encyclop, des se. relig., V, pag. 266 et 269.)
tât « le serment solennel de veiller avec soin sur les «fidèles à lui confiés, d'être fidèle à la Nation, à la » Loi et au Roi, et de maintenir de tout son pou- » voir la Constitution décrétée par l'Assemblée nai>tionale et acceptée par le Roi ». Ce serment ne touchait en rien aux croyances; il avait été bien établi dans la discussion que, si au pape était réservé le droit absolu de maintenir les dogmes et la discipline catholique, son pouvoir s'arrêtait devant la puissance temporelle*; que les circonscriptions des diocèses, la répartition des cures étaient depuis longtemps dans les attributions de l'autorité gouvernementale, et que l'élection des pasteurs n'était qu'un retour à ce qui se pratiquait dans la primitive église ••
^ Celait la doctrine de T Eglise gallicane formulée dans la Déclaration du Clergé de France, du 19 mars 1682. Elle est exposée et justifiée dans le Traité de la puissance ecclésias" tique et temporelle, 1707 ; ouvrage condamné par Clément XI dans soabrefduU mai 1708.
^Quoi qu'en ait dit le Pape dans son bref du 13 avril 1791, « la Constitution civile du clergé n'était point l'œuvre des pbi- B losophes; elle était due à des chréllens austères ( Camus • et autres jansénistes), qui voulaient appuyer le culte sur la
> Constitution et les faire concourir Tun et l'autre au bonheur
> de l'État. Ija réduction des évèchés au même membre que » les départements, la conformité de la circonscription ecclé-. » siastique avec la circonscription civile, la nomination des «évéques par les électeurs, qui choisissaient les administra- » teurs et les députés, tel était ce plan ; rien de cela n'attei - »gnait le dogme ou le culte de l'Église.» (Mignet, Bév. franc., 5« édit., I, pag. 153. — Voir Pièces justificatives, n^MO, 13 et surtout 22.)
L'Assemblée nationale avait donc simplement voulu remédier aux anciens abus de l'organisation matérielle et purement administrative du personnel ecclésiastique; en exigeant le serment, elle avait déclaré qu'elle respecterait le refus de ceux à qui des scrupules de conscience défendraient de le prêter, mais « qu'elle voulait les connaître pour » ne pas leur confier les nouveaux épiscopats*».
^ Le 27 novembre, après les déclarations de révolte des évéques de Lyon, de Beauvais, de Lisieux, de Montpellier, de Soissons, l'Assemblée nationale décréta que « ceux qui, après » avoir refusé le serment, continueraient à remplir leurs an- » ciennes fonctions, seraient poursuivis comme perturbateurs ))du repos public ».
lioménie de Rrienne, l'ancien ministre, alors, cardinal et archevêque de Sens, ayant prêté le serment et ayant été pour cela menacé par le pape, lui écrivit, le 25 novembre 1790, « pour excuser le serment qu'il avait prêté, en disant que ce » n'était pas une preuve de son assentiment. » (^Bref papal du 13 avrill791, pag. 9. )
Lorsqu'on 1800, le concordat exigea le serment sous cette forme : Je promets fidélité à la (7on5h7u^ion,jquelques prêtres refusèrent de le prêter ; mais les autres, a le plus grand j> nombre, avec l'abbé Goustou, ne le considéraient que » comme une promesse de soumission se rapportant seule- » ment à la conduite extérieure, sans engager ni le cœur, ni îles affections, ni l'approbation » (Goste, Vie de l'abbé Coustou, 2* édit., pag. 129 et 130 ), et ils le prêtèrent.
En 1815, lors des Gent- Jours, il fut encore question de serment dans le conseil de Tévêque de Montpellier, et l'abbé Goustou déclara « qu'il ne prêterait aucun serment, même » avec explication ou restriction», ajoutant: «Les prêtres » qui n'auront pas prêté le serment, s'il est exigé, seront
Elle s'ab9ten^it donc absolament de toucher au dogme, qui demeurait intact; — mais elle avait décrété la vente de 400 millions de biens ecclésiastiques ; — mais par cette constitution elle enlevait à l'autorité royale le choix des évêques et des curés , et les électeurs pouvaient bien ne plus les prendre dans les familles nobles, — mais elle avait soustrait les curés à l'omnipotence des évêques , en soumettant le jugement des différends à un synode diocésain (Titr. I, art. 6); — mais elle avait aboli la dîme, la précieuse dîme, objet d'un commandement de l'Eglise *; — mais, en détruisant le clergé
» persécutés, et l'opinion publique est toujours pour les pernsécutés ; et c'est ce qui fait mon opinion, car. pour moi, je » ne ferai pas non plus de serment. Mgr Fournier sentit la «justesse de ces réflexions, et il fut décidé qu'on ne prêterait » pas de serment f. ( Goste, o. c, pa^. 303.)
Avec toutes ces facilités de restriction et d'expliquer l'intention, comment le serment pouvait-il les gêner ? îi ne les gênait point ; mais, avec Tabbé Ck>ustou, ils préférèrent le rôle plus avantageux des persécutés qui ont pour eux Vopinion l
^ 7* GoMMAND. Hors le temps noces ne feras,
Paï'o la dîme justement.
(Catéchisme de l'évoque Pradel, édit. de 1687, pag. 258 et
Catéch. de l'év. Villeneuve, approuvé par Tév. Malide,
pag. 51 ; 1789!)
Et aux pages 284, 285, 286, l'évÔque Pradel justifie la dîme en ces termes :
i> Pourquoi i Église oblige-t-elle de payer les dîmes ?
« C'est parce qu'elle regarde les dîmes comme des biens > qui appartiennent à Dieu pour Tentretien de ses ministres,
comme ordre, elle avait touché à sa puissance politique, à laquelle il tenait plus qu'à tout le reste! Jusqu'alors tout lui avait été soumis; c'était le diocèse que TEtat reconnaissait comme base de la division des provinces, c'était au diocèse qu'il confiait la répartition des impositions, c'était d'après le nombre des prélats qu'il déterminait celui des nobles et des gens du tiers à envoyer aux états provinciaux, et voilà que les diocèses n'avaient plus rien à voir dans les finances, et que leur nombre était même subordonné à celui des départements *. Jusqu'alors les évêques étaient au courant de toutes les choses cachées, de tous les secrets des Etats; c'était parmi eux, surtout en France, qu'on choisissait la plupart des ministres; le clergé avait tout envahi, tout envahi au profit de Rome, et voilà qu'on voulait que les curés, au lieu de diriger les communes, se renfermassent dans les œuvres de leur ministère; que les évêques, au lieu de gouverner les
» et qu'il ost juste que ceux qui nous donnent les biens spi- » rituels recueillent de nos biens temporels. •
L'Église étant infaillible, on ne comprend pas qu'elle ait supprimé un de ses commandements ; ne serait-il pas plus logique d'en revenir à la dîme ?
1 Dans son Cahier, le clergé de la Sénéchaussée de Montpellier avait demandé :
«Art. 7. — Qu'il y ait en Languedoc une constitution re- » présentative des trois ordres et surtout du clergé. »
« Art. 22 — Que les agents généraux du clergé soient » admis de droit aux États-généraux.»
« Art. 25. — Qu'il soit pourvu à l'insuffisance de la dîme » des curés de Montpellier. » (Arch. dép.. G, 879.)
Etats, restassent dans leurs diocèses et se bornassent à les administrer, et surtout que l'église française fût d'abord fidèle à la France *. Pour un corps habitué depuis de longs siècles à se regarder comme le premier ordre de TEtat, à n'avoir d'autre patrie que
* Ce qui les blessait dans ce « Aineste » serment, nous dit l'archevêque de Ljoa (Lettre past. du 4 mai 1791), était l'engagement de maintenir de tout leur pouvoir la GonstitutioQ civile du clergé, t attendu qu'un des articles de cette » constitution (art. 5) refusait au pape tout exercice de juri-
> diction en France» . — Or, au jour de leur consécration, les évéques avaient prêté le serment « d'avoir soin de conserver, » défendre, augmenter et promouvoir les droits, honneurs, » privilèges et autorité de l'Église romaine et de leur seigneur » et maître, le Pape; d'observer de toutes leurs forces et » faire observer par les autres les décrets, ordonnances,
> et dispositions, réservations, provisions et mandats aposr toliques ». — <iJura, honores, privilégia et autoritatem r>Sanct3B Romanœ Ecclesi^s, Domini nostri Papa et succès^ » sorum, conservare, defendere^ augere et promovere curabo »... Décréta; ordinationes seu disposUiones» reservationes , 9 provisiones et mandata Apostolica totis viribus observabo
> et faciam ab aliis observari* »
Déplus, les art. 10 et il delà Déclaration des droits de THomme proclamaient la liberté des cuites et de la presse et, dans le même serment, les évéques avaient juré « de poursui- » vre et combattre selon leur pouvoir les hérétiques, les » schismatiques et les rebelles à leur seigneurie Pape» : tHxre- » ticos, schisniaticos et rebelles eidem Domino noslro PapXt » pro posse persequar et impugnabo. »
Le serment que l'évêque consacré prêtait au roi de France
était bref, et se bornait à une vague promesse de ûdélité :
voir Loix ecclésiastiques de France, par Héricourt, pag. 481 ,
note 4.
l'église, d'autres lois que celle de Rome, d'autre souverain que le pape, et à commander en son nom aux autres souverains; pour un corps qui tenait sa mission pour supérieure aux volontés humaines *, et qui l'avait imposée à tant de rois, c'était dur de reconnaître aux législateurs de la Nation le droit de changer les circonscriptions diocésaines, les sièges épiscopaux, le mode de nomination, les relations avec Rome, les vœux monastiques, les privilèges de fortune et les droits politiques ! ( Voir Pièces justificatives, n® il .)
On a prétendu, non sans raison peut-être, qu'à tous ces motifs d'intérêt direct s'en étaient joints d'autres qui, quoique indirects, avaient eu même puissance pour déterminer les résistances et les agitations du clergé : d'abord les dispositions des articles 6, 10 et 11 de la Déclaration des droits de THomme proclamant que a nul ne pouvait être » inquiété pour ses opinions religieuses, et que tous »les citoyens étaient admissibles à toutes les charges, » sans distinction de religion d ; ensuitb le décret du* 10 juillet 1790 « ordonnant de rendre à leurs » descendants les biens des religionnaires exilés » par la Révocation de TÉdit de Nantes v . Il est
* « J'ai reçu d'En-Haut une mission ; l'Église, au nom de » Dieu lui même, a souscrit mes lettres de créances. »... Voilà ce qu'un évoque écrivait encore à Montpellier le 8 décembre 1875, dcns une Lettre aux doyens j pag. 3. — Et la nomination du président de la République ? — H ajoutait : «La » sainte Église se croit investie du droit absolu d'enseigner » les hommes » . (Ibid.) — Et l'État ?
certain que c'était proclamer injustes et criminels tous les actes que le clergé avait provoqués contre les dissidents. Auparavant, le catholicisme, religion de TEtat, était maître et dominateur absolu, avait seul droitau cul te public, aux emplois de justice et de finances, à renseignement, à un état civil; et voilà que ceux des autres religions allaient jouir de tous ces droits! C'était intolérable» révoltant; maison ne pouvait le dire tout haut ; alors on prit le serment pour prétexte.
Aussi la discussion et la solution des questions soulevées par la Constitution civile du clergé furent-elles une occasion que les aristocrates et les prêtres saisirent avec empressement pour agiter le pays et se poser en adversaires intraitables des réformes. Quand cette Constitution fut proposée, « le roi, dont la religion écls^irée reconnaissait la » sagesse de ce plan » (Thiers, Hùt. Rév. franc. , 9* édit., I, pag. 234), voulut avant tout consulter le pape, « dans le désir et l'espoir d'avoir son consen- T> tement et de renverser par là toutes les objec- » tions du clergé » (Ibid,) ; et le pape, tout en « exhor- » tant le roi à ne point sanctionner la constitution » du clergé », s'en référa d'abord, par son bref du 9 juillet 1790, « à la sagesse du peuple français* ». Le clergé profita de l'occasion et, confondant tou-
* Mais le lendemain de cette réponse ambiguë, le 10 juillet, le pape, par une de ces manœuvres familières à la cour de Rome; écrivait aux archevêques de Bordeaux et de Vienne pour les « engager à joindre leurs conseils aux siens et à » agir sur l'esprit du roi ». (Voir Pièces justificatives, n» 1 4.)