‹ Montpellier; tableau historique et descriptif, pour servir de guide à l'étranger dans cette ville et dans ses environsChapitre 18 sur 52 · T0906RAMUS · texte numérisé non relu

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habitants cherehaient apparemment plutôt un abri contre les rayons ardents du soleil, que la régularité et la beaaté des veines et des artères de la ville. Elles sont y dtt reste, conslamment tenaes daos un état de propreté satisfaisant, et le pavé a singulièrement gagné à l'avantage des piétons, depuis plusieurs années. On y voit un nombre considérable d'édifiées et de monuments remarquables, de malsons élégantes , souvent bâties à fausse équerre par le défaut d'alignement des rues , mais toutes solidementconstruites en excellentes pierres de taille des environs, et auxquelles 11 ne manque en ^unéral, pour figurer dignement, que d'être démasquées et dégagées danciennes constructions où préside un goût plus que douteux , et d'être entièrement mises à découvert. On reconnaît souvent que le génie de d^Aviler a passé par là. Ealia nombre de places, de fontaines, d'édifices moins importants ne sont pas sans droits à Testime des connaisseurs* Quelques vieilles habitations encore existantes à Montpellier rappellent Tart de construire de nos aïeux et la îiiodo dos siècles passés. On peut consulter à cet égard i intéressante Notice de M. Jules Renouvier, membre de la Société archéologique de cette ville^ Cependant les nouvelles constructions méritent une mention particulière. On peut dire que, soit anciennes, soit nouvelles, les maisons de Montpellier se placent en général parmi les monuments de la cité les plus remarquables. On a couronné la slatuede Nimes des riches antiquités de la ville : on pourrait, avec autant de raison, couronner la statue de Montpellier de

Voy. le tome I«r <Jes Mémoires publiés par cette Sociélé, p. 37.

belles maisons. Il serait difficile de les signaler toutes; d'ailleurs nous les reverroDS dans nos excursions* Contentons-nous ici de rap|)e1er les principales dans la Grand' Rue et les rues voisines; dans celles des FtuveSy du Gouvernement, du Cardinal et du Consulat \ dans la rue et sur la place da Palais, de la Canaurgue ;éàns les ruesdela Cofiii7/e, Dauphine, S^GuiUem, Trésorier'de-' la-Bourse f Trésoriers-de-France ^ S^^-Foi, du Collège, .de la Salle- l'Évêque; sur les places Jacques-Cœur et Louis XV J; dans les rues Embouque-^Orf Collet, de la Carbonnerie, du Cannau, de S^-Ruf, etc.

Mais c'est notamment sur les boulevards du sudoOiest au sud-est de la ville, par le sud» du Peyrou à TEsplanade» et dans les quartiers neufs, aux avenues des chemins de fer de Nimes et de Cette , qu'on remarque les plus élégantes constructions. Les boule vaFds ÛBS^GuUUm, du/dti-de-Patfme» de la Comédie, la rue du Faubourg de Laites , présenteni oontiniiellement un front do inaisdDS de rarchiteclure la plus remarquable. La Cité Industrielle f au faubourg de la Saunerie, offre le spectacle d'une ville nouvellement bâtie et en pleine activité. Un peu plus loin, on se trouve dans le voisinage des embarcadères des lignes ferrées , au milieu d*on labyrinthe d'habitations dont le dessin et la sculpture appartiennent au meilleur goût«

Parcourons maintenant la cité et ses faubourgs. Nous en décrirons ensuite les monuments et les curiosités les plus intéressantes.

L'étranger qui veut se faire une idée de la ville de Montpellier peut facilement suivre la division cantonale « c'est^-dire les trois sections du territoire de

la commune. Ainsi , pour se promener daus ia première section y il entrera par la porte de la Saunerie, qai doit son nom aux greniers à sel qu^on trouvait dans ce quartier, dépositaire des produits des salines de Pérols et de Maguelone , plutôt qu à la grande sonnerie des cloches du faubourg. Démolie, reconstruite en 4725, et n'apparaissant aujourd'hui que par son nom , la porte de la Saunerie ouvre la Grand'Rue. Il ne manque ici qu'un peu plus de régularité pour faire une belle rue. Notre voyageur ne se détournera vers la ga uche que pour visiter Tédifice de la Bourse, en partie sur la place S^Côme et en partie suria Grand Rue. Du côté droit, il remarquera les maisons Martif^Choisy et Maymer, construites par rarchitecte d^Âviler, et VB&kl du Cheval-Blanc, En remoiiLauL [)ar la rue du Cardinal , nom qui lui vient du Cardinal de Bonzy , Archevêque de Narbonne, président-né des États Généraux de la Province , lequel , dans le dernier siècle , avait son hôtel dans cette rue (maison F langer gues) , il verra auparavant la maison BoussairolleSf passera devant VEù$0l' Nevei, dont la réputation est devenue européenne, et arrivera bientôt à la Halle-Neuve, ou Couverte, colonnade élevée , en 4806, par l'architecte Donnât sur remplacement de Tancienne église de Notre-Dame-des-Tables. L'architecte a voulu imiter la colonne du temple de Pœstuni. L'imitation aurait pu être plus heureuse. Il distinguera en même temps, sur la place des États de Laniguedae^ la belle maison où s'assemblaient les mandataires de la Province. Sur cette place , on voit la Fontaine des Licornes, de marbre, qui est de Jean-Louis Journet (du Vigan). Ce monument fut élevé

en rhonneur du Marquis, depuis Maréchal de Gastries. Le bas-relief qui se trouve sur cette fontaine représente

la bataille de Clos ter-Camp , que consacre à Tadmiration le généreux dévouement du Chevalier d'Assas, et dans laquelle M. de Gastries , alors gouverneur de Montpellier , s^était particulièrement distingué à la tète des troupes fi auçaiscs qu'il coiiiuiaiidait. Le niuuument est surmonté de deux licornes colossales, parce quil s'en trouvait en supports dans les armes de la maison de Gastries. — il longera la Phee aux Herbes ( Herberie ) , qu'une artère vitale do la cité va bientôt traverser, et se trouvera devant la Halle au Poisson ^ construite en 4745 sur les plans de Giral. G^est un parallélogramme de 20«> de longueur sur 40™ de largeur. Il est orné d'un fronton a chacune de ses extrémités ou entrées.

£n montant toujours par une pente douce , il sera conduit dans la rue de la Barralerie, nom bruyant qui, par oiiuiuatopée, rappellerait une des avenues du Marché , si on pouvait Toublier ou ne pas s'en apercevoir. Barralerie, en languedocien, veut dire enUtarras, tapage'^ mais il signifie aussi le quartier oh étaient les ouvriers en futaille, les barralieis, les tonneliers.

Un usage à peu près général dans nos anciennes villes réunissait les artisans du même métier, les mêmes professions commerciales, dans certains quartiers ou certaines rues. On retrouve le souvenir de cet usage dans la dénomination d'un grand nombre de rues ou de quar-* tiers de Montpellier. Ainsi VArgenierie pour les orfèvres ; la Canahasserie pour les chanvriers-Iilassicrs, les marchands de toiles ; la Bianqmrie pour les corroyeurs, qui ont aussi donné leur nom à la Coyraierie ,

si ce ne sont les courtiers; l'Ile du LigasHeu pour le quartier de la tannerie. Sans parler des rues des Jets-

siers, des Tondeurs^ de la Corraserie , ]> in les tisserands, les tondeurs de drap et les fabricants ou marchands de cuirasses» on voit que la BarraUrU pouvait bien être la demeure des bruyants tonneliers. Le voyageur entrera dans la rue du Palais , qui le mènera sur la place de même nom. Qu'il ne néglige pas ici une construction de d'Aviler : c^est la maison René avec la trompe sur Vangh , appelée vulgairement Coquille de Montpellier , il stationnera ensuite au Pa/at« iia Justice , à la Porte du Peyrou,

Si , après avoir visité le Palais» le voyageur consent à faire ([uelques pas pour descendre dans la Rue-Basse, celte rue lui rappellera qu'en l'automne de 1737, Jean- Jacques Rousseau y avait établi son habitation et sa morosité. Aussi a-t-il singulièrement médit de Montpellier, et particulièrement de la plus belle partie de ses habitants. Le génie n'est pas toujours une preuve de justice. Une imagination tendue comme celle de Jean* Jacques s'accommodait mal de la vérité. Pour se faire une idée exacte du séjour de cet illustre malade à Montpellier durant trois mois environ, il faut lire la curieuse notice de M. Grasset, dont nous parlons ailleurs ^. Nous mentionnerons seulement ici les proiiiciiaUes de Jean-Jacques sur la place voisine de la Canourgue, où il venait à midi , en attendant le dîner , s'ébattre avec ses commensaux. Là se trouvait jadis la maison du Vestiaire du chapitre de Maguelone et l'église de S^^

I Gl-dessus, pag. 79.

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CroiXf tundéo par un dus G liil la ames, Seigneur de Montpellier , et dépendante du prieuré de Si-Firmin, dont le titulaire était pris parmi les chanoinefl de Magaelone. La dénomination de «anontca sous laquelle on désignait la maison prieuralede St-Firmin paraît être Torigine du nom de la place de la Canourgue , de môme que la rue de VAre^i^Mùurgw$ doit son origine au mot de mmaea. Cette place» où ^é\hveVEôtel de la Mairiê, avait été destinée , par l'Évêque de Montpellier , Pierre de Fenoillet, à servir d'emplacement à une nouvelle cathédrale , dont on voit encore les beaux fondements. Mais les ennemis secrets de TÉvôque le desservirent auprès du Cardinal de Richelieu ; et quand ce prélat Ministre vint à Montpellier, le 48 Juin après avoir vu les ouvrages de la Canourgue , il déclara quHl avait voulu une cathédrale et non pas une chapelle, et fit arrêter les travaux. L'Hôtel de la Mairie est d'un aspect agréable ; seulement on désirerait que la principale entrée fût placée an milieu de l'édifice.

\2uand on a vu i'Hotel de la Mairie , on peut se détourner un peu pour visiter la place et ÏHùtBl de la Préfecture. Sur la place s*élève une faniaine de marbre, due aussi à Juuinct, le même dont le ciseau a décoré la cité de la fontaine des Licornes. Celle qui orne la place de la Préfecture est de 477âl* Cybèle y parait couronnée de tours y ou plutét de raines de remparts ; car la mère déesse n'a conservé sur sa chevelure qu'un débris de ses principaux attributs. Mais le monument n'en produit pas moins d'effet, bien qu*on lui préfère celui des Licornes.

L'Hôtel de la Préfecture, de \ Intendance provinciale

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avant 1790 , fut bâti par le Cardinal de Bonzi. On a prétendu qu^il le fit construire pour la Comtesse de Ganges, qu'il ne faudrait pas confondre avec rinfortunée Mar* quise de ce nom , assassinée par ses beaux^frères. L'ori^ gine de cet HAtel donna Heu à bien des épigrammes» à bien des médisances* C'est surtout à une femme bel esprit de cette époque » M»* Du Noyer » et à ses Lettres galantes, comme elle les appelait, qu'il faut imputer la fâcheuse célébrité ou l'indiscrète publicité qui a été donnée aux propos plus que malins de la petite cour du Cardinal. Quoi qu'il en soit» THAtel fut acheté des héritiers de la Comtesse do Ranges, en 17^8.

Descendons par la me escarpée de la Z^/angu«rie (Blanchisserie, parce qu'elle fut habitée par les corroyeurs,. nommés blanchers ); le Roi Louis XIII gravit cet escarpe^ ment lorsqu'il fit son entrée solennelle dans ia après le siège de 4622. Nous avons à notre gauche VHé^ pital militaire S^Éhi et Tancien monastère de la Fmlo» tinn ; et, à Textrémitéde la rue, importe qui conserve le nom de ia Blanqmrie. Héservons les couvents pour une autre excursion, et reprenons celle que nous avons commencée par les courtes et étroites rues du Refuge et du Berger qui nous conduisent à celle de V Université. Là, on sera bien aise de visiter ï École de pharmacie et V Église de S^Mattkieu, puis d'atteindre parla rue Girane ou par celle du Cannau la Place I/me XVI , précédemment du Marché aux Fleurs, et auparavant des Capucinsi car les fils de S»-François eurent sur cette place un couvent dont elle aurait pu garder le nom en mémoire du bien qu'ils y avaient fait. On y voit un beau piédestal de marbre^ sur lequel avait été érigée, en

la statue pédestre de Louis XVI, aussi de marbre. A cAtéy dans la rue Fmtmarié , oq remarquera Tancien

liôtel du Eepréseutaat Bouuier d'Alco, construit par D'Âviler.

Nous ifengageroDs pas le voyageur à s^égarer dans

les rues tortueuses du sommet de la cité. Mais il pourrait, en passant sous VArc-Darines (rue Roucher), avoir une idée de ces anciennes arcades au moyen desquelles nos pères , dont il ne faut pas médire , dans leurs rues étroites et infléchies, se défendaient à la fois contre le soleil, la poussière et la pluie , et communiquaient, à Tabri des injures de l'air , d'un ilot de maisons à un autre. Arrivés dans la rue un peu plus régulière de VAiguillerte , nous pourrons nous détourner vers la place Jacques-Cœur que nous trouvons sur notre route, visiter Fancien Bétel des Tréioriers dê France, dans la rue qui porte le nom de ces anciens financiers, sans oublier, dans la rue Embouque-^Or, une autre maison non moins digne d'attention et qu'babitait précédemment la Faculté des sciences. L'une et Tautre, oeuvres de D'Aviler, présentent des escaliers très-remarquables. Revenons par la rue Collot, où les maisons notables ne manquât pas non plus, et complétons notre première course en traversant la Phee de rHérherie, derrière laquelle, dans la rue du Trésorier de la Bourse des États provinciaux , on voit la superbe maison JintberL Longeons la rue de la Draperie-S^Firmin, où Ton voyait jadis la vénérable Église de S^Firmin, longtemps la seule paroisse de la cité ; suivons la rue du Petii-Scel, et jetons un coup d'odil rapide sur cette modeste place dont le nom nous rappelle une institution

de Phiiippe-le-Bel. Nous saluerons en passant VÉglise

provisoire de S^^Anne ; et, après avoir aussi longé ou traversé les rues de S^<^-Anne et de la Friperie, et la rae plus notable de S^GuiUm^ qui conduisait à rancien hôpital de ce nom, nous nous agenouillerons dans rÉglise non moins provisoire de S^-liock, autrefois des TrifUtaires de S^PauL Nous parlerons ailleurs de S(-Roohy de cet illustre enfant de Montpellier. Nous devons ici nous hâter de ramener le voyageur à la porte de la Saunerie par le Flan d'Agde , la rue En Gon<iau et la Grand' Rue, Nous avons cherché, dans cette excursion , à éviter autant que possible les pentes trop roides de plusieurs petites rues qui aboutissent au plateau : telles sont, au nord, les rues débouchant dans celle du S^Saeremeni\ à Test, celles qu'on trouve derrière la Halle au Poisson\ au sud-ouest, toutes les rues qui descendent du côté de la Val f ère.

Bien que la visite de la seconde section de Montpellier doive nous faire parcourir presque toute la ceinture de la ville, cette promenade aura néanmoins l'avantage de nous laisser à peu près toujours dans la plaine. Mais, si nous la trouvons relativement moins capricieuse que la première pour les accidents du terrain, elle est réellemeni beaucoup plus importante sous ie rapport de l'étendue, ici nous avons la plus grande partie des faubourgs. Nous gagnerons du temps en marchant plus vite, sauf à nous reposer quelquefois. Suivons donc cette ceinture de la cité.

£n partant encore de la place méridionale de la Saunerie f et marchant dans la rue des Étuves, nom mal sonnauldâus uos vieilles chroniques, ligne parallèle a la

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vaat ia règle de S» Benoit, dont les bteos fureat rëuDis , en 4633, à ceux de la Vmiation), la rue de la Providence

où se trouve îc nouveau monastère de S^*>-Ursule, Les Ursulines et les Visitandines, durant le dernier siècle, recueillaient dans leurs paisibles asiles les jeunes filles des premières familles de Montpellier qui fuyaieot le monde. Cependant ces retraites ne lurent pas toujours à Tabri des disputes du Jansénisme et des troubles qui en furent la suite. Il y eut bien des larmes répandues alors dans ces deux célèbres monastères de notre cité * . La rue S^Charles, où est un couvent de femmes de ce nom, aboutit à la rue du S^Sacrement. De là nous entrerons dans la rue des Carmes, où nous aurons à droite le Palais épiscopal, el, presque en face, rancienne église du cloître 5^- Germain et S^-BenoU, aujourd'hui cathé^ drale et basilique sous le vocable de S^Pierre, Son histoire, son architecture, son porche surtout , méritent une station. La station ne sera pas moins longue à VÉcole de médecine qui fut aussi VÊvéehé et qui comprend une partie de Tancien cloître S^Germain. Ici nous nous reposerons en contemplant les richesses Je ce célèbre établissement, car je suppose que le voyageur a déjà visité, dans ses premières excursions , le

< Malgré le nombre prodigieux des écrits qui ont été publit's sur ces singulières disputes, l'iiistoire on est peu connue, parce que Tautorilé svm>rrnit d'en étouffer les faits. Il est évident aujourd'hui, par le» pièces inédiles stirtont , qnf, stAcc à l'Évéque Colbert , Muiilpellier se trouva pendant prés d'un denii-siècle à In tôle du Jansénisme. A ce double point de vue de Tinlérèt historique et de la nouveauté, nous n'avons pas dû hésiter à nous charger d'un récit qui se lie intimement aux annales de notre pays.

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Palais de Justice et VArc de Triomphe , vulgairement

appelé la Porte du Peyrou.

Si ia seconde section de Montpellier peut être considérée comme une vaste ceinture qui circule autour de la ville , la troisième section doit eu être regardée comme le fermoir qui en réunit les deux extrémités. Nous n^avons vu que la lisière intérieure ; promenonsnous dans les faubourgs.

Les faubourgs de Montpellier se trouvent joints à la ville, depuis qu^on a comblé les fossés qui les en séparaient, pour former des boulevards à Tinstar de ceux de Paris, et qu'on a abattu la plus grande partie des portes de la cité* Le faubourg méridional de la Saunerie offre quelques rues remarquables, les embarcadères des chemins de for de Niines cL Uo Cette, de très-belles et grandes maisons nouvellement édifiées , et Téglise paroissiale de S(-Denis. — Le faubourg de Laiies » au sud*est , longe le boulevard de ta Comédie , conduit aux écarts de la commune de Lattes par la rue du Pont- Juvénal , où commence le canal du Lex, et nous montre le Temple proUetafU^ autrefois Chapelle des Cordelière, Revenant au boulevard, nuus avons devant nous le Jeu de Ballon, sous V Esplanade, et le Champ de Mars, séparé de la Citadelle par la ligne de fer de Nîmes. Un pont jeté sur la voie ferrée, par le corps du Génie, relie au Cliauip de Mars la Citadelle, construite paronirt de Louis XUl , après le mémorable siège de la ville en 4682. Les quatre bastions de cette petite forteresse sont inscrits au po/^^on« du Génie, — Longeons la promenade et le Champ de Mars , nous dominons, à Textrémité, le Marché au Bétail, c'est-à-dire le faubourg de

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Grand' Mue, nous trouvons unecharakàulàehapelkoQttie, il y a peu d'années, à la mère de IKeu {>ar les Pénitêniê' Bleu», Noos arrivons bientôt sur une place que de resplendissants cafés et de joyeux restaurants environnent ; indépendammeni de belles maisons qni se représentenl partoQl à Montpellier, on découvre d'ici une extrémité de V Esplanade f un baslioa do la Citadelle, la palestre du Jeu de Ballm» C'est un des points les plus animés de la ville; les routes s^j croisent et le mouvement con* tinuel des voitures ajoute une nouvelle vie à la place de la Comédie. Cette dénomination annonce que la Salie des spectacles semonire heureusement à une autre extrémité de la place. Elle est décorée d*une fontaine de marbre, surmontée des Trois-Grdces, C'est Tœuvre d'Antoine, sculpteur de Marseille.

Rentrons dans la ville par Tancienne Porre de Loites , reconstruite en 4729, démolie depuis, et par la rue courte du Érourernemcn^, où nous remarquons ce bel Hôtel BoussairoUes» refait vers le milieu du dernier siècle par le Duo de Richelieu , Gouverneur de la Province ^ Suivons la rue 5te-Foy jusqu'à la chapelle dorée des PénUentS'Blancs. Nous ne sommes pas loin de celle des Augustins dont les PP. Carmes ont naguère acquis la jouissance pour 99 ans. Vis-à-vis nous voyons les vastes bâtiments du Bureau de Bienfaisance, infiniment mieux nommé dans le pays la Miséricorde, Nous nous trouvons sur le seail du riche Musée de la ville , au débouché de la rue Fabre, son fondateur. Le Musée est

* Le Duc de Richelieu , satisfait fie l'exécution de cette construction, gratifia Teni repreneur Bompar d'une pension viagère de 500 livres.

contigu au Lycée impérial, qui est atteuant lui-même à Féglise paroissiale de Notre^Dame-^s^Tables. Cette jolie cliapelle et le Collège farent précédemment Tapanage des Jésuites enseignants. Le Lycée, sans être un édifice vaste , puisqu'il ne suffit plus pour conteuir sa jeune population toujours croissante, est surtout cornmodément et agréablement disposé. Il donne d*un côté sur la promenade de TËsplanade. En sortant de Péglise par la porte latérale, on descend doucement par la rue Sàlle-de-l'Évêque, dénomination qui indique assez l'emplacement primitif du Palais épiscopal. Nous sommes dans la rue du Pila^S^Gély^ nous abordons à la rue S^tlrHde^ et, sans nous enfoncer dans les ruelles qui la dominent , nous visitons la JIÊidwn centrale de dé" tention, bâtie sur les fondements de Vancien monastère de S^-Ursule. Franchissons la rue de la Blanquerie que nous connaissons déjà; voyons le couvent de élevé par les soins et aux frais de l'Évêque de Montpellier, Pierre de Fenoillet, pour les religieuses de la Visitation. Le pieux prélat se concerta, à cet effet, avec le frère de François-de-Sales, leur fondateur. Là, peu de temps après leur établisseraeal 1631-I63G ) , les vénérables filles d'Annecy reçurent leui* première supérieure générale, la Mère Françoisenle-Cliantal , sainte aïeule de la tendre mère de Mmo de Grignan. Là , au pied de l'autel de la chapelle à peine terminée, en 1660, s'agenouillait la Reine-Mère. Enfin, en 4666, le Roi confirmait par ses lettres patentes rétablissement delà Vmtation de S^'Marieh Montpellier. Bientôt nous trouvons Tancien couvent du Refuge, puis la rue de \*Are-des-!dourgttes(moineêHSt filles de St«-Claire sui-

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Nimeg au nord-est , sur l'ancienne route de Paris. Ce

fauboui^, on appelle aussi du Pila-S^-Gély, du nom de la rue qui sert d'entrée à la ville vers ce point, possède une fontaine dont l'excellente eau , plus que le monument, a fait la réputation, encore qu^elle ne doive pas son origine a la source de S» -Clément qui abreuve presque toute la population montpelliéraine. Nous n^oubllerons pas de visiter le vaste Abattoir qu'on voit ici depuis peu d'années.

Laissons a droite le chemin du village pittoresque de Castelfutuei du Cimetière S^Laxare, suivons les boulevards du PHa-S^Gély^ delà Blanquerie, de VBàpital' Général, el Jéluurnons-nous un pua pour aUeiadre le Séminaire , jadis l'asile des Rècollets , par uue rue ou chemin qui conduit encore au Cimetière , car tous les chemins aboutissent au dernier rendez-vous.

Chaque pas de la fie est un pas vers la mort.

Nous nous trouvons bientôt au milieu du faubourg de Bautonnei, au nord-ouest, qui nous rappelle les dernières

folies du Carnaval. CcIui-eicsL un Jus plus considérables; embelli de beaucoup de jardins, on y voit un parc étendu, appelé Le Clos, qui présente de nombreux objets d^agrément; et le Château , autre parc vaste et bien tenu, qui fut Thabitalion des anciens Seigneurs de Boutonnet. Le peuple se rend à Boutonne t pendant les trois derniers jours du Carnaval : il se mêle au concours des masques, et passe une partie de ces jours de fôte à savourer un via blanc passable, dans lequel il trempe une espèce de croquet, passable aussi quand il est bien'traité par l'huile douce ; friandise renommée, a Muutpciiier, sous le nom d'Oreillettes, k cause de sa

forme. Ici la population afflue, et la religion y est venue planter ses étendards les plus respectables : la charité chrétieane s'est emparée des rues du faabourg. Suivons celles de S^-Ymeent-^-Paul et des SourdS'^ Muets-^ contemplons ces saintes filles du plus doux, du plus bienfaisant des hommes, donnant une langue et des oreilles à de pauvres enfants qui n'avaient jamais parlé ni entendu» et des mères tendres à ceux qui n'avaient pas connu leurs mères ou qui les pleuraient encore. Non loin de là, dans la rue des Carme- Itïe», les filles de S^Théréêe, comme les filles de Notre' DaTne-de'Refuge{taG Nicolas Fournier), prient dans une austérité isolée au milieu d'une population bruyante; et plus au nordy dans la rue de la Garenne, entre la rue des S&urds-Mueteei celle de S^^Acaee^ le couvent du Sacré-Cœur donne un enseignement plus élevé aux jeunes personnes appartenant à des familles aisées.

On peut, en revenant du faubourg , voir en passant la Fontatn« , dont on doit la fondation à Joequee-Ceeur, ce célèbre argentier de Charles Viï. Elle est connue dans le pays sous le nom de Font Putanelle (Font Pu* teane, de puUus, puits et oe n*est pas le seul souvenir que cet argentier ait laissé à Montpellier. Nous sommes conduits à V Hôpital-Général et à V Asile des Aliénés f F un et Tautre, comme ï Hôpital nUlitaire de S^'Éhi et le Bureau de Bienf aisance , confiés aux mains actives et à la patience inaltérable des sœurs de S»- Vincent.Il est temps cependant de quitter ces demeures des infirmités humaines « et de reporter nos regards sur des objets plus gracieux.

Voici le Boulevard Henri IV, qui nous fait longer

le Jardin-des-Plantes et le Jardin du Bai , joint par uq arceau au Jardin de h Mêine. LaissonSi au 8ud«»oa6st , le faubmirg S^aumei^ tiraot son nom d'un hôiutal

S^Jacques, qui y fal ctaldi en 4220; faisons encore quelquespas^etnous dominons, de ta place du Peyrou el de la terrasse où finit l'Aquedue de S^Ummi, un magnifique panorama. La célébrité, autant que la beauté de la place et de la perspective, veulent ordinairennent que les étrfingers commencent et terminent leurs excursions par cette promenade et par cette vue. Nous sommes loin de chercher à les contrarier; mais, après que le voyageur aura donné toute satisfaction à son admiration et à sa curiosité , nous nous hâterons d*atteindre les rues du faubourg du Cùurreim (ouest }, après une courte visite à Tancicnne et belle église des Pères de la Merci ou de la Rédemption des captifs , devenue Téglise paroissiale de Sf»-EulaUe*^ e%, par le boulevard S^-Guillem , où est placée la Succursale de la Banque , et par le boulevard de l'ancien Jeu de Paume, après avoir jeté un regard de satisfaction sur les ma* gnifiques habitations Riben, Mourgue et autres, nous arrivei ons slij- la place et dans le faubourg de la Saunerte, d'où nous étions partis pour la seconde fois.

Les longues courses qu^a nécessitées notre dernière pérégrination nous ont obligés & nous reposer avant d'avoir parcouru les deux faubourgs de S^-Dominique au sud-ouest, et de Figuerolles au sud, et le restant de la troisième section de la ville; Toutefois cette dernière excursion nous eût fait dépenser peu de temps et nous eût coûté peu de fatigue si nous n'eussions pas voulu risquer une promenade è travers le faubourg

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de St-Dominique, pour en atteindre un autre, à demilieue de celui-ci. Nous avons en vue CeUeneuve, dont on a t^té plusieurs fois de former une commane autonome , en le joignant à un hameau voisin ; mais les enfants de ce faubourg écarté ont préféré les inconvénients de i'éloignement au malbeur d'être séparés de leur métro]^ole. La féte patronale de Gelleneuve» le H Septembre, attire un grand concours des habitants de Montpellier. Le voyageur sera plutôt attiré dans cette bourgade par une église Garlovingienne , fondée par S^-Benott d'Aniane, et dont l'architecture mérite, sous tous les rapports, d'être remarquée. En quittant la Place de l'Observatoire , en nous dirigeant vers réglise paroissiale de S^Denis i œuvre de Tarchitecte D^Avîler, placée sur la limite commune de la 2« et de la 3« sections, nous nous trouverons sur un second boulevard : c'est le Cours des Casernes, Les Casernes sont, en effet, à gauche, vers le milieu du Cours. Restaurées ou reconstruites sous le premier Empire , elles sont divisées en plusieurs quartiers, et peuvent contenir 2000 hommes; à l'autre extrémité, comme pendant de Téglise, se présente le Couvent des Sœurs- Noires. Mais au lieu de s'engaf>;er dans les rues de Figuerolles et dans je ne sais quelles autres rues mal gardées derrière les Casernes, je conseille à l'étranger de continuer sa route par la rue du faubourg du Cour» reau ou par la rue de quelque général originaire de Montpellier^, par celle du faubourg de la Sauner ie ,

• Nous avons d jané, à huit ruos qui aboutissent au Cours des Casernes, ies noms de généraux originaires de Mouipellier: Cnmpredon , Claparède , Lepic, MaitMmt Ihmai f MaureiUan, Mawrin , Bené , Vincent,

TOPOGEAPHIB* W

la route de Toulouse , et de finir ses excursions par une station dans Tintéressante église des Dames de la Providence, où prièreDi dana les derniers siècles les Carmen déehmméê.

Cependant nous ne devons pas oublier, de Tautre côté de l'église de S^Denis, la rue du GrandrS^Jean , souvenir d'un antiqae monument ^ d^ane église possédée par les Templiers, ensuite par les Gbevalters de St4eande-Jérusalem. Plus anciennemeul ils avaient dans i intérieur de la ville un autre lieu qui fut désigné , comme la rue actuelle où il se trouvait, sous le nom de Petits^ Jean,

Notre course est finie : nous avons donné une idée de la topographie de Montpellier ; nous en avons parcouru rapidement les principales rues, les places, les faul)Ourgs; pour acquérir une connaissance plus complète de cette ville, nous devons examiner en particulier ses monuments, et nous arréler devant ce qu'elle offre de plus intéressant et de plus curieux.

GHAPiTR£ X.

Place «la Peyraa*

Le Pe^ou , c'est-à-dire, en languedocien, lieu

pierreux, servait, au milieu duXIIn» siècle, à une foire ou à un marché. Durant le siège de Montpellier , par Louis XllI, en 46^, les assiégés y établirent une batterie, fin 4689, lorsqu^il n^existait encore aucune

proiiunade publique dans cette ville, le Peyrou était une aire à battre le blé. Cette promenade est aujour-

d'hui une des plus belles places de l'Europe et lepiui? magnifique ornement de Montpellier.

On en doit la première idée au Marquis de La Trousse, coïiiiuaiidûiit cil Languedoc, et à M. de Basville, Intendant de cette province. M. de Broglie, successeur de M. de La Trousse , suivit Texécution du projet de son prédécesseur. Les travaux commencèrent le SS Mat 1fi89 : la direction en fut confiée à rarcliiLecte D\\ iyiler, et il est juste de rappeler que c'est lui qui ût construire la vaste terrasse d*où Ton jouît d'une vue si admirable et si étendue, et qui avait 130 toises de longueur sur 42 toises de largeur.

Les États de la Province avaient délibéré» à l'unanimité, le 31 Octobre 1685» de faire ériger la statue équestre de Louis XÏV, à Montpellier. Ils décidèrent, par délibération du 40 Février 1746, qu'ellr serait placée au Peyrou. La statue y fut » en effet, posée le 40 Février 1748.

Dès lors, la place parut peu •liL'oe d'un monument dont tous les artistes, comme tous les voyageurs, re^ connaissaient, d'un commun accord, la perfection. — On délibéra définitivement, en 4766, sur Tagrandissement et l'ornement delà place du l'eyrou : les ouvrages ayant été adjugés, la première pierre fut posée avec solennité, en présence des États, le âl9 Décembi*e 4766, par M. Dillon, Archevêque de Narbonne, président (les États, et le Prince de ReauvL'au, gouverneur de la Province. — Les travaux furent exécutés rVaprès les plans et devis de Giral et de Donnât, son élève K Ces travaux, auxquels furent rattachés ceux de Taque-

I Mémoires sur la place du Peyroa^daDS les Mémoirês mut MowtpeWery par J.-P. Thomas; 1817.

PLACR DU PETROU. 423

tluc de St-Clémcnt , dont nous aurons occasion de parler, durèrent plus de huit ans, et coûtèrent 4 J7il|667 iiv. 4 s. 3 d.; savoir : pour acquisition de terrains et indemnités, 182,9S8 liv. 7 s. 2 d.; et pour embellissements, 989,678 liv. U s. 1 d.

On peut consulter les Mémoires que nous venons de citer pour connaître à fond l'histoire de cette place : nous en dépouillions les traits et les détails principaux.; car nous ne pourrions tout dire sans dépa^^^cr les bornes que nous devons nous prescrire dans cet ouvrage; d'ailleurs nous ne voulons rien retrancher du plaisir et de 1 admiration du voyageur qui voit cette place imposante pour la première fois.

Le Peyrou , qu'on appelait la Place-Royale^ a la forme d'un rectangle à pans coupés, ayant 475 mètres de longueur^ dans œuvre, sur 425 métrer de largeur» £iie est enceinte, de trois côtés» par un mur de terrasse, couronné d'une balustrade en pierre, interrompue par dix piédestaux. xVutour de l.i place, intcrieurement, est un trottoir de 40 mètres de largeur, ou Ton arrive par trois marches, interceptées de distance en distance par huit parties de murs , servant de tablette ou de banc. D autres bancs sont adossés au bas de chaque piédestal, et, entre ceux-ci, le long du balcon. Au quatrième côté, à l'ouest, de niveau au trottoir, on monte sur une terrasse dite des eaux, dont nous avons déjà parlé, par cinq marches de même dimension que celles du trottoir. £lle a 402 mètres de longueur sur 47 mètres de largeur. Aux deux cètés, et au fond de la terrass< , soiU quatre plates-formes renfoncées , avec des escaliers à droite et à gauche , pour descendre aux

PLACE BU PSTaOU.

pioiiicnades basses. Sur cette terrasse, devant le château d eau, est ua bassin ou pièce d'eau de 43 mètres de longueur sur une largeur inégale ^ recevant trois chutes d^eau qui sortent du château. — Le château d'eau est un hexaèdre régulier dont les six faces sont ouvertes par des portiques couronnés d'un entablement faisant le pourtour extérieur de tout l'édi&ce , et en ressaut sur trois c6tés de l^exagone; rentablement est supporté par des colonnes isolées et accouplées de chaque côté du portique qu'elles décorent. Un attique termine Fédifice è rextérieur. L^intérieur [du château est orné de colonnes placées dans le milieu de chaque trumeau dos portiques. EUes supportent un entablement circulaire faisant le pourtour de Tintérieur. Une voûte de forme sphérique couronne ce bâtiment. Les colonnes intérieures et extérieures sont cannelées et d'ordre corinthien. Les clefs des archivoltes , leurs tympans» ainsi que les champs au-dessus de Tastragale qui règne autour de l'édifice sont ornés de «sculptures dans le goùL du dernier siècle. Le château d'eau renferme un réservoir circulaire de 9 mètres de diamètre , avec une grille de fer. Le soubassement du château est élevé par deux sucles de 4 mètres 22 centimètres de hauteur, depuis le sol de la terrasse des eaux jusqu'au niveau d'une plate*forme ou esplanade circulaire établie derrière le château. Par un temps serein , on découvre , de cette esplanade, les Alpes, le mont Canigou, les Pyrénées, le mont Ventous» du c6té de la Savoie, un arc immense de la Méditerranée, au milieu duquel surgit Tile vénérable de Maguelone, enfin un horizon qui n'est borné que par la ville, au levant. Un escalier, décoré

PLACE DU PBTROU* 4^5

de l «astrades de fer et de balcons en pierre, cunduit de cliaque c6té de la plate-forme sur la terrasse des eaux. Des réservoirs d'eau vierge sont établis sous cette esplanade. Une grille de fer , au milieu de la banquette de la plate-forme, sert de porte pour aller au-dessus des trois dernières arcades du grand aqueduc, qui séparent les deux promenades basses. — Âu nord et au sud de cette place sont ces promenades basses, plantées d'arbres, ayant chacune 46 mètres de largeur, du pied du talus du mur de terrasse à la banquette qui couronne le mur de soutènement de ces promenades. Cette largeur devient plus considérable après les pans coupés , en allant vers 1 ouest : c'est là que sont placés les . trottoirs et les escaliers qui aboutissent aux platesformes de la terrasse des eaux. Au-dessous de ces platesformes sont des balimcuts servant d'orangerie et de cafés. Vers ces mêmes aspects, les promenades basses sont décorées de Jardins, de bassins ^ de jets d*eau. A l'extrémité opposée , du côté de la ville , elles sont terminées par de très-belles grilles de fer, avec des portes surmontées do trophées. Les murs de soutènement de la promenade haute portent des ornements en sculpture. — L'entrée de la place du Peyrou a une ouverture de 29 mètres; on y monte par trois marches, au-dessus desquelles est une grille de fer ayant, sur sa longueur, trois portes et huit pilastres à double remplissage. Cette entrée est vis-à-vis la porte de la ville, ou arc de triomphe, appelé Forte du Peyrou, La distance qu'il y a de cet arc aux marches de l'entrée est de 47 mètres. En sortant de cette porte , on passe sur un pont d'une seule arche, de 28 mètres de largeur, y compris les

trottoirs de 5 mètres. Les deux autres chemins d*avcQue de la place da Peyrou Arrivent asoeadants et parailèlemeni aux entrées des promenades basses et de rentrée de la place où elles viennent toutes trois aboutir. Elles ont été établies, en grande partie, sur les fossés de la ville, (jai existaient de ce côté.

Telle est, en abrégé» la description de cette place que Montpellier montre avec orgueil aux étrangers, et qui excite leur admiration et Tenvie des autres villes de TEarope. Il manquait à son lustre des embellissements et des décorations qne le vandalisme et les révolulions avaieiit fait disparaître, ou quMls avaient fait oublier de rétablir. Les administrations départemen-* taie et monieipale ont voula, de nos jours , réparer ce que la hache dévastatrice des barbares avait détruit ; elles ont môme été plus loin : elles ont tAché, par de nouveaux ornements, d'ajouter à la maguiûcence d'un SI beau monument. Déjà des balustres en fer ceignent de riants gazons; des vases de fleurs, des lauriers, des orangers, embaument l'atmosphère, et, par le mélange de leur riante verdure , de leurs vives et riches couleurs , de leurs fruits dorés , protégés par les dtoes des allées circulaires qui embrassent l'étendue de la place, produisent un oiïci délicieux à ToDil, et rappellent le jardin des Tuileries* Des groupes , des urnes, des statues, des candélabres, viennent ajouter à ce spectacle enchanteur de la nature et de l'art réunis.

L'ancienne statue équestre de Louis XIV, eu bronze, occupait le milieu de la place du Peyrou. Le monarque avait la fece tournée à trois quarts du oAté de la ville, le bras droit presque horizontalement tendu vers la

mer, la maia gauche tenant les rênes. Une légère couronne de laurier ceignait sa tête, et Tarrangemeni symétrique de la chevelure lui donnait Taspect de celle de TApolloQ du Vatican. Un manteau, bordé de broderies, ùdemi pendant, s*agrafait sur Téchancrure de la cuirasse. Une lame droite, à Tantique, était suspendue à un ceinturon. Aux pieds étaient des bottines aussi à l'imitation des brodequins anciens. Le cheval allait avec ardeur et grâce ie grand pas relevé; il était recouvert d'une peau de panthère , avec les griffes de devant nouées sur le poitrail. La hauteur entière de la statue était de 15 pieds 5 pouces. La distance de la bouche du çheval à la queue, de 45 pieds. Les noms des sculpteurs méritent d'être connus : ce sont Pierre Mazeline et Simon Hurtrelle , tous deux de TAcadémie royale de peinture et de sculpture. Quaal au non] du fondeur, on lisait sur un des pieds du cheval : Simoneau feeU ; toutefois Talmanach de Montpellier pour 4759 , dit qu^elle lut fondue par Balthasar KêUer, Le total de la dépense , y compris les frais du piédestal , s'éleva à la somme de 250,733 L 48 s. 7 d.

La statue fut posée sur un piédestal incrusté de marbre, sur lequel fut gravée une inscription composée par M. de Maiidajors, d'Alais ; cette inscription, qui ne fut point l'expression de la flatterie ( Louis XIV n'était plus), et que Voltaire admirait si justement, doit être rapportée ici :

LUDOViCO MAGIfO COMITIA OCCITAMJE

INCOIXMI VOVERE LX Ui^ULIS SUBLATO POSUERB

ANNO MDCCXVin.

^28 l'LACE DU PEYllOU.

On pourrait la traduire en peu de mots : à Louis-le- Grand , après sa mari* La statae fat renversée le SI Octobre soixante-

qaator/e ans après son érection.

Qiiaranle-six. ans plus tard, la Statue de Louis XIV était relevée sur la place du Peyroa*

Dès 4817, le Conseil général da département de THé* rault en votait le rétablissement. C'était un siècle depuis la mort du grand Roi. Kn conséquence^ on proposa cette inscription pour la nouvelle statue :

A LOUIS XIV CBlfT ANS APRÈS SA MORT , LE CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPAUTEMBNT DE l'hÉRAULT.

Le philosophe de Ferney eût trouvé cette inscription digne de la première. Mais elle ne fut point placée.

Le marché pour le monument de Louis XIV, passé au nom du Conseil général avec MM. Debay, sculpteur, et Carbonneaux, fondeur à Paris, le 30 Septenil ie 1Si5, fut approuvé par le Ministre de l'intérieur, le '6\ Mai Le sculpteur s^engageait à .confectionner » dans l'espace de huit à dix mois , le grand modèle en plâtre de la statue équestre, destiné à être exécuté en bronze, au prix de 50,000 fr. Ce grand modèle devait avoir 45 pieds 5 pouces de haut depuis le dessus du ffabot du cheval jusqu'au sommet de la tête du cavalier. — Le modèle livré au fondeur, celui-ci, de son côté, s'engageait à couler en bronse et à ciseler ce modèle dans les dimensions énoncées, à le faire transporter à Montpellier et à Ty poser sur le piédestal qui lui était des-

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PLACE DU PBTIiOU.

tiûé, à ses frais, périls et risques, dans l'espace de quinze mois, à compter de la iivraLSon liu modèle» et six mois de plus» sHl survenait (quelque accident» moyennant la somme de 150,000 fr. Vint Tan 4830, et les parties contractaalcsû il Vtiieiil piipiûvuii' ni r\c pouvaient considérer la révolution comme un accident.

D'ailleurs les fondations du piédestal étaient alUvrées à Montpellier pour un peu plus de 5,000 fr. , et le Gouvernement promettait de beaux marbres blancs pour le décorer.

Tous les budgets départementaux, depuis 4824, furent donc chargés d'une pai lie do ces dépenses; la ville de Montpellier voulut y contribuer pour 30,000 fr*

En outre» le graveur Barre fut chargé de projeter une médaille pour Tinauguration du monument. Un premier modèle représentait la statue, et, sur son piédestal» deux bas-reliefs montraient Tun Tbistoire , Faotre Paul Riquet soumettant à Louis XiV le plan du canal de Languedoc. Dans un second modèle , les basreliets furent supprimés» et Ton convint» avec le graveur» du prix de 3»500 fr.

La statue fondue et près d'être transportée et placée a Montpellier, le bronzt- de la inéd iille déjà sous \v. balancier» tout» en un mot» prêt pour Térection et Tinaugnration du monument» moins les marbres que le Gouvernement ne pouvait plus donner, la révolution de 4830 éclata : tout change pour Louis XIV comme au jour de sa mort. Les révolutions ont le triste privilège de compromettre les monuments des arts, comme les

hommes qu'ils figurent. Celle do 1830 ne voulut plus de Louis XIV. Elle ne consentit pas môme à solder le prix

de son dexlrier au fondeur-, car le fondeur réclamait, outre uDsoldede 40,000 fr.poarcompléter les 4 50,000 fr. convenus, S5,000 fr. d*indeninité , attendu que le monument avait 2 pieds 'I pouce de plus de hauteur que le modèle. D'ailleurs il avait hébergé ce gigantesque cheval, depuis le premier moment de la discussion. Peu s*en fallut quVn ne le donnât à Tartiste en paiement du loyer. Réflexion faite, on crut tout concilier en faisant couper la tète de Louis XIV et eu y substituant celle de Paul Riquet. Le chef de Paul Biquet sur les épaules du Roi drapé comme T Apollon-du-Belvédère, ce n'était pas très-artistique. MM. Debay et Carbonneauz durent frémir à cette idée. Celui-ci réfugia le cheval et le cavalier dans le jardin de sa maison. Le Ministre ne les ci al {vis assez en sûreté : il offrit de leur faire donner à Tua et à Tautre une place à THôteldes4nvalldes« La ville de Montpellier se montra plus jalouse de la mémoire d'un grand Prince qu'elle avait reou enfant dans ses murs. Elle voulut lui ouvrir ses portes pour la troisième fois en achetant sa statue. Le Gouvernement sanctionna ce noble dessein le 46 Août 4836; la ville se chargea du monument moyennant 30,000 fr. et les sommes qui pouvaient être encore dues au tondeur.

Telleest, en peude mots, Thistoirede la nouvelle statue équestre qui décore la place du Peyrou depuis 4838.

Qu'il nous soit permis, à cette occasion, d'émettre le vœu de voir bientôt reprendre, compléter et réaliser sur cette place le projet des Ëtats provinciaux du dernier siècle !

Les Ëtats de Languedoc avaient adopté le projet dont

PLAGE D13 P£YROU. ' 131

M. le baron de Faugères avait donné la première idée, et qui était de réunir antoor de Louis XIV les grands

hommes en tout genre qui avaient illustré son règne. Des groupes qui devaient orner les piédestaux dont nous avons parlé auraient représenté Condé et Turenne^ Colbert et Duquesne, Lamoignon et Aguesseau , Fi* né Ion et Bossuet. Oq sait que l'Empereur Joseph II, passant par Montpellier» en 4777, frappé de la beauté de cette plaoe, qu'il jugea digne d'une capitale, dit ironiquement ; mais où est donc la ville ? Qu'aurait-il dit s'il eût vu la place entièrement terminée !

En applaudissant aux heureux efforts de nos administrations pour rendre à la place du Peyrou cette magnificence et ce lustre qui lui étaient prorais dès sa fondation, qu'il nous soit encore permis de répéter les belles pa« rôles de Voltaire au baron de Faugères: « Puissent tous les génies qui ont décoré le siècle de Louis XIV reparaître dans la place de Montpellier , autour de la statue de ce Roi y et inspirer aux siècles à venir une émulation étemelle! •

CHAPiflŒ XI.

An 41e triomplie ^ on porle da reyroii*

Cet arc de triomphe fut construit par la ville de

Montpellier , en l'honneur de Louis XIV. Le dessin est de Dorbay \ la construction en fut confiée^ en 1694 , à D'Aviler, architectedu Roi : le monument futentièrement achevé Tannée suivante^ 11 coûta à la ville \ 1,850 liv.;

* Le dessin de Pélératloa , avec le ebiffre de ebaque dimension, signé de D*Aviler , et exécuté en iOOl , est déposé aux archives de la Préfecture de THérault.

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