CHAPITRE XVI
Éeole ( Faculté ) Ae mé^teoine*
Voici un des plus beaux fleurons de la couroune de
Montpellier. Chose remarquable, comme la luinièro s'affaiblit et se perd dans l'espace eu s éloignant de son origine^ de même renseignement médical^ dans cette ville y s*élance et se perd dans le temps en remontant à son principe. Beaucoup plus ancienne que notre École de droit , émule deJ'£coLe de Salerne, l'École de médecine de. Montpellier cherche ses fondements dans les universités juives et arabes. Ces deux nations errantes eurent toujours le privilège de porter avec elles les semences des plus grandes créations : les peuples plus modernes les fécondèrent. Un climat dont la célébrité a fait le tour du iiiuudc ^ une flore dont la ricliebse et les vertus n'avaient pas attendu les progrès de la science pour être secourables à Tinfirmité humaine » attirèrent bientôt deux populations riches et savantes. Dès la fin du Xme siècle, on reconnaît à Montpellier, sous Télément juif et arabe, un véritable enseignement de la médecine. Et il faut bien que son existence soit plus ancienne encore, puisque sa renommée nous est connue en même temps que son antiquité. Bernard, dans une lettre de 4453, nous apprend qu'un Archevêque de Lyon, étant tombé malade en allant à Rome, se détourna de sa route pour venir consulter les médecins de Montpellier. Dans le même siècle, Jean de Salisbury , Évéque de Chartres^ assure que^ de son temps, on ne se
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rendait pas moins en fouleà Montpellierqu^à Salerne, pour
y apprendre la médecine. Il est certain que les disciples d'Aviceane» ou plutôt d'Âverrhoès, vinrent enseigner de bonne heure la médecine à liontpellier, et que leurs leçons y fructifièrent rapidement. Gilles de Corbeil, un des médecins de Philippe-Auguste^ voulant relever le mérite de Richard ^ son contemporain. Professeur en cette École, disait que sans l'éclat qu'elle répandait , la gloire de la médecine serait depuis long-Umps éclipsée. £nfin le moine Césaire d'Heisterbach, qui écrivait au commencement du Xlllm* siècle, et que nous aurons encore ailleurs occasion de citer, disait que Montpellier était la source de 1 art médical.
Favorisé par les Guillems , Seigoeurs de Montpellier, il obtint particulièrement de Guillem VIII une déclaration toute en faveur de son développement. Mais ce fut surtout le Cardinal Conrad, alors Légat du Pape Honorius III, qui lui donna ses premiers statuts, le 46 des calendes de Février de 4220. Ces statuts, qui montrent à la fois la sagesse de celui qui les donnait, le mérite et la pureté d'enseignement de ceux qui les recevaient, qualifiait la Faculté de médecine d'Université, faisant un corps distinct des trois autres Facultés ' . Ses paroles sont remarquables : « La profession de la » science médicale a brillé et fleuri avec une gloire » insigne à Montpellier, d'où elle a répandu la salutaire » abondance et la vivifiante multiplicité de ses fruits
• Je dis trois Facultés, bien que, dans sa bulle do réorganisation, en 1289, Nicolas iV n*ait point fait figurer celle de theolii-ie, et quMl n'ait réuni en Université que les Facultés de médecine , de droit et des arts ou leUres.
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sur les diverses parties du monde. » C'est en vertu de ces statuts ^ que rËvéque de Montpellier avait conservé jusqu^en 1789 un droit de haute direction sur rÉcole de médecine, droit qu il exerçait comme Chancelier ou plutôt comme Conservateur des privilèges de l'Université de Montpellier.
Et qu'on ne s'étonne pas de voir des Évêques, le Pontife de Rome même, à la tète de Tillustre École de cette ville » puisque des prélats et des ecclésiastiques d*un grand nom y étudiaient et y enseignaient la méde* cine, cette science qui, suivant une expression de répoque , est une création du Très-Haut et que le sage ne saurait dédaigner**
Les statuts du Cardinal Conrad furent complétés en 1240, de l'assentiment de tous, par Pierre de Conques, prieur de St-Firmin^ le franciscain frère Hugues et les plus sages de la docte Université. Depuis, TÉcole de médecine de iMonipclliera cLé croissant en prospérité et en gloire. Sa doctrine progressant avec les siècles , n'acceptant que les pures émanations de la science, fidèle à son origine, a traversé les temps , comme la source de la roche arrive au jour saine de toute impureté étrangère. Voilà pourquoi Pontifes, Prélats, Princes, Seigneurs , Consuls, s^unissentàTenvi pour perpétuernilustration d'un enseignement auquel ils ont foi. Voilà pourquoi les Papes et les Rois veulent auprès d eux des médecins de
^ V. THist. de la Commune de Montpellier; par U. Germain, t. III, p. 78.
< Préambule des statuts du Cardinal Conrad.
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Montpellier S et qu'Urbain V fonde auprès de cette École
le Collège de Mende ondes Douzt Médecins, en faveur de boursiers de son pays natal. Voilà pourquoi enân nos Docteurs ne se glorifient pas sans raison du nom de la ville qui leur donna la science, et qu'ils sont accueillis dans toutes les Cours et dans toutes les contrées de i'£urope comme des hommes qui savent à la fois sou* lager et consoler.
II ne suHiiait pas à l'hisloire de FÉcole de médecitie de Montpellier, si nous entreprenions de la faire, de parler de sa célébrité universelle, ii faudrait aussi nommer ses illustrations médicales; mais, bien que nous regrettions de ne pouvoir remplir une partie de ces pages des noms des savants professeurs qui ont enseigné avec tant de succès l'art de guérir k la jeunesse studieuse de toutes les parties du monde, et qui ont fourni les premiers médecins d'une longue suite de Rois , encore que nous devions consacrer spécialement un cbapitre à la biographie, nous ne pouvons arrêter notre plume prête à signaler ces hommes qui ont illustré renseignement médical ou TÉcole de Montpellier depuis ses premiers jours jusqu'aux nétres : les Guy deChauliac, les Arnaud de Villeneuve, les Jean de Tourncmire, les JouIk tt, les Rondelet, les Belleval, les Ranchin, les Saporta, les Magnol, les Chicoyneau, . jesLa Peyronie, les Fizes, les Yieussens, les Haguenot ,
• Entre autre les Papes Clément V, Urbain V; les Rois Philippe- Auguste, François I«-r, Louis XIV, Louis XV, etc. Il faudrait citer les noms de tous les liuis de France, s'il s'agissait de rappeler la proieciioD et les faveurs quMls accordèrent à notre École, a nos professeurs, a nos nuédecins.
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les Gouaiiy les Berthe, les Broussonnet » les Barthez »
les Fouquet, les Baumes, les Dumas, les De Gandolle , les Prunelle, les Vigarous, les Bérard, les Delpech, les Lallemandy les Dugès» les Dabrueil, les Gaizergaesy enfia la personnification vivante du professorat actuel, Lordal.
Mais il ne suffirait pas d'avoir cité ces noms sirecommandables auprès de la science officielle de renseignement, il faudrait encore, si notre cadre nous le permettait, i^j niter à ces noms des maîtres de Tart ceux de ces hommes dont le souvenir n'est pas moins cher à rhumanité souffrante. Dortoman, Rivière» Gauteron, Gondange, Nîssole, Lamorier, Lafosse, Petiot, Boucher, Bourquenod , Fages , Chrestien , Serres , et beaucoup d'autres que nous regrettons de ne pouvoir nommer, ont formé, en effet, à côté de TÉcole officielle, et indépendamment du professorat, une École pratique aussi célèbre que la première, et ont répandu, sur tous les points du globe, les salutaires et féconds préceptes de renseignement médical de notre ville* Car l'Espagne , le Portugal , Tltalie , T Allemagne , r Angleterre, le Levant et le Nouveau-Monde, ont toujours eu, et ont encore, dans ces deux Écoles, de nombreux représentants.
Pénétrons dans le temple moderne d'Esculape , et disons d'abord un mot de ses origines, il fut élevé par le Pape Urbain V, ce bienfaiteur de notre cité, dont le nom se présente si souvent sous nos yeux. Bâti pour un monastère de Bénédictins S il fut en même temps lasile
^ La première pierre (je Tédifice fut posée solennellement le Ur Octobre 1804. Urbain Y vint lai-m6mele bénir le 14 Février 1307.
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de la science, disons mieux des études libérales , parmi lesquelles le droit occupait une large place ^. En 1536, le siège épiscopaL de Maguelone fat transféré à Montpellier. Les chanoines et les moines farent sécularisés. La chapelle du monastère St-Gcrmain devint la cathédrale de Montpellier sous le vocable de S^-Pierre; le cloître fat transformé en palais épiscopal, et Guillaume Pel licier, cet illustre pasteur à qui Ton doit cette métamorphose, fut le premier aussi des Évùqucs de Montpellier qui occupèrent le vaste édifice. Cet homme, si^ éminent dans les littératures hébraïque, grecque et latine, devait porter bouheur à l'enseignement qui a pour maître Avicenne, Averrhoès, Uippocrate, Galien. Aux Ëvéques de Montpellier sont dus plusieurs modifications et embellissements du palais épiscopal , aujourd'hui École de médecine. Je ne citerai que le magnifique vestibule, le grand escalier qui conduit à la bibliothèque, et le pont ou arceau qui mit la nouvelle entrée du palais de niveau avec la rue St-Ruf. Ces ouvrages sont dus à rÉvèque Berger de Charancy, successeur de Golbert, quelquefois appelé grand, et qui aurait mieux mérité ce nom , s'il n^avait pas lutté pendant un demi-siècle h la téte du Jansénisme.
M. De Malide fut le dernier Évôque qui habita l'ancien monastère bâti par Urbain V*. Son palais devint
L'Éeole de médecine était alors placée dans le loeal occupé aujourd'hui par r£cole de pharmacie, près de l'église St-Matthieu.
t LesEvéques de Montpellier qui logèrent dans ce palais depuis 1536 , après Guillaume Peliicler ( Junior ), sont Antoine de Subjet, 1573 ; Guitard de Hatte, 1506; Jean Granier , 1603 ; Pierre de Feiioillet, 1607; Rainaud d'£st (nommé seulement ) 1053; François de