‹ Montpellier; tableau historique et descriptif, pour servir de guide à l'étranger dans cette ville et dans ses environsChapitre 3 sur 52 · L.'iyiuzuu Dy LiOOgle · texte numérisé non relu

L.'iyiuzuu Dy LiOOgle

cette ville aurait existé primitivement dans la |)1aiae et au bord du Lez, non loin duPont-Juvcnal, d'oii, afin de se garantir, soit de Tinvasion de la rivière , soit des incursions de Tennemi » les habitants se seraient ensuite retirés vers le monticule situé en face, versus montem pulsi, La ville, ainsi transférée, aurait alors échangé contre le nom de Montpellier , qu'elle porte aujourd'hui sur la colline, le nom d^AgathopoUs qu^elle avait autrefois dans la plaine *.

Pourquoi, dit-on, le nom de Montpellier n'adopterait pas pour parents les deux mots, mons et populus, mont du peuplier y de cet arbre qui devait se plaire sur la colline où la ville est bâtie, et qu'on retrouve encore dans les environs ? Du moins, ajoute-t-on, c'est de cette manière que le nom de Montauban a été composé. On sait, en effet, que cette ville a été de même élevée sur une colline boisée où abondait Tarbre qu'on appelle aube , en latin aWa : des deux mots mons et alba on a fait celui de Montauban. — Mais , chez nous , cette étymologie ne paraît pas plus heureuse que les autres, parce qu'il faut toujours supposer que l'essence du peuplier était abondante sur notre montagne, et que des suppositions ne sont pas des preuves.

Ne serait-il pas arrivé ici ce qui arrive presque toujours dans les investigations de cette nature? Ne cherchons-nous pas loin ce que nous avons, pour ainsi dire, sous la main?

Si l'on fait attention à la nudité de la montagne sur

» Consultez rexcellente Hittoirede la Commune de Montpellier, par A. Germain-, p. y.

mSTOIRE. 7

laqaelie Montpellier a été fondé » nudité qui est le caractère de presque toutes les colUnes et montagnes

voisines ; si Ton réfléchit que la tradition nous a fait connaître que la colline de Montpellier n'était boisée qu'en partie iors de rétablissement de la ville; qu'il a fallu alors la dépouiller de sa verdure et de ses bois; que cette roche aride, pelée, suit jinr sa propre nature, soit par suite des constructions qui prirent la place des foréts> a été effectivement appelée par d'anciens auteurs mons petrosus , comme nous l'avons vu ; que cette désignation de montagne pierreuse S dégarnie, en un mot» de mom pelé, se traduit, dans Tidiome du pays , par mont pék^, expression qui, à une Vurre différence d'orlographe près , apportée néeessairemcnt par le temps, est la mémo que rancicn nom de la cité, Montpeylat^ d'où dérivent toutes ces appellations de basse latinité que nous avons citées , on conviendra peut-être qu'il ne fiiut pas espérer de trouver ailleurs des raisons plus naturelles, si les nôtres ne sont pas assez, satisfaisantes, pour expliquer Tétymologie du nom do la ville de Montpellier. — Mais c'est trop nous arrêter sur un objet qui no peut intéresser toutes les classes de lecteurs.

Bien (pie Ricuincùtdonné Montpellier en fief, vers 900, à un gentilhoDime du pays nommé Guy, ou Guillaume, il réserva pour TégUse de Maguelone la possession im* médiate de Nontpellieret. Ce Guillaume, nous l'avons dit, l'ut le premier des Seigneurs qui, conservant le

1 I.a qo&l I Ocation de pi$rreuie a fourni, indépendamineRt du nom de JlfonlpcyroudT, commune peu éloignée de Montpellier , le nom de la place célèbre de cette ville, le Peyrou.

8 flISTOIRE.

même nom, possédèrent le fief de Montpellier pendant plusieurs siècles , jusqu'au moment où cette seigneurie passa en dot dans la maison d'Aragon.

Sous prétexte iVoier toute retraite aux Sarrasins dans la Gotbte ( c'était le nom que les Français donnaient au Languedoc), Charles Martel fit démanteler, en 737, plusieurs villes, notamment celles de la côte, parmi lesquelles était Maguelone : elle lut ruinée entièrement^ à cause de sa situation au milieu des eaux; son église seule fut conservée. L'Évêque et son Chapitre se retirèrent à Substantion , ville bâtie près de la rivière du Lez^ à une lieue N.-Ë. de Montpellier.

La ruine de cette lie fut une des sources de Taccroissement de la populat ion de Montpellier, comme Tabandon et le délaissement de Substantion, trois siècles plus tard , ajoutèrent encore à son importance et à sa prospérité; en sorte que, de ces événements, de la fuite des \isigoths devant les Sarrasins d'£spagne, du commerce et de rindustrie^ de la combinaison de tous ces moyens , les deux villages ou bourgs voisins, réunis en une ville considérable*, acquirent bientôt, sous le nom de Montpellier, un rang distingué parmi lél villes de la Gothie. A la fin du X»* siècle, la cité jouissait d'une certaine réputation.

Les successeurs de Guillaume ^ reconnurent pour

1 Montpellier s*éteiidait depuis la porte du PUa-St^ly Jasqu^à la porte de Lattes,

* Quelques auteurs ont dit que les Seigneurs de HoDtpeilier prirent le titre de Camie, Hais II serait difficile de trouver cette qualification dans les anciens documents. ( Gonsultex, sur les Gulllems, Seigneurs de Montpellier, le Hinwireût M. Ferd* Pégat, dans les publicaiiousUe la Société Archéologique de cette ville, 1. 1, p. 293.)

BISTOIIIE. 9

suzerain le Comte de Toulouse; mais Guillaume V se constitua, ea 4090, vassal de TEvéque do Maguelooo, avec lequel il venait d*avoir des démêlés Irè^vifs.

Il est boQ de se faire ici une idée des deux justices différentes qui s'exerc;aieut alors à Montpellier. L'une appartenait à rÉvéque dans Montpellieret, et s'appelait la Rectùri» ^; Tautre» la cour du BaiUy ou BayU*^ appartenait aux Guillaumes, Seigneurs de Montpellier. Lorsque cette ville fut réunie à la couronne, les Uois de France laissèrent subsister ces deux justices. La rectorie fut appelée ]part antique , comme étant la première et la plus ancienne acquisition qu'ils avaient faite dans la seigneurie de cette ville. Ces justices n^éprouvèrent de changement que sous Henri II , par l'édit du mois de Janvier 4551 , qui institua les Présidiaux.

Pendant que les Guillaumes possédaient la seigneurie de Montpellier, durant deux siècles et plus, la ville fut ravagée par des pestes, par des guerres cruelles et d'autres calamités; mais l'afiluencc des étrangers que son commerce attirait, la célébrité de son Collège de médecine, bâti par un de ses Seigneurs dans le Xii">o siècle, la doctrine des Arabes qu'on y enseignait

1 Oatre le logement dont TÉvèque jouissait à Maguclonc, il avait à Montpellier un palais qu^on nommait la Salle de VÊvéque , OÙ 11

recevait les l'rinces et les étrangers de distinction , et où loi^'rnîent son ofUcial et ses oflicicrs de justice. Celédiin > «'tait situé dans la partie de la ville qu'on appelle à présent Vîle de L'Oratoire, Il fut détruit en 1508 , pendant les guerres de religion .

* La Cour du Bayle siégeait dans un local qui fut eosuitc réuni à PHôtel de Tlntendance de la proviuee de Languedoc, aujourd^bul m6tel de la Préfecture de PHérauU.

fO HISTOIRE.

et qui était florissante à cette époque, réparèrent une partie de ses malheurs. — Elle fut entourée de nouvelles marailleSy à la fia du même siècle, par Guillaume Vlli.-"- Un autre Guillaume protégea rétablissement de l'École de droit, créée en 1160. Suivant le Petit Thalamus, manuscrit précieux déjà cité. Maître Pierre Placentia, ou plutôt Piacentinus ' , le premier professeur en droit à Montpellier, y mourut le douzième jour de Février de L'auDée 1192. Azo, sou compagnon et son ami, qui fut le maitre d'Accurce, fut désigné pour lui succéder.

Diverses vicissitudes se rattachent à la biographie des Guillaumes : elles n occupent pas une place assez considérable dans Thistoire pour être rapportées. L'un d'eux, Guillaume Yl, ayant été chassé par les habitants, les fit excommunier par le Pape Innocent II , et finit par rentrer dans la ville, après un long siège et avec le secours du Comte de Barcelone.

î PUcentin» le vrai créateur de PÉcole de droit de Montpellier , fui regardé comme la lumière de son siècle: il était si fort aimé et

considéré, que Guillaume, fils de Maihilde, Seigneur de Montpellier, voulut assister à ses funérailles. Les jurisconsultes et les étudiants en droit célébrèrent depuis l'anniversaire de sa mort dans le couvent de Ste-Eulalie, au-devant de la Merci , hors de la porte du Peyrou, où Pon faisait les leçons publiques et les exercices du droit, avant qu'on les fît au Collège de Ste-Anne. (Voyez, sur riaccntin, la Notice de M. J. Casteinau, dans les Mémoires de la Sœ. ArchéoL de Montpellier ^ t« I, p. 471.)

Azo , ou> comme on rappela dans la suite, le grand Azo» lui succéda dans renseignement du droit* On sait que celui-ci mourut à Bologne, où il était retourné après avoir enseigné, à Montpellier, pendant dix ans, et presque en même temps que Placentin. Guy* Pape ( dans le 08e livre de ses Conseils } appelle Azo la trompette de la vérité.

Nous parlerons, dans le chapitre qui traitera de i Administrai ion , des anciennes coutumes, liberiii et franchisa de Moalpeliier. — Ce n'est que vers le commencement du XIII.»« siècle ( 1204 ) qu*on trouve l'éta-

blissenieiil des Consuls de la ville, d'abord au nombre de douze y puis réduits à quatre, et plus tard portés à six.

En Juillet 1204, Pierre II, Roid^Aragon, épousa Marie,

fille unique du dernier Guillaume, huitième du nom, qui lui apporta en dot la seigneurie de Montpellier. Ce Roi prêta serment de fidélité à TËvéque de Maguelone, . et lui rendit foi et honiui.mo pour ee fief. En l.i même année , le 45 Août, il donna la grande charte de Mont» pellier, c'est-à-dire qu'il approuva les statuts et coutumes des habitants de Montpellier, et confirma les privilèges et libertés dont ils avaient joui sous les ancêtres de la Reine sa femme. D'autres actes de confirmation, avec extension de privilèges et de droits, furent concédés, à tliUci entes épotiues, en faveur des habitants de la ville par les successeurs de ce Prince.

Jacques I«r, son fils, joignit le royaume de Majorque, qu^il conquit sur les Sarrasins , h la couronne d'Aragon et à la seigneurie de Montpellier que lui avait laissées son père : celui-ci eut deux fils ; il donna au plus jeune Majorque et Montpellier qui, de cette manière, passa entre les mains de la famille du Uui de Mcijurque.

On voit, tlans le siècle où nous sommes arrivés, Montpellier soutenir, augmenter, étendre le lustre qui Tenvironnait ; des édifices majestueux s'élèvent dans son enceinte; de nouveaux temples chrétiens y sont construits et consacrés, d'autres sont réparés; le culte

1SI BISTOIftE.

catholique compte, parmi les plus considérables, ceux de iSotre-Dame-des-Tables % des Frères-Mineurs, de St-Firmin, de St-i>eQis» monuments que le temps et les hommes n'ont pas respectés; ses institutions se maintiunocMt en se perfectionnant ; son commerce est favorisé par les Hois de France, aliuienté par de riches Israélites» et prospère en paix à Tombre des traités passés entre les habitants de Montpellier et les citoyens de Gênes, Nice, Pise, Toulon, Hyères, Antibes. — L'étude des sciences y est florissante : le Pape Nicolas IV . y établît une Université en 4292.

Dix ;iiis <niy)aravant , le Roi de .Majorque avait fait hommage au Koi de France de la souveraineté de Montpellier. £n 4292 fut consommé l'échange projeté depuis long-temps entre rÉvéque de Maguelone et le Roi de France. L*Évêque Bérenger de Frédol céda au Roi Pbilippe-le-Bel la partie de la ville lui appartenant en propre, appelée Montpellieret , et, en outre, tous les

1 Celte église, qui était probablement la plus ancienne de Montpellier, port n i t d'abord le nom de S^^-Marié^MonipeUierj Ecelesia S, Mariœ de Moatepêssulano* Dans Tacte de serment de fidélité de Pierre II ( 1204) , TégUte Kotre-1>ame est appelée Eccleiia heatm Mariœ de Tàbuliê, Poar avoir une Idée nette de cette dénomination, Il faut savoir que cette église était désignée (voy. le PetU TkàUmus) sous le nom deiVoKra Damdélae Téovla$(tàble$). En etfeC» les changeurs avaient leurs tables auprès de TégUse. An rapport de Gariel, ces traliquaiits élaicnt dans Pasage de lever sur leurs tables ou comptoirs, après ia tenue de leur foire, un impôt qu'ils appelaient le denier de Dieu , et qui était destiné à Tcntreticn du temple. Nous parlerons ailleurs de cette ancienne église , sur laquelle on peut aussi consulter les Mémoires de J.-P. Thomas. Montpellier, 1827, in-8'>.

droits qu'il avait sur l'autre partie* Il reçut en échange la baronnie de Sauve , le château de Durfort, SM^roixde-Fontanès, et la partie de la seigneurie de Poussan, qui dépendait du Roi, Ces différentes propriétés restèrent jointes à la mense épiscopale.

La célébrité attachée au nom de Montpellier, les trésors que le comuierce avait amassés dans son sein, sa population active^ industrielle, florissante, étendant de plus en plus ses relations avantageuses dans les pays étrangers, avaient dès long-temps inspiré aux Rois de France le désir ardent de réunir cette ville à la couronne* Déjà Phîlippe*le*Bel avait acquis la partie nommée Monlpellieret : le Hoi de l raiu ( a vait des droits à faire valoir sur Tautre partie. La situation précaire du Roi de Majorque, alors en guerre avec le Roi d'Aragon, et an moment d'aller recouvrer son royaume , dont il ne possédait que le titre, était une occasion iavoiabic pour Philippe Yi. Effectivement, après une possession de cent quarante-cinq ans de la seigneurie de Mont- {)cUier, dans la uiaisun des Princes d'Aragon, Jacques 111, Roi de Majorque, de la branche cadette des Uois d'Aragon, aliéna la ville et la seigneurie de Montpellier (qui était alors une haronnie ) à Philippe-de-Valois. L'acte est dn mois d'Avril 4349. La seigneurie vendue, et contenant sept mille feux, fut, avec la chàtellenie de Lattes, achetée cent vingt mille écus d'or.

Nous remarquerons que, vers ce temps-là, Montpellier

jouissait d uuo telle réputation, et devait avoir accumulé

tant de richesses, qu'on le désignait souvent par cette

expression : Port très-fréquenté de la France, ou de la

mer Méditerranée^, S'il faut en croire le rabbin Benjamin Tudèle, les Orientaux ^ les IduméenSi les Ismaélites , les Égyptiens , les gens de tontes sortes de pays et de langues, ne fréquentaient Muul[)ellier qu*à cause de ses marchandises. Froissart convient, dans sa Chronique, à roccasion du voyage en Languedoc du Roi Charles VI , que les habitants de Montpellier lui hrent des présents si riches , qu'ils ressemblaient plus à la magnificence d*un Roi qu'à celle de simples bourgeois.

Ici nous devons place aux bienfaits dont Montpellier fut redevable à Til lustre Pape Urbain V. Ce vertueux Pontife * y qui» après avoir suivi la règle de S^Benolt, à Montpellier, après y avoir étudié la rhétorique et la philosophie, et y avoir professé d*une manière dislinguée, siégea sur le trône de Pierre de Tan 1362 à Pan 4370, conserva pour cette ville un attachement qui dura toute sa vie. Entre autres témoignages de reconnaissance pour les habitants, il les exempta de comparaître en justice hors du diocèse de Maguelone , lorsqu'ils seraient cités par lettres apostoliques ou par des Légats (1362); il leur confirma ini-iiièine le consulat do la ville; interdit de les excommunier sans cause juste et raisonnable; défendit toute contrainte dans les clauses testamentaires, et ordonna toute liberté à cet égard ; prohiba Padmission des enfants à T ha bit de religion sans la permission de leurs parents on de leurs tuteurs ( 4362) ; excommunia tous les routiers qui ra-

1 YùY. el-après rarltele Conmêreê.

* Son frère, le Cardinal Anglic de Grtmoard, partagea la prédilee*

lion decc Pontirc i>our Montpellier; il y fonda, en 1308, laCoUégiulc de St"Ruf qui s'est perpétuée jusqu'en 1770.

vageaicnt alors Je pays, et protégea les voyageurs contre leurs insultes et les prisonniers tombés en leurs mains (4363] ; en 4364, il recommanda au Duc d'Anjou, fils du Uui de France Jean-le-Bon, les habitants de Montpellier comme de bons sujets de la couronne et comme les pariieuliers enfanté qu'il affeeiiùnnaU y lui demanda de ne pas permettre à ses officiers de les tourmenter et de les écraser d exactions (1364), et ce n'est pas la seule recommandation que nous trouvons dans ses bulles On voit encore, dans nos Archives municipales % uncertiûcat du trésorier du Pape, de plusieurs paiements faits par les Consuls de la ville, pour les bâtiments et les travaux qu^Urbain Y faisait élever et exécuter a Montpellier ( 1367 ).

Urbain y, dit le vieil historien Gariel, se plut à faire à Montpellier toute sorte de biens et d'honneurs. Il confia l'administration du diocèse de Maguelone à un homme sur lequel il pouvait bien compter, et qu'il connaissait depuis long-temps , à rÉvéque Gaucelin II, et, en même temps, il affranchit l'église de Maguelone de l'impôt do deux mille florins d'or que cette église payait au Pape et à la Chambre apostolique. Déjà le même Pape avait allégé un tribut analogue que les habitants de Montpellier payaient à TÉglise depuis le pontilicat d'Honorius 111 ^

1 Arcb. mitnicip. de Monipellier, armoire A, caieiO, HiMe i; arm. Fl, case 5 , liasse 5.

* Arm. F , case 7, do 48.

> Deux marcs d*or équivalant à SO livres tournois , ou à 181 florins d^or de Florence , qui représenteraient 1,000 on 1,S00 fr. d'aujourd'hui , et 6,000 fr , si Pou multipliait ccUc valeur iulrinsèquc pur le pouvoir <ic l'argent a la ûn du Xilime siècle.

Le Pape Urbain, continue Gariel avait fait ledessia d'une ville nouvelle. Il voulait rendre inexpugnable le plus agréable verger des sciences , en le défendant par une enceinte de fortes maraîUes , ensuite accrottre sa prospérité commerciale en le faisant communiquer avec la mer par un canal qui aurait débouché dans l'étang de Lattes. Ce projet, dont on voyait encore le tracé au XM^e siècle, resta sans exécution.

Les anciennes fortifications de Montpellier remontaient au commencement du XUi»e siècle. £n i%Ùk, Pierre d*Âragon et Marie sa femme avaient permis qu'une enceinte de murs fût élevée sous la direction de douze probes. En 4S5âl, on décida de creuser des fossés autour des barris ou faubourgs. Mais les fossés étaient insuffisants pour garder les faubourgs, et les vieux murs étaient également insuffisants pour défendre la ville. Urbain Y voulut faire élever à ses frais des fortifications nouvelles. On s'y mit des deux bouts en 43G6,dit Tancien historien. De sorte que, lorsque Urbain Y vint à Montpellier, à la tin de la même année» ces belles murailles s'étendaient de la tour de la Bab&te ( près de la porte de la Sa une rie ) jusqu'à la tour des Carmes. La mort du Pape arrêta les travaux ; les guerres de religion détruisirent ceux qui étaient déjà faits.

Charles Y céda, en 4365, à Charles II, dit le Mauvais, Roi de Navarre, la baronnie de Montpellier, en dédommagement des châteaux de Mante et de Meulan, et du comté de Longaeville, qu^il lui avait enlevés en Normandie.

1 Jdéê de la viUe d$ MatUpeUier, pp. 79, 154 , etc.

Nous ]>'exposeroas pas aux regards du lecteur le tableau du passage des eomjMi^te^ éirnngirei qui

désolèrent le pays : cette triste période occupe les trois quarts du X1V™<> siècle. Montpellier vit alors ruinés , démolis» ses faubourgs et ses églises.

Le Roi de Navarre prit possession de la ville au coiimionccment de Tan 1365. Il n'en jouit pas sans interruption. Souvent enlevée et rendue, reprise diverses fois pour cause de félonie, elle rentra définitivement au pouvoir de Charles VI en 4982 ; et , depuis cette époque , la ville de Montpellier n'a plus été détachée de la monarchie française.

Un fait assez singulier se présente à la fin de ce siècle : c'est la révocation d'une amende de cent marcs contre ceux qui avaient fait charivari , attendu qiïelle éiait coiUraire aux privilèges de la viUe eiàla poisessim «mméfimialê de faire de tels ehartmirii, De pareils faits caractérisent les mœurs du temps *.

La fin du XiVm» siècle fut frappée d'épidémies et de grandes mortalités : on fît des vœux, on éleva des églises. — La ville resta presque indifférente k la guerre des Albigeois; du moins les fureurs des Croisés ne Tatteignirent point. — Le Tribunalderinquisition s'y établit avec peine : les Consuls de Montpellier refusèrent même , au commencement du XVme siècle, de prêter serment, à rinquisiteur. Ce Tribunal s'essaya sur une prétendue

* Un arrfil du Conseil , du 10 Août 16Ô1 , défend do faire aucun eh$f d$ jeu/Mue ( eap dé j&upén ) ni eharivariê , tout peine de punitton corporelle.

sorcière , c'est-à-dire sur une véritable hérétique , Gatheiine Saave ' « et lut aboli pea de temps après*

On a dû remarquer jusqu'à présent, et malgré la réunion à la couronne, avec quelle constance la cité avait cherché X dans toutes les occasions , à maintenir Tindépendance de ses droits. £n 1 438^ elle fit confirmer ses privilèges par le concile général de Bâle. — Un siècle auparavant, Philippe IV, par ses lettres-patentes du 4«r Juillet 4342> voulut que les habitants de Montpellier jouissent des privilèges de la noblesse de Languedoc» et ne contribuassent que libéralement aux fiais de la guerre. — En 4464, Louis Xi exempta la cité du droit de fief et d'amortissement , conformément è la charte de 4S34 , de Jacques » Seigneur de Montpellier. — En 4483, les étrangers qui viennent s'y établir sont affranchis de toute contribution.

Il fallut, à la fin du XV^e siècle, accorder cinq deniers sur chaque quintal de scL qu'on vendait dans la ville , pour être employés à ses fortifications. Les lettres du Roi Charles VllI, expédiées à cette occasion , le 30 Mars 4 495, attestent que Montpellier était auparavant peuplé de 3 à 4000 feux. Ou reconnaît là sa splendeur déclinante.

A cette époque, la ville semble, en effet, avoir perdu

de rimportance que son commerce et sou industrieuse activité lui avaient acquise dans les siècles précédents. Serait-ce parce que les circonstances auxquelles elle

* Voy.) surceue h6rîiicrc du calharisme, un intéressant mémoire de M. A. Germain, dant le Recueil de l'Académie des $eiMce$ êt l$ttr$$ dê MimifûUiiTf seciion des lettres 9 p* 530.

BISTOIRS. . 49

devait sa fortune n'étaient plus les mômes; que le négoce avait trouvé d'autres débouchés, d aufcresentrepôto» et; bientôt après, d'aatres sources de richesses avec la conquête du Nouveau-Monde? Car telles furent aussi les causes de déclin qui sapèrent les fondements de la prospérité et da commerce de bien d'autres villes , et notammentdes riches et puissantes cités de la péninsnle italienne. — Montpellier ne paraît reprendre, au siècle suivant, une place célèbre dans Thistoire que par ses malheurs, et par les funestes alternatives et les vicissi* tades d'nne longoe latte entre deux coites qui ne devraient inspirer qu'amour et charité.

Au commencement du XVIb» siècle, Montpellier possédait une Cour des Aides, une Chambre des Comptes, un Hôtel des Monnaies, une Universiti' fameuse : son commerce, quoique plus restreint, s'étendait encore assez loin; la ville comptait déjà plusieurs monuments publics et beaucoup d'églises. Le siège ëpiscopal de Maguelone fut transféré à Montpellier en 1536. La doctrine de Calvin y fut introduite en 4559.<*-C'est bientôt une guerre de rivalité : les deux partis ont tour à tour part aux défaites , aux: succès. La ville est un théâtre de sang et de ruines : les temples, los églises sont démolis; le fort Supierre est renversé ( 4 567 ). Les protestants s^emparent de la ville sous Henri III; une espèce de république, ou plutôt uii mélange démneratico-oligarchique s'y établit. Du moins une pensée consolante surgit au milieu de ces horreurs : Montpellier reste pur du sang protestant dans la fatale nuit delà S»-Barthélemy.

Henri II, en instituant le{Pré$idial en 4554, comme nous l'avons dit précédemment, supprima les deux

justices de la Baillie et de la Rectorie, il créa en même temps une charge de Viguierqm réunit toute Tautorité et la ootnpétence des deux autres charges. Mais la police fut toujours exercée par les Consuls. En la môme année, ceux-ci acquirent du Roi, au nom de la ville, Taliénation de tous les droits seigneuriaux. D'un autre côté, le Maréchal de Damville, Lieutenant-Général en Langue^ doc, fit procéder, en 4574, à la nomination des Consuls de Montpellier |M»tir le sertnce du Rai, mais 9an$ préjudice des dr&Us et privilèges du camukU, et des protestatims des anciens Consuls.

Les protestants, de nouveau maîtres de la ville, 4a firent fortifier, par des bastions et d'autres ouvrages, en 4 624 • Louis Xllf vient en personne Vassiéger : le siège, commencé le 3 Août 1622, est long et meurtrier; la ville se rend le 49 Octobre; les fortiûcatious sont démolies, et le Roi fait son entrée solennelle, le SO, par la porte de la Blanquerie.

Pour maîtriser les habitants, il fit construire la citadelle qu'on voit aujourd'hui et qui sert de caserne* Les agitations excitées par ces longs et violents orages se calmèrent enfin : la ville soumise se prépara en quelque sorte, par des années de paix et de repos, au siècle brillant de Louis XIY K

Mais elle essuya d'ailleurs d'autres calamités : il suffit dénommer la grande peste de 4629, qui dura dix-neuf mois, celle de 4640, et le froid extraordinaire de 4709, qui fit périr les oliviers et les autres arbres. La glace des rivières eut jusquà \i ei 45 pieds d'épaisseur : on

1 Ce Prince vint à HontpttUer le 5 Janiier 1650.

]iiSf01RE. îl

De recaeiiUl de T huile à Monlpeilier, après cette catastrophe, qu'en 474 ô.

Toutefois , dans les XVIln» et XVIII»* siècles, la ville reçut un nouveau lustre des embelUssemeuts que Tart et Tutilité publique firent élever dans son sein : tels furent la place du Peyrou; l'arc de triomphe, qui sert, pour auisidire, d'entrée à cette inagnifique place; Timposant ac{ueduc qui soutient et porte à Montpellier, dans un trajet de deux lieues, les eaux de la source abondante deS*-Clément; la promenade de TEsplanade, et d'autres constructions dont nous aurons occasion de parler plus amplement.

Avant la révolution de 4789, Montpellier avait repris,

dans Tordre politique, une partie de Timportance à laquelle durent contribuer ses richesses, sa position, son commerce, l'étude florissante des sciences qu*on y cultivait , et les circonstances qu'on a déjà pu apprécier. Cet éclat, Montpellier en fut aussi redevable aux États de la province de Languedoc. Ils ne s'assemblaient d'abord que par sénéchaussée ^ : ils furent ensuite autorisés à se réunir constaminent en États-Généraux. Leur réunion avait lieu tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, mais souvent à Montpellier. Cette ville fut définitivement choisie pour le siège de leurs délibérations, et les États de la province s'y sont assemblés, sans interruption, depuis 4736 jusqu'à leur extinction en 4789.

Montpellier, chef-lieu de la généralité du Uas-Languedoc

* Louis Xin avait érigé la charge de Sénéchal de Monlpellicr, le 7 Août Ifrii; iJrécédeTnmeni, la viguerie de Montpcliier dei)endait de la séaéchausséc de Bcaucaire ei Kiines.

et de la sénéchaussée de son nom , avait donc , h cette dernière époqae, une €our souveraine composée d'une Chambre des Comptes, réunie, par des édits de 4629 et de 4648, à une Cour -des Aides; un Siège Présidial, auquel avait été joint, en 4759, le Petit-Scel établi par Philippe-le-Bel; un Bureau des Finances; un Hôtel des Monnaies; une Université composée de quatre Facultés, de théologie, de droit, de médecine et des arts, dont rËvéque était Chancelier ^ et qui florissait dans le Xlln* siècle ; plusieurs Collèges ; une École de chirurgie ; une Académie célèbre des sciences.

Elle était le siège du Gouvernement et de l'Intendance de la province de Languedoc, et de FÉvèché qui portait le nom de la cité.

On compte plusieurs conciles tenus dans cette ville. Le Gallia Ckristiana fait mention de ceux de 4434, 4269, 4303, 4B24 et 4339« Mais ordinairement on ne cite que les conciles provinciaux de 11G2 cunU e l'Anti- Pape Victor; de 4 4 95 sur la discipline et pour déterminer la guerre contre les Sarrasins ; de 4 24 4 sur la discipline ; de 1215 où Simon, Comte de Montfort, fut déclaré Comte souverain des terres dont il avait chassé les Albigeois; de 4224 dans la cause du Comte de Toulouse, protecteur de ces mêmes Albigeois; de 425^ sur la liberté de TÉglise.

Montpellier possédait encore, dans le dernier siècle, un grand nombre d'ordres religieux, d'hospices, de

confréries il'liommes et de femmes. Le Comte (luidon fonda dans cette ville l'Ordre des Hospitaliers, dont le premier Chapitre général se tint en 4032. 11 y avait aussi le Grand Prieuré de S^lazare de Languedoc,

qui comprenait la Provence, le Dauphinéy le Qaercy,

le Périgord, la Gascogne et la Guyenne.

MonlpeLiicT portait pour anciennes amoines : d'azur à une Vierge de carnation^ habillée de ffueule$, ayant un manteau d'azur, tenant TEnfant Jésus, aussi de carnation, accosté, en chef, d'un A et d'un M ( Ave Maria ) en caractères gothiques d'argent ^ , appuyant ses pieds sur un petit écusson d'argent avec un tourteau oubezan de gueules, et le tout enfermé pi^r une bordure ou trescheur fleuronuée aussi d'argent , entouré en dehors de ces mots : Virgo nMer fialunt ora ni nosjuvei amni harâ.

Le tourteau de gueules en champ d'argent est Técu des armes des Guillaumes, anciens Seigneurs de Montpellier. — On trouve dans les livres plus modernes

Téeu des armoiries de la ville, accolé de deux palmes de sinople, unies par leurs tiges d'un lien d'azur*

Lorsqu*en47901a France fut divisée en départements^ Montpellier fut désigné pour être le chef-lieu de celui

de THérault.

Cette ville, peuplée de 50000 âmes , est aujourd'hui chef-lieu de Division militaire ( 40« ) , de Cour impériale,

de Préfecture, d'Évôché, d'Académie. Elle est le siège de Tribunaux de première instance et de commerce , d'une €hambre et d'une Bourse de commerce; elle possède des Facultés de Médecine, des Sciences et des Lettres ; une École spéciale de Pharmacie ; des Sociétés

• PIiiP anciennemenl , d'un A surmonté iPun T cl d'un M , c'està-dire Maria a Tabellu^ vocable de régliseNolre-Damc-des-Xables> oa de» Miracles, de Montpellier. (Fpy. lanotê page li. )

24 HTSTomi:.

d'Agriculture et d'Archéologie *, uae Académie des Sciences et des Lettres ; deux ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées; des directions du Télégraphe, des Postes, de l'Earcgislrement et des Domaines, des Contributions directes et indirectes, des Douanes; une Inspection des Forêts; unSéminalre, un Lycée impérial; une École normale primaire de garçons et une École normale primaire de jeunes filles; des Écoles supérieures et élémentaires; des Écoles de Commerce , de Dessin» de Géométrie y d*Àrchitecture, de Musique, d'Équitatioii, etc.

CHAPITUE II.

Si la célébrité de l'École de médecine de Montpellier

a valu à cotte ville le nom de moderne Épidaure, on peut ajouter que Tafiluence des étrangers qui Thabitent constamment est encore due à la pureté de son ciel presque toujours sans nuages, à sa douce teiupi reliure, à la salubrité de Tair qu'on y respire. Selon le Profes* seur Fouquet, dans ses Rteherehei sur h cUmai de Montpellier, au nombre des causes de la bonté de cet air, il laudraiL placer la pente considérable de la plupart de ses rues, qui ne permet ni aux eaux des pluies, ni à celle des égouts d*y croupir. En effet , comme le remarque M. de Belleval, des ai[ucducs souten ains, pratiqués dans toute la ville , reçoivent, par des conduites particulières, les immondices de chaque maison, et les entraînent rapidement dans deux ruisseaux situés Ton

OU nord, Fautre au midi de la cité. La pente des rues de Montpellier dérive naturellement de la situation de cette ville sur une colline. Les rues sont étroites et mal percées, comme on peut le remarquer en général dans toutes les villes du midi, à Texception des quartiers nouvellement bâtis '.—Quoi qu'il en soit, Montpellier est une des plus saines. On n*y voit plus ces afTections épidémiques qui s'y manifestaient autrefois, lorsqu'elle était resserrée par des mUrs élevés.

Nous ne prétendons cependant rien dissimuler. Souvent ce beau climat, secet chaud, passe, d'une manière brusque et irrégulière, au froid, à Thumide, et réciproquement. Aussi les étrangers ne doivent pas se dévêtir trop vito, même lorsqu'ils y sont invités pai la douceur de la saison.

Le printemps est court ; à peine s'aperçoît-on ordinairement de la transition de l'hiver (lequel est trèssouvent un véritable printemps ) aux chaleurs qui succèdent aux froids avec spontanéité. L'automne est la plus belle comme la plus riche saison de la contrée. A la fin de Septembre, on rentre dans les serres les plantes les plus délicates : la rentrée est générale à la fin d'Octobre. L*observation a constamment établi , entre la végéialioii de Paris et celle de Montpellier, une différence de quinze jours en faveur de cette dernière ville. Cette différence n'existe plus à quelques myriamètres vers les montagnes.

1 Eemercions ootre Administra lion municipale qui ne lai&sc échapper aucune occasion d*aminir , <l*embelUr , de régulariser la cité.

On peut reconnaUre pour causes principales de ces variations climatériques la nature même de la ceinture départementale y les élévations de son extrémité nord, leurs sommets couverts de neige durant Thivcr, et la Méditerranée qui envoie le vent lourd et inélastique du sud. Aussi les environs de la ville éprouvent-ils par* fols des effets fàeheux de quelques-uns des vents qui y régnent habituellement.

Quatorze rumbsde vents divisent la rose de la boussole de Montpellier ; leurs dénominations vulgaires sont, en général, prises des localités dont ils paraissent affluer. Ce sont :

Nord Trammtâna*

, , , ( Tramontâna bâsM^

Nord«»nord-est { ,

( Agutelas,

Nord-est Gree,

,^ , ( Levant.

hiSi .

( Aoura roussa.

Sud'-est*quarfcpest» sud-est ; Sud-est-quart-sud; sud-quartsu d -e s t ; s ud Marin,

Sud-sud-est Marin blanc.

Sud-sud-ouest Garbin.

Sud-ouest Labeeh,

Ouest-sud-ouest. Narbounés,

Nord-ouest Magisirâou.

Le nord-ouest est le vent le plus fréquent de Tannée; le sud-sud-oucst est le plus latc. Dans Tordre des saisons, le sud-est et l ouest-uord-ouest dominent durant le printemps : Tété amène le sud, et surtout le nord-ouest, auxquels succèdent, dans Tautomne, le sud-

est, rouest-nord-ouest, le nord-ouest et le nord-est; enfin le nord*oaest» rouest-oord-oaest el le nord-est régnent prineipalement pendant Thiver.

Le nord passe sur les moutagnes de la Haute-Loire , de la Lozère et des €évennes. il prend le nom de Bise en hiver, et produit un froid très-piquant lorsque ees montagnes sont i)laiichies par la neige. Entre le printemps et l'été, il est sec et brûlant, et nuit aux blés : il est alors connu sous le nom de Tramontâna ^.

Le nord-nord-est tient beaucoup de la nature du précédent. Le nord-est, dans la direction des principales montagnes de llsère et de TArdèche , est ordinairement très*plu vieux. L^est rase le golfe du Lion * , traverse, vers les embouchures du Rhône, la Camargue et les marais d'Aigues-Mortes. Moins pluvieux que le nord-est, lorsqu'il souffle en automne avec violence , il transporte une grande quantité d'insecles très-incommodes. Les vents du sud , qui passent sur la mer, et prennent le nom générique de veniB marins, amènent souvent les fortes pluies, surtout le sud-est. En hiver, ils produisent de la chaleur; mais, en général, leur humidité relâche les fibres , et leurs vapeurs alourdissent et obseurcissent l'air. En été, on pourrait les croire quelquefois des enfants du Sirocco africain.

L'ouest-nord-ouest est le Cirdus des anciens , vent fameux par son impétuosité. Né dans la vallée qui sé-

< Essai sur le climat de Montpellier, par Jacques Poitevin ; lâoa, fn-4o, p. 61.

* Au lieu de Lyon , qui forme un non-sens. Sinut, Mare-Leanii quod semper ett (luetuoium et erudele» Guillaume de Nangls , in Gest, S. Lud,

âS VÉTEOROLOGIE.

pare les Pyrénées du la chaiiie de Castres et de S^Poos, modéré dans le Haut-Languedoc , il augmente progrèssivement en s'avançani dans le Bas-Languedoc. Il est

d'une violence extrême à Narbuïiiie, à Béziersetà Agde,

ou il va se perdre dans la mer ^ mais cette violence ne s'étend guère jusqu^à Montpellier et Nimes ^

Le nord-ouest, comme nous Favons dit, est le vent dominant : c'est a lui que l'atmosphère doit sa pureté, sa transparence» sa légèreté. Il prend sur les sommets des montagnes de VAveyron cette fraîcheur agréable qui lui a fait donner, ainsi quà son collatéral Touest, le nom de Zéphyr de Montpellier.

Le peuple appelle Vaeeaïrîaus les vents qui souffleni assez régulièrement vers ie temps des équinoxes. Ceux qu'il nomme Cavaliers, et qui régnent vers les 23 et 25 Avril, les 3 et 6 Mai, sont des coups de vents froids et, à cette époque, funestes. à la végétation, surtout aux fruits.

On voit que le nord«*est et les vents qui participent du sud, notamment le sud-est, sont ceux (lui amènent

le plus souvent li s ]tluics; — que le nord-est est alternativement le plus froid ou le plus chaud, suivant la saison où 11 soufûe; — que Touest-nord-ouest est le plus impétueux; — que le sud-sud-ouest est le plus rare, et le nord-ouest le plus fréquent, ie plus agréable, le plus salutaire.

Des observations faites à Montpellier pendant douze

années consécutives, depuis ISOGjusqu à 1817 inclusive-

1 Mémoires pour l*lilitolra naturelle da Languedoc, par Astroc; la-4» , 1740.

HÉTéOROLOGIE. 29

ment, mouUeut que la plus grande quantité de pluie reconnue annuellemeot est de 42 pouces 4 ligne 5/46m«f ( 1 mètre 139 miliîm.); la moins grande, de 46 pouces 40 lignes 6 p. ( 0 m. 457 millim.); mais la (iiiantité moyenne annuelle de pluie, d'après toutes les observations faites pendant oes douze années , est de 25 pouces a 1. 6 p. (0 m. 685 millim.)

La plus grande quantité annuelle de jours pluvieux a été de 83 jours» et la moins grande de 55. £n prenant un terme moyen entre toutes les observations faites pendant les mêmes années, on trouve que la quantité moyenne annuelle de jours pluvieux est de 67 44f24. — li résulte encore de ces observations que le mois de Septembre prcientc le iiuuuiiuiii de la quantité de pluie ; que le mois d'Août en ofTre le maximum ; — que le plus grand nombre de jours pluvieux est affecté au mois d'Octobre, et le plus petit nombre au mois de Février; enfin que le terme moyen annuel de la pluie observée dans chaque saison donne les quantités suivantes : en hiver, 4 p. 81. 7 p. (0 m. 046 millim.); au printemps, 1 p. 10 1. 2 p. (0 m. 050 millim.); en été, 4 p. 4 1. 1 p. (0 m. 036 millim.); en automne, 3 p. 6 1. 6 p. (0 m. 096 millim. ).

Si des expériences antérieures darant trente-deux années complètes sont exactes * , la quantité moyenne annuelle de pluie à Montpellier était de â8 pouces 3 U (765 millim.); elle serait de SIS p. 6 ]. {774 millim.)

« Peiii-ètre 0 m. 08<J miîlira. d'après M. Poitevin. V. Considérations sur le climat de Montpellier, par M. U&rié-Davy. Montp.» 1851 ; in-4o , p. 15.

> Poitevin, déjà cité.

saivant la géographie de Malte-Brun. Nous avons déjà

dit qu'elle ne serait, d'après les observations de 1805 à 4847, que de 25 p. 3 1. 6 p. ( G8o niilliin.); et il faut avoaer que cette difiEérenoe sensible tend à s'accroître graduellement. En effet , la moyenne de 4835 à 4850 , suivant M. J. Castelnau n'est plus que de 644,1; et, sans parler des années exceptionnelles 4853 et 4855- 56 y les sommes de pluie de 485SI et 4854 sont : 0n656 et 0»n4o3 La cause en a été sii^iiîilée depuis lon£:-U'nij)s, mais le mal sera aussi long-temps sans remède. Supposé que cette cause soit parement locale, et qu'elle ne soit pas dominée par une cause plus générale, elle doit être attribuée à l'abus des défrichements et des déboisements sur les montagnes , à la destruction des arbres qui appellent la fraîcheur et les eaux pluviales sur le sol dont ils sont les hôtes bienfaisants.

Les brouillards n apparaissent que très-rarement à Montpellier y encore ne les voit-on ordinairement que dans les quartiers bas de la ville. — La gelée blanche, que le peuple nomme Barhàsta , nuit quelquefois aux arbres et aux plantes. — 11 n'est pas ordinaire d'y voir la neige deux hivers de suite : elle se fond d'ailleurs presque toujours peu d'heures après qu'elle a blanchi la terre. — La grêle qui , dit-on , ne s'observe dans le pays, pour ses ravages, que tous les huit ans à peu pros , tombe le plus souvent accompagnée de pluies violentes qui protègent les fruits de la terre contre ses

1 Contidérationf sor le climat de Montpellier, par M. Marié-

* M. Martins, dans les Mém. de l*Acad. des se. et let. de Montp., seet. des se., t. III , p. m.

i^'iLjiuz-uu Dy

funestes atteintes. —Les tempêtes et les orages, mêlés

de tonnerres, n'ont pas même lieu huit fois dans Tannée depuis Mai Jusqu'en Octobre : il tonne rarement en hiver; plus rarement encore on a à déplorer les effets de la fondre qui, saivant les observations, serait presque toujours aseendante.

Après avoir exposé les principales causes ordinaires et accidentelles qui influent sur le climat de Montpellier, on se formera unu idée plus précise et plus exacte de la température de cette ville.

En remontant au milieu du dernier siècle^ de 4757 à 1771 , la température moyenne de Tannée a éprouvé des variations peu considérables, et ses oscillations sont toujours restées comprises entre les limites de 4 4» à 42<» Réanmnr. La moyenne de toute cette période est de Mo,7 U. A partir de ce moment, une cause perturbatrice parait avoir exercé une influence profonde sur la température de notre ville , qui est montée brusquemenla 13», 13o,5R. , en 1772 et 1773, etqui, après s\Hre rapprochée de son type normal précédent, s'élève de nouveau, quoique à un degré moindre, de 4778 à 4784. La température de cette seconde période qui embrasse quatorze années, qui, après s'être brusquement accrue, va en diminuant graduellement au travers d'oscillations fortement accusées, est de 42<»,4 R., c*est-à-dire de 0,4 plus élevée que dans la j)récé(lente

La plus grande chaleur observée à Montpellier , de 4806 à 4847, est de â8o 5' R. (35,40 centigr ). La plus

> CoBsidérallons rar le climat de Montpellier , par M* Marié- Davy y p. S.

32 MÉIÉOaOLOGlË.

basse température a été de 60. R. (7,â0 centigr. j. La moyenne est de 41o E. (i3,75 centigr. ). Étendue des

oscillations, oi^ o li. (42,60 centigr.).

Cependant on a éprouvé à différentes époques , à Montpellier, des températures^qui ont dépassé considérableinent ces limiLes; mais , aiasi qu ou l'a remarqué ailleurs, on peut les regarder comme des exceptions rares et corrélatives à la température générale du reste de la France.

Le mois de /uilletest considéré, à Montpellier, comme le mois le plus chaud , et celui de Janvier comme le mois le plus froid.

Une période de douze années, depuis 1818 jusqu'à 48^9 inclusivement, a offert pour résultat des observatiens barométriques les chiffres suivants. (La cuvette, étant élevée de 39 m. S!5 c. au-dessus du niveau moyen de la mer, et les hauteurs étant toutes ramenées à la température de la glace fondante, afin de rendre les observations comparables. ) Maximum de Télévation du

millim. p. 1. p.

mercure 778,82 (28 9 3) Février

Minimum 721,28(26 7 8 ) Février

La moyenne entre ces deux

extrêmes est de 758,27 ( 28 0 2)

Étendue des oscillations. . 57,54 [ 2 4 6) ^

^ Observations barométriqaes , faites par M. Gergonne, iiiiourd*bul Recleur honoraire de PAcadémie de Uontpelller. Voyez Annuaires de PHérault , 182S et années suivantes.

Page 1