CHAPITRE 1er
Histoire*
Les villes s'enorgueillissent de montrer le berceau
de leurs plus illustres enfants : les enfants ne conser> vent pas avec le môme soin les titres originaires des cités qui leur ont donné le jour. Sept villes au moins se disputent Thonneur d'avoir vu iiaUi Homère : Homère, qui a tant dit, a oublié de parler de rurigiiic d'aucune de ses sept mères. Puisque le berceau de la plupart des villes se perd sous le voiledes fables, Montpellier n*a pas dû échapper à la destinée commune. Nous ignorons et répoque précise de sa fondatioUi et l'étymologie véritable de son nom : 00 nom, devenu depuis si célèbre dans le
s HISTOIRE.
commerce et Tindustrie, et surtout dans le inonde savant, est encore une espèce d'énigme pour nous. Heureusement ces sortes de recherches importent aussi peu à l'étude de Thistoire qu'à la prospérité de la ville dont . nous nous proposous d'esquisser le tableau.
Sans examiner , avec Jacques Charron et André Thevet, si, du temps de Scipion-l'Africain, lesPœniens ( Carthaginois ), poussés sur ces côtes, avaient agrandi Montpellier, qui aurait été bâti autrefois par Félix; sans nous arrêter au sentiment de ceux qui veulent que cette ville doive son existence aux Romains, nous conviendrons cependant ([ue, si elle ne peut pas se glorifier des rnonuments et des débris d'antiquités quon admire à Nimes, à Narbonne , à Béziers , ni des ruines encore debout è Maguelone, à Substantion, à Lattes, à Murviel, viiies dont la chute a accru la population et augmenté la splendeur de Montpellier, on y retrouve pourtant quelques traces qui sembleraient annoncer une origine beaucoup plus ancienne que celle qu'on attribue ordinairement à cette cité.
L'opinion la plus commune ne fait pas remonter plus haut que le huitième ou le neuvième siècle de l'ère chrétienne l'existence certaine de Montpellier. Suivant nos historiens, sur une colline couverte en partie des restes d*une antique et épaisse forêt, s'étaient formés deux villages appelés Vnn Montpellier, Tautre Montpellier et. Deux sœurs de S» Fuloran, d'abord archidiacre de Maguelone, ensuite Évêque de Lodève, tenaient ces lieux de leur mère, qui était lille d'un Comte de Substantion et de Melgueil(Mauguio), villes voisines de Montpellier. Ëlles en firent donation à Téglise de Maguelone , en la
personne de Hicuin, Évéqucdc ce diocèse (975) : eiiliii, ajoute la tradition, elles se retirèrent dans TAbbaye de St-tifeittés, du même diocèse. Ricuin donna Montpellier en fief à Guy ou Guillaume qui devînt ainsi la lige des Seigneurs de Montpellier. Mais la critique est la debout qal dit: Ricuin» dont parle l'Évéque historien, Verdale, vivait soQS le règne de Loais-le-Débonnaire qui mourut en 84u ; ni S' Fui cran, ni ses sœurs, ni Guillaume n'ont pu être ses conteaiporaios. Car S( Fulcran fut consacré en 949 et mourut en 1006; et le premier Guillaume, d'après le Chanoine d'Aigrefeuille , ne date que de Tan 990
. Ceux qui ont voulu embellir la naissance de cette ville ont dit gaiment que son nom était composé de
deux mots latins, Morts Puellarum, c'est-à-dire Colline des jeunes fiUes\ soit qu'ils aient voulu rendre hommage k la beauté des jennes filles de Montpellier, soit qu'ils
aient entendu faire allusion à la donation des deux sœurs de 8^ Fuicran. Nous devons cependant faire observer qu*aucun titre ancien ne désigne Montpellier sous le nom de Mens Puellarum, Un auteur , Robert Cœnal, l'appelle Monspiscicuianus , une montagne poissonneuse \ peut-être fallait-il lire Pessiculanus, fermée au verrau\ d*autres Monspellerius , Petrosus ou Periarius*
Un historien de celte ville, Serres, pense que ceux qui ont appelé Montpellier Monspessulanus , comme s'ils voulaient dire montagne fermée à verrou, ne se sont pas beaucoup éloignés de la vérité, puisqu'on divers endroi Is i 1 est nommé en mauvais latin, Monspestellarius,
^ Garonne. Histoire de la ville de Montpellier , p. 10.
4 mSTOTRE.
et en langage du pays , Montpeiler * , Montpeylat , ce qui sigiiitie, dans certains dialectes de cette langue. Montagne fermée à clé *. C'est aussi le sentiment de M. Charles de Belleval* : « Qui pourrait, en e£fet, douter, dit-il, que le nom de Montpellier, en latin Monspessulanm, ne vienne de mous et de pessulus ? Ce dernier mot latin signifie verrou ou pêne, et Ton a bien pu dire
Monspessulanus pour Monspessulatus Le mont sur
lequel furent jetés dans la suite les fondements de Montpellier n'était encore qu'un lieu inculte et couvert d'herbes sauvages propres à servir de pâture aux troupeaux. C'est ce que l'on appelle en langage du pays un dévès, c'est-à-dire un lieu de réserve où les seuls habitants de Substantion avaient droit de pâturage. Pour en înterdiio iVuilrée au bétail étranger, on environna ce lieu de palissades , de fossés ou de murailles. On n'y laissa qu'un seul endroit pour servir de passage, lequel se fermait par une grande porte, avec un gros verrou. • — Serres s'exprime différemment, et prétend que c'est certainement avec beaucoup de raison que cette nouvelle ville a dd être enfermée et entourée de murailles,
1 Froissart écril en flraocais JlfonfpMlier, et Gariel StonipiUer, Le Petit Thalamus, manuscrit conservé dans les archives de la Mairie, dont il sera parlé plus loin, avait déjà écrit Monipe$lier et
Montpeylier,
* Ou dit encore à Montpellier : Porta d'dou Pila-Sen-Gébi . pour désigner la porte qui fermait la ville du côté du chemin de rsinies. C'est le cas de roinnrqner qut' le mot de Pila(aug$, pilier } peut nonseulement s'appliquer à plusieurs objets, mais que, dans le dialecte de Montpellier , ce mol n'exprime pas môme Tidée de clôture ou de fermeture à clé ; ce qui infirme les raisons que Ton a données à Tappui de cette origine du nom de la ville.
> Notice sur Montpellier, l'ntr.
puis(jue, dans le temps principalement que la France était embrasée des (eau de la gaerre civile ^ ses premiers fondements faillirent à être iren versés et boaleversés entièrement. — Cela n'ernpêche pas que cet auteur ne tienne encore à la première étyiuologie, à celle qui ferait dériver le nom de cette cité de Mom Puellarum , ou Puellœ, en disant que si Montpellier doit surtout ses commencements à la générosité de deux jeunes filles» elle a été inspirée par la Vierge par excellence^ la patronne de cette ville , la mère de Dieu , et que c*est pour cela que Montpellier Ta placée dans ses ai inun u s K
11 faut donc avouer que ces nombreuses origines dunom de Montpellier paraissent, à un examen un peu attentif, plus ou moins obscures, plus ou moins ridicules. (Comment tirer d'un mot latinisé une interprétation quelconque 9 quand on a besoin de cette interprétation pour rendre raison du mot latin? Et le moyen de ne pas douter que, parce qu'un coin de cette montagne innominée aura servi de retraite fermée au bétail, la ville à laquelle elle sert de base aura, dès son berceau, reçu un nom d'unu circonslance sans valeur; car rien, du reste, ne justiGe le fait ni la tradition? Seulement on pourrait défendre cette étymologie en disant qu'elle ne serait pas unique dans son genre, et que d^autres localités s'en contentent dans leur baptistaire.
Quoi qu*ii en soit, voici d'autres étymologies. Selon Rulman, Montpellier devrait son nom à sa situation sur le Lez, mons in pede Ledi\ selon d'autres, à la solidité de sa base rocheuse , Mont-Pilier» Selon d'autres encore,
1 Voyez , à la fin de cet article, la description dé ces armoiries.