‹ Montpellier; tableau historique et descriptif, pour servir de guide à l'étranger dans cette ville et dans ses environsChapitre 50 sur 52 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

finvironft de Montpellier*

Nous ne croirions pas avoir complété le plan de notre travail sur Montpellier, sinons ne signalions pas à l'attention du voyageur et du curieux les objets remar-

quables, les oionuments , les antiquités, les établissements , les principaux sites pittoresques qu'on trouve dans les environs de cette ville* Mais, pour nepas trop

sortir de notre cadre, nous restrc in li oas notre exposition le plus quil nous sera possible.

Nous avons fait mention, au chapitre de l'École de

médecine, de quelques bas-reliefs et de monuments antiques en marbre, dignes de piquer vivement ia curiosité, et, dans un des articles précédents, du Cabinet archéologique départemental. — Le 45 Janvier 4800, en fouillant dans un jardin appelé Lavanetj situé dans le faubourg S^-Jaumes, on découvrit un ton) beau romain paralléiogrammatique, de pierre calcaire. On y trouva cinq vases, deux d^albâtre et trois de verre; une patère ou soucoupe garnie d*un manche, une petite coupe de verre, une lampe de bronze, un dé à jouer et quelques médailles aussi de bronze. Le même tombeau contenait des débris de verre et d'émail bleu, de succin travaillé, d'ivoire, etc. Ces divers objets, les seules antiquités romaines è peu près trouvées alors à Montpellier, étaient possédés par M. Artaud, savant anti* quairede France, et conservateur du Musée de Lyon — On peut voir entre les villages de Beaulieu et de Sus^ sargues, à 49et 47 kilomètres de Montpellier, N.-£., sur la haute coltine de l^e^a^/nac, des restes de monuments druidiques, découverts il y a plusieurs années, et très-

* Le même dont U est parlé ci-dessus , pag. 156.

dignes, sous tous les rapports, du plus haut intérêt, — * Lattes f k 6 kilomètres de cette ville» S*-S,-Ë., est un ancien lieu dans remplacement ou dans le voisinage de Caslcllum Laterra, de Poraponius Mêla, et de l'étang Laterra de Pline; il existait lors de la fondation romaine de Narbonne. Lattes eut autrefois an petit port ^ ; il offre à peine quelques restes d'antiquités. G*est dans les marais qui avoisinent cette commune qu'on voit les chevaux demi-sauvagesy gris-blanc, dont il a déjà été question*. En suivant le cours du Lez^ de Montpellier à Lattes, vers Tembouchure de cette rivière dans l'étang de ce nom, on arrive aux canaux de Lunel et de GettCi qui se croisent au-dessus de Lattes. Les bords de la rivière , au croisement des canaux, étalent, il y a pcud auaées, couverts d'une ligue do cabanes qui formaient un véritable village de chaume, habité par des pécheurs. L'effet pittoresque en était charmant, et valait bien la vue d'une antiquité. Le chaume a fait place à la maison confortable, et les cabanes ont presque toutes disparu dans la nouvelle commune do Palat^of. Mais celle-ci a tout gagné dans cette métamorphose. Les bains de mer l'enrichissent tous les ans. C'est pendant la saison des bains qu'il faut la visiter. On se propose d'établir un chemin de fer de Montpellier à Palavas. ^i?a<ariie, à %3 kilom. S.«-0., dont les eaux thermales furent fréquentées par les Romains, méritera bientôt une mention particulière. — Frontignan, k 22 kilom. S.*S.-0. de Montpellier, célèbre pour son muscat, avant qu'on en eût arraché les ceps. — Limeî-

1 Voyez ci-après Varticle Commêrcê, * Voy. ci-dessus, p. 47.

VUl, à âlO kilom. £.-N.-£., reoommandable au même Uire , et si digne d^atteniion pour ses cavernes à ossements fossiles. — Lunel , à 24 kilorn. E.-N.-E., non moins remarquable pour ses vins muscats. — Mudaison, à 46 kilom. À^j^rM, à 45 kilom. £.-N.-£.

— ViikteUê, à 28 kilom. N.-E. 4/4 N. — S^Bauxih^ Putois, à 4 myriam. N.-N.-O., où se trouve la fameuse grotte des Demoiselles, remplie de stalactites de formes gigantesques y plas ou moins bizarres « mais d'un effet magique : toutes ces localités présentent, soit d^anciennes inscriptions, soit d'autres débris, ou vestiges d'antiquités. — MofUbazin, à SI4 kilom. S.-0. 4 /4 0. de Montpellier, lieu renommé pour son vin blanc, est l'ancien Forum Domitii S d'après les recherches de feu J.-P. Thomas : la voie domitienne^ qui traverse le département de THérault dans sa longueur , passe par cette commune où Ton voit encore des fragments d'antiquités, et notamment une très-belle pierre turaulaire d'un ûamine ou sévir augustal. — Non loin de Montbazin, à 35 kilom. S.-0. 4/4 0. de Montpellier , près du village de Villeveyrac ^ s'élèvent les bâtiments délabrés de Sainte-Marie-de-Valmagne. Si Tlle de Maguelone avec son église est la ruineantique la plus célèbrede la contrée, VégUse de Valmagne est la ruine la plus belle qui nous reste. La fuudationderAbbaye, ordre de Cîteaux, remonte à l'an 4 438. Le fragment le plus précieux qu'on peut voir encore est la salle capitulaire. L*église qui est debout date de 4257; mais elle ne fut probablement terminée

i Voyez Hémoires historiques sur HonipelUer et sur le déparle* meut de rHérault , par J.-P. Tbomas $ 1897.

qa^au milieu da XIll»* siècle* Bile a SSm de longueur

et 24 m 33« de hauteur. La largeur des trois oefs est de ^Bi; la largeur du transept de 30in. Par l'effet générai, par le style» par les détails, iodépendamment de quel* ques singularités inséparables des églises ogivales, elle présente une grande hannon iede proportions. Le cloître, de la mémo époque, a subi des réparations importantes qui ont altéré, en beaucoup de parties, sa bc«uté primitive. La charmante fontaine qui en décore le préau a été restaurée en <768; néanmoins les ogives sont bien évidemment du XlVme siècle. ( V. Monuments du BiU" Languedoc; par MM. J. Renouvier et J.-B. Laurens* 4840, in-4o.) Les restes du pont romain d*Amhrui$um se voient encore sur le Vidourle , à 28 kilom. E.-N.-E. de Montpellier. — - On.croit reconnaître près de FcUfrègues, bourg à 11 kilom. de Montpellier, 4/4 0., les ruines d'une ville romaine découverte, en 4730, par M. de Plantade» Conseiller à la Cour des Aides. — £n sortant du village de Coitelnau , placé dans une situation pittoresque, sur la rivière du Lez, à 3 kilom. de Montpellier, N.-E. 1/4 N., où se trouve le cimetière S^Lazare , on arrive à la colline sur laquelle était bâtie Tancienne Subsiantion, dont nous avons entretenu le lecteur au commencement de ce livre.

C'est dans celte ville que fut établi, durant trois siècles, de 737 à 4037, le siège épisoopal de Magueione. Des ruines de murs, d'aqueducs, etc., y existent encore* Elles ont été, en 4834, Tobjet des explorations de la Société archéologique de Montpellier, et d'un mémoire savant de M. de St-Paul, membre de la même Société \

* Voycs let Mémoim paMiés par cette Société, en 18S5.

enlevé de trop boDQe heure à la science, à la magistrature et à ses amis. — Murviel, à 4â kiiom. S«-0.4/4 S. de Montpellier , est bâti sur les raines d^une ville

romaine, Allimunum — Mais aucun monument du moyen âge, dans les environs de Montpeiiier, n'offre Tintérèt des vénérables ruines de Magnelone et de son église encore à moitié debout.

Cette île ou presqu'île est à 4 myriamètre de Montpellier ; son étendue ne parait pas d abord considérable^ à la regarder isolément et sans y comprendre le rivage on plage qui la sépare de la mer; et pourtant cette ile et ranciennc ville du môme nom occupent une place distinguée dans Thistoire de Languedoc : son antiquité remonte aux premières époques historiques du pays. — Si nos recherches sont exactes et nos raisons fondées^ Maguelone serait la presqu'île Mesua de Pomponius Mêla y et llle Metina de Pline» voisine de Bloêcon , Breseou

Il y a tout lieu de croire que la ville de Maguelone doit son établissement, ou bien un état plus Horissant, à une colonie phocéenne de Marseille. Les avantages de sa position I son voisinage d^Agde et de Béziers,

< Voyez le Mémoire de H. Ailolplie Bieard , dans lei publications de la Sœiélé archéologique, tom. 1er, pag. 517.

■ Voyez la Dissertation imprimée dans le volume des Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, publiés eu 18oa.

274 ENVIRONS ]»E MONTPBLLKft*

autres colonies grecques, le nom qu'elle porte, nous invitent à donner notre cro^'ance à cette opiuioa. On sait qu'elle existait en Tan de Rome 636 ; son premier Évéque iEtherius vivait dans le 5« siècle du christianisme. La ville fut démantelée et le port fut comblé, en 737, par Charles-Martel, sous prétexte qu'ils servaient de refuge et de retraite aux Sarrasins. Le siège épiscopal fut alors transféré à Substantion. Un seigneur goth, nommé Misemont, la remit, en 743, à Pépin, fils de Charles-Martel, mais le siège épiscopal n*y fut rétabli qu'en 4037. En 4536, il fut définitivement fixé à Montpellier. — Le port de Tlle, appelé port Sarrasin, se rouvrit, en 4586, par Teffet d'un coup de mer : la ville et le port furent réparés en 4599; la destruction, sauf Téglisc, en fut ordonnée sous Louis Xiil, en 1633.

L'Ile de Maguelone, cette ruine imposante que le temps, plus que les hommes, a respectée, ressemble de loin à une arche sur les eaux. Elle a, d'un c6té, la mer; de l'autre côté, les étangs qui communiiiuent avec la Méditerranée par des ouvertures ou Graus. Une plage ou langue de terre, longue et très-étroite, la joint,, (Vune part, à Tétang deMauguio, et, de Tautre, à la montagne de Cette.

Son église, dédiée à S<-Pierre, est, sous tous les rapports , le monument antique le plus digne de l'attention du voyageur, et par sa construction, quant a rhistoire de Tart, et par les souvenirs qu elle rappelle dans la contrée. Elle eut des Évéques dès le premier temps de TÉvangile dans les Gaules : occupée par les Sarrasins avec le reste de l'Ile, dévastée par Charles-

BHVmoNS AB HONTPBLUBR. S7$

Martel et par ses successeurs, les vicissitudes qu'elle a éprouvées sont écrites sur ses débris. L'og;ive encastrée dans le plein cintre qui signale différentes époques dans la oonstraction , le portail en marbre de diverses couleurs, gardé par Pierre et Paul, sculptés sur les côtés et dominés par PÉternel placé dans le cintre, la belle arabesque qui semble avoir été arrachée à la frise d'un temple grec pour recevoir une inscription mystique du Xll^o siècle, les nombreuses tombes de marbre blanc et les figures en relief des Prélats de Maguelone et de Montpellier, dont le sol de Téglise est pav(j, tout rappelle ici Tantiquilé profane, la piété du moyen âge et rinsouciance des temps modernes.

L'église est à une seule nef: on dirait rarchitecture italienne alliée à la construction arabe. Sa longueur, dans œuvre, est de 40">80; sa largeur, de 25^ 33 dans la nef, et de 34 m dans le fond des deux chapelles latérales. Les colonnes du pourtour présentent cette parLiculaiité quaacun de leurs ehapiLeaui: ne ressemble à un autre des mêmes colonnes. Plusieurs des sculptures des tombes épiscopales sont d'un travail distingué. Cette église fut restaurée en 4478 : C^est à cette époque que fut construit le portail, et qu'on plaça Tinscription dont nous venons de parler. Elle est gravée en forme de parallélogramme sur les quatre bords de la pierre portant l'arabesque antique qui est placée sur la porte principale. Gomme c'est une suite d'abréviations que le temps a rendues un peu difficiles à déchiffrer, nous avons cru devoir la rapporter ici en entier. On y remarquera le style léonin

S76 KNTIKONS DB MORTPELLIEft.

de l'époque, où la moitié de chaque vers rime avec ia fia du même vers: vitœ^ venite; fores, mores; ora, plora; peeeatur, IwhUut*

Ad portum vitjE sitientes qdique venite.

HaS INTRANJM) FOEfiS V£STAOS GOMPONITE MORES* HiNC INTRÀN8 OEA» TUA SBMPER GRIMINA PLORA,

QUIDQLID PECCATUR, LAGRYMARtIM FONTE LAVATOR. fiERNARfitUS DE iRiVUS F£C1I UOG ANNO ImGARNATIONIS

DoMim MO C<» LZXO Vllio.

En voici la traduction :

« Que tous ceux qui ont soif s'approchent de la

porte de vie : en pénétrant dans ces lieux , purifiez vos cœurs : priez , pleurez sans cesse vos fautes : toutes les fautes s'effacent dans la source des larmes. » Bernard de Tréviez, an de rincamation du Seigneur

On attribue à ce Bernard de Tréviez, chanoine de Maguelone, le roman des Amours de Pierre de Fro~ mnee et de la belle Maguelme , que le Comte de Tressan n*a pas dédaigné de rajeunir. — Maguelone ou son diocèse est aussi la patrie des deux savants Ëvôques qui ont porté le nom de PeUicier dans le XYIm* siècle^.

Une espèce de colonne existait encore dans cette lie, au bord de la mer, vers le milieu du dernier siècle , et paraissait être le reste d'un phare qui signalait l'entrée du port Sarrasin: les sables Tont totalement

< Cest sougPépIteopat de Guillaume Pelltcler en IMl, qu'Altwniu TôrlnasdécoRvrlty dans le monastère de Maguelone, un maauicrlt de Touvrage attribué h Apiciui » sur VArt de la euitine : De r$ euUnarià,

ensevelie. Ainsi , chaque jour voit disparaître un monument de cette lie dont les souvenirs pourraient former à eux seuls une chronique du pays à rentrée duquel elle est placée.

CIMETIÈRE St-LAZARE.

A la limite de la commune de Castelnau, à Textrémité da territoire de Montpellier ^ à la fin de tout, est placé le champ S^Lazare ^ ûomsime qm paraissait trop vaste aux vivants, (^uand la mort s'en empara, à Texpiration de 4849» et que la mort, qui sème en toute saison, trouve déjà trop étroit. Les touristes s^écartent volontiers de leur route pour aller visiter ces terres populeuses, non pour y chercher de tristes émotions, mais pour y jouir du spectacle de la vie ornant et parant la mort. A peine quelques années ont passé sur cette moisson de cadavres, et la pierre et le marbre et le métal ont pris toutes les formes» et pèsent sur ceux qui ne voudraient peut-être que le poids léger d*une simple croix : c'est un coin du Père La Chaise qui a été transporté aux coniins de notre ville. Gardons-nous d'effrayer certaines imaginations en donnant le chiffre des dimensions d'un champ qui n'a pas encore ses dimensions véritables; ne signalons, ne nommons aucun de ses monuments; n'appelons aucun de ses habitants : paix et repos à tous l

Le temps des concessions, l'âge, la i'(ligion des défunts, ont dû nécessairement faire établir diverses catégories dans la disposition des sépultures* Deux pavillons placés à rentrée servent, l'un au logement

278 EKYIRONS ÛE MONTPELLIER.

de TaumônieCy Tautre à celai da concierge. Sur le

• point culminant s'élève une chapelle aux propurlions sévères. Au-dessus de Fautely aux lueurs sombres des vitraux, on parcourt une immense peinture qui produit un grand effet. C'est une imitation libre du tableau de Jouvenet qu'on admire au Louvre , représentant la résurrection de Lazare , due au pinceau de M. Miquei* Si Ton nous reprochait de n*avoir rien dit du cime<* tièrede rHôpital-Général, ni des au i re s cimetières particuliers de la Cité y nous répondrions quil nous a paru inutile d'attrister trop souvent nos lecteurs , et de leur répéter que toutes ces demeures dernières ont une même physionomie, celle de la mort» toujours em-^ preinte, un peu plus, un peu moins, des vanités de la vie*

LIBOI EBMAKQUABLU DIS SNVlftOllS »B MQHTPBLUBB,

Outre les monuments que nous venons de signaler ,

les environs de Montpellier présentent , en plusieurs localités y des objets dignes des excursions ou des promenades des étrangers. Nous mentionnerons les

suivants.

Montferrier est un village à 7 kilom. de Montpellier, N* 4/4 N.-O. : sa position sur une colline volcanique de basalte est vraiment digne du pinceau du peintre ;

il s'élèv(; à 4ûn> 95^ au-dessus du niveau de la mer, du côté droit du Lez. il faut remarquer que cette colline est isolée au milieu d'un terrain calcaire secondaire. Les bords de la rivière qui coule au pied de Montferrier, les restes d'un ancien château qui existait

ENVIRONS DE MONTPELUER. 279

dans le XIn« siècle , le château moderne sur le penchant

(le la montagne, dont les terrasses descendent jus(iu*au chemin de Montpellier , un parc très-agréable sur la rive gauche du Lez, des moulins, des usines» les campagnes sur la rivière, le voisinage de La Valette y lieu charmant par ses ombrages ci ses sites variés, les aspects multipliés, les perspectives délicieuses dont on jouit à Montferrîer, en font une des localités les plus intéressantes, les plus curieuses, les plus pittoresques du pays. Le château, réédité sous Louis XiV, appartenait, avant la révolution, è la famille Montferrier, qui a donné plusieurs syndics aux États de Languedoc.

Au-delà de Montferrier, à 16 kilom. de Montpellier, N. 4/4 N.-O. , et derrière le château de ReêHneliêres ,

proche la commune de Prades, naît la rivière du Lez. Un large roc, élevéà pic, dépendant de la chaîne duS^Louj?, base de nombreuses ruines, se courbe en portion de circonférence et embrasse un bassin vaste et profond où est reçue la source en sortant du pied de la roche : elle fait tourner presque immédiatement un moulin au moyen d^une chaussée* Le site est agreste et piquant.

Nous avons signalé la fameuse grotte des Demoiselles ^ de St-iBauziile-de-Putois : une description détaillée de cette magnifique caverne à stalactites nous eût trop éloigné de notre objet ; mais il n*est aucun voya^^our qui, passant par Montpellier, ne consacre une journée è ces étonnantes et magnifiques latomies naturelles. — Une autre caverne, avec de belles stalactites, dont on se sert pour des décorations architectoniques , se trouve à St-Guillem-du-Désert , village à 36 iûlom. de

280 EnVIRÛNS DE MONTPELLIER.

Monlpellier, 0.-N.--0. Un énorme rocher détaché de

la voûte forme une arcade naturelle sous laquelle ou ne passe pas sans éprouver une certaine émotion. La position de SMjuiUem n'est pas moins intéressante que les traditions et les souvenirs historiques qui se ratta* cLeiil a cette localité. Elle est entourée de hautes montagnes d'où sourdent plusieurs ruisseaux, et dont les gorges restreignent le cours du Verdus, lequel a sa source non loin des habitations, à Textrémité d'un amphithéâtre circulaire de grands rochers, où le voyageur se plaît à entendre la double voix d'un écho trèscurieux, appelé dans le pays Bisfonne (du latin bis sonat)* Un rocher plus élevé domine majestueusement le village et sert de piédestal aux ruines d'un ancien et immense château nommé le Chàieau Géante célèbre dans la contrée par une légende traditionnelle et fidèlement conservée par les habitants. C'est le combat du géant Gelîone (ancien nom du village) et de Su. Guillem , patron du lieu . Les environs de SMvuillem oflVentdes pai ti( uiarités très-remarquables aux naturalistes; le Verdus s'y précipite deux fois en cascades. Un pont de cordes » sur la largeur de VHirauli , qui a ici 40 mètres, rappelle, par son mécanisme, les tarabites de la Colombie. On doit parcourir à S^-Guillem le vieux monastère des Bénédictins, fondé, en Fan S04 , par Guillaume au long nez , duc de Toulouse ou d'Aquitaine, qui fut canonisé : l'église du lieu possède un orgue construit par D. Bédos.

Quelques personnes vont visiter au bord de Tétang de Pérols, à 9 kilom. S.-E. de Montpellier, une source d'eau minérale, sortant d'une excavation en foruic de cbau-

dron, appelée, dans le pays, Boulidou, k cause de Tes-^

pèce d'ébullition qui paraît agiter l'eau h mesure que les gaz s'en dégagent : l'usage de cette source est d'ailleurs très-borné. — On ne sera pas non plus fâché de voir dans le voisinage du bourg de Pignariy à 4 myr. O. 1/4S.-0., pays renommé pour son excellent raisin qu'on appelle cuptra» ou espirant Tanciennc église du Vignogoul, abbaye de femmes du XII« siècle» dont les jubés, dans le style moresque, méritent d'être remarqués.

Mais les étrangers seront surtout charmés de faire des promenades aux maisons de campagne qui envi*

ronnent Montpellier. La Vérune veut une mention spéciale : ce joli village , situé dans une plaine à 7 kilom. O.-S.-O* de Montpellier, possède un des plus beaux parcs et une des plus délicieuses habitations de la contrée. Le château de la Yérune appartenait , avant àrÉvéque de Montpellier. Les dessins du parc sont bien entendus; les eaux y abondent; les arbres qui flattent le plus la vue, le cèdre du Liban , le magnolia « le catalpa, la sapioette du Canada » et autres arbres exotiques et de haute futaie, en ont fait un séjour charmant. — On doit aussi visiter , dans la même commune, la jolie habitation nommée VEngarrant ; et, en revenant à Montpellier, les campagnes de Château- Bon, étonne , etc.

Castries, clu f-lieu de canton, à 12 kiloiiu N.-E. de la même ville , nous oûre un vaste château avec un im** roense parc que le propriétaire actuel a fait restaurer, il y a peu d'années : il abonde en sources variées d'un bel effet. L'eau y est portée par un aqueduc qui n'a

28â EmiRONS DE MONTPELLIER.

pas moins de mètres de Longuear.— A uoe demilieue du village est le parc de Fmimagne, qui est aussi un séjour délicieux. — On voit à Jacou, village à 8 kiiom. N.-£. 4/4 N« de Montpellier, un château et un parc d'une grande étendue. Sur la route de Montpollierà la cou un une de Grabels, à demi-lieue X.-O. de la ville, est CiuUeau-d'O , véritable Gonflans, légué à révôclié de Montpellier par le digne Évéque Fournien, décédé en 1834. Ce bel apanage a été jadis la propriété de rintendaiit de la Province, qui n'avait jamais songé à en tirer tout le parti possible , ni à lui donner toute la magnificence qui en fait aujourd'hui un des châteaux, aux portes- de la ville, les plus intéressants. Nous ajouterons à cette énujuération la Piscine, château sur la route de Montpellier au faubourg de Gelleneuve : c'est une résidence charmante où, en 4844, la Princesse Élisa Borghèse vint se retirer.

Il nous reste à signaler un des établissements des environs de Montpellier les plus importants pour rhumanité ; car à la célébrité de TÉcole médicale de cette ville se rattache celle des eaux de 6âlauuc. Ces eaux ont dù à leur voisinage de la métropole de la médecine et à leurs énergiques vertus leur réputation lointaine, réputation séculaire qu'aucune révolution scientifique n'a jamais ébranlée. La longue succession de médecins fameux qui ont étudié et utilisé ees thermes ont lixé à jamais le rang élevé que les eaux de Balaruc doivent occuper parmi les ressources hydrologiques de l'art de guérir. — L'époque actuelle, toute positive, a proclamé à son tour fimportance des eaux minérales contre toutes les ma-

ladtes en général» de celles surtout qai se recom-

înandont par leur spécialité d'action. Elle a reconnu aussi que ces agents thérapeutiques ouvraient une porte à l'espérance^ alors même que les moyens diété^ tiques, pharmaceutiques et chirurgicaax étalât de* meurés impuissants : à ce titre, les eaux de Balaruc attirent Tattention de tous les médecins et de toutes les populations; il n'est pas d'années que des ma* ladios léputées incurables nV trouvent leur guértson ; leur succès dans les nombreuses Paralysies « soit générales^ soit partielles (celles des membres, des paupières, de la langue, da pharynx» de rcBSophage, de l'estomac , des intestins , des nerfs optiques , auditifs , olfactifs, etc., etc. ), est depuis iong-temps populaire, les rhumatime» rêbelhs , les maiadiei par faU^iesu , par relâchement des systèmes musculaire et fibreux, les affections par instahiiité musculaire, etc., etc., reconnaissent annuellement tout leur empire: ce nombre vient se grossir du m-t&ut des eaux minérales en général , sans que ces thermes perdent rien de leur êpédcUité antiparalytique.

Depuis 4833, des dépenses considérables ont beaucoup ajouté à rerobellissement des bains de Balaruc : en fait de luxe, de bieo-étre et d'agrément, ces bains pourraient, vu le voisinage de Montpellier, le disputer aux thermes les plus fréquentés des Alpes e% des

l^yrénées.

On arrive à Balaruc , situé sur le bord de Tétang de Tau, par le port de Cette, par le canal de Languedoc, par la route impériale de Lyon à Toulouse. On s'y rend en Mai et Juin, en Septembre et Octobre.

Ce serait méconnattre les droits de l'humanité souffrance d'oablier ici les eaux de Fofieaude , délicieuse

valléeà 3 kilom. S.-O. de Montpellier. Ces eaux: miiiéraleSy thermales , acidulés, sont surtout recoumiandées pour les maladies cutanées et des organes digestifs» dans les névroses et les névralgies diverses, les affections catarrhales, etc. La saison de ces bains est du mois de Mai au mois de Septembre.

Les bains de La Malou, à 76 kilom. 0. de Montpellier, - ont, depuis long-temps , acquis une réputation méritée qu'ils doivent à la suavité de leurs eaux* Ce vallon , si riche en eaux ferrugineuses , donne naissance ? 4o à la source de La Malou-h^Haut , an milieu d^un magnifique plateau entouré de châtaigniers séculaires : c'est le spécifique en général des maladies nerveuses; S<» à la source de La Malou-h-Bas , qu'on voit s'élever , non loin de la grande route, au j)iod d'un petit coteau nommé Usclade : celle-ci guérit le rhumatisme simple; 3oà la source de Capus, également distante des deux premières, d'une efficacité reconnue pour les maladies de la peau. La saison ordinaire de ces bains commence en Juin et finit vers le mois d'Octobre.

Outre ces trois sources, on en trouve, dans le même vallon, trois autres qu'on prend en boisson: la VermèrCf au-delà de la rivière d'Orb, saline, gazeuse, qui est tonique et un pen laxative; le Capus, très-ferrugineuse, et surtout tonique et antichlorotique; la Veyrassc , ilonl les qualités agréables, non moins que spécifiques pour les gastralgies et la dyspepsie , lui ont valu le surnom de Vichy et même de Seltz qu'elle pourrait remplacer.

ENVIRONS DE HONTPELLIBft* 285

Les étrangers se rendent à La Malou par les grandes voies de Béziers, de Lodève et de St-Pons.

Les eaax minérales d'Âvesne, à 86 kilom. N. 4/4 N.-O. de Montpellier, sont tonîqaes, apéritives et antî-her« pétiques. On eu use en bains et en boisions. Elles agissent heureusement sur les affections cutanées.

Nous avons déjà ])arlé des bains de mer de Palavas : nous regrettons d avoir att( ndu si tard pour rappeler ceux de Cette, que nous devrions écrire Sète*. C*est un des établissements les plus commodes et les plus avantageux de la Méditerranée. La "pente douce et prolongée de la côte maritime permet aux baigneurs de s'avancer au loin sans trop de danger » et la vague brisée, en roulant sur cette surface unie, procure des douches continuelles.

Mais, d'un autre côté, pouvions-nous mieux finir nos excursions aux environs de Montpellier, qu^en nous reposant à Cette dans les riches galeries de M. Doûmet? Ou'on n*attende pas de nous une description, une énumération, même très-sommaire, de ces myriades de curiosités où l'art et le goût le disputent à toutes les beautés de la nature! Science naturelle, artistique, monumentale, arcliéoLogique , cthuoiogique ; productions de la terre et des mers; chefs-d'œuvre de l'homme civilisé, merveilles du sauvage insulaire; armes et cos< tûmes du moyen âge, armes et vêtements de rOcéanien; peintures délicieuses, esquisses et simples ébauches d*habiles mains; gracieux objets de ce côté, à Topposite

1 V. ma dissertation sur Séte dans les Blém. de la Soc. arch. de HonipelMer, 1. 1 , p. 443 ,et dans PAnnuaire de PHérault de

â86 EMVIEOJNS D£ UO>TI>ELLI£ft.

terribles ou monsiraettses représenUtions; partout élégance, beauté, magoifioence, partout surprise, étonne-

ment, adaiiralion. Si nous ne devions pas signaler encore le jardin botanique» embelli de tous les agréments du site et de toutes les richesses exotiques, nous dirions, en un mot, qu'ici se sont donné rendez- vous » de tous les points du globe, la nature et Tart.

Arrêtons nos excursions.. Le voyageur, assis au soleil du chef-lieu, veut faire rayonner ses regards sur divers points de la carte départenicntale qui allireiit sa curiosité. Dispensé du cahot de la locomotion, il suit de rœii, sur la plage ferrée, le train de Nimes à Cette, . le long des salines, à travers le croisement des canaux et les lacs de Villeneuve , de Mireval , de Vie , de Fran>iigmn* Au-delà du vaste lac de Jau , il contemple des havres sur la mer, des havres sur les étangs; le phare S»-Louis à GcLlc, le phare (ïAgde, sur Tancien vulcau de S^lûup\ non loin des basaltes de S^Thibéry , le phare de l'Ile de Brueou ou de l'antique Bla^om^ bientôt la scène changeant , il découvre les luxuriants paysages de Béziers, de cette reine des eaux et des spiritueux. L'Hérauli majestueux se détourne avec peine ; YOrb s^avance pour prendre sa place ; le Canal du MuTi , aux bords ombraués, réunit les doux fleuves : tout s'anime, tout vit, la terre et les courants iluviatiles. Des ponts suspendus, des voûtes creusées, portent et permettent de porterie mouvement partout. Les riches coteaux, les verdoyantes collines, les usines retentissantes, les populations actives, décorent ce tableau. Il faut voir Béxierê un jour de marché pour se faire une idée du commerce des eaux-de-vie : il faut visiter, un

aairejour, ses vieilles arènes ^ son vieil aqueduc , son anciea clollre, ses anciens monuments. Mais laissons le chemin ferré qui nous emporterait» à Tégal de la pensée, à Narbonne, à Toulouse, à Bordeau]^.

Une antre voie, moins rapide p conduit le voyageur à Péienas , ce jardin des jardins du département. Il dirige sa route vers îioujan , vers Gahian où sourd une fontaine d'huile de pétroie, vers les riches mines de houille de S^GervaiU et de Grm$ii$$aef les Verreries et les autres bassins houillers des environs. Le voisinage des fabriques de drap de Bédarieux 1 attire , et il se trouve engagé à visiter celles de Lodéve au milieu de sa délicieuse campa L;ne , au pied et sur les pencharils de VEscandorgue y celles de Villeneuvette et de Clermonty celles de S^Chinian, de Riols, de S^Pons,

D'un autre côté, il rencontre la demeure aimée de l'olivier : Castries loi offre la meilleure huile de la contrée; et Gtgnac, S^'Andrè-de-Sangonis , Mimipetfroux, Aniane, lui présentent les délicieuses olives confites et les amandes du pays. Nous ne parlons plus de ia Maison centrale d'hoiiimes, à Àniane : c'est unancien cloître qui a dù être bien étonné de loger de tels reclus dans des cellules de Bénédictins.

Enfin, quelle que soit la direction que prenne rœii du voyageur, le centre étant Montpellier, il jouit, dans la plaine, d'une vue récréative sur une longue côte maritime; plus haut, son regard s'élève sur des collines empierrées, mais non arides, dont les aromates, moins faits pour l'œil que pour l'odorat, embaument au loin l'atmosphère des chemins : ici se développent de vastes nappes de ceps aux couleurs

ErViROUS de HOTrmLLIBIt.

variées; là s'étendent des champs nombreux et distincts où la mûre des vers à soie noircit non loin de l'olive de la paix. Spectacle enchanteur et tonjoars

nouveau, que Téli an^er quille avec regret au mois de Mai, et qu'il revoit avec délices au mois de Septembre !

Page 1