CHAPITRE IV
Productions*
Nous avons dû laisser dans l'article précédent tous les produits de la miuéraiogie. Occupons-nous ici des deux autres règnes. Nous ayons fait pressentir qu'en général les environs de Montpellier sont dépouillés de haute verdure, de grands arbres. Son terroir offre plutôt un asile nourricier è rolivier, au mûrier, surtout à la vigne et aux plantes aromatiques. Toutefois on y voit le cyprès élever sa pyramide verdoyante, soit droite, comme dans le cyprès ordinaire, soit renversée, comme dans le eupresms horixontalis, auquel le nom d'arbre de MontpclUcr a clé donné pour sa spécialité. Cet arbre se plaît sur les routes, sur les chemins vicinaux, dans les jardins, et forme souvent des haies et des rideaux plus élevés autour des habitations champêtres qa on appelle à Montpellier et dans le pays, Mas, à Ceiief Bar raqueUes, à Marseille, B€tstid$Sfet qui sont autant de petites et parfois de belles v»7fa qui embellissent et vivifient la campagne du raidi de la France. Le laurier, toujours vert comme le cyprès et Tolivier, est aussi fréquemment le compagnon de ces deux arbres ; en y joignant le figuier, les térébinthes, les lentisques, les cistes dont les garrigues * et les bruyères sont parfumées, les Jasmins, les rosiers sauvages, les grenadiers,
> On appelle de ee nom , dans le pays, des espèces de landes, des terres Ineultes , utiles à la dépafssanee des tronpeaui , et couvertes de chênes-verts et d'aromates.
PRODUCTIONS. 4i
les aubépins qui bordent les allées et les chemins, on
n'a ])as eu tort de dire, en rapprochant ces circonstuuces de celles qui se rattachent à la douceur et aux agréments du climat, que Taspect de cette contrée offre un caractère auguste et poétique, et qu'il rappelle la terre religieuse et sacrée, berceau de notre culte.
Il est encore des sites délicieux dans les environs de Montpellier , soit par la variété des perspectives, Tombrage, la fraîcheur dont ils nous font jouir , soit par les vastes tapis de verdure qu'ils déroulent sous nos pas. Nous aurons occasion de parler plus loin des habitations charmantes, des curiosités naturelles qu'on voit dans le voisinage delà ville; nous nous borncronsen ce moment à citer les bords du cours du £ejE. Mollement assis sur un duvet de gazon, Vétranger, le naturaliste, le solitaire, le poêle, respirent, bous de frais berceaux protégés eux-mêmes par des dômes naturels plus élevés, le parfum du romarin et de la lavande, du serpolet, de i'asiiic, de la sarriette, du thym, qui croissent modestes sur les rochers environnants et qui se trahissent au loin par leur atmosphère embaumée. Les regards sont tour à tour attirés et distraits par le miroir trauquiilo de la rivière , et par les hautes parois des collines encaissant son lit sinueux; les différentes espèces de saules qui en ombragent les bords, les salicaires qui ornent le pied de ces arbres , les lysimachies, Tarbousier , la noire yeuse, Térable de Montpellier, le micocoulier, récréent la vue en étendant leurs rideaux de verdure contre la vive luiuiere et les ardeurs du soleil du midi.
Sur un point opposé de son cours, au sud et à une
lieuedeMontpelUer, le Lez traverse les prairies de Laites^ vastes tapis constamment frais et verts, émaillés de
narcisses et entretenus par les eaux de la rivière, qu'on fait arriver dans tous les arrosages» au moyen de petites écluses qu'on appelle vulgairement mariilieyras.
Il serait inuliie, après ce rapide aperçu , de s'arrôter trop longuement sur la Flore de Montpellier : les botanistes les plus célèbres, entre antres Linné , ont signalé son immense variété , et ont donné à une foule de plantes et d'arbres particuliers à cette ville des dénominations tirées de son propre nom. Sous le rapport de ragricuiturCi on lève des moissonsde froment» de seigle, d'orge, d'avoine. On y cultive les prairies naturelles et artificielles , notamment les luzernes , sainfoins et trèfles* De fertiles vignobles» comme nous Favons indiqué, occupent la plus grande partie de son territoire ; les espèces de raisin bonnes à manger et les plus estimées sont : Vaspiran, le verdalf le torrel, parmi les raisins noirs» et le muscat blanc ^ la clairette, V œillade^ etc., dans les raisins blancs.
Les principaux arbres qu'on peut considérer comme indigènes sont l'olivier, le figuier, ramandier,le grenadier, le jujubier, It^ sorbier et }j.u'ticulièrenieiit Tabricotier, qui donnent des fruits abondants. Le châtaignier n'est pas commun : le fruit de cet arbre vient des Cévennes. Le mûrier, dont la feuille nourrit le ver à soie» qui fait une des branches de l'industrie de la campagne» est cultivé avec succès. La cerise» la pôche» la prune, la pomme, la poire et beaucoup d^autres fruits, couvrent tour à tour les verriers du pays.
On recueille dans les champs la pomme déterre» la rave» le navet» la fève» la lentille» etc. ; et dans les
jardins potagers , dont les faubourgs de Montpellier abondent, on cultive avec avantage la fraise, la framboise, le chou, la chicorée, la laitue, la beltcrave, la carotte, le céleri, rarticbaut, le cardon, Taubergine, le melon, la courge , le concombre, l'asperge, le salsifis, etc. *.
Outre les plantes aromatiques dont les montagnes et les rochers sont couverts, la campagne de Montpellier produit une laiinilc de plantes niciUcinales dont fusage est très-rëpandu, et dont les plus communes sont Tabsintbe, Tagaric, Talth^ea, Tartémise, la camomille, la camphrée, la capillaire, la chicorée sauvage , le chiendent, la citronnelle, la coriandre, la doucearoère, le genièvre, le géranium, le lis , la matricaire, la mauve, la pariétaire, la patience, le pavot, la rue, la sauge qui pourrait remplacer le thé que nous allons chercher si loin; la scabieuse, la scorsonère, la valériane , la verveine , etc« Le voisinage de la mer procure à l'industrie de cette ville Cjuantitu de piailles tinctoriales; les plus importantes sont : le salicor, la gaude, la garance, le pastel, le tournesol, le tamaris. — Les bois taillis sont particulièrement composés d'essences de chêne- vert et de chène-bianc. On fait un commerce considérable de Técorce de ces arbres pour les fabriques de tannerie.
Nous ajouterons cependant à cet exposé des principales productions de la terre de Montpellier quelques observations sur les époques de la végétation.
1 On se sert dans les Jardins potagers, pour l'arrosement , d'une espèce de puits & roue , appelé dans le pays pou%arawtaj ou pw$ à rbda, dont Uusage remonte à une haute sntiquité, supposé qu*ll ne nous ail pas clé laissé par les Arabes.
Ou voit llearir ea Janvier l'ânémone hépatique » ia flear do la Trinité, le narcisse tout blanc, le laurierthym, le grand souci jaune, la primevère, le noisetier, le romarin> la grande bruyère à balais, les véroniques, le mouron , etc. £a Février , l'amandier , le safran jaane printanier , le safran tout blanc , le safran violet semé de blanc, le buis, les violettes, le petit iris de Perse, Tiris nain^ la perce-neige > etc. Vers le milieu du mois d'Avril, les seigles sont en épi; les fraises et les cerises sont abondantes en Mai ; les abricots en Juin; on mange en Juillet des prunes, des amandes et une espèce hâtive de raisin dit de la Mode* leine; en Août, les meloas, le raisin, les pèches, etc. On a encore des raisins irais vers la hn d'Octobre, et mémo au commencement de Novembre.
Le voyageur qui parcourt pour la première fois la campagne de Montpellier, aux mois de Juillet et d'Août, est assourdi d'un bruit ou plutôt d'un grincement de scie continu, dont on ne peut donner une idée complète aux habitanls du nord, à qui ce bruit est inconnu. C'est le chant de ia cigale, célébré par les poëtes de Téos et de Mantoue; ou plutôt il faut croire que les chants des cigales d'Athènes et du Lattum étaient un peu plus harmonieux que le cri de Tinsecte à qui nous donnons ce nom; car il est peu probable que ce cri monotone, aigre et discordant, ait pu faire naître des vers au.^si mélodieux que ceux que cette lille de Tair a inspirés au2L Anacréon et aux Virgile. Il est certain que la cigale des anciens, au moins celle des Grecs, n'était pas parfaitement le même insecte que notre cigale : elle u était pas auâsi grosse.
Gomment les Athéniens auraient-ils placé dans leur
chevelure , en forme d'ornement , des cigales d*or énormes , telles que nous les voyons dans nos contrées méridionales y au point que^ lorsqu'elles volent, on serait tenté, à la première vue» de les prendre pour de petits oisoaux ? — N oublions pas de dire que, dans ce pays » la cigale est le symbole de Tétourderie » et qu^une tête de cigale ne signifie pas autre chose qu'une jeune tête sans cervelle.
Un certain insecte, qui mérite une mention particu«lière» c'est Varaignie tnaçmne, autrement appelée Varaignie de Montpellier. On la trouve communément dans le voisinage de la ville; c'est merveille de voir la manière industrieuse dont elle s'abrite et se fortifie contre ses ennemis , sans oublier les dispositions de logement qui peuvent lui ôtrc les plus commodes : son talent, à cet égard, va Jusqu'à se construire une porte à charnière.
Ccst en vain que Montpellier eut son berceau placé sur une montagne jadis habitée, dit-on, par des animaux féroces ou sauvages, Vam$ ferrarum ou plutôt Vallie fera Les bols taillis, les rochers des environs ne recèlent ni bêtes fauves, ni bêtes noires. Autrefois le bois de VaUne , situé en partie dans la commune de Mûries, à 4 lieues de Montpellier, et d'une contenance
^ Un des quartieri de la Tille a conierfé le nom de VaUfère» Ne seraft-ce pas là une preuve traditionnelle d^une antiquité plui reculée que celle qu'on attribue communément ù Torif^ine de cette cité? M. Germain penche à croire qm: le mot Valfère pourrait avoir le sens de Vailum de foris ^ el représenterait le soi situé hors de l'enceinte, soit de la ville , soit du château des Guiîlems , placé tout près de là. ( UUt. de la Comm. de Montp. * 1. 1 , p* }
d'environ 1800 hectares, était habité par des sangliers qui ont disparu depuis loDg^temps*
Mais qu^imporle que la chasse au sanglier soit inconnue <laiis le pays? on n'a pas à redouter les ravages de cet animai. — On s'y plaint peu souvent des ioups et d'autres animaux malfaisants*
Du reste , le gibier n'y serait pas rare , s'il n'était guerroyé par uu si grand nombre de chasseurs ; car , ici , comme partout^ la chasse est une véritable fureur. On tire le lièvre, le lapin > l'alouette , le bec-figue, la caille, la grive , la perdrix rouge, lo tourlereuu, le ramier, Tortolan, etc. — On nourrit dans les basses-cours le pigeon, la poule, Foie, le canard, le dindon, le paon, la pintade, le lapin, le cochon dinde, etc.
La chasse la plus amusante est celle qui a lieu durant Thiver sur les étangs de Vie, commune à 3 lieues de Montpellier. Les chasseurs des environs sont avertis plusieurs jours d'avance. Dès le matin de la journée du rendez-vous, une expédition d'un nombre infini de batelets couvre la surface des étangs. Ils environnent les foulques , dites à tort macreuses, qui se promènent sur les cauK, et qui sont tellement abondantes que, lorsqu'on les force à s'élever dans les airs pour les tirer, elles forment maintes fois une espèce de nu ii^e qui sert largement de point de mire aux chasseurs. Le gibier tombe blessé pôle-méme dans l'eau ou sur les embarcations. C'est un spectacle animé ; mais il a quelquefois ses inconvénients : il est difficile aux chasseurs de distinguer parmi le gibier mort ce qui appartient au véritable maître, et de faire la partà chacun ; des foulques ont souvent été tuées par plusieurs tireurs à la fois. Le nombre considérable de ces oiseaux qu'on rapporte.
et surtout la loyauté des chasseurs, aplanissent ordinairement toutes les difficultés.
Le miel que Tabeille donne au pays est délicat. — Les rivières , les étangs et les côtes de la mer , fournissent d'excellent poisson de table : la truite, Talose, la carpe, languille, le brochet, le muge, le rouget, le merlan, la dorade, le maquereau, la sardine, la sole, le thon, rbuitre, la langouste, le goujon, eto.-^On trouve aussi dans les marais la tortue bourbeuse.
Mais nous ne devons pas passer sous silence une autre production plus remarquable et non moins utile de ces marais, et particulièrement de ceux de Lattes, à 6 kilomètres de Montpellier : nous voulons parler d'une espèce de chevaux sauvages, qu'on appelle, en langage du pays, Égas, du latin Eqm : ils sont gris-blancs et d'une figure ordinairement commune. On suppose que ces animaux, proviennent de la race chevaline amenée dans ces parages par les Sarrasins ^ . S'il est vrai , comme on peut Tadmettre avec une très-grande probabilité, que ces chevaux ont une origine arabe ou barbe, ils en ont conservé plusieurs qualités précieuses : ils sont très-bons coureurs. On les emploie principalement à battre le blé et autres grains.