‹ Montre perdue, recompense honnete comedievaudeville en un acte (volume 2)Chapitre 12 sur 36 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PLANTIN

Quelquefois... '

CHAM BOURDON

Inutile alors de te dépeindre la course échevelée de ton ami croyant traîner à ses trouses un époux furibond armé de n’importe quel instrument contondant... J’arpente... je vole... je plonge enfin dans une porte béante. . ô Providence ! c’était la mienne.

PLANTIN

Te voilà sauvé !

CHAMBOURDON.

Tucrois ça, toi?... je le crus aussi... pendant que je gravissais mon escalier... mais en arrivant chez moi... je pousse un cri.

PLANTIN

Qu’était-ce encore?

CHAMBOURDON.

Je n’avais plus ma montre !

PLANTIN

Belle affaire ! Tu en achèteras une autre.

Une autre... mais animal!...

PLANTIN

Ah ça! mais...

CHAMBOURDON.

Non. Mais, idiot!... tu ne comprends donc pas... que je l’avais perdue... laissé tomber chez lui au moment où je fus foudroyé par son coup de sonnette!...

PLANTIN

Eh bien?...

CHAMBOURDON. v

Eh bien ! mon nom est gravé dans la boite, voilà tout ! mon nom de Chambourdon!... et avec un almanach des vingt-cinq mille adresses...

PLANTIN

Il peut finir par découvrir la tienne... Tu as raison,

CHAMBOURDON.

Enfin ! il comprend!... loué soit le ciel!... Tu comprends que me voilà tout bonnement avec un époux de Damoclès suspendu sur ma tète!... qu’à chaque instant, à chaque seconde du jour et de la nuit, un homme peut se précipiter chez moi, les cheveux hérissés, 1 injure à la bouche, ma montre d’une main et un pistolet de l’autre...

Poltron !

PLANTIN

CHAMBOURDON, indigné.

Est-ce que c’est pour moi que je tremble!... {changeai do ton.) Ecst-à-dire... si... pourquoi m’en cacherais-je?... je n’ai aucun Penchant pour les armes a feu 1... et puis quel scandale dans mon loyer conjugal !... que pensera ma femme?... à quel genre de

vendetta peut la pousser ma prétendue trahison!... Furent, Plantin, furens quid fœmina possü!

PLANTIN

Ah! si tu parles latin!...

CHAMBOURDON .

Je parlerais grec!.,, je parlerais chinois si je ne me retenais pas!...

PLANTIN

Après tout, il n’est pas dit que cet Othello découvre...

CHAMBOURDON.

Tais-toi ! . .. depuis hier, j’ai remarqué un être à barbe rousse, que j’ai tout lieu de croire officier mexicain, qui passait fréquemment devant mon seuil... en braquant un lorgnon sinistre sur mes fenêtres...

PLANTIN

Oh! oh!...

CHAMBOURDON.

Eh bien!... que dis-tu de ma position entre cuir et chair... la sens-tu?...

D’autant mieux que j’ai moi-même sur le dos un brutal de mari.

CHAMBOURDON.

Bah!... toi, Plantin !... je disais bien, tu es immoral!

PLANTIN

Mais du tout... je te jure...

CHAMBOURDON.

Passons... passons...

PLANTIN

Une dame qui vient parfois me consulter pour des migraines... et dont le mari suppose...

CHAMBOURDON.

Passons! passons!

PLANTIN

Ce forcené que je ne connais encore que par sa signature de Bienassis...

CHAMBOURDON.

Bienassis, un nom calme et bonasse.

PLANTIN

M’a écrit l’autre jour qu’il me massacrerait partout où il me trouverait...

CHAMBOURDON.

11 fera bien !... je l’approuve complètement.

Hein!

CHAMBOURDON.

Oh! je suis moral, moi!... mais il ne s'agit pas de toi!... Tu connais mon abîme... il faut que tu me tires de là!...

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