RENSEIGNEMENS STATISTIQUES
L'ile, sur la partie orientale de laquelle Montréal est situé, fut découverte par Jacques-Cartier en 1535. Cette ville ne fut fondée qu’un siècle plus tard. Le 17 mai 1642, l’endroit sur lequel elle devait s’élever fut
consacré par le Supérieur des Jésuites au Canada, qui y bénit en même tems une petite chapelle construite à la hâte et où l’on déposa les objets nécessaires au culte
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catholique. La consécration de l’île à la Ste. Vierge eut lieu le 15 août suivant, fête de l’Assomption. Le premier nom de Moutréal a été VilleMarie. En 1644, ce beau domaine devint la propriété des Sulpiciens de Paris, lesquels le cédèrent ensuite à ceux de Montréal, qui le conservent encore aujourd’hui
La petite colonie fit en peu de tems de rapides progrès, et malgré le voisinage des [roquois qui lui fesaient la guerre, elle ne laissa pas que de prospérer. Les seuls remparts qu’opposèrent d’abord les Européens à leurs dangergux ennemis, furent leur courage et leur vigilance ; mais il sentirent bientôt que les quelques armes à feu qu’ils possédaient, et le petit nombre de soldats qu’ils avaient au milieu d'eux ne suffisaient pas à les mettre à l'abri d’un coup de main. La ville fut par conséquent entourée de palissades et protégée par une petite redoute que l’on construisit sur une éminence, à peu de distance de l’endroit où se trouve aujourd’hui le jardin du gouvernement. Ces défenses ne rassurèrent cependant pas ses habitans; et les [roquois devenant de plusen plus audacieux, on lui donna, quarante ans après, une ceinture de murailles qu’elle a gardée jusqu’en 1808, époque: à laquelle elles furent démoiies. Leur hauteur était de 15 pieds ; elles étaient crénelécs et percées de six ou sept portes.
Sans crainte désormais pour leur vie et pour leur biens, les habitans de Montréal se livrèrent avec ardeur à l'exploitation de toutes les branches de commerce et d’industrie compatibles avec leur position. En peu de tems, leur ville devint l’entrepôt du commerce de fourrures de tout le Canada. Les peuplades indiennes les y apportaient de tous côtés. Au mois de Juin de chaque année commençait le trafic. Alors avait lieu une foire célèbre qui durait jusqu’à la fin d'août et à laquelle se rendait tout ce que le pays avait de gens intéressés et avides de gain. Le bénéfices qu’on y réalisait étaient énormes.
En 1657, les Sulpiciens firent abattre une partie de la forêt qui couvrait l’île, et la terre féconde qu’ils livrèrent au cultivateur produisit d’abondantes récoltes. C’est
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de cette année que date la fondaticn de la demeure qu’ils habitent au centre de la cité.
Le 5 février 1663, un horrible tremblement de térre, accompagné d’une obscurité profonde, vint épouvanter non seulement les habitans de Montréal, mais encore ceux de tout le Canada. Le sol s’ouvrit en plusieurs endroits; des montagnes furent renversées, des forêts entières déracinées furent précipitées dans le St. Laurent. Une pluie de cendres et de boue tomba toute la journée. Le souvenir de ce grand bouleversement de la nature se conserve parmi la population, et l’on n’en parle encore qu’avec effroi.
En 1659, une attaque des Iroquois vint mettre les français à deux doigts de leur perte. Débarquant soudainement la nuit à Lachine, village aujourd’hui florissant et situé à quelques milles seulement de Montréal, ils en surprirent les habitans et en firent une épouvantable boucherie. Ils se rendirent de là à la ville qu’ils investirent, après en avoir dévasté tous les environs. Des secours, arrivés à propos, dissipèrent cette nuée de barbares. Cette année a été appellée l’année du massacre.
En 1720, la population de Montréal était de 3000 habitans ; celle du Canada entier ne dépassait pas 10,000 âmes. On comprend aisément pourquoi, après un siècle de possession, la France ne comptait encore qu’un aussi petit nombre de ses enfans dans le Nouveau-Monde. Les cruautés sans nombre qu’exerçaient, sur ceux qui tombaient entre leurs mains, les tribus sauvages qui entouraient la colonie, arrêtaient d’abord l’émigration qui aurait sans cela pu prendre des propor‘ions considérables ; la difficulté des transports alors énormément coûteux était surtout ensuite la cause de la stagnation où elle est presque toujours restée, tant qu’elle a dépendu de sa mère-patrie française.
Ces deux obstacles n’existent plus aujourd’hui ; et le Canada est un des plus beaux, des plus populeux et des plus riches domaines de Sa Majesté Britannique.
Depuis la conquête de ce pays par l’Angleterre, en 1760, Montréal n’a pas cessé un instant de prospérer ;
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malgré le désastreux incendie de 1765, qui ruina plus de 215 familles, et fit subir à la ville une perte de près de $400,000, on lui vit bientôt prendre do grands développemens.
En 1775, Montgommery, à la tête de quelques troupes de la république américaine, qui combattait alors pour son indépendance, s’empara de Montréal qu’il abandonna quelques mois après.
Lors de la guerre de 1812, le Canada français prouva à l’Angleterre qu’elle pouvait compter sur la fidélité inébranlable de ses habitans. Montréal contribua largement à la défense de la patrie, et plus d’un héros de cette époque glorieuse a vu le jour dans ses murs.
Le gouvernement de la cité était autrefois confié à des juges de paix nommés par le gouverneur du Bas- Canada. Leur nombre était de quarante-six, et la loi leur donnait le pouvoir de prélever des impôts pour en défrayer les dépenses ; elle leur donnait également celui de faire des règlemens auxquels les citoyens étaient tenus de se soumettre. Un acte de la législature provinciale, passé en 1832, érigea Montréal en municipalité et les pouvoirs des magistrats passèrent aux mains des membres de sa corporation.
La population de Montréal est aujourd’hui de 85,000 à 90,000 âmes, dont les deux tiers sont des catholiques. Les quartiers St. Laurent, St. Louis, Ste. Marie et St. Antoine et le faubourg St. Joseph sont, en grande partie, habités par les Canadiens-Français, qui forment environ la moitié de la population totale. Les Irlandais occupent presqu’exclusivement le quartier Ste. Anne et sont assez nombreux dans les quartiers St. Laurent et Ste. Marie. La population anglaise et écossaise se groupe dans les quartiers Ouest, St. Antoine et du Centre ; partout ailleurs elle est en minorité.
Montréal conpte aussi beaucoup d’Allemands; la moitié environ de la population allemande est catholique ; l’autre moitié est ptotestante ou juive.
Veut-on savoir à combien d’enfans des nombreuses familles qui l’habitent on y distribue chaque jour le pain de lintel 9 re En 1859, il y avait plus de 14,364 enfans sur les bancs des écoles de la ville. Nous ferons tout-à-l’heure la revue des diverses maisons d’éducation qui font son principal ornement, et nous montrerons que sous ce rapport elle n’a rien à envier aux cités les mieux dotées de ce continent et même aux capitales de l’Europe.
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