LE PLUS ANCIEN REGISTRE DE MONTRÉAL. — LE PREMIER COLLÈGE
M. le curé de Notre-Dame nous a montré, ce matin, dans les bureaux de la Fabrique, le plus ancien registre [de fabrique] qui existe à Montréal, probablement le plus va “e la Puissance. (1) C’est un volume format petit in-f » contenant 368 pages sur un papier de linge très fort, mais jauni par la vétusté.
Ce livre contient les procès-cerbaux des Marguilliers de la paroisse de Montréal depuis le 21 novembre 1657, jusqu’au 8 juin 1778.
Les [minutes] de chaque séance sont signées par les personnes qui y assistaient.
Le scribe du dix-septième siècle a une calligraphie dont la lecture est très difficile pour celui qui n’a pas l’habitude de déchiffrer les vieux parchemins. Son manuscrit est semé d’abréviations qui nous ont rebuté dans nos efforts pour les comprendre. (2) M. le curé, qui possède la clé de ces hiéroglyphes, nous a lu couramment plusieurs paragraphes des procès-verbaux. Ce n’est que vers la fin du dix-huitième siècle que les manuscrits deviennent parfaitement lisibles pour les vulgaires.
(1) Nous laissons à l’auteur la responsabilité de cette assertion, cependant, nous devons ajouter que Notre-Dame possède d’autres registres plus anciens, notamment ceux des actes de l’état civil qui commencent en 1642. Ces précieux registres sont reliés en un volume de format in-4to.
(2) Le scribe en question n’est autre que Benigne Basset, le quatrième tabellion ou notaire de la seigneurie de Montréal qui eumulait en plus, les occupations de commis du greffe, d’arpenteur et de gecrétaire de la fabrique. Son écriture, jolie d'apparence, est néanmoins peu compréhensible au début, mais on s’en rend bientôt maître. Les registres des audiences de ia justice royale, les actes des notaires Adhémar, Cabazié, Maugue sont d’une lecture beaucoup plus difficile et nous ne parlons pas des actes du notaire Monmerqué qui font le désespoir des plus savants paléographes,
mt 22 LE BON VIEUX TEMPS
Dans ce vieux registre on voit toutes espèces d'écriture, la gothique, la ronde, la bâtarde, la cursive et l'anglaise.
En tête de la première page du vieux livre nous voyons l’entrée suivante :
“Le 21 novembre 1657, jour de la Présentation de Notre- Dame, les habitants de Montréal, se sont assemblés pour procéder à l’électiondes Marsuilliers de ja paroisse du dit lieu où, à la pluralité de leurs voix, ont été élus les sieurs Louis Prud’homme, Jean Gervaise et Gilbert Barbier, en la présence de M. Gabriel Souart, prêtre, curé de la dite paroisse et de Monsieur de Maisonneuve, gouverneur du dit lieu.”
En feuilletant l'antique registre de la Fabrique nous constatons que le premier collège a été établi à Montréal en 1773.
À la séance du dimanche 11 juillet 1773, les marguilliers de Montréal ont adopté une résolution à l'effet d'acheter le château de M. de Vaudreuil, bâti au bas de la Place J acques-Cartier (1), rue Saint-Paul, pour en faire un collège à perpétuité. Il existait déjà, à Québec, un petit séminaire, mais la grande distance de cette ville, les frais énormes du voyage, etc., avaient engagé les habitants de Montréal à ouvrir un établissement de haute éducation.
Le château de Vaudreuil fut vendu à la Fabrique pour la somme de 19,500 franrs. Les réparations coûtèrent 5.144 francs. Le premier directeur fut M. Curatteau, prêtre de Saint-Suipice. Les procès-verbaux de l’assembles où fut passée la résolution à l'effet d’acheter le château, portent la signature de M. Etienne Montgolfier, curé, ‘frère du célèbre Montgolfier, inventeur de l’aérostation), Louis Jolivet, Ptre, Hervieux, Lemoine, Z. Hubert, Saint-Dizier et Vallée,
Ta dernière séance des marguilliers dout les procès-verbaux sont entrés dans le même registre est celle du 8 juin 1778 où M. Sanguinet n été élu secrétaire et greffier de la Fabrique Notre-Dame. Le procès-verbal est signé par MM. Montgolfier, Saint-Dizier, Pierre Vallée, LePailleur et Sanguinet.
16 janvier 1885.
(1) Dans 'e texte on lit : bti sur le site de “ l'Hôtel Rasco ”, ce qui est erroné, : 1r cet hôtel était plus à l’est.