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LES COMMIS EN 1830. — AVENTURES D'UN FAUX MARQUIS

Le commis de magasin, en 1830, n’avait aucun trait de similitude avec relui d’aujourd’hui. Sa toilette n'avait pas les raffinements de ::. mode que l’on remarque chez certains commis de nouveautés de nos jours.

Il ne portait pas de bagues, ni montre, ni chaîne en or ou en simili or. Son salaire variait de 850 à $100 par année. Pour toucher £50 (8250) par année, il ".. * ‘tre un commis d’une grande expérience avec des aptituues … plus heureuses pour le commerce. Le magasin s’ouvrait à la chandelle, à six heures du matin et les heures de travail duraient jusqu’à neuf heures du soir.

Le marchand du bon vieux temps ne publiait pas d'annonces dans les journaux et ne faisait pas distribuer des circulaires imprimées dans toutes les rues. On n'entendait jamais parler de fonds de banqueroute acheté à 40 cents dans la piastre, ni de sacrifices alarmants, ni de ventes au-dessous du prix coûtant.

Les marchands ne posaient pas d’affiches dans leurs magasins Pour annoncer à leurs clients qu’ils n’avaient qu'un seul prix.

La rue commerciale de Montréal était, à cette époque, la rue Saint-Paul, de la place Jacques-Cartier, jusqu’à la rue Saint- Sulpice. Le cultivateur ou le voyageur du Nord-Ouest n’entrait jamais dans un magasin Proprio motu.

Lorsqu'il passait sut la rue Saint-Paul, il était harponné par le commis et lancé violemment dans la boutique.

On avait recours à toutes espèces de trucs pour forcer l'individu à faire un achat.

Une cruche de rhum était placée dans larrière-boutique pour l'usage des clients réfractaires.

On invitait le voyageur à trinquer et lorsqu'il était pompette, on lui vendait un habillement complet,

Il n’y avait pas de poêle dans les magasins de la rue Saint- Paul. Pendant les froids rigoureux de l’hiver le patron et ses

employés portaient le capot et la ceinture. Ils battaient la semelle et soufflaient dans leurs doigts en servant leurs pratiques.

[Un des] premiers marchands qui introduisirent un poêle dans leurs magasins fut M. Edouard Préjen, qui occupait une maison sur la place de l’ancienne douane. (1)

Pendant l’été de 1853, il arriva à Montréal un professeur d’italien nommé “ Paschetti”. Il réussit à avoir quelques élèves, mais ses lecons ne lui permirent pas de mener la vie à grandes guides. Il se promenait tous les jours sur les rues Notre-Dame et Saint-Jacques, drapé dans les plis d’un manteau richement doublé avec une étoffe d’une couleur très visible. Sa mine élégante et son front noble attiraient tous les regards. Notre homme étudiait et observait nos mœurs. On doit dire qu’il ne tarda pas à s’apercevoir de l’endroit faible de notre société, de la bonté d’âme de quelques-uns et de l’extrême crédulité des autres, des prétentions aristocratiques d’un grand nombre. Il vit aussi qu'à Montréal comme partout ailleurs, il y avait des parasites, Il mûrit un plan ingénieux pour faire des dupes de toutes ses connaissances. Il y réussit à merveille comme vous allez voir.

Paschetti enseignait l’italien dans une de nos plus respectables familles. La dame de la maison s'était sentie vivement intriguée par l’air mystérieux du professeur. Elle avait cru remarquer chez lui des distractions fréquentes et deux ou trois fois elle avait surpris de gros soupirs qui étaient promptement étouffés. Elle dut croire qu’une grande infortune pesait sur cet homme et qu’il cachait quelque chose. Or un jour, le mari de cette dame reçut une lettre adressée À ses soins à Senor Enrique Olivarez de la Mendoza, marquis de Las Carolinas, Comte de Castille, ete., etc.

M. Paschetti devait être ce marquis. Le mystère dont il s’entourait, ses soupirsétouffés, ses manières distinguées ne permettaient pas d’en douter.

Le lendemain de la réception de la lettre notre professeur arrive comme d'habitude pour donner à Madame sa leçon. Celleci prend alors la lettre et la lui montrant: Connaissez-vous la

(1) Il figure dans l’Almanach de Doige, de 1819, sous le nom de Prégan.

personne à qui cette lettre est adressée ? lui dit-elle. Paschetti rougit, balbutie quelques paroles et finit par avouer qu’il était réellement le marquis de Las Carolinas, etc. Il dit que sa fortune qui avait été confisquée par la dernière révolution en Espagne, lui allait être rendue dans quelques mois et qu’il était sûr de rentrer en possession de plusieurs millions.

La nouvelle se répandit en ville et tout le monde parla du marquis. On se l’arrachait quoi!

Une vingtaine d’âmes crédules se laissèrent amadouer par le ee espagnol à qui ils avaient avancé des sommes considérables.

Le marquis laissa sa modeste pension chez Madame Giroux pour prendre des appartements somptueux dans l’hôtel Donegana, l’hôtel le plus fashionable de Montréal à cette époque.

M. de Las Carolinas, quelques semaines plus tard, reçut une lettre du gouvernement espagnol l’informant que les derrières formalités ayant été remplies, il rentrerait dans la possession immédiate de sa fortune, Il menait un train de vie princier et on le fêtait dans plus de vingt salons.

Il s’aperçut un jour que des soupçons étaient entrés dans l’esprit d’un de ses dupes, et il prépara son hégire de Montréal.

Il avait dit à ses amis “La semaine prochaine, je vous causerai une grande surprise.”

La surprise arriva telle qu’il l'avait promise.

Tous les amis et les admirateurs du Senor Enrique Olivarez de la Mendoza, marquis de las Carolinas, comte de Castille, etc., furent invités à un grand diner à l’hôtel Donegana.

Tous se rendirent à l’invitation du marquis. Madame Saint- Julien et M. Daley, la propriétaire et le gérant de l'hôtel, avaient préparé un banquet que n’aurait pas désavoué Lucullus.

Le champagne et les vins les plus généreux de la cave du Donegana coulèrent à flots.

Au milieu du repas, l’'Amphytrion reçut une dépêche. Il s’excusa devant ses convives disant qu’il s’absentait pour vingt minutes tout au plus. Il leur recommanda de ne pas se gêner pendant son absence et de sabler le champagne à tire larigot.

Le marquis sortit et ne reparut plus.

Il avait pris la route de New-York où il devait s’embarquer sur un steamer océanique.

Lorsque M. Daley ouvrit les malles du noble espagnol, il n’y trouva que des cailloux enveloppés dans des journaux. C’était tout ce que laissait le marquis pour payer sa pension.

Une semaine après le banquet les convives recurent chacun la carte du Donegana et durent payer chacun #10 pour leur part du festin. (1):

2 février 1885.

(1) L’'Hôtellerie Donegana se trouvait alors dans l'édifice maintenant occupé par l'Hôpital Notre-Dame. (Voir en plus, le texte et la note des pages 61-62.

LE MOT “ CHOUAYEN ”. - LANGEVIN vs L'ENFANT TER- RIBLE. — VIEUX DOSSIERS. UN PROCÈS DE 1768.

M. Oscar Dunn, dans une correspondance publiée dans la Patrie de mardi dernier, (4 février 1885) me dit que l’origine du mot “ Chouayen ” remonte à 1756, époque à laquelle le Fort Oswego s’appelait le Fort Chouayen. En lisant dans le Canadien du 17 juin 1809, la définition de ce mot, je n’ai pas cru qu'il fut nécessaire de continuer mes recherches plus longtemps, attendu que le ton de l’article était très positif sur le sujet. [Voir ante, page 231.

M. Dunn qui fait de l’archéologie en grand, a été pius heureux que moi et je le remercie de l’irformation qu'il m'a fournie. (1)

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