ETC. ETC
L’habitude dangereuse de faire des : ‘rses entre les vapeurs des lignes rivales entre Montréal et Qu vec, fut cause de plusieurs accidents. L'un des accidents les plus graves fut celui arrivé au vapeur Lord Sydenham.
A une heure du matin, le 16 octobre 1846, le vapeur Lord Sydenham venait de laisser le Port Saint-François, lorsqu'une détonation épouvantable se fit entendre. L’une des chaudières, celle de tribord, avait fait explosion, répandant la vapeur et l’eau bouillante sur 30 ou 40 Passagers de l'avant, qui se trouvaient dans les environs. Heureusement, l'explosion a eu lieu au-dessous de la chaudière, car si l’ouverture s’était faite dans le côté ou au-dessus, les conséquences auraient été plus terribles.
Le Rowland Hill, qui était à une petite distance en arrière, vint au secours du Lord Sydenham. Celui-ci fut abordé une demi-heure après et tous les blessés et les passagers furent transportés à bord. Les blessés ont reçu les soins des docteurs Rousseau et Richardson.
Deux chauffeurs et deux autres personnes moururent des suites de leurs blessures,
Quarante personnes, la plupart des immigrés. horriblement ébouillantés furent transportés aux hôpitaux de Montréal.
Les experts du temps, l'ingénieur Parkyn en tête, n'ont jamais pu trouver la cause de l'explosion de la bouilloire du Lord Sydenham, ii n’y avait que 16 livres de vapeur au moment de l'accident.
Observons ici, qu’en 1846, les courses se faisaient régulièrement entre le Montréal ct le Québec, le Lord Sydenham et le
Rowland Hill. On surmenait les machines et on jetait dans les fournaises les combustibles les plus ardents.
Pendant les années 1846 et 1847, la science s’avança rapidement dans la voie du progrès. On perfectionnait les machines à vapeur et l'éclairage au gaz, on établissait les premières lignes de chemin de fer et de télégraphie, et la photographie livrait son secret à l’industrie.
Lisons quelques pages dans les annales du temps :
Le 9 septembre 1846, à une heure, a eu lieu la première communication électro-télégraphique entre les côtes de l'Océan Atlantique et les bords du lac Erié, entre New-York et Buffalo, par Troy, Albany, Utica, Syracuse, Auburne et Rochester.
Samedi soir, le 23 octobre 1847, dit l’Argus d’Albany, New- York et Montréal conversèrent ensemble par le moyen du télégraphe électrique, le circuit de l'électricité allant directement d’une ville à l’autre, par une distance d’environ 1,000 milles. Québec aurait pu être de la partie si son bureau n'eût pas été fermé pour la nuit. C’est, cependant, l'entretien le plus distancé qu’on ait eu jusqu’à présent.
Quelques années plus tard, les deux Caradas étaient couverts par un immense réseau de fils télégraphiques.
C’est pendant l’année 1848 que l’on construisit le premier pont. suspendu aux chutes de Niagara.
Ce fut pendant la même année, le 1er novembre, que fut inauguré un des plus beaux édifices du continent, celui de la banque de Montréal, sur la Place d’Armes.
Le chemin de fer entre Montréal et Lachine fut inauguré à une heure de l’après-midi, vendredi, le 19 novembre 1847. Son Excellence Lord Elgin, dont le souvenir est toujours resté cher aux patriotes, présida la cérémonie à laquelle 250 personnes avaient été invitées. En se rendant à Lachine, le premier train fit le trajet (8 milles) en 21 minutes. En revenant le voyage fut accompli en 18 minutes.
a LE BON VIEUX TEMPS 67
La construction de la voie ferrée avait été commencée le 1er mai de la même année,
La locomotive de la pesanteur de 18 tonneaux avait été faite à Philadelphie et transportée à Montréal sur un petit vaisseau américain par les canaux de Whitehall et Chambly et remorqué par le vapeur Richelieu. Le petit bâtiment resta trois jours dans notre port.
Le pavillon américain flottait à son mât, spectacle qui épata les Montréalais, car c'était la première fois que le drapeau étoilé était arboré dans nos eaux.
Après la cérémonie d’inauguration, il y eut un somptueux banquet servi à l'Hôtel Donegana. Les discours de circonstance furent prononcés par l'honorable M. Ferrier, président de la Compagnie du chemin de fer et Lord Elgin.
Après le banquet, le gouverneur général et Lady Elgin allèrent poser devant l'objectif de M. Doane qui avait ouvert, sur la place d’Armes, le premier atelier de photographie à Montréal.
A cette époque, on travaillait activement à la construction du chemin de fer Canada et Atlantique dont le terminus était à Longueuil,
Le 24 novembre 1847, on ouvrait les listes de souscriptions pour la construction du chemin à rails de bois entre Lanoraie et le village de l’industrie,
Parmi les zélateurs et les actionnaires de l'entreprise étaient MM. B. Joliette, Peter Charles Lœdel, Gaspard de Lanaudière et A.-J. Voyer.
19 février 1885.
RÉ
LA POSE DU GROS BOURDON — LES PREMIERS DIREC. TEURS DU CHEMIN DE FER DE L'INDUSTRIE.
LeJean-Baptiste, alias le Bourdon de Notre-Dame de Montréal est la plus grosse cloche qu'il y ait sur le continent. Dans une précédente causerie, j'ai donné les légendes inscrites sur cette grande cloche, aujourd’hui je vais vous raconter comment elle a été montée dans sa cage, dans la tour occidentale de Notre- Dame.
La cloche colossale est arrivée à Montréal à bord du voilier Ottawa, le 23 septembre 1847. I] fallait un échafaudage et des appareils spéciaux pour la descendre sur le quai. L'opération commença à sept heures du matin et dura jusqu’à une heure de l'après-midi. Lorsqu’il fut sorti du navire, le gros bourdon fut déposé sur un char et transporté à brüs jusqu’au parvis de Péglise. On y construisit une remise en bois pour recevoir la cloche en attendant le jour où elle devait être montée dans la tour.
La bénédiction du Jean-Baptiste eut lieu le 18 juin 1848.
On trouve les détails de cette cérémonie dans La Minerve du 20 juin.
“ Cette grande cérémonie a eu lieu hier, après vêpres, dans l'église paroissiale, Une foule immerse y assistait. Mgr Prince officiait assisté par M. le supérieur du Séminaire et un nombreux clergé. Avant la bénédiction le Rév. M. Billaudel monta en chaire et adressa aux fidèles un éloquent sermon sur la cérémonie du jour. Huit parrains et huit marraines occupaient les premières places près de la cloche : c’étaient l’hon. L. H. Lafontaine et Mme Bédard, épouse de M. le juge Bédard qui étaient au centre, puis M. Louis Boyer et Mme Charlebois. M. A. Prévost ct Mme Jodoin, M. C. Wilso: et Mme Drummond, M. L. Comte et Mme J. B. Dubuc, M. O. Fréchette et Mme N. Valois, Maurice Gougeon et Mme S. Valois, M. E. Prud’homme et Mme Décary. Venaient, ensuite, le président et les officiers de la société Saint-Jean-Baptiste.”
D: maintenant, quelques détails sur la pose de la grande cloche :
“Mercredi, le 21 juin, dès le point du jour et durant toute la journée Ja foule s'était portée en face de l’église paroissiale pour être témoin d’un spectacle imposant, celui de voir monter le Gros Bourdon au haut de la tour. Entre 6 et ? heures la pluie tomba en abondance et fit craindre qu’on fût dans la nécessité de suspendre l'opération, parce que les cables, imprégnés d’eau, seraient devenus trop durs. Mais le vent dissipa les nuages et le 3oleil se montra dans toute sa splendeur durant le reste de la journée.
Toute la matinée fut employée aux apprêts des câbles et des poulies pour suspendre la cloche à une certaine hauteur, afin de la déposer ensuite sur des balances à patentes venant du Railroad de Lachine, avant de la poser.
Elle a été vendue au poids de 29,400 et on a vérifié d’une manière irrécusable qu’elle ne pèse que 24,780 livres, laissant une différence de 4,620.
L'opération de la vérification du poids dura deux heures et ce ne fut qu’à trois heures et demie que commença la majestueuse ascension de cette masse énorme.
Vers 6 heures, elle arriva au niveau de la fenêtre par où elle devait entrer. Les préparatifs pour l’introduire dans la tour durèrent encore quelque temps et à 714 heures, le gros Bourdon était installé au milieu de la charpente qui doit le tenir euspendu pendant plusieurs siècles.” :
La Fabrique avait demandé des soumissions pour la pose de la cloche et les plus basses avaient été de £600 et de £800.
La Fabrique chargea M. Matte de l’entreprise qui coûta seulement la moîtié de la somme exigée par les soumissionnaires.
Le gros Bourdon fut mis en branle la première fois, vendredi, le 23 juin, à l’Angelus du soir nour annoncer notre fête nationale.
L'élection du premier bureau de direction du chemin à lisses de bois de PIndustrie a eu lieu le 13 avril 1848. M. Barthélemy Joliette a été élu président, et M. P. C. Lœdel, vice-président, les autres directeurs étaient MM. G. de Lanaudière, L. Voligny, David M. Armstrong, R. Tranchemontagne et Gabriel Beaugrand dit Champagne. Ce dernier était le grand-père du directeur de La Patrie.
M. C. R. Panneton, fut élu secrétaire trésorier de la com-
pagnie.
20 février 1885.
DES JUGES EN GRIBOUILLE — ARRIVÉE DES QUELQUES EXILÉS DE 1838. — LE BARREAU EN 1848. — LA ROCHE À FALARDEAU.
Le ler juillet 1848, il y eut une discussion des plus sérieuses entre les juges qui devaient présider ce jour-là la cour du Banc de la Reine,
Au moment de prendre leurs sièges, les honorables juges eurent à régler une question de préséance, Le Juge Bédard, après avoir exercé les fonctions judiciaires à Québec depuis 1836, avait été appelé au banc de Montréal. Il prétendait que sa nomination au Banc de la Reine, à Québec, étant antérieure à celle des juges Day et Smith, il devait avoir la préséance sur ses deux collègues. La discussion en chambre fut des plus animées, les juges anglais étant d’avis que le juge Bédard perdait ses droits de préséance, à Montréal, par le fait qu’il avait donné sa démission, à Québec, pour accepter sa nomination à Montréal. Le juge-en-chef Rolland se rangea de l’avis des juges Day et Smith.
La querelle entre les juges avait duré depuis dix heures du matin jusqu'à midi. Pendant ce temps-là, avocats, témoins, jurés et prisonniers faisaient pied de grue,
Le juge Bédard ne voulut pas se soumettre à la décision de ses confrères et refusa de monter sur le banc. Le presse s’empara de la question et les jurisconsultes du temps publièrent de longues correspondances où chacun traita le point litigieux à sa propre idée. Le sujet fut soumis à l'exécntif qui confirma
l'opinion des juges Rolland, Smith et Day. Le juge Bédard
ne se tient pas pour battu et porta la question devant le Conseil Privé de Sa Majesté. Le plus haut tribunal de Pempire finit par donner gain de cause au juge Bédard en accordant la préséance dans la nouvelle commission suivant le rang que donnait la commission originale, (1)
(1) L’honorable Elzéar Bédard mourut le 12 août 1849 à Montréal.
L'année 1818 fut signalée par l’arrivée de plusieurs exilés de 1838.
On lit dans La Minerve du 30 juin 1848 :
“Tes cinq dernières victimes des troubles de 183? viennent d'arriver à Montréal. Ces martyrs politiques ont enfin touché le sol de leur patrie après une ubsence de près de 10 ans. Ce sont MM. C. G. Bouc, Jos. Guimont, David Bourbonnais, J. B. Trudel et Etienne Languedoc. Arrivés à Québec le 17 juin, sur le Camelia, ils en sont repartis sur le Charlevoix où le capitaine Ryan avec sa générosité ordinaire, leur a offert un passage gratis. Ils ont quitté la colonie pénale (Sydney) le 10 janvier.”
Ce ne fut que le 5 mai 1848, que les avocats de Montréal se décidèrent de demander une charte à la législature pour le barreau du Bas-Canada. L'assemblée où furent passées les résolutions était présidée par M. J. D. Lacroix. Le secrétaire était M. Louis Labrèche-Viger.
Le comité spécial chargé de l’exécution des résolutions était composé de MM. Toussaint Pelletier, Alexander Buchanan, (. R., W. Meredith, C. R., John Rose, C. R., Aimé Dorion, ('. Dunkin et Romuald Cherrier.
Un drame des plus émouvants se passa, le ler juin 1848, aux chutes des chaudières à Ottawa. Deux hommes de chantier, J. B. Boudreau et un nommé Falardeau descendaient la rivière Ottawa sur une section de radeau (crib) lorsqu'ils s'éloignèrent de l'estacade qui devait les conduire dans la glissoire. Le radeau fut entraîné par le courant et 5 dirigea vers la cataracte. Les eaux de l’Ottawa étaient très hautes et s’abimaient dans le gouffre avec un bruit terrible. Les deux malheureux recommandèrent leur âme à Dieu en face d’une mort des plus affreuses. Avant de tomber dans l’abîme le “ crib ” se brisa. Falardeau réussit à se sauver en se lançant sur une roche à une centaine de verges au-dessus du précipice.
Boudreau se perdit dans le gouffre,
Falardeau était vivant sur un rocher inaccessible aux embarcations de tous genres. Il était là, condamné à mourir d’inanition et de désespoir, Une foule considérable de spectateurs se tenait sur le pont suspendu ct sur les bords du précipice, sans pouvoir porter secours au malheureux.
Falardeau était sur son rocher depuis dix heures qui semblè. rent dix éternités, lorsqu'un individu eut une idée des plus ingénieuses. C'était de faire parvenir une ficelle au malheureux au moyen d'un cerf-volant.
Lorsque Falardeau saisit la ficelle, on lui passa une corde, puis finalement un câble au moyen duquel il affecta son sauvetage,
Depuis ce jour, le rocher, où ce drame a eu lieu, a été connu sous le nom de la roche À Falardeau.
26 février 1885.
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LE BON VIEUX TEMrs 75