EXPLOITS DES TORIES EN 1849. LA MORT DE MASON. — INCENDIES
Après avoir incendié les édifices du p:-lement sur la place du marché Sanite-Anne, dans ‘a nuit du ‘5 au 26 avril 1849, les Tories semèrent la terreur pendant p. -ieurs ‘aois dans les rues de Montréal. Malheurs aux Canadiens-Françis qui s’aventueraient alors dans les faubourgs de la Partie-ouest pendant l'obscurité, car ils couraient le risque de se faire assommer par des bandes de brigands postés aux coins des rues ou aux portes des auberges. La presse signalait des assauts commis en plein jour, sur la personne de nos concitoyens les plus distingués ct la justice était impuissante à réprimer ces crimes,
Les Tories comme des Vandales Parcouraient les rues tumultueusement la torche incendiaire à la main,
Dans la matinée du quinze août, on arrêta plusieurs personnes sous la prévention d'avoir été les auteurs de l'incendie du parlement entr'autres John Orr, Robert Cooke, John Nier, fils, John Ewing et Alexander Courtnay. (1).
Les prisonniers furent conduits devant les magistrats de police MM. McCord, Wetherall et Ermatinger. Tous furent remis en liberté en fournissant des autionnements, à l'exception de Courtnay dont le cas était des plus graves.
Courtnay, un individu à figure patibulaire, dont Je nez avait été complètement dévoré Par une maladie était un des princi-
(1) Il s’agit de nouvelles arrestations, sens doute, car le lendemain même de l'incendie, soit le 26 avril, le juge W. Ermatinger signait le mandat d'arrestation des Personnages suivantes, accusés d’avoir incité la foule à incendier le parlement : Hugh E. Montgomery, marchand, James Moir Feris, journaliste, William G. Mack, avocat, Augustus Howard, courtier et Alfred Perry, commercant.
Les portraits de ces accusés ont été publiés, dans le temps, par un journal éphémère qui voulait ameuter l'opinion en faveur de ces champions du toryisme intransigeant.
paux meneurs de la “ mob ” qui avait attaqué et brûlé le parlement.’
Courtnay tenait une auberge au coin de la rue Notre-Dame et de la place Jacques-Cartier (dans la maison occupée aujourd'hui par le magasin de M. Christin.)
Ce fut avec mille difficultés que l'on put transférer le prisonnier du palais de justice à la prison. La voiture dut être escortée par les militaires qui éloignaient à la pointe de la baïonnette la foule qui voulait le délivrer.
Les Tories, les Orangistes et les Britton Clubs, tinrent des conciliabules et résolurent la mort de M. L.-H. Lafontaine, le premier ministre,
Ces sociétés de brigands se sont mis sur pied, mercredi matin, le 15 août, à la permière nouvelle des arrestations pour s'opposer à l'exécution de l. justice.
Des groupes se formèrent dans ‘a rue Notre-Dame, à bonne heure dans l’après-midi et les chef parcouraient les divers quartiers de la ville pour trouver d nfort. L'aspect des choses annonçait une disposition à l’éme: :, surtout dans les groupes qui se formaient dans les rues +t ai x portes des auberges. On semblait n’attendre que les ténébres pour agir. En effet, vers huit heures, le groupe principal st: onné devant l’hôtel Orr, rue Notre-Dame (la maison occupé: -ujourd’hui par l’étude de MM. Loranger et le magasin de tabse de M. Goldstein) commença à s’ébrarler et à manifester les sentiments qui l’animaient par des vociférations féroces. Quelques individus de cette troupe de bandits prononcèrent des discours incendiaires.
Un détachement de ce groupe poursuivit M. Tully, un brave patriote irlandais, jusqu'à la demeure de M. Stafford et voulut s'emparer de lu: pour le pendre à une lanterne. Heureusement, M. Tully réussit à s'échapper. Quand les tories furent fatigués de crier, ils se mirent à élever des barricades sur la rue Notre- Dame et sur la rue Saint-Gabriel, en arrachant les pavés et les entassant à une hauteur de : vis à quatre pieds.
La canaille n’eut pas le te.nps d'armer sa barricade, car un détachement du 23ème régiment de ligne arriva pour la défaire à son nez.
Une partie des émeutiers se mit À crier: chez Tafontaine, chez Baldwin! et elle se dirigea vers ie faubourg Saint-Antoine. Il était alors environ dix heures du soir.
En arrivant vis-à-vis de la maison 4e M. Lafontaine, qui est isolée dans un verger, (rue de l’Aquedne, entre les rues Saint-
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Antoine et Dorchester), les émeutiers, an nombre d'environ 200, forcèrent la porte d'entrée de la cour qui s'ouvre sur la rue, les plus etfrontés entrèrent dans la propriété et commencirent à lancer des pierres sur la maison,
M. Lafontaine n’était pas chez lui, ce soir-là, et la garde de la maison avait été confiée à une poignée d'amis déterminés, armés de fusils et de pistolets, La petite garnison de la place était sous le commandement de M. E.-P. Taché.
Il y avait, avec lui, MM. C.J. Coursol, Jos, Beaudry, Moïse Brossard, Harkin et plusieurs autres dont les noms ont été oubliés par la personne qui fournit ces renseignements.
Lorsque les cris de l’émeute furent entendus par les défenseurs de la maison, ceux-ci éteignirent toutes les lumières et ouvrirent les fenêtres. Quelques coups de feu furent tirés par les assaillants qui retraitèrent à Ja première fusillade de Ja garnison, Les émeutiers ramenaient avec eux un jeune Mason, atteint au côté d'une blessure mortelle et six autres grièvement blessés. Mason était le fils d'un forgeron de la rue Craig, près de la rue Saint-Urbain. 11 expira le lendemain matin.
Avant de mourir, il avoua que l’intention des émeutiers était d’incendier la maison Qu premier ministre et de le pendre luimême à un arbre de son jardin, puis de traîner son cadavre dans les rues. La corde qui devait servir à l'exécution était portée par un des bandits qui faisait partie de l’expédition.
Un escadron de la cavalerie provinciale, sous le commandement du capitaine Sweeney, vola au secours des assiégés dans la maison de M. Lafontaine, mais il était trop tard, les brigands n'étaient plus revenus à la charge,
A minuit, la ville rentra dans ls repos.
L'enquête sur le cadavre de William Mason fut ouverte par les coroners Jones et C'oursol dans la demeure de son père, et transférée à l'hôtel Cyrus, Place Jacques-Cartier, [aujourd'hui Hôtel Riendeau]. Pendant que M. Tafontaine donnait son témoignage, les Tories répandirent de l'huile dans escalier, Y jetèrent d’autres matières inflammables et y mirent le feu. Le fon se propagea avec une rapidité terrible et envahit l'étave supérieur où siégenit le Corps des jurés, Ta maison devint la proie des flammes et les jurés durent reprendre leur séance dans le corps de garde de la rue Notre-Dame, en face du monument Nelson, L'intention évidente des incendiaires était d» venger la mort de Mason.
Ils avaient mis le feu à l’édifice pour obliger M. Lafontaine à sortir précipitamment au milieu de la foule et pour le massacrer au milieu de la confusivz générale, mais, heureusement, ils furent frustrés dans leur projet d’assas:inat. Pendant l’incendie de l'Hôtel Cyrus, M. Lafontaine se réfugia dans le corps de garde où il passa le reste de la journée sous la protection des militaires.
Les funérailles de Mason, qui eurent lieu samedi le 18, furent l’occasion d'une démonstration des Tories, 530- personnes: figuraient dans les rangs de la Procession funèbre qui, pour se rendre au cimetière anglais, passa par les rues Craig, Bonsecours et Saint-Paul, faisant un détour par la Place Jacques-Cartier afin de passer devant l'hôtel où se tenait l'enquête du coroner.
Les porteurs avaient de larges bandoulières en étoffe rouge et les crêpes aux chapeaux étaient attachés avec des rubans rouges,
Le verdict du jury n’accusa personne de la mort du jeune Mason,
Après cette démonstration, les tories promenèrent ies torches incendiaires dans les quartiers français, Pendant la nuit du 22 août, ils mirent le feu à la boulangerie de M. Bowie sur la rue Saint-Laurent et aux maisons de MM. L.-F. Pelletier, Poitras, Pierre Ferté et Mme Beauchamp. Le lendemain, ils essayérent de brûler les écuries du capitaine Sweeney, sur la rue Saint-Denis, et la résidence de M. Peter Devwis, en arrière de l'ancien évêché. (1).
11 mars 1885,
(1) L'année I849, qui pourrait s'appeler l'année de la terreur, fut fertile en émeutes et en incendies. Citons quelques faits :
Le 10 mai, pendant que le cabinet banquetait avec plusieurs citovens d'Ontario venus présenter leurs hommages et leurs sympathies à Lord Elgin, les tories brisèrent les fenêtres de l'hôtel Têtu, coin St-Jacques ct St-Pierre et essayèrent vainement d'y mettre le feu,
Le 25 juillet, eut lieu un incendie considérable, rue Ste-Elisabeth (voir page 89),
Le 16 août, incendie de l'hôtel Donegana, au cours duquel le pompier Georges Douglas fut tué.
Le I8 août, incendie du magasin de chausaures de M. P. Murray, coin Notre-Dame et St-Gsbriel, Dans les décombres, on trouva le cadavre d'une jeune fille : Anne MeDonnell.
Le 20 août, incendie de l'hôtel Cyrus,
Le 27 août, incendie de trois maisons, rue St-Dominique, près Craig, ete,
UN VOYAGEUR EXTRAORDINAIRE, — LE VIEUX RESER- VOIR DE LA COTE A BARRON.—UN FEU CONSIDERABLE EN 1849.
Les Voyageurs canadiens ont toujours été en grande renommée en Amérique, et tout le monde sait que cette renommée n’a pas été voiée,
En 1848, la presse des Etats-Unis publiait le voyage extraordinaire de F.-X, Aubry. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans la Minerve du 2 novembre 18148:
‘On nous communique un numéro du journal The Saint- Louis Republican dans lequel nous rencontrons le nom de M. F.-X. Aubry, canadien-f rançais, comme ayant fait un trajet avec une rapidité sans pareille, de Santa-Fé à Saint-Louis du Missouri, Jamais cette distance n'a été Parcourue avec une telle vitesse, de mémoire d'homme, dit ce journal, et par conséquent jamais on n’avait publié À Saint-Louis des nouvelles aussi récentes de Santa-Fé,
M. Aubry avait quitté Santa-Fé le 12 septembre et était arrivé à Indépendance le 16 au soir, ayant franchi cet espace en cinq jours et seize heures, surpassant la vitesse de son trajet précédent de plusieurs jours, Il eut plusieurs ruisseaux à passer À la nage, fut retardé pour transiger des affaires à Fort Mann et outre cela il changea de monture six fois et fit 20 milles à pied ; en ne comptant que le temps employé à marcher, il fit le trajet À peu près en quatre jours et demie. Durant ce temps, il dormit deux heures et mangen six fois, La pluie tomba sur lui durant quatre heures consécutives, et il eut à Parcourir 600 milles sur un terrain boncux. A Indépendance, il s’'embarqua sur le Bertrand. Ce vaissenu n été retenu plusieurs heures par In brume et les eaux basses et le 22. il était à Saint-Charles d’où M. Aubry se mit en route et arriva À Saint-T auis le 22 au soir, ayant parccuru l’espace de Santa-Fé à Saint-Louis, environ
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1,200 milles, en dix jours et quelques heures. Ce fait est presque incroyable quand on sait que 800 milles ont été parcourus à cheval ou à pied. M. Aubry a parcouru une partie de ce chemin sur le pied de 190 milles par 24 heures. 11 n’avait personne pour compagnon. Le Saint-Louis Republican ajoue qu'un courage semblable et cette énergie indomptable surpassent l'imagination.” (1).
Le bassin creusé au milieu de la place de la cité [square Saint-Louis], était, dans le bon vieux temps, une des promenades les plus agréables à Montréal. On s'y promenait en été sous de frais ombrages pendant que la fanfare de M. Comte exécutait des airs variés.
Au sujet de ce réservoir, voici ce que nous lisons dans un journal français, en date du 25 septembre 1848:
“La corporation fait creuser maintenant, sur le coteau Barron, le nouveau réservoir qui doit fournir l'eau à la ville. Le terrain situé à gauche de la rue Saint-Denis a été acheté d'A.- M. Delisle, Ecr. Le nouveau réservoir sera 20 pieds plus haut que celui de la rue Notre-Dame. Il y aura deux divisions, chacune de ces divisions aura à la surface 150 pieds par 120, avec une profondeur de 20 pieds, dont 10 seront creusés sur le niveau actuel et 10 pour la construction du réservoir au-dessus. Ces divisions contiendront chacune 208,000 pieds cubes d’eau ou 1,190,000 gallons, en tout 3,120,000 gallons. L'eau sera poussée par un engin placé dans la rue Notre-Dame,
La situation élevée du nouveau réservoir permettra au comité de l’eau de fournir cet utile fluide au plus haut étage de presque toutes les maison: de la ville et à dix pieds au-dessus du coteau Barron.
Les tuyaux nécessaires à ces ouvrages importants ont déjà été achetés en Ecosse et sont en route.”
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(1) Le sénateur Tassé, dans les Canadiens de l'Ouest, donne une excellente biographie de ce compatriote célèbre, nous avons résumé cette notice dans nos Athlètes Canadicns-Français.
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Avant le grand incendie de 1852, un des feux qui détruisit le plus de propriétés à Montréal fut celui qui éclata le 25 juillet, 1849,
Les flammes ravagèrent tout le bas de la rue des Allemands, Sainte-Elizabeth et Sanguinet,
Les immeubles détruits appartenaient à MM. Louis Beaudry, Joseph Lépine, Alexis Giard, Thomas Lung, J.-A. Gagnon, Jean Tessier, Charles McDonald, Madame Saint-Germain, Madame Magrane, sur la rue Sanguinet, MM. Lamothe, Larseneur, J.-B, Beaudry, Simon Cypiot, F.-X, Beaudry, Joseph Belle, 2 maisons rue Sainte-Elizabeth, MM. Charles, trois maisons rue des Allemands,
Deux maisons et une quantité immense de bois de service appartenant à M. Joseph Grenier et à M. John Ostell furent aussi détruites par le feu.
12 mars 1885.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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