RAIMOND
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Premier Grand-Maître,
A JÉRUSALEM
Raymond du Puy ‘, gentilhomme du Dauphiné, succéda à Gérard Tunc par l'élection libre et unanime des frères hospitaliers. Issu d’une maison aussi antique qu'illustre , qui subsiste encore sous le nom de Puy-Montbrun, Raymond était un des aventureux chevaliers qui passèrent en Asie à la suite de Godefroi de Bouillon. Blessé grièvement dans l’un des assauts livrés devant Jérusalem , il fut transporté à l’hospice de Saint-Jean. Ayant dû sa guérison aux soins touchans qu'il y reçut, il de-
* De Podio ou di Poggio. Quelques historiens placent le lieu de sa naissance en Languedoc. Il était parent d’Adhémar
de Monteil , évêque du Puy.
manda l’habit des frères hospitaliers dans le premier élan de sa reconnaissance. Ces exemples n’étaient pas rares en ces temps où, la foi élevant les hommes au-dessus des biens de la terre, l’on voyait le chef de l'armée chrétienne refuser un diadème et le titre de souverain aux mêmes lieux où le Sauveur du monde avait été couronné d’épines.
On comprend toutefois que, malgré leur vocation nouvelle , les compagnons de Godefroi devaient nourrir constamment un vague désir de gloire; et ces hommes, nés dans les camps, élevés au bruit des armes, sentaient fréquemment battre un cœur guerrier sous la robe de bure qui les couvrait. Digne d'être placé à leur tête, Raymond ne tarda pas à concevoir un de ces desseins qui s'impriment à jamais dans la mémoire des hommes. L’ayant müri longtemps, il assembla le conseil de l'ordre, lui exposa les bienfaits qu’on en attendait , peignit sous les plus vives couleurs les cruautés exercées par les infidèles sur les malheureux pélerins qui n'avaient pu s’enfermer dans les murs de la ville sainte, et, saisi d’un noble enthousiasme, il proposa aux Hospitaliers de joindre aux trois premiers vœux qui les avaient réunis, celui de prendre les armes pour la défense de la religion. Les vieux soldats de Godefroi accueilli rent avec transport un pareil projet, et l’ordre fut sur-le-champ classé en trois divisions : les prêtres
ou aumoniers ; lés frères servans, qui devaient demeurer auprès des malades ; enfin les chevaliers, tous hommes de noble extraction, tous preux guerriers, tous ceignant l’épéé et la cotte-de-mailles sur le froc des religieux.
Ainsi se forma cette milice invincible et immortelle, qui sut unir les vertus du prêtre aux vertus du soldat, qu’on ne vit s’armer que pour des guerres justes , et dont la première loi était de ne jamais fuir. Tant de jeunes gentilshommes se présentèrent alors pour en faire partie, qu’on crut devoir les séparer d’après les royaumes ou provinces d’où ils arrivaient : ces sortes de légions prirent dès-lors la dénomination de Langues, et plus tard celle d’Zuberges.
Leur vertueux chef, à la tête de tous ses chevaliers, commença par demander la bénédiction du patriarche de Jérusalem, et de-là fut Ne, as vices au roi Beaudoin. Le frère de Godefroi les reçut avec une vive reconnaissance : le temps était arrivé où, à leur tour, les Hospitaliers de Saint-Jean allaient devenir les protecteurs des souverains qui naguère les avaient protégés. D’un commun accord, ils voulurent qu'un titre particulier désignât Raymond du Puy : il prit celui de Maître ou Grand-Maître ‘, et pendant trente années que dura
‘ Raymond s'intitulait dans ses actes : Servus pauperum
son glorieux magistère, il ne se passa aucun combat où ses chevaliers ne fissent briller leur héroïque intrépidité; malheureusement l'histoire est muette sur les détails de ces événemens.
Toutefois, les documens qu’elle nous a transmis nous permettent d'appliquer aux chevaliers de Saint-Jean ce que saint Bernard, écrivain contemporain , a dit des Templiers : « Ils vivent, dit ce saint abbé, dans une société agréable, mais frugale; sans femmes, sans enfans, et sans avoir rien en propre, pas même leur volonté; ils ne sont jamais oisifs, ni répandus au-dehors ; et quand ils ne marchent point en campagne et contre les infidèles, ou ils raccommodent leurs armes et les harnois de leurs chevaux , ou ils sont occupés dans de pieux exercices par les ordres de leur chef. Une parole insolente, un ris immodéré, le moindre murmure, ne demeurent point sans une sévère correction. Ils détestent les jeux de hasard ; ils ne se permettent ni la chasse, ni les, visites inutiles; ils rejettent avec horreur les spectacles, les bouffons, les discours ou les chansons trop libres; ils se baignent rarement, sont pour l'ordinaire négligés, le visage brülé des ardeurs du soleil, et
Christé et custos hospitalis Jerusalem, où Raymundus, De gratid, Christi pauperum servus humilis et sancti hospitalis custos , etc. (Codice diplomatico, t. I, in-fol.)
le regard fier et sévère. A l'approche du combat, ils s'arment de foi au-dedans et de fer au-dehors, sans ornemens ni sur leurs habits, ni sur les harnois de leurs chevaux; leurs armes sont leur unique parure; ils s’en servent, avec courage, dans les plus grands périls, sans craindre ni le nombre ni la force des barbares; toute leur confiance est dans le Dieu des armées, et, en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et honorable. »
Vers l'an 1141, Raymond fut chargé d’aller négocier en Espagne l’importante affaire de la succession d’Alphonse, roi de Navarre et d'Aragon, qui avait institué pour ses héritiers les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, les chevaliers du Temple, et ceux de l’ordre du Saint - Sépulcre. Mais, dans l'intervalle, la Navarre et lAragon avaient élu séparément de nouveaux rois : et celui du premier royaume tourna en dérision les prétentions des trois ordres. Le roi d'Aragon, plus consciencieux, leur accorda des terres, des vassaux, des droits, et le pape ainsi que le roi de Jérusalem ayant signé ce traité, Raymond revint en Palestine. 5
Ce fut en 1152 que l’ordre et le Grand-Maitre commencèrent à prendre une attitude impo-— sante en Orient, et à y exercer une salutaire influence. Les chrétiens assiégeaient Ascalon, dont
les habitans se défendaient avec une vigueur qui dégénéra en insolence aussitôt que de nouveaux secours leur arrivèrent d'Égypte ; on les vit alors, du haut de leurs remparts, demander avec dérision aux croisés quand ils reprendraient la route de Jérusalem. Un conseil de guerre s'étant réuni, la proposition de lever le siége y fut tellement appuyée, que Raymond du Puy se trouva presque seul pour la combattre ; mais sa mäle éloquence retraca avec tant de force les funestes résultats d’une telle démarche , et l'humiliation dont serait abreuvée l’armée chrétienne fléchissant devant l’orgueil des Sarrasins, qu'on ne songea plus qu’à donner un nouvel assaut. Ascalon fut emporté en peu de jours, le 12 août 4154.
Depuis cet exploit, auquel il prit tant de part, il n'est plus fait mention du Grand-Maître du Puy, que son âge avancé et ses blessures durent éloigner des combats. Il mourut dans l’hospice des chevaliers de Saint-Jean, pleuré de tous ceux qui l'avaient connu; homme moins recommandable encore par ses hautes dignités et sa naissance que par sa valeur et sa piété. Génie ardent et étendu, ame forte et généreuse, ses chevaliers lui furent dévoués pendant sa longue carrière, et l’honorèrent, comme Gérard, du titre de bienheureux après sa mort : la date en est incertaine; on sait seulement qu'il avait dépassé sa quatre-vingtième
année, qu'il vivait encore en 1158 et n'existait plus en 1160.
Ce fut dans la première année de son gouvernement, vers 1118, que neuf chevaliers français, dont les plus distingués étaient Hugues de Paganis' (qu’on croit Provençal) et Geoffroy de Saint-Aldemar , formèrent en Palestine l’ordre célèbre des Templiers. On a dit que ces gentilshommes avaient été d’abord élèves des Hospitaliers.
"Dans un des portraits de Raymond, que Bosio nous a conservé, il est représenté une épée à la ceinture , le chapelet dans une main et le crucifix dans l’autre *. On assure que la croix à huit
‘ Aussi appelé de Bagarris et des Payens.
2 Dans l'ouvrage italien déjà cité, la médaille gravée en l'honneur de Raymond du Puy lui donne une physionomie très-sévère. Une longue barbe descend sur sa poitrine. La légende porte : Rogate leges auspice religione.
Les monnaies de ce Grand-Maître dont l’empreinte a été conservée, le représentent à genoux devant une double croix et ces mots autour : Raymundus custos. Le revers offre un malade couché dans un lit, surmonté d’un dôme d’où pend une lampe, et au chevet duquel est placée une croix. On voit alentour en lettres gothiques : Hospitalis Jerusalem.
Les monnaies et cachets ou sigillum en plomb et argent des Grands-Maîtres ont peu varié dans les commencemens de l’ordre; on y voit presque toujours un malade ou un cadavre étendu dans un lit. La légende est ordinairement : Custos hospitalis Jerusalem ou Custos pauperum. Une de ces anciennes monnaies désigne un chapitre assemblé.
pointes fut adoptée par lui pour représenter les huit béatitudes, et que le manteau fermé au cou était l'emblème de la Passion de N.-$S. Jésus- Christ.
Plusieurs inscriptions décoraient le tombeau de
Raymond ; en voici le sens :