‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 20 sur 84 · EN · texte numérisé non relu

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OGIER DE BALBEN,

Deuxième Grand-Maître,

A JÉRUSALEM

Ogier ‘ de Balben mérita, par la vénération que commandaient sa piété et sa longue expérience, de succéder à Raymond du Puy, dont il était le compatriote et le plus ancien compagnon d'armes. Cependant, l’histoire ne rapporte presque aucun détail sur ce Grand-Maitre, qui gouverna l'ordre à peine deux années entières; on sait seule— ment que l'humilité des chevaliers et la réputation d’Ogier étaient telles, qu'aucun d'eux ne se présenta pour balancer les suffrages qu’il obtenait. Deux concurrens se disputant alors la tiare , le schisme le plus déplorable divisait l'Église. Élu par

: Oger, Augier, ou Ottoger. Ottogerius Balbenius.

16 | OGIER DE BALBEN.

la majorité des cardinaux, Alexandre III désirait ardemment voir son autorité reconnue dans la Palestine, et se hâta d'envoyer un légat à Jérusalem ; mais, prévenu contre lui, le conseil du royaume hésita long-temps à le recevoir, et ne céda qu'aux représentations énergiques du Grand- Maître des Hospitaliers et du patriarche de Jérusalem.

Un différend plus grave encore fut sur le point de bouleverser ce royaume naissant, placé au milieu des nations infidèles comme une citadelle bloquée de toutes parts.

Beaudoin étant mort à l’âge de trente-trois ans, empoisonné par un médecin arabe, Amaury, son frère, revendiqua la couronne par droit d’'héritage, tandis que quelques grands seigneurs, guidés par d'ambitieuses prétentions, proclamèrent que le trône de Jérusalem était électif. La guerre civile était prête à éclater; mais la prudence d’Ogier de Balben la prévint. « Qu’allezvous faire? dit-il aux compétiteurs d’Amaury. Pensez-vous que nous ayons déjà trop de forces à opposer aux Musulmans pour les diviser et les tourner contre nous-mêmes ? Ne voyez-vous pas Noradin d’un côté et de l’autre le soudan d'Égypte, qui épient le moment de ces combats parricides afin de tomber sur le vainqueur épuisé par un funeste succès ? Ainsi donc, c'est pour les

OGIER DE BALBEN. 17

Sarrasins seuls que vous prenez les armes , et tout le fruit de vos discordes sera. de vous rendre es— claves des infidèles en méritant le mépris des chrétiens. »

La voix du Grand-Maître fut écoutée ; les haines s'apaisèrent, des négociations s'ouvrirent, et Amaury reconnu roi fut couronné dans l'église du Saint-Sépulcre.

Ogier de Balben mourut peu de temps après, vers l'an 1461; quelques historiens assurent qu’il prolongea sà carrière jusqu’en 1163 *.

‘ L'ouvrage intitulé : Memorie de Gran-Maëstri, représente ceGrand-Maître avec une toque ou bonnet et une longue barbe. Il est d’une très-belle figure. On lit autour de sa médaille : Ecclesiæ concordia tecta servat.

Cette inscription nous semble une allusion directe au premier événement que nous avons rapporté, et qui n’est pas moins glorieux pour la mémoire d’Ogier de Balben, que l’obéissance unanime qu’il concilia à Amaury de la part des seigneurs mécontens. Les efforts du Grand-Maître des Hospitaliers concoururent puissamment à faire reconnaître Alexandre III comme souverain pontife par l'Église de Palestine, lors du schisme qui suivit la mort d’Adrien IV. La prudence dont Ogier fit preuve dans cette double occasion nous autorise à lui attribuer pour devise : Regni tranquillitas, parta consilio, bien plutôt qu’à Arnold de Comps, dont l'existence est d’ailleurs très-problématique (voyez pages 19-20).

. Depuis l’an 1110 jusqu’en 1300 (mais particulièrement sous le gouvernement de Raymond du Puy, d'Ogier et de leurs successeurs immédiats), le Codice Diplomatico est rempli de dona-

Lure œ

pr

18 OGIER DE BALBEN.

Armes : d'argent à trois merles de sable et trois fasces ondées de sable.

tions, concessions, ventes, cessions, priviléges, échanges,

faits ou accordés à l’ordre par la plupart des princes, arche-

vêques , évêques ou abbés de l'Orient.

ARNOLD DE COMPS,

Œroisième Érand-Maître,

A JÉRUSALEM

Arnold ‘ de Comps est placé, par tous les historiens de l’ordre, après Ogier de Balben; mais nous devons dire que plusieurs chartes , rapportées par dom Vaissette et Sébastiano Pauli, semblent laisser entrevoir qu'il n’y eut point de Grand-Maître de ce nom. Vertot assure qu'il était du Dauphiné et qu’il mourut vers l'an 1167. Les chartes que nous venons de mentionner prétendent, au contraire, que déjà, en 1161 et 1162, Gilbert d’Assalit ré gnait sur l’ordre. Du reste, pendant les six an-

* Arnould ou Arnaud (Arnaldus Compsius). Quelques historiens disent qu’il était du diocèse de Valence, en Dauphiné; d’autres lui donnent pour patrie la Provence, où il existe un bourg du nom de Comps, dans le diocèse de Fréjus.

20 ARNOLD DE COMEPS.

nées qu’on assigne au magistère d'Arnold, il ne se passa aucun événement important pour les Hospitaliers, qui combattaient sous les drapeaux du roi de Jérusalem confondus avec les autres guerriers.

Il est à regretter que l'exploit qui a donné lieu à la représentation figurée sur le tombeau d’Arnold de Comps, ne soit cité par aucun historien; les deux inscriptions latines qui le décorent n’ont pu éclairer davantage:

N’EST POINT BARBARE QUI IMMOLE DES BARBARES. A ARNOLD DE COMPS, MAITRE DE L'HÔPITAL DE JÉRUSALEM,

PARCE QU'IL À DÉLIVRÉ LES CHEMINS QUI CONDUISAIENT À JÉRUSALEM DES MUSULMANS QUI LES ASSIÉGEAIENT , ET QU'IL À PRATIQUÉ LA JUSTICE.

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