‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 21 sur 84 · REGNI TRANQUILLITAS, PARTA CONSILIO · texte numérisé non relu

REGNI TRANQUILLITAS, PARTA CONSILIO

GILBERT D’ASSALIT,

Quatrième Grand-Maiître,

À JÉRUSALEM

Gilbert d’Assalit ‘, né dans le Languedoc, près de Carcassonne, succéda à Arnold de Comps, ou, selon d’autres auteurs, à Ogier de Balben.

Sannar, soudan d'Égypte, venait de refuser à Amaury le tribut que ses prédécesseurs payaient aux rois de Jérusalem pour n'être point inquiétés par les garnisons chrétiennes d’Ascalon et de Gaza; mais bientôt, investi lui-même par les Turcomans d'Alep, il recourut au prince chrétien, et se soumit à une augmentation d'impôt. Fidèle d’abord

1 Girbert, Gerbert, nommé aussi d’Assaly ou de Sailly, et même Gaucelme ou Gaucelin d’Assilan (Gilbertus, Gibertus,

Gisbertus, Gerebertus).

22 GILBERT D’ASSALIT.

à sa promesse, Amaury délivra Sannar , et reparut

à Jérusalem après deux courtes campagnes qui le

comblèrent d'honneur et de gloire; mais des victoires si promptes et si faciles réveillèrent l'ambition dans l'ame d’un prince naturellement avare, et qui n'avait pu entrevoir sans envie les immenses trésors du soudan. Se liguant avec l'empereur de Constantinople, qui lui promit une flotte, il séduisit par de hautes espérances Gilbert d’Assalit, dont il connaissait la témérité et l'esprit inconstant. La conquête de l'Égypte fut alors résolue. Toutefois, comme l'autorité du Grand-Maître était subordonnée au conseil de l’ordre , Amaury offrit de lui abandonner la propriété de Belbeis, l'ancienne Peluze, si l’armée parvenait à s’en emparer. La perspective d'une semblable récompense était de nature à ébranler le conseil; car, d'après la position de Belbeiïs, les Hospitaliers pouvaient la regarder comme une place d'armes où, si les Turcomans envahissaient la Palestine, ils établiraient leur résidence , certains d’y braver une attaque impuissante, et de s’en élancer, dans une conjoncture plus favorable, pour délivrer encore une fois la Terre-Sainte de ses sauvages conquérans. Indépendamment de ce motif, fondé sur l'intérêt, Je conseil ne pouvait oublier que la foi des traités était illusoire pour les infidèles ; qu’aussitôt qu’une occasion de surprendre les chrétiens leur semblait

GILBERT Saurr. 23 certaine, ils l'avaient avidement saisie , au mépris des engagemens les plus solennels. Aussi, excités par les paroles du monarque et l'exemple de leur chef , les jeunes chevaliers se prononcèrent sur-le-champ pour la guerre; vainement les plus anciens, vieillis dans les sentimens de l'honneur le plus pur, se refusèrent à attaquer une nation à laquelle on venait de tendre une main alliée, Gilbert d’Assalit l’emporta; de pleins pouvoirs lui furent même confiés pour lever des troupes etpour emprunter de l'argent sur les banques de Florence et de Gênes.

Ayant réuni toutes ses ressources, enivré d’espérances, et ne mettant point de bornes à ses libéralités , le Grand - Maître vit une foule de volontaires accourir sous ses drapeaux, et ne tarda pas à se mettre à la tête d’une armée : le désert fut franchi en six jours, Peluze fut conquise en trois, et Sannar trembla dans son palais. Son fils et son neveu étaient au nombre des prisonniers, ses troupes dispersées montraient autant de découragement que d’inconstance ; dans cette perplexité, le calife du Caire, recourant à son ennemi le soudan d'Alep, fit avec lui un traité secret, tandis que, pour lui donner le temps d’arriver, il amusait le roi de Jérusalem par une ambassade chargée de lui offrir les plus magnifiques propositions : deux millions d'or devaient être la rançon des jeunes

Pr.

24 GILBERT D'ASSALIT. princes captifs et le prix de la paix; cent mille pièces d’or furent même livrées d'avance. Amaury fut complètement dupe de ces démonstrations, et tandis que les Égyptiens se rassemblaient de toutes parts, que, du fond de la Syrie, une nuée de Turcomans s’avançait à grandes journées, l’a vare successeur de Beaudoin, tranquille dans son camp où il se complaisait à recevoir des présens et des messages, n'était occupé qu’à prévenir tout prétexte de rupture ; mais bientôt le bandeau tomba de ses yeux. Pressé par deux armées, sans secours à attendre ni de la terre ni de la mer, la flotte grecque venant d’être détruite ou éloignée par la tempête, il fut contraint de fuir et de regagner honteusement la Palestine, abandonnant Belbeis, prix de l'or et du sang des Hospitaliers.

Ce mauvais succès retomba tout entier sur le Grand-Maître, auquel on attribua une partie des

malheurs d’une guerre injuste. On blâmait haute-

ment sa folle confiance, ses aveugles prodigalités ; et, triste objet du reproche des uns, même du mépris des autres, d’Assalit résolut de quitter à ja-

mais l’Orient ; il se démit de sa dignité ‘ en plein

‘ Le Codice Diplomatico rapporte (t. I, fol. 229) : « La narrazione della rinnenzia del Grand- Maestro Gisberto d’Assaly, mandata a Roma a sua santita. » On lisait sur le parchemin d’une écriture gothique : « Ce est le faict de la

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