ILS ONT VÉCU A JÉRUSALEM APRES L'AN M. C
Les armes de Gastus, que quelques auteurs font mourir en 1169, étaient : de gueules à la croix variée sable et argent, ou chargée de cloches de gueules. |
La brièveté de la notice consacrée à Gastus nous permettra de placer à sa suite quelques détails sur l'habit des frères hospitaliers et sur le mode de leur réception.
L'habillement commun à chacun d’eux était, dans l’origine, une longue robe noire descendant jusqu'aux pieds, recouverte en haut d’un manteau
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noir auquel était attaché un capuce pointu, ce qui le fit nommer manteau à bec; la croix blanche y était cousue et placée sur la poitrine, du côté du cœur.
Ce fut Alexandre IV qui, en 1259, jugea à propos d'établir une différence entre l'habit des servans et celui des chevaliers. D’après ses statuts, ceux-ci eurent seuls le droit de porter le manteau noir en temps de paix ; quand ils allaient à la guerre, ils le recouvraient d’une soubreveste rouge (sopra vesta) toujours décorée de la croix de la religion.
Pour être admis dans l’ordre, il fallait prouver sa descendance de parens nobles de nom et d’armes. Comme autrefois à Sparte, on rejetait ceux qu'une complexion faible, un corps énervé, ou quelques difformités, rendaient impropres aux fatigues de la guerre. On avait fixé l’âge de seize ans pour faire ses vœux, mais on ne recevait qu'à dix-huit l'habit de chevalier, et l’on était obligé de passer un an entier dans la maison des Hospitaliers avant la réception définitive. « Nous voulons, avaient dit les anciens de l’ordre, que de chacun on puisse connaître la vie, les mœurs et la suffisance. » |
L'année d'épreuves écoulée, le récipiendaire se confessait et venait, revêtu d’une robe séculière, se présenter à l'autel un cierge allumé à la main.
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Après avoir entendu la messe et communié, il s'approchait du Grand-Maître ou d’un chevalier délégué par lui, et demandait humblement « qu'il lui plût l'admettre en compagnie des autres frères de la sacrée religion de l'hôpital de Jérusalem. » L’aspirant, auquel le Grand-Maitre exposait la noblesse et l'étendue des devoirs qu'il allait contracter , jurait ensuite qu'il n'était engagé dans aucun ordre , ni esclave ni poursuivi pour dettes, qu’il n'avait ni promis ni contracté mariage ; alors on le faisait approcher, et, les deux mains jointes sur l'Évangile, il prononçait ces paroles : « Je fais vœu et je promets à Dieu toutpuissant , à la bienheureuse vierge Marie, et à saint Jean-Baptiste, de rendre toujours, avec l’aide de Dieu, une vraie obéissance au supérieur qui me sera donné par Dieu et par notre ordre ; de vivre sans rien posséder en propre, et d’observer la chasteté. »
Bientôt, et après une nouvelle profession de foi , le néophyte était revêtu du manteau de l’ordre, et en lui appliquant la croix sur la poitrine : « Au nom de la très-sainte Trinité, de la bienheureuse vierge Marie, et de saint J ean-Baptiste, disait le Grand-Maître, recois ce signe pour l’accroissement de la foi, la défense du nom chrétien, et pour le service des pauvres; car c’est pour cela, chevalier, que nous te plaçons la croix de
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ce côté, afin que tu l’aimes de tout ton cœur, que tu la défendes de ton bras droit, que tu la conserves après l'avoir défendue. Si jamais, en combattant pour Jésus-Christ contre les ennemis de la foi, tu abandonnais l’étendard de la sainte Croix, si tu voulais t’'échapper d’une guerre sacrée et juste, alors, selon nos lois, tu serais privé de ce signe glorieux comme parjure aux vœux que tu as proférés , et retranché du milieu de nous comme une branche infecte et pourrie. »
En achevant ces paroles, le Grand-Maïtre attachait le manteau du récipiendaire, lui donnait le baiser de paix et d'amour, et tous les chevaliers présens venaient embrasser le nouveau frère.
Des lois sévères et nombreuses régissaient ces religieux guerriers, et elles n'étaient point abrogées encore lorsque , dans des temps plus modernes, un relâchement général affaiblit la piété de l'ordre, et que la prise d’'habit devint moins un acte de dévotion qu'un calcul ; souvent alors on fut contraint d’arracher l’habit à des chevaliers qui s’en étaient rendus indignes en le déshonorant par leurs vices et leur conduite coupable. Il fallait néanmoins des causes graves pour encourir un tel acte de rigueur : telles étaient le parjure de ses vœux, la rébellion envers le Grand- Maître, et surtout l’'opprobre d’avoir fui devant l'ennemi. Comme dans une calamité publique, ce
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n’était plus le conseil seul, mais tous les chevaliers qui se réunissaient au son des cloches , et la honte du coupable y était proclamée de la manière la plus solennelle. Amené entre deux haies de gardes par le maïtre-écuyer, on instruisait les assistans du crime qui lui était imputé; un jury, composé des baillis de l’ordre, s’organisait sur-le-champ, et le procureur du Grand-Maïtre soutenait l'accusation. L’accusé pouvait répondre et se défendre. S'il avouait sa faute en imiplorant le pardon, les juges reparaissaient devant l'assemblée, et par trois fois imploraient en faveur du criminel la clémence du Grand-Maître et des chevaliers ; si, persistant à tout nier, il demeurait convaincu par les faits et de nombreux témoignages, la sentence était d’abord prononcée; toutefois le droit d’implorer sa grâce restait encore au criminel, et les
baillis, joignant ordinairement leurs voix à la
sienne, se trouvaient jusqu’à la fin juges et protec-
teurs.
Mais lorsque, d'accord avec les chevaliers , le Grand-Maitre avait par trois fois rejeté les supplications du conseil et des baïllis, on faisait mettre le coupable à genoux pour entendre sa sentence , et dès qu’il était déclaré à haute voix infüme et corrompu, le maïître— écuyer déliait les nœuds du manteau , l’arrachait , et les gardes reconduisaient ignominieusement en prison le chevalier dé-
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gradé; cette privation de l’habit était rendue plus terrible par la perte entière de tous les droits, de tous les bénéfices, et l'oubli de tous les services qu’il avait pu rendre. Une prison perpétuelle devenait la demeure de l’infäme, qui ne communiquait plus qu'avec ses geôliers.
Cependant tout espoir n'était point enlevé aux malheureux que leur jeunesse ou des erreurs passagères pouvaient avoir entraînés ; un statut ordonna que , s’ils se convertissaient et changeaient totalement de conduite, les prisonniers pourraient non-seulement recouvrer leur liberté, mais même être admis de nouveau dans l’ordre. Ils faisaient alors auparavant amende honorable , la corde au cou, les mains jointes et liées, tenant un cierge allumé , en robe séculière ou en chemise , suivant la gravité de l’offense; ils se prosternaient aux pieds du Grand-Maitre , faisaient le serment de mieux vivre à l'avenir, imploraient leur grâce, et s'ils l'obtenaient , admis dans les rangs des chevaliers, il était défendu à tous les frères de leur reprocher, de leur rappeler même leur condamnation.
Ces courtes données suffisent pour justifier l’ardeur avec laquelle on embrassait une carrière où d'avance l’on était certain de l’indulgence, après avoir failli; elles établissent, en outre, qu’à une époque que l’on se complait d'ordinaire à qualifier de barbare , l'humanité n’avait pas perdu ses
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droits, et qu’elle dominait au contraire un ordre
dont lé’ caractère guerrier pourrait, au premier abord, le faire supposer inflexible dans sa disci-
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