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Sixième Grand -Maître,
À JÉRUSALEM
Joubert ‘, dont l’origine est inconnue, naquit, dit-on , en Palestine, et se trouvait simple chevalier sous les ordres de Raymond du Puy, lorsque les séditions et les guerres civiles menacèrent Antioche , divisée en trois partis, durant la minorité de la princesse Constance. Foulques , roi de Jérusalem, oncle de la jeune héritière, se mit en route vers la capitale des Etats de sa nièce, et voulut être accompagné de Joubert, dont la haute renommée de bravoure et de prudence était parvenue jusqu’à lui. |
Mais le comte de Tripoli, révolté contre son
1 Josbert ou Joubert (Josbertus Syrus).
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souverain, vint s'opposer à leur passage. Feignant ‘alors de retourner sur ses pas, Foulques renvoya son escorte à Jérusalem, puis, seul avec Joubert et un autre chevalier , il gagna de nuit les bords de la mer , arriva sur une frêle embarcation jusqu'à l'embouchure du fleuve Oronte, et au point du jour, introduit dans Antioche par le gouverneur, qui lui était demeuré fidèle, il se fit reconnaître, arrêta quelques séditieux et déconcerta les autres.
Sentant toutefois que ce succès d’un moment ne pouvait suffire pour prévenir d’autres conspirations, Foulques résolut de choisir à sa nièce un époux capable de la défendre, et jeta les yeux sur Raymond, comte de Poitiers, qui se trouvait alors en Angleterre. Mais le plus difficile était de rencontrer un homme assez intrépide pour braver des dangers sans nombre, et assez habile pour engager Raymond à passer en Syrie. Joubert fut désigné, partit pour Londres, et ne tarda pas à persuader le comte de Poitiers, avec lequel il arriva sur les côtes de Provence. Là, ne trouvant aucun navire prêt à mettre à la voile, ils apprirent que Roger, duc de Calabre, qui avait un parti puissant à Antioche, couvrait la mer de vaisseaux et de soldats. Malgré le secret avec lequel la mission de Joubert avait été conduite, on était parvenu à en connaître le but, et dans tous les ports
# JOUBERT. # 31 des espions étaient postés pour examiner chaque passager. L'adresse de Joubert déjoua toutes ces précautions; l'ambassadeur et le prince, déguisés en marchands, s'embarquèrent sans exciter le moindre soupçon, et ce grand armement du duc Roger n’aboutit qu’à faire livrer plus tôt Antioche
à son rival.
On doit penser que ce succès ne contribua pas peu à l’élection de Joubert comme Grand-Maître des Hospitaliers, aussitôt après la mort de Gastus; mais les circonstances étaient devenues de plus en plus graves et difficiles. Le redoutable Saladin pressait le royaume, resserré chaque jour dans de plus étroites limites , et telle était l'extrémité à laquelle on se trouvait réduit, que les grands, les généraux ; le roi lui-même , étaient convaincus qu'une nouvelle croisade pouvait seule sauver la Palestine. Il fallut donc aller solliciter des secours; et tandis que Guillaume, évèque de Tyr, se rendait en Europe pour cet objet, Amaury, successeur de Foulques, passa à Constantinople, laissant, en partant le soin du royaume au Grand-Maître du Temple et à Joubert, pour qui la confiance de ses rois semblait héréditaire.
Amaury revint comblé d'honneurs et de promesses, que l'empereur Manuel se hâta de mettre en oubli. Le roi de Jérusalem mourut peu après, abandonnant ses États à à un prince encore enfant, CEA
teint d’une affreuse infirmité. Toutefois ce jeune monarque n'était point dépourvu dé talens ni d'énergie; et, dans quelquesrares intervalles de santé, on le vit, aidé des soldats du Temple et de l'Hôpital, remporter deux mémorables batailles sur Saladin. Mais, à la campagne suivante, le soudan, attirant les chrétiens dans une embuscade, au lieu nommé Gué de Jacob, les attaqua de tous côtés à la fois, et les mit en déroute complète : les chevaliers seuls combattirent de pied ferme, et la plupart furent massacrés ou faits prisonniers. Le Grand-Maitre des Templiers, Odon de Saint-Amand, tombé luimême au pouvoir des Sarrasins, répondit, quand on lui offrit sa rançon, « qu’un Templier devait savoir mourir. » Couvert de blessures ; Joubert se fit jour l'épée à la main à travers les ennemis, gagna le Jourdain , le passa à la nage, et arriva mourant au château de Beaufort, bâti par les croisés. La plus grande obscurité règne sur la date de ce fatal événement, que plusieurs auteurs placent en 1179, d’autres en 1177 , quelques autres mème en 1178. Naberat reporte la mort du Grand- Maître des Hospitaliers à l'année 1179, ajoutant qu'elle fut causée par le chagrin de voir le royaume de Jérusalem prèt à tomber en décadence.
Sur la foi d’historiens qu’il ne cite point, Vertot raconte tout autrement la fin de Joubert. Selon lui , «les Sarrasins assiégeaient en 1178 une forte
citadelle défendue parles chevaliers de Saint- Jean, qui, soutenus par la présence et les exemples de leur valeureux chef, prolongèrent leur résistance opiniâtre ; mais, forcés dans un dernier as— saut, ils furent massacrés les uns sur les autres : Joubert seul fut épargné pour assouvir plus com-— plètement la barbare vengeance du commandant, qui, ayant fait jeter ce vénérable vieillard dans un cachot, l'y laissa mourir de faim. »
Sur une des faces latérales du tombeau de Joubert, on lit :