‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 28 sur 84 · A MARGAT ET À ACRE · texte numérisé non relu

A MARGAT ET À ACRE

Après la mort de Garnier de Syrie, nul chevalier n'osait se présenter pour remplir sa place ; chacun voulait écarter de son nom la honte d’avoir été le dernier chef d’un ordre qu'on regardait comme près de périr, et ce ne fut qu'avec peine qu'Ermengard d’Aps se soumit à son élévation. Les conjonctures offraient peu de chances de victoire sur les infidèles , encouragés et par leurs triomphes récens, et par l'épuisement de leurs ennemis; ce prince ne pouvait donc ambitionner, en acceptant le commandement suprême, que de s’en montrer digne par un glorieux trépas. Sous son magistère , la maison des Hospitaliers , transférée à Margat, une de leurs forteresses, après la prise de

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Jérusalem, fut établie à Saint-Jean-d’Acre. Ermengard d’Aps y mourut l’année suivante, c'est-à-dire en 1192, après un an, selon les meilleures autorités, et selon Vertot, après cinq ans de magistère.

De nombreux combats, livrés aux infidèles pour la défense des chrétiens, avaient illustré sa vie.

Armes : d'argent à la tour de sable.

GODEFROY DE DUISSON,

Dixième Grand-ÆMHaître,

A ACRE

Godefroy de Duisson ‘, que divers historiens croient être né en Picardie, fut élu Grand-Maître en 1192; une bulle de lui, datée de cette année, le désigne sous le nom de Donion.

Les chroniques de l’ordre étant restées muettes sur la vie de Godefroy, nous allons, pour conserver le fil des événemens, retracer ceux qui survinrent en Palestine, et auxquels les Hospitaliers eurent une grande part.

* Ou de Donion. Il s'intitulait : Goffredus de Donicn, divina miserante clementia sanctæ domus hospitalis Christi pauperum Magister, una cum totius ejusdem domus assensu, et voluntate capituli, ete., etc.

06 GODEFROY DE DUISSON.

De la ville d'Acre , centre du royaume, tous les vœux, toutes les espérances se tournaient vers Jérusalem; mais les grandes armées d'Europe, arrivées avec tant de fracas et d’ostentation, s'écoulèrent peu à peu, ayant épuisé trois années à assiéger une cité qui n'avait arrêté Saladin que deux jours. Les chrétiens d'Orient ne respirèrent qu’un moment à la mort de ce fameux sultan, arrivée en 1193, et qui excita les plus sanglantes querelles entre ses successeurs pour le partage de son empire.

Gui de Lusignan, qui n'avait pu défendre le sien avec l'épée, en avait marchandé un autre, et Richard Cœur-de-Lion venait de vendre, à prix d'argent, l’ile de Chypre à cette majesté sans trône, toujours possédée du désir de porter le sceptre, mais qui ne jouit pas long-temps de son dernier diadème.

Amaury, son frère, en lui succédant, hérita de ses regrets pour le royaume de Jérusalem, qui, par la retraite de Gui, appartenait à Isabelle, sa bellesœur, veuve pour la troisième fois. Le Grand- Maitre des Hospitaliers comprit de quelle importance deviendrait pour l'État l'alliance de cette princesse avec le roi de Chypre, et il conduisit si habilement cette difficile négociation, qu'Amaury, quatrième époux d'Isabelle, accourut défendre la Palestine.

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Une famine horrible, qui désola l'Egypte en 1196, se fit sentir aussi vivement en Syrie, et fut le sujet d’une lettre du Grand-Maître Godefroy au prieur d'Angleterre, où, le conjurant d’exhorter Richard + Cœur-de-Lion à une nouvelle croisade , il luireprésentait combien serait facile la conquête de Jérusalem durant la consternation dans laquelle les Sarrasins étaient plongés. Il se plaignait en même temps des dettes que l’ordre avait été obligé de contracter. Cependant , dès cette époque, il était aussi puissant que bien des souverains; et, dans l’étendue de la chrétienté, il comptait dix-neuf mille manses ou manoirs, dont chacun contenait autant de terre que deux bœufs attelés à une charrue pouvaient en labourer en un jour. Il possédait aussi d’autres revenus, et une foule de priviléges qu’il avait soin d’accroître et d'étendre de jour en jour. Ces revenus étaient transmis au Grand-Maiître de toutes les parties de l’Europe, par des trésoriers chargés de les recueillir.

Plus vains, plus fiers, mais moins richement dotés, les Templiers s’indignaient de l’opulence de leurs frères, et cherchèrent plus d’une fois à s'emparer de leurs biens. Vers l'an 1197, sous des prétextes inventés, on les vit investir un château qui relevait de celui de Margat, et y entrer à main armée. Les chevaliers de l'Hôpital coururent aux armes, chassèrent les assaillans , et l'affaire devint générale

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dans les deux ordres qui envoyèrent des députés au souverain pontife. Ce dernier, par une sentence de 1198, leur recommanda la paix et la concorde, ordonnant que des arbitres fussent admis pour juger les différends. Leur décision fut en faveur des Hospitaliers. |

Peu de temps après, Godefroy reçut une nouvelle lettre du pape, qui recommandait à tous les princes de la Palestine de veiller à la sûreté des États d’Amaury, tandis que ce monarque combattait pour eux. Le Grand-Maitre envoya alors en Chypre une partie de ses chevaliers.

D’après une ancienne charte, Godefroy gouvernait encore l’ordre en mai 1201, quoique Naberat, Vertot et d’autres auteurs modernes placent sa mort en 1194. Il règne, au reste, dans la chronologie de ces temps, par rapport aux événemens de l'Orient, une grande obseurité que l’on verra s'accroître encore.

Les tombeaux de Garnier de Syrie, d'Ermengard d’Aps et de Godefroy de Duisson, n’en forment qu'un seul en trois parties.

On lit sur la première :

A GARNIER DE SYRIE, MAITRE DU SAINT HOPITAL ET DE LA MILICE DE JÉRUSALEM, SES AMIS ONT ÉLEVÉ CE MONUMENT.

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On lit encore sur les faces latérales et postérieures du même tombeau :

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